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I. — Le premier emprunt de guerre

La préparation financière à la guerre de la monarchie du Danube était très insuffisante et défectueuse quand éclata la guerre mondiale actuelle. Les prévisions budgétaires régulières de l'Autriche et de la Hongrie pour l'exercice 1914-1915 mettent en évidence un déficit global d'à peu près 500 millions de couronnes. Il faut ajouter une diminution très considérable des recettes régulières pendant la guerre. Le recettes douanières annuelles ont diminué d'au moins 150 millions de couronnes.

Les recettes annuelles de l'exploitation des chemins de fer de l'État en Autriche ont été réduites d'environ 500 millions de couronnes ; et les revenus des impôts directs et indirects et des contributions d'Autriche serontsurement diminués pendant l'Année de la guerre d'environ 400 millions de couronnes. On peut donc prévoir dans le budget commun une perte de 1.500 millions de couronnes pour l'exercice budgétaire 1914-1915, 900 millions de couronnes en Autriche et à peu près 600 millions de couronnes en Hongrie. Pour les 4 premiers mois de la guerre on pourrait donc estimer le déficit des recettes dans la monarchie entière au chiffre minimum de 500 millions de couronnes, d'où il résulterait, en ajoutant les déficits découverts par les prévisions budgétaires et les autres fonds nécessaires au trésor public dont les caisses étaient vides, au début des hostilités, un déficit d'un milliard de couronnes.

A cela il faut encore ajouter les frais de guerre proprement dits (y compris les allocations militaires) qui ne seraient pas évalués trop haut en les fixant à 900 millions de couronnes par mois. Donc pour les premiers quatre mois de guerre il fallait au moins une somme de 4.500 millions de couronnes, que l'on n'a même pas essayé de se procurer par l'émission d'un emprunt d'état. En effet les deux gouvernements ont remis aux consortiums de tous les établissements de crédit (de quelqu'importance), des bons du trésor public, mais ces établissements de crédit ne pouvaient en aucune manière se procurer ces immenses sommes d'argent par leurs propres moyens ; puisque leurs ressources étaient déjà immobilisées par le moratorium. Ils ontdonc placé cesbonsdutrésorpublic àla Oesterreichische- Ungarische Bank. C'est ainsi que la plus grande partie des frais de guerre fut couverte par une énorme émission de billets de banque (au moyen d'avances sur titre).

On peut sans exagération évaluer cette circulation excessive de billets d'après les dépenses obligatoires des deux états de la monarchie, à la somme de 3 à 4 milliards de couronnes.

Le danger de cette énorme augmentation de circulation de billets pour les administrations financières des deux parties de la monarchie, s'est manifesté très clairement par l'agio très considérable de l'argent en espèces qui à depuis longtemps dépassé 20 %.

On a voulu faire face à celte énorme augmentation de

circulation de billets de banque au moyen de l'émission d'un emprunt de guerre. Le montant de l'emprunt n'était pas limité ; les sommes souscrites devaient être entièrement déposées (pour faciliter les payements on n'accordait que des délais individuels).

Mais on craignait que les versements comptants sur ces deux emprunts de guerre ne fussent très faibles. On fut ainsi amené à décréter au sujet des sommes souscrites : 1» Le moratorium sera levé (les institutions de crédit seront obligées de payer toutes les sommes des versements ou des créances destinées à être employées à la souscription des emprunts de guerre) ; 2" A la banque d'émission, le taux de l'intérêt pour les avances sur titres des nouveaux ou des anciens emprunts d'état sera abaissé à 5 1/2% pour les sommes destinées au paiement des titres souscrits. La banque d'émission sera obligée de négocier les titres de souscription à l'emprunt de guerre jusqu'à concurrence de 75% de la valeur nominale et de ne pas compter le taux annuel de l'intérêt à plus de 51/2%. Le taux de l'intérêt des avances sera aussi de 5 1/2% pour les titres d'emprunt d'état ancien et les effets négociables, lorsqu'on aura besoin de ces sommes pour la souscription aux emprunts de guerre. Comme les deux emprunts de guerre rapportent un intérêt de plus de 6% par an, tous les souscripteurs ont avantage à acquérir des bons de l'emprunt de guerre au moyen de titres déposés en gage à la banque ; 3" On invite à souscrire toutes les fondations charitables, toutes les corporations, toutes les associations économiques publiques, toutes les institutions, tous les élablissementsquidépendent de l'Etat de quelque manière que ce soit, et l'on accorde aux titres des nouveaux emprunts toutes les faveurs possibles : il suffit de verser de suite unesomme en espèces très minime pour recevoir la totalité de la souscription en nouveaux bons d'emprunt (Les créances douteuses elles-mêmes doivent être livrées dans ce but par les établissements de crédit n'ayant pas de fonds suffisants. Ces institutions peuvent se procurer de nouveau les sommes créditées en plaçant leurs effets à la banque d'émission pendant qu'ils restent couverts pour les créances restantes par le jeu du moratorium).

En raison de ces facilités chaque détenteur des anciens emprunts d'état (par exemple les rentes d'état) ou d'autres papiers négociables peut se procurer une obligation d'état du nouvel emprunt de guerre sans débourser pour cela un seul heller comptant. Un exemple démontrera cela très clairement.

Le propriétaire de 4.500 couronnes de rente d'état (ancienne) peut employer celle-ci pour acquérir un titre de 10.000 couronnes de l'emprunt de guerre en l'engageant à la banque d'émission à 5 1/2 % par an. Le compte s'établit comme suit :

Le prix de souscription du bon d'emprunt de guerre se monte à couronnes 10.000 à 97.50 % soit K. 9.750. Ce bon d'emprunt sera immédiatement engagé à la banque d'émission pour 75 % de sa valeur nominale ; la somme prêtée sur ce bon (75% de 10.000 couronnes) se monte à K. 7.500.

Sur l'ancien bon d'emprunt de 4.500 couronnes, on lui avancera couronnes 2.250. — soit au total couronnes 9.750. — c'est-à-dire la somme entière nécessaire à la

souscription. Le détenteur d'un ancien bon d'emprunt n'a ainsi besoin d'aucun argent comptant pour entrer en possession d'un nouveau bon d'emprunt beaucoup plus élevé. D'un côté il paye T'avance sur titres à 51/2"o sur la somme empruntée couronnes 9.750, soit 530.25 couronnes; de l'autre côté il encaisse l'intérêt de couronnes 10.000 de rente hongroise à' 6%, soit 600 couronnes de coupon ; il gagne ainsi couronnes 63.75 comme différence d'intérêts. La diflérence est moins grande dans les bons du trésor d'état autrichien à 5 1/2 ?o, mais en revanche le gain après paiement de l'emprunt est beaucoup plus considérable.

Il est suffisamment démontré par les exemples cités, combien peu d'argent comptant il faut pour la souscription de l'emprunt ; et pourtant, la plus grande partie des emprunts autrichiens et hongrois est fournie par la banque d'émission au moyen de la création de nouveaux billets de banque pour faire face aux avances sur titres sur les nouveaux et anciens bons d'emprunt.

Aussi les institutions de crédit, les sociétés d'assurance, les caisses des pensions, les caisses des orphelinats, les fondations charitables, les communes et diverses autres corporationsqui ont souscrit ensembiedessommesénormes, se sont, pour la plupart, procuré ces sommes par des emprunts sur des bons du nouvel emprunt et sur des titres anciens. Il en résulte que les nouvelles dépenses des deux états de la monarchie .seront également couvertes, pour la plupart par des nouveaux billets, et que l'augmentation de papier monnaie quidevaitètreévitée par l'émisssion de deux emprunts de guerre prendra des proportions encore plus considérables.

Bref, les chefs des finances d' Autriche-Hongrie se servent surtout de la presse à imprimer et préparent pour la monarchie dualiste la répétition de la crise de 1811.

BIBLIOGRAPHIE

L'Allemagne n'est pas encore allée jusqu'à édifier des temples en l'honneur de ses empereurs comme le faisaient les Romains de l'antiquité. La fameuse Siegesallée de Berlin lui suffit. Mais l'empire des IlohenzoUern ne manque pas de confréries sacerdotales, chargées du culte de leurs souverains et de leurs maîtres. On en trouve dans toutes les universités d'Allemagne. Ces augures modernes, sous prétexte de servir les sciences historiques et philosophiques, chantent dans d'innombrables volumes les- plus serviles panégyriques des HohenzoUerns, de tous leurs ancêtres, de tous leurs devanciers.

Kn généra], ils ne s'occupent que des souverains et laissent de côlé les simples mortels quels que soient leurs services. Ils ne font qu'une exception, en faveur de l'homme sans lequel la gloire des derniers empereurs n'existerait pas, Bismarck.

Le cenlièuie anniversaire de la naissance du chancelier do fer a donné l'occasion au monde savant et politique allemand de publier une quantité de livres, brochures et articles sur la vie et la politique de Bismarck. 11 serait trop long d'énumérer toutes ces publications. Indiquons en au moins quelques unes.

Le professeur Marcks, bien connu pour ses études sur la politique du chancelier, a écrit une biographie de Bismarck, très complète. Son élève,M. Valentin, se contente de donner un bref aperçu de ses propres recherches. M.Erwin Rosen a publié un choix de maximes et de pensées de Bismarck. Enfin M. WiLLAMOwiTZ-MŒLLENDORF,lecélèbre professeur de langues et littératures classiques, lui consacre une de ses conférences sur la guerre. Ces conférences sont d'ailleurs bien caractéristiques de l'esprit et des tendances du professeur berlinois : la première s'occupe de l'harmonie des sphères célestes et l'auteur y paraît sensible aux charmes du monde antique ; dans la seconde, il descend des régions éthérées sur le sol allemand et découvre que Guillaume II est un demi-dieu; enfin la dernière conférence est consacrée à Bismarck.

Au point de vue tchèque, comment jugerons-nous le redoutable chancelier de fer !

Constatons tout d'abord que Bismarck, qui a commencé sa carrière politique par sa lutte contre l'Autriche, n'a jamais, en dépit des apparences, abdiqué ses rancunes contre son adversaire des premiers jours.

Protestant sincère, — en ce sens au moins qu'il est l'ennemi du catholicisme, — il a pour les Ilabsbourgs qui demeurent les défenseurs fidèles de l'idée romaine, une aversion instinctive.

Politique avisé et pénétrant, il se défie d'une monarchie qui ne saurait prêter à ses desseins un appui très solide et dont le caractère essentiellement slave peut lui préparer de pénibles surprises.

Ainsi s'expliquent ses efforts qui, chez ce fondateur de l'unité germanique paraissent d'abord assez paradoxaux, pour justifier l'influence des Magyars.

C'est que l'Autriche n'a jamais été pour lui qu'une armée capable de lui fournir à un certain moment un nombre plus ou moins grand de baïonnettes. C'est dans celte pensée qu'il rédige le traité de 1879.

Les panégyristes de la Triplice lui ont prêté nous ne savons quel scrupule délicat et l'intention de ne pas compromettre les intérêts essentiels de ia Monarchie. En réalité, il entend la lier à ses desseins sans se compromettre et eu réservant sa liberté d'action. Dans leur imprévoyance, les Allemands de Vienne, non moins que les Magyars, se sont prêtés à ses vues et ont secondé ses plans.

Sa préoccupation dominante, même quand il paraît se tourner contre la Russie, est de préparer une réconciliation avec elle, ou, tout au moins de ne pas la rendre impossible. Sa rancune contre Gortchakov ne triomphe pas chez lui de vieilles affections. Absolutiste et réactionnaire, il a un faible évident pour la patrie du tsarisme. Il connaît trop bien les immenses ressources de ses voisins de Pétersbourg pour ne pas redouter une rupture définitive avec eux.

On a essayé quelquefois de soutenir que le vieux féodal avait été dans une certaine mesure gagné aux idées libérales, qu'il avait compris et accepté les conditions des sociétés politiques modernes. Il est vrai qu'il a introduit le suffrage universel en Allemagne. — Mais les délégués du peuple dans le Reichstag n'ont d'autre droit que d'émettre sur la politique générale des critiques sans portée et des vœux inutiles. A la Diète de Berlin, il maintient le système des trois classes, qu'il a déclaré lui-même

cependant le plus misérable qu'il soit possible d'imaginer. En fait, il n'a jamais eu d'autre idéal que la force matérielle et le militarisme. Ses biographes, même ceux qui nous parlent de la conversion de ce junker prussien en allemand, nous disent en même temps que l'esprit qui l'animait, n'a jamais cessé d'être l'esprit de Frédéric II, le digne fils du roi sergent, et le type probablement le plus parfait de despote que connaisse l'histoire. L'idée de germanisme ne lui est jamais apparue que sous la forme de prussianisme.

Il est curieux d'étudier en lui comment se transforme l'idéalisme classique. Il en conserve en quelque sorte la forme en l'appliquant à la matière prussienne, c'est-à-dire qu'il fait de la force et de l'oppression l'idéal de l'humanité. Les Allemands craignent Dieu et ne craignent que lui, mais ce Dieu, c'est le Jéhovah juif, confisqué par les Hohenzollern et naturalisé prussien. Il a remplacé sa longue chevelure classique par les trois cheveux dont la pointe menace le ciel.

Pendant la campagne de France, Bismarck avait emporté sa vieille Bible et la lisait quelquefois. On croit même sentir par moment en lui une sorte de remords des guerres qu'il avait déchaînées et des milliers de vies qu'il avait sacrifiées à ses ambitions. Remords bien fugitifs qui n'altéraient guère sa robuste placidité. Il se représentait évidemment l'Éternel comme un batailleur de sa trempe qui ne tiendrait pas rigueur à un champion de sa taille : — Je vais arranger mon affaire avec mon Créateur, disait-il lui-même. — Il était évidemment persuadé que son Dieu goûterait la façon dont il avaitfait sortir la guerre de la dépêched'Emsetdelasubtilité avec laquelle il avait trahi pour la Russie son allié de ■Vienne.

Il ne se gênait pas avec les Habsbourgs parce qu'il croyait les tenir à merci. C'est pour cela qu'il n'était pas autrement fâché que les Allemands n'eussent pas réussi complètement à écraser l'opposition des Slaves, et en particulier la résistance des Tchèques. Il a même approuvé la fondation d'une université tchèque à Prague. — Condescendance étrange chez un homme qui s'est toujours montré implacable vis-à-vis des Danois, des Polonais et des Français? — Comme cependant chez lui tout était le résultat d'un calcul, cette tolérance singulière a nécessairement une raison. — Ici, la raison est évidente. Les Allemandsd'Autriche, complètement victorieux, auraient pu manifester quelque indépendance, examiner et discuter ses conditions. Talonnés par les Tchèques, ils étaient obligés d'accepter humblement ses ordres. Son idéal était une Autriche vassale, gouvernée par des partis trop faibles en eux-mêmes pour exister sans lui, assez forts pour mettre à sa disposition les ressources nécessaires à sa politique.

Il n'eût rien redouté autant qu'une réconciliation des peuples de la monarchie. Sans compter que son influence en eût indubitablement souffert, cette réconciliation eût rendu possible des réformes qu'il détestait. Il fallait, pour que son propre pouvoir demeurât intact en Allemagne, que le Reichsrat ne fut qu'une ombre d'assemblée et un fantôme de Parlement. Un régime libéral à Vienne eût été de nature à inspirer de fâcheuses comparaisons à ses

sujets, bien qu'il sût que les Allemands prennent volontiers les mots pour les faits et se consolent par des apparences des réalités qui leur déplaisent.

Aurait-il engagé la guerre actuelle ? — La question revient souvent dans les journaux d'Outre-Rhin. — Marcks nous dit que la guerre d'aujourd'hui est un héritage de Bismarck. — C'est incontestable, mais ce n'est pas répondre à la question.

Il y a diverses manières d'exploiter un héritage. Bismarck, en dépit de dissentiments passagers, a toujours redouté et n'a jamais recherché une rupture avec la Russie. S'il a été quelquefois en opposition avec l'Angleterre, il s'est en somme toujours efforcé de conserver avec elle des relations amicales. Il n'a jamais poursuivi la domination de la mer. Il a affirmé à diverses reprises qu'il n'avait pas de politique balkanique.

Comme il n'était pas tendre d'habitude pour ses successeurs, il est donc permis de supposer que î\l. de Bethmann- HoUweg aurait trouvé en lui un censeur implacable.

Il n'en demeure pas moins vrai que sa politique implacable a préparé le bloc européen actuel. Il a légué à ses successeurs ses méthodes et ses procédés ; il leur a légué aussi les haines qu'avaient suscitées ses habitudes. Les historiens allemands eux-mêmes vantent sans mesure et sans cesse l'homme « du fer et du feu ». — Qui frappe par l'épée, par l'épée tombera.

L'idéal qu'incarne Bismarck, et que les Allemands admirent et poursuivent, est exactement le contraire des apôtres chers aux Tchèques, De Huss à Rieger, de Kollar à Palacky, de Coménius à Havlilchek, tous ceux qui ont parlé à nos cœurs sont des adversaires de la violence et de la force brutale. Tous ont été les précurseurs ou les disciples de la Révolution française ; tous ont été pénétrés de l'idée démocratique et du respect de la liberté humaine.

Entre l'Allemagne et la Bohême, aucune entente n'est possible, parce qu'elles partent de deux points de vue radicalement opposés. La victoire de Bismarck avait marqué la défaite des Tchèques ; son écroulement marquera notre triomphe.

MÉMOIRES et DOCUMENTS

Nous recevons de notre correspondant de Lvov le texte de l'ordre du jour de l'armée autrichienne des Carpathes qui a été lu aux soldais tchèques à l'occasion d'un événement dont nous avons parlé dans notre dernier numéro :

« Ordre du jour de l'armée autrichienne des Carpathes du S8 avril 1915. — Soldats! le 3 avril 1915. le 28>^ régiment de ligne, presque tout entier, s'est rendu sans combat à un seul bataillon ennemi. Cet acte des plus honteux a, d'un seul coup, terni la gloire de tous les actes héro'iques, partout admirés, de ce régiment dont toute noire armée était fière à juste titre. La honte de cet acte indigne a entièrement effacé la renommée militaire de ce régiment. Les jeunes réservistes, venant compléter le régiment, so)it arrivés de leur pays complètement corrompus au point de vue moral. La propagande malveillante d'individus au service de notre ennemi a perverti l'esprit clair de notre jeunesse militaire. Chez les anciens soldats l'esprit de fidélité et de

dévouement à l'Autriche, a grandi sans cesse jusqu'à la mort et a procuré l'estime et la gloire à leur régiment et à leur bataillon. Mais, dès que les jeunes réservistes, après une courte instruction, eurent rejoint leur régiment, on a remarqué tout de suite le mauvais effet de leur présence sur l'esprit du régiment. L'acte indigne et honteux du 3 avril 1915 efface non seulement la renommée de ce régiment, mais est aussi cause que son nom sera rayé des corps de notre armée jusqu'au moment où de nouveaux fails d'armes glorieux feront oublier sa faute. Sa Majesté apos tolique notre sublime chef militaire a ordonné par son haut décret du 17 avril 1915, la dissolution provisoire du 28* régiment de ligne et la déposition de son drapeau dans le musée de l'armée. Remplis de honte et de douleur, vous allez promettre, soldats, nés du même pays, d'expier, d'effacer par votre sang l'acte indigne et affreux de ce régiment. Notre ennemi, (jui n'hésite pas à se servir des moyens les plus lâches pour procurer des succès à ses armes, doit apprendre qu'il y adansce pays encore beaucoupde soldats fidèles à l'empereur et roi. »

L'Allemagne contre la Russie. — Dans les premiers jours du mois de mai 1914, un fonctionnaire consulaire d'Autriche Hongrie, Slave d'origine, est allé demander à son collègue, consul d'Allemagne dans une des plus importantes villes d'Extrême-Orient russe, le programme de la politique mondiale allemande. Nous reproduisons intégralement le rapport qui a été rédigé par l'interlocuteur du représentant du gouvernement allemand immédiatement après la conversation. On y voit quelles étaient les ambitions de l'Allemagne avant la guerre, ses appétits sans bornes et sa folle prétention d'imposer la domination germanique au monde entier.

Ainsi, on peut se rendre compte à quelle modestie involontaire l'évolution des événements actuels a déjà condamné les partisans du Drang nach Osten.

«Je suis allé voir M. X..., consul d'Allemagne à Y..., en Sibérie, pour le questionner sur la situation en Extrême- Orient et sur la politique mondiale en général. Il m'a répondu :

« L'Autriche aiiru bientôt un nouvel empereur décidé à tout faire pour réussir, et qui, le cas échéant, saura porter un coup décisif. Il ne négligera rien pour s'assurer une paix durable.

Je lui demandai : « 'Voyons, franchement, pourquoi voulez-vous attaquer la Russie. »

« C'est bien simple, » me répondit-il. « L'empire russe contient d'immenses territoires qui ne sont ni cultivés, ni môme explorés, ce qui est une véritable honte. On doit les rendre acces'sibles aux entreprises du génie créateur humain. La Russie menace le monde entier. Il faut en finir une fois pour toutes. Ce danger continuel de guerre devient insupportable.

Le panslavisme doit être anéanti.

La Russie doit être démembrée.

L'heure a sonné.

La situation est pour nous intolérable. Nous avons besoin de tranquillité.

Nous devons battre complètement la Russie, de façon à |

pouvoir lui enlever non seulement les provinces baltiques, mais encore Petrograd. La Finlande deviendra indépendante ou sera donnée à la Suède. La Pologne sera placée sous le protectorat de l'Allemagne.

L'Autriche obtiendra la petite Russie, et l'on donnera à la Roumanie la Bessarabie avec Kischiniev.

La Turquie envahira le Caucase et l'occupera.

L'Angleterre profitera de cette occasion pour annexer le Thibet et le Turkestan.

A nos côtés se rangeront comme alliés : les Bulgares, les Grecs, les Roumains, les Turcs, les .Petits-russiens, les Polonais, les Suédois, les Autrichiens, les Perses et les Japonais, qui envahiront l'Est de la Sibérie.

La grande route militaire à travers la Sibérie doit être libre pour nous, soit qu'il nous faille défendre Kiau-Tchéou, soit que l'on procède, comme cela semble très probable, au démembrement de la Chine.

Nous comptons sur une victoire décisive, puisque personne ne peut nous résister et que l'Angleterre restera sûrement neutre.

Pour atteindre notre but, nous sacrifierons simplement 120.000 hommes afin de forcer, par une attaque brusquée, un point faible de la frontière française. Une fois entrées, nos troupes occuperont facilement le pays tout entier.

Quant aux Russes, nous les laisserons intentionnellement faire une trouée dans la ligne Thorn-Dantzig, afin de pouvoir les envelopper plus facilement et les anéantir.

L'invasion des Japonais dans l'Asie orientale, qui se produira en même temps, abrégera la guerre et avancera l'heure de la signature de la paix.

De celle façon, nous abattrons complètement la Russie, et, le jour de la signature de la paix, nous demanderons — et nous obtiendrons — des avantages économiques tels que notre avenir sera assuré pour toujours.

Les conséquences de cette victoire foudroyante et depuis longtemps préparée sont évidents : une suprématie industrielle et commerciale incontestable, toute menace de guerre de la part de la Russie écartée à jamais, le panslavisme rendu imiiuissant.

De plus, il ne faut pas oublier que quelques régions de la Sibérie réclament leur indépendance et qu'elles ne tarderont pas à se détacher de l'empire russe. »

ECHOS ET NOUVELLES

Situation Politique

On monde de Prague à la Vossische Zeitung : Le député du Reichsrat, le D' Kramar a été

arrêté dans son domicile, à Prague, vendredi soir.

(Il s'agirait du vendredi 21).

Le D' Scheiner, député à la Diète de Bohême,

président des Sokols (gymnastes) a été aussi arrêté.

Le député Klofac, emprisonné à Prague depuis le commencement de septembre, devait comparaître devant le conseil de guerre, mais l'accusation a été maintenant ren-

voyée devant le tribunal civil. Le gouvernement a décidé de maintenir l'emprisonnement du leader des socialistes nationaux tchèques, môme au cas où le procès aboutirait à un non-lieu. Cet emprisonnement arbitraire a été motivé par des lettres adressées à M, KIofac de l'étranger par deux agents provocateurs autrichiens.

Les perquisitions dans les Pays tchèques continuent et se multiplient. Au commencement du mois de mai, six personnes ont été condamnées à mort à Kyjov (Moravie) dont deux jeunes filles de 19 ans. En outre, on a procédé, dans différentes localités, à des arrestations en masse. Un procès dirigé contre 69 accusés de Brno (Moravie) a commencé à Vienne. Toujours la haute trahison ! Nous revenons encore une fois sur la condamnation de M. Dusek, rédacteur en chef du Cas, pour rappeler avec quelle insouciance on procède et de quels moyens on se sert en Autriche pour opérer les arrestations et prononcer les condamnations les plus arbitraires. M. Dusek a été emprisonné en automne pour trois articles publiés dans le Cas. Mais on n'eut pas beaucoup de peine à démontrer que les trois articles incriminés avaient été publiés dans d'autres jour naux Slovènes, tchèques et allemands sans opposition de la part de la censure. Alors, pour maintenir l'accusation, on a décidé de l'élargir en y faisant entrer tout ce qui a été censuré dans le ('as depuis lo commencement de la guerre. Et M. Dusek a été condamné à 6 mois de prison.

Le Vestnik, organe des associations des instituteurs tchèques en Moravie, a été supprimé à partir du l*' mai.

Courage, Autriche! — A Kutnà Hora (Bohême), la quatrième classe toute entière d'un lycée a été arrêtée et emprisonnée dans une ville allemande parce que ces enfants de 13-15 ans s'étaient amusés à composer et à chanter une chanson que le gouvernement jugea plus qu'irrévérencieuse pour l'empereur.

La peur de la vérité. — Depuis quelques semaines, les frontières autrichiennes sont hermétiquement fermées. Les femmes et les enfants eux-mêmes ne peuvent obtenir de passeports. Le gouvernement de Vienne trouve l'atmosphère des pays neutres dangereux pour ses sujets.

L'Allemagne et l'Autriche. — La presse allemande commence à critiquer l'Autriche en des termes de moins en moins amicaux, ce qui provoque en Autriche un assez vif mécontentement. Au mois d'avril, deux ministres autrichiens, MM. Klein et Baerenreiter ont voulu entreprendre une tournée de conférences en Allemagne dans le but d'affermir les sympathies pour l'Autriche. Mais l'ambassadeur d'Autriche à Berlin, le prince Hohenlohe, les en a dissuadés en alléguant que de semblables conférences ne pouvaient que provoquer des manifestations hostiles à l'égard de l'Autriche-Hongrie. En Allemagne, le peuple est très monté contre les Austro-Hongrois. On reproche même à l'Autriche d'être la cause d'une guerre dont l'Allemagne est obligée de supporter tout le poids.

L'insolence des Autrichiens à l'égard du peuple Tchèque. — Le gouvernement autrichien et ses fonctionnaires manifestent, même pendant la guerre, cette impertinence

déraisonnable dont le peuple tchèque a déjà tant souffert. Ces derniers temps, comme nous avons écrit, l'inauguration solennelle du monument de Rieger a été interdite. Le peuple tchèque n'a pu proclamer hautement les raisons pour lesquelles il gjoriflait la mémoire de son vieux chef intrépide. Il est vrai que les partis radicaux n'ont pu approuver pleinement la politique modérée du D' Rieger ; cependant le monument commémoratif ne doit pas nous rappeler sa tactique des dernières années, mais les idées et la campagne de sa jeunesse pour l'indépendance tchèque. C'est Rieger qui a cherché à s'entendre avec le gouvernement français, c'est Rieger qui dans ce but a présenté à Napoléon III le mémorandum célèbre de 1869.

Ceux qui n'ont pas l'occasion de voir de près les luttes se rapportant à l'usage impartial de deux langues, deux langues rivales dans un même pays, ne peuvent comprendre la bassesse et la grossièreté des autorités politiques et judiciaires autrichiennes à l'égard de la population tchèque, même dans les régions de la Bohême où la population est uniquement tchèque. Personne au monde ne sait aussi bien insulter les sentiments nationaux les plus sacrés que les fonctionnaires autrichiens. Dans les districts purement tchèques, mais où François-Joseph n'a pas oublié de mettre des garnisons purement allemandes, l'allemand est la langue imposée et le tchèque ne vient qu'après. De plus, le tchèque est complètement ignoré là où l'on peut trouver une petite minorité allemande.

Le gouvernement militaire, depuis le commencement de la guerre, a continué son régime germanisateur. On ne, permet pas de télégraphier de Vienne en tchèque. Les soldats slaves blessés ne peuvent communiquer leurs nouvelles à leurs parents qu'en allemand. Toutes ces choses sont inventées pour froisser la fierté nationale des Tchèques. Un autre exemple : les listes officielles des blessés qui sont envoyées par les autorités dans les villages tchèques, sont en allemand. Sur les obligations d'emprunt d'état, on ne trouve pas un mot en tchèque, quoique nos banques aient dû y participer.

Vienne, capitale de cette absurde monarchie autrichienne, au lieu de calmer les difïérends entre diverses nations, offensent de la façon la plus insolente les sentiments slaves, surtout ceux des Tchèques. Dans les théâtres de premier ordre, aussi bien que sur les petites scènes, on se moque des peuples non allemands au point que la lieutenance de Basse-Autriche a dil enfin interdire ces grossières insolences.

Nous voulons encore attirer l'attention de nos lecteurs sur l'indécence des cercles militaires autrichiens. Sur leurs ordres, on a distribué aux soldats tchèques, pour relever probablement leur moral, un chansonnier imprimé à Reichenberg et publié par le Reichenberger Zeitung. Inutile de dire qu'il ne contenait que des chansons pangermanistes et que nos soldats, au lieu de s'inspirer de cette littérature ennemie, ont continué à chanter leurs airs nationaux qui ont été accueillis par les Russes avec un (( hourra » significatif.

Les cercles gouvernementaux autrichiens ne se rendent pas compte qu'ils ont entretenu la haine des Tchèques par cette façon d'agir et qu'ils ont accéléré la séparation de la Bohême et de l'Autriche.

Même les Allemands abandonnent l'Autriche. — Les correspondants des journaux français, anglais et italiens qui dernièrement ont parcouru l'Autriche-Hongrie, sont unanimes dans leurs impressions, en affirmant qu'il y règne un pessimisme grandissant sur l'avenir de la double monarchie.

D'après nos renseignements et en nous basant sur les nouvelles de bonne source, nous pouvons pleinement confirmer leurs opinions.

Mais tout en les confirmant, nous voulons essayer de préciser les origines de ce pessimisme. Nous avons déclaré dans notre programme que nous ne croyons plus l'Autriche- Hongrie capable de s'occuper du bien de ses différents peuples.

Ce même jugement était émis par les hommes politiques allemands, quoique leur opinion sur l'avenir de leur patrie diffère beaucoup de la nôtre.

Le fait que ce sont les Allemands d'Autriche eux-mêmes qui condamnent ce pays, éclaire singulièrement la situation.

A l'appui de nos assertions, nous citerons les réunions des partis politiques, leurs communiqués et leurs différentes proclamations qui, naturellement, vu les circonstances imposées par la censure, sont d'une extrême prudence.

Malgré cela leur sens est très clair.

Au commencement du mois de mai a eu lieu à Vienne une assemblée plénière du comité du parti radical allemand sous la présidence du député D' Wolf, bien connu pour ses opinions pangermanistes.

Le communiqué de cette réunion nous apprend que beaucoup de membres du comité de toutes les parties des pays habités par les Allemands y étaient présents et, avec une ostentation toute particulière, on y annonce la présence du député du Reichsrat allemand, le docteur Bernard.

Plus loin, ce communiqué résume les résultats des débats en appuyant sur ce point, qu'après la guerre l'existence de l'empire des Habsbourgs doit être fondée sur des bases toutes nouvelles.

La censure n'a pas laissé passer le compte rendu en entier et déjà, par ce fait, nous pouvons nous rendre compte de ce que les radicaux allemands y ont dit de l'avenir de l'Autriche-Hongrie. Du reste il nous sufHt de l'aveu que la monarchie bicéphale doit être édifiée sur de toute autres bases. A peu près une semaine avant cette conférence, la Fédération nationaliste allemande (libéraux) tenait aussi ses assises à Vienne auxquelles participait le président du Reichsrat autrichien, D^ M. Sylvester.

Ici, quoiqu'aucun membre du parlement allemand ne fut présent, malgré tout, on a pensé à célébrer le centenaire de Bismarck et ensuite on a discuté sur l'avenir de l'Autriche mépie.

Le fond de ces combinaisons concernant le remaniement de l'Autriche Hongrie a été révélé par le député pangermaniste qui se cache sous le pseudonyme de Munin.

Dans sa brochure, après avoir dit qu'avant la guerre l'Autriche-Hongrie était dans une situation bien précaire, il définit la situation des Allemands ainsi : Sans l'aide de l'Allemagne, nous ne saurions plus nous maintenir sur nos positions.

Et plus loin : que depuis la bataille de Sadovâ en 1866

l'Autriche-Hongrie fut un état sans raison d'être réelle, mais simplement pour maintenir au pouvoir une dynastie sans but, mais aussi sans scrupules.

Elle suivait une politique égoïste, purement personnelle, sans aucun motif national élevé.

Pour toutes ces raisons Munin ne voit d'autre salut pour les Allemands autrichiens que le ferme attachement et même le fusionnement avec l'Allemagne.

Les détails de ce fusionnement avec l'Allemagne nous les avons rapportés dans le premier numéro de notre revue.

Les voix annonçant que le système autrichien a vécu, ne sont pas isolées.

M. Pernersdorfer, député socialiste au Parlement autrichien, un des écrivains les plus sérieux, écrit dans la revue munichoise Marx, un article intitulé « L'Autriche-Hongrie après la guerre ». Il montre que l'Autriche-Hongrie, dans sa politique intérieure, s'est engagée dans des voies tout à fait douteuses, que depuis des dizaines d'années son existence offre un tableau d'extrême complexité et de misère générale.

Non seulement les députés et les politiciens, mais aussi les savants autrichiens sont animés de ce même esprit.

Citons seulement la brochure du professeur de l'Université de Vienne D' Brockhauson Oesterreichs Kriegsziel (But de guerre de l'Autriche) qui, quoique avec beaucoup do ménagement, demande énergiquement un arrangement fondamental de la situation intérieure. Il dit aussi que les tentatives de l'absolutisme pour former un état homogène ont définitivement échoué — et également le dualisme imaginé simplement pour mettre au pouvoir les Allemands en Autriche — les Magyars en Hongrie — au détriment des autres nations.

Finalement, nous pourrions citer l'opinion d'un excellent écrivain autrichien Hermann Bahr, exprimée dans sa brochure Z)je Z'a^ (l'action). Lui aussi arrive au même résultat; il trouve la situation intérieure et extérieure de l'Autriche- Hongrie tout simplement désespérée.

Bahr admet que parmi les Allemands et les Slaves il s'est trouvé des hommes qui ont fait des efforts pour la renaissance de l'Autriche-Hongrie, mais leurs efforts n'ont pu aboutir parce que l'Autriche était à la merci d'une bureaucratie égo'i'ste et aveuglft.

Bahr croit que cette bureaucratie est la principale cause de la position chancelante de l'Autriche et résume ses réflexions en disant : L'avenir de l'Autriche dépend de la force que nous aurons pour briser le pouvoir secret de cette bureaucratie.

Et nous pensons que ces opinions — venant des différentes sphères de la vie politique et intellectuelle de l'Autriche — confirment pleinement le diagnostic que nous avons donné sur la monarchie des Habsbourgs.

Situation Economique

En raison de la pénurie des cicres, le gouvernement s'attendait à des troubles et à des révoltes en Bohême. Il a alors consigné la garnison de Prague et fait procéder, à diverses reprises, à des manœuvres d'essai pour occuper rapidement les rues à la première alerte. Une grande effervescence règne dans les villes ouvrières du Nord de

la Bohême, comme Usti (Aussig), Duchcov (Dux). Les mineurs de Most ont commencé la grève perlée à partir du 19 avril. Ils descendent dans les puits, mais refusent de travailler avant d'avoir « reçu des vivres pour eux et leurs familles ». A la fin du mois d'avril, cette grève était déjà pratiquée dans cinq puits.

L'organisation de la distribution du pain laisse beaucoup à désirer, et dans certaines communes, les habitants ont trois lieues à faire pour arriver au magasin où on le vend. Les préfets sont autorisés à proclamer l'état de siège partout où se produiraient des troubles.

A Prague, on engage de véritables luttes devant les boulangeries pour obtenir du pain contre les tickets. La police est impuissante à maintenir l'ordre. Chaque jour, il y a des gens grièvement blessés et piétines.

Quelques centaines de femmes des environs sont venues^ le 5 mai, demander du pain au statthalter de Prague. Pour les satisfaire, on a été obligé de faire immédiatement des réquisitions dans la ville, et la femme du statthalter, elle-même, procéda à la distribution.

Ces derniers temps, le gouvernement a ordonné un nouveau recensement du blé et de la farine ; car on supposait que lors du premier recensement, les habitants, dans un grand nombre de cas, avaient trompé les commissaires en ne déclarant qu'une partie de leurs provisions. Il est douteux que ce nouveau recensement dévoile une situation plus favorable.

L'Autriche est au bout de ses réserves de bétail, qui périt par suite du manque de fourrages. Dans les huit mois de guerre, on en a abattu autant qu'au cours d'une année entière. De sorte que maintenant on est obligé d'abattre le bétail destiné à la reproduction. Les soldats ne reçoivent cependant de viande que trois fois par semaine.

Au point de vue des approvisionnements de l'armée en farineux, la situation n'est pas plus favorable. La composition du pain des soldats comporte une proportion de 30 "/o de farine de ma'is, proportion qui sera bientôt portée à50"/o. L'intendance générale des armées laisse entendre qu'elle ne peut s'engager à garantir l'approvisionnement de l'armée pendant le mois de juin.

La moisson en Hongrie. — En Hongrie, on prévoit le commencement de la moisson pour le 15 juin. Des machines à battre, d'un modèle très perfectionné, ont été envoyées d'Allemagne, et on espère obtenir dès la fin de juin de nouvelles provisions de blé.

Les finances austro-hongroises. — La banque austrohongroise s'est réservé le monopole du tabac et encaisse les recettes des chemins de fer de l'Etat. L'heure de la banqueroute austro-hongroise approche de plus en plus.

Nouvelles de l'Armée

Au commencement du mois d'Avril, le 11^ régiment de ligne (régiment tchèque de Pisek, Bohême) a passé tout entier, à l'exception de deux compagnies, du côté des Russes, dans les Carpathes. Poursuivis par les Autrichiens, les soldats ont vaillamment combattu pour se libérer du joug auslro hongrois. Ceux qui ont été faits prisonniers au cours de ce combat, ont été immédiatement pendus par les soldats de François-Joseph.

Dans un ordre du jour, l'archiduc Frédéric prétend ne pas trouver de mots assez sévères pour qualifier une telle trahison et stigmatiser une telle félonie envers les drapeaux autrichiens.

Il a ordonné le changement de garnison de toutes les troupes tchèques en Bohême et en Moravie et leur remplacement par des soldats de race allemande. Les soldats tchèques sont soumis à un régime d'une sévérité exceptionnelle ; dans les casernes, ils sont surveillés par des agents secrets qui ont pour mission de signaler la moindre manifestation de mécontentement.

Au mois d'avril, à leur départ pour le front, les soldats tchèques de la garnison de Kutnâ Hora ont vivement manifesté contre la barbarie autrichienne en conspuant et en menaçant leurs officiers allemands.

Les Autrichiens ont envoyé sur le front italien des mortiers d'un nouveau modèle. Ils étaient primitivement destinés à la Turquie ; mais les difficultés du transport et la nécessité urgente de parer au nouveau danger qui s'élevait du côté de l'Italie ont obligé l'Autriche à les garder pour son propre service. Les essais ont, dit on, pleinement satisfait l'état-major, qui en a commandé do nouveaux ; mais ceux-ci ne pourront guère être livrés avant six mois. La fabrication des armes et des munitions est entravée par le manque d'acier anglais.

On peut évaluer comme il suit le résultat que donneront les nouvelles levées ordonnées par le gouvernement autrichien : 1.300.000 hommes âgés de 43 à 50 ans se pré.senteront devant les commissions de recrutement; on espère en incorporer 20 °/o au maximum, soit 260.000 hommes. Il se présentera environ 380.000 jeunes gens de 18 ans, et on estime que 30 °/o seront aptes au service armé, soit 120 à 130 mille hommes. Cela représente, au total, pour l'armée austro-hongroise, une augmentation de 400.000 hommes au plus, ce qui ne suffit même pas à combler ses vides.

L'Allemagne continue à envoyer sur le front autrichien non seulement des soldats, mais également toutes sortes de fournitures militaires, d'armes, de matériel de transport, pour sauver son alliée et se sauver elle-même.

'( Oh toi mon Autriche.'". — Ce refrain patriotique nous revient ironiquement à la mémoire en lisant dans les journaux l'affaire du vainqueur de Komarov.

Ce scandale est bien dans les traditions de l'Autriche. Un général remarquable, dont ou vient de célébrer la victoire, disparait un beau jour, claquemuré dans les casemates. Son crime? C'est d'avoir menacé de dévoiler le désordre qui règne dans l'armée autrichienne, désordre dont les archiducs sont responsables.

Le général Auffenberg a refusé de jouer le rôle de Benedeck, obligé, en 1866, de se sacrifier pour l'archiduc Albrecht et de se substituer à lui dans les responsabilité de la défaite de Sadova il à été mis en prison pour expier des fautes qui dateraient de 1912. Il était alors ministre de la guerre ; on l'accusa de malversations dans les fournitures des fusils. C'est un scandale qu'on laissa s'éteindre de lui-même, mais qu'on tâche de ressusciter aujourd'hui.

Les relations données de l'affaire Auffenberg ne sont pas entièrement exactes. La censure autrichienne a réussi à arrêter une partie des informations. Nous les compléterons.

Déjà, au cours des dernières manœuvres, une mésaventure était survenue à Auffenberg. Il fit exécuter aux troupes placées sous ses ordres une manœuvre qui contrecarra le plan secret de l'étatmajor général et mit en mauvaise posture l'ârchiduc héritier François-Ferdinand. Auffenberg fut reconnu vainqueur par les arbitres des manœuvres, mais il tomba en disgrâce.

Quand la guerre éclata, Auffenberg, bien qu'il ne fut plus en faveur à Vienne, reçut le commandementde l'armée. Dans ce poste il montra, une fois de plus, ses talents militaires ; et cependant, après sa victoire de Komarov. il fut éloigné des champs de bataille.

Le général, énergique, sourd aux sollicitations des favoris, réclamait plus d'autorité et plus d'indépendance dans son commandement. On ne lui donna pas satisfaction. Alors dans un mémorandum distribué en un cercle étroit d'amis, il menaça de dévoiler ce qui se passait. Telle estlaraison de son emprisonnement ; l'autorité dés archiducs ne doit pas être discutée en public.

Les actes de l'administration autrichienne ne sont qu'une suite de scandales, mais descandales plus ou moins habilement dissimulés. Vienne ne veut rien voir ; elle fait comme l'autruche.

Notre Directeur va publier un livre sur la Grande Serbie (Delagrace, Paris). Nous en détachons quelques pages relatives a l'empereur d'Autriche et la Serbie.

Pour rendre à la Serbie les chances que ses meilleurs amis n'entrevoyaient plus pour elle, il n'a pas fallu moins que l'extraordinaire impéritie des souverains viennois.

Les Habsbourgs, qui, en leur qualité d'héritiers du Saint Empire Romain, étaient par essence une dynastie cosmopolite, avaient dû leur puissance à la fortune plus qu'à leurs talents : tu, Félix. Austria, nube. Élevés dans les liens du bigotisme le plus pauvre et du conservatisme le plus borné, tout leur génie se haussait à appliquer à des situations nouvelles les règles d'une méthode depuis longtemps discréditée. François-Joseph, chez qui une éducation étroite avait desséché une intelligence naturellement courte, incapable de toute générosité, médiocre de cœur, assistait ahuri à l'évolution qui s'accomplissait autout de lui. A aucun souverain mieux qu'à lui ne s'est jamais appliquée la fameuse parole de Napoléon que l'Autriche est toujours en retard d'une année, d'une armée et d'une idée. D'autant plus attaché à son pouvoir qu'il était incapable d'en user, il s'accrochait à ses embryons de pensées avec l'obstination d'un homme qui n'en a pas beaucoup, et qui se sent incapable de les remplacer, s'il venait par malheur à les égarer. Il avait le goût de la parade, le respect de l'étiquette, le culte de l'uniforme, et il aimait les gens qui réunissaient, fût-ce même contre lui. Il avait eu quelque sympathie pour Napoléon après Solférino, et il savait gré à Bismarck de

l'avoir battu à Kœniggrsetz. Les Habsbourgs se sont de tout temps bien entendus avec les Viennois, qui ne s'entêtent pas à forcer la victoire et qui se consolent de tout par une valse de Strauss.

Il n'aimait pas les Slaves, parce qu'ils n'étaient pas nés, qu'ils avaient de mauvaises manières, qu'ils ne se confessaient pas aux époques prescrites. Il en avait peur, parce qu'il était incapable de saisir la réalité concrète derrière leurs paroles imagées et qu'il prenait au sérieux les spectres du panslavisme, du panrussisme et du panserbisme, que ses ministres lui peignaient sur tous les murs. Bismarck n'avait pas eu de peine à l'endoctriner et à lui persuader qu'il préparait à sa dynastie un avenir triomphant. 11 est probable que, même aujourd'hui, il ne s'est pas aperçu que, depuis 1879, l'Autriche a cessé d'exister, qu'elle est moins indépendante que la Bavière ou la Saxe.

Bismarck d'ailleurs lui-même n'avait pas vu la contradiction intime qui rendait son plan singulièrement scabreux. Pour s'avancer vers l'Orient, l'Autriche avait besoin de gagner les sympathies des Slaves, et elle se les aliénait nécessairement du moment qu'elle se mettait à la remorque de Berlin, se transformait en agent de germanisation. Les difficultés, énormes en elles-mêmes, furent encore accrues par l'étroite complicité des Allemands de Vienne et de l'oligarchie magyare qui régnait à Budapest. Les Magyars sont un peuple violent, ardent, impétueux, impatient du mors, incapable de modération et de réserve; ils avaient été grisés par le brusque revirement de fortune, qui, en 1867, non seulement leur avait rendu leur autonomie complète, mais avait remis entre leurs mains la haute direction de l'empire ; enivrés par l'encens que leur brûlait la presse européenne, qui vantait sans mesure, sinon sans raison, leurs qualités chevaleresques et leurs talents supérieurs d'hommes d'état, ils avaient lancé leurs chevaux bride abattue à travers la puszta à la conquête d'un vaste empire.

Sur leur route, ils se heurtaient à des manants dont l'insolence refusait de s'incliner devant leur volonté. Ils s'en étonnèrent et s'en indignèrent. Dans leur colère des éléments très divers se mélangaient. Avant tout, l'orgueil d'une caste qui croit à sa supériorité de droit divin et qui châtie dans toute désobéissance une révolte servile; puis la vanité stupéfaite d'une race d'élite en face de tribus à demi sauvages; enfin, et ce ne fut pas peut-être le mobile le moins puissant de leur fureur, l'aveugle cupidité d'une bande qui s'est assuré le pouvoir, qui en connaît et qui en exploite largement les profits, et qui n'entend pas permettre que l'on discute et que l'on partage ses bénéfices. Le Slovaque n'est pas un homme, dit le proverbe magyar. Au-dessous du Slovaque, pourtant, il y a encore le Serbe, qui, pour le Magyar, est une sorte d'animal malfaisant et répugnant. M. Reiss, dans son enquête, a montré les horribles et infâmes cruautés qu'avaient ordonnées les généraux autrichiens lors de l'invasion de la Serbie. Ces exécutions détestables, il était bien inutile de les prescrire; tout Magyar a la conviction qu'il accomplit une œuvre pie en frappant un Vougo-Slave.

La rencontre de la haine furibonde des Magyars avec l'insolente et hautaine ambition des Germains acheva de rendre impossible aux Slaves du sud toute réconciliation avec les Habsbourgs. Nécessairement, ils essayèrent de se

rapprocher des Serbes du royaume. Le centre d'attraction se transporla ainsi, par la faute des ministres autrichiens, de Zagreb à Belgrade.

Jamais les Croates ni les Slovènes, très vains de la supériorité de leur civilisation, et qui étaient séparés de leurs voisins par la religion, l'écriture et les traditions, n'auraient songé à accepter la direction du royaume de Serbie, ou même à en désirer l'appui, s'ils n'eussent été réduits au désespoir par la politique implacable et la fourberie des Magyars. Même au dernier moment, il eût suffi de la plus légère marque de bienveillance pour les ramener à leurs habitudes de soumission et de condescendance.

Les Chanceliers autrichiens commirent cependant la iaute habituelle à tous les conservateurs. Après avoir déchaîné les colères par leur politique de provocation et d'intransigeance, ils s'épouvantèrent des périls qu'ils avaient créés, et leur terreur, en grande partie imaginaire, les décupla. On ne dira jamais assez le rôle que joue la peur dans l'histoire des malheurs de l'humanité. La plupart des guerres ont eu pour cause l'angoisse d'être attaqué par le voisin, et que de révolutions n'auraient pas éclaté sans les mesures préventives dictées par une panique folle ! 11 est probable que d'.^hrenthal et Berclitold exagérèrent, pour les besoins de la cause, les inquiétudes que leur inspirait la propagande panserbe ; il n'est pas douteux qu'ils ne les aient d'abord éprouvées eux-mêmes et que, pour éviter un mal incertain et, dans tous les cas, fort lointain, ils n'aient jugé indispensable de recourir à des moyens radicaux. Ils placèrent ainsi leur ennemi, qui, abandonnée lui-môme, n'aurait jamais osé engager une semblable partie, dans l'obligation de vaincre, en l'acculant à une situation sans issue et en exigeant de lui une soumission sans réserve.

La chance de Pierre 1*^ fut de gouverner la Serbie au moment même où le despotisme incohérent des politiques de Vienne et de Budapest et les vertigineuses cascades de leur diplomatie désorganisaient la monarchie austro-hongroise et brisaient définitivement les liens qui s'étaient lentement noués entre les divers sujets des Habsbourgs. Son honneur fut de prévoir le conflit et d'y préparer son peuple.

REVUES ET JOURNAUX

Le chef du parti socialiste - démocrate tchèque, M. A. Nemec, s'occupe dans le journal Prûvo Lidu de Prague, du 16 mai, de la question de l'Internationale. Nous en détachons les passages concernant les dernières déclarations des socialistes tchèques au sujet de la libération de leurs organisations de la tutelle des socialistes allemands de Vienne :

« L'Internationale n'est pas morte, nous allons la reconstruire en l'adaptant à nos besoins. Son organisation, il est vrai, ne nous a pas donné toute satisfaction, à nous autres socialistes tchèques. Mais cela ne veut pas dire que nous devons nous en retirer et nous priver ainsi de son appui. 11 faut, au contraire, la transformer et contribuer le plus possible à son amélioration.

En 1896, au congrès de Londres, nous réussîmes à être représentés par une délégation indépendante, comme unité

reconnue dans l'Internationale. Plus tard, la même représentation nous fut accordée par l'Internationale syndicale. Mais nos camarades allemands d'Autriche élevèrent des objections contre cette situation ; ils ne voulurent pas nous reconnaître le droit d'avoir notre propre mouvement ouvrier et de le diriger nous-mêmes ainsi que tous les autres peuples du monde. C'est pourquoi la conférence d'Amsterdam, en 1905, nous enleva le droit à une représentation distincte dans l'Internationale syndicale. Ce fut une grande faute de sacrifier ainsi l'esprit social et démocratique à des raisons d'ordre purement administratif.

Cinq ans après, nos camarades allemands allèrent nous dénoncer à l'Internationale, au congrès de Copenhague, comme cherchant à rendre notre mouvement ouvrier complètement indépendant. L'Internationale les approuva, et c'est en vain que nous exposâmes combien l'Internationale avait tort de s'opposer ainsi à la libre organisation des petits peuples, ce qui entravait leur évolution naturelle.

Cinq ans se sont écoulés depuis, et le temps nous a donné pleine satisfaction. Une sèche organisation mathématique manque évidemment de. solidité, si elle n'est pas vivifiée par une pensée puissante; et aujourd'hui, ils sont rares les congressistes de Copenhague qui n'ont pas changé d'opinion. Nous ne voulons pas, ici, élever des récriminations, mais il ne faut pas que ces fautes se répètent.

Aujourd'hui, l'Internationale a accepté notre programme en proclamant que chaque peuple a le droit d'être indépendant et seul maître de son destin. Cette conception était naturelle, et les derniers événements en ont encore mieux fait ressortir la justesse. Les socialistes allemands l'ont hautement proclamée, l'année passée, en approuvant le budget militaire, après la déclaration de guerre. Les Suisses et les Italiens ont dit la même chose à Lugano, quand ils ont protesté contre les procédés allemands. Les Norvégiens, les Suédois et les Hollandais ont agi de la même façon, lorsqu'ils essayèrent d'aplanir les dissentiments qui s'étaient élevés dans l'Internationale. A Londres, les Anglais, les Français et les Belges se sont placés au même point de vue, et, les Allemands d'Allemagne et d'Autriche, réunis aux Magyars, ne tardèrent pas à suivre leur exemple, dans le but d'atténuer le retentissement de la conférence de Londres.

Toutes ces conférences indiquent suffisamment que l'Internationale vit ; l'union seule lui manque. Sur les principes il n'y a pas de désaccord, la tactique seule est différente. Bien que, dans les circonstances actuelles, il soit difficile de s'entendre, on peut espérer qu'on y parviendra.

Si cette conception que chaque peuple a le droit de décider lui-même de son avenir n'est pas une utopie, il faut la réaliser. Elle doit avoir sa place dans l'organisation de l'Internationale. Cependant, en Autriche, on a tout fait pour étouffer le développement de cette idée vitale. Déjà, longtemps avant la guerre, on en était arrivé à faire tomber l'Internationale bien bas, en ne voulant, àaucun prix, reconnaître le droit des peuples de se développer à leur guise. La guerre actuelle pourra peut-être amener une amélioration ou môme une transformation complète sur ce point fondamental. Nous disons « peut-être», car les socialistes allemands d'Autriche ont l'air de ne reconnaître le droit

des nationalités qu'en théorie. Dans leur dernier manifeste en faveur de la paix, ils en parlent fort solennellement; mais tout le monde se demande si leur dernière déclaration est sincère, ou si elle n'est que l'expression des embarras causés par les circonstances actuelles. Dans tous les cas, le point de vue allemand ne peut être pour nous déterminant, comme il était avant la guerre ; l'influence allemande n'est plus décisive, et le changement favorable à notre cause s'est déjà produit.

En reconnaissant, d'une manière générale, le droit du libre développement de chaque peuple, on a reconnu simultanément notre droit d'avoir notre mouvement ouvrier pleinement indépendant, qui se manifesterait, comme ailleurs, dans trois courants distincts: politique, syndical, coopératif. Quelle forme d'organisation tel ou tel peuple doit-il donner à son mouvement ouvrier? Cela dépend des circonstances dans lesquelles il vit et travaille. Il est essentiel de développer la tendance à imprégner nos ouvriers d'idées sociales et démocratiques, et de rendre plus fortes leurs diverses organisations, car la force de l'Internationale croit au fur et à mesure qu'augmente la puissance des unités qui la composent. »

Au nombre des questions qui ont occupé et occupent encore les conférenciers des hautes écoles et des salles de conférences à Paris, les pays slaves ne sont point oubliés.

Les représentants des études slaves en France les plus autorisés et les plus écoutés comme M. Paul Boyer, directeur de l'École des langues orientales, M. F. Strowski, professeur à la Sorbonne, les publicistes les plus avertis et les plus perspicaces tels que MM. Victor Bérard, Georges Blondel, André Ghéradame, G. Bienaimé, René Henry, les amis des Slaves les plus éloquents et les plus dévoués et, parmi eux, M.Jean Richepin de l'Académie Française, ont pris la parole pour défendre la cause slave et pour faire comprendre à un public nombreux et attentif les intérêts qui forment les liens sacrés qui unissent la France au monde slave.

En même temps que ces conférences improvisées par les soins des différentes sociétés à l'occasion des événements actuels, il y a eu à l'université de Paris un ensemble de cours spécialement réservés à ces questions.

A la Sorbonne, M. Ernest Denis, en traitant les grands problèmes de la politique contemporaine a trouvé souvent loccasion de parler des peuples slaves. Il a entrepris, sur la question des Balkans une série de leçons sur la péninsule de Balkans.

L'éminent l'epré.sentant des études russes à la Sorbonne, M. Emile Ilaumant, termine actuellement sa série de conférences sur l'histoire du panslavisme. Plusieurs séances ont été naturellement consacrées à la Bohême et principalement à la révolution de 1848.

M. Haumant a pris plusieurs fois la parole, à Paris et en province, pour défendre la cause Serbe. Sa conférence du 30 avril au Foyer sur les Serbes en dehors du Royaume de Serbie a eu une signification tout particulière au moment où le sort des populations serbo-croates et Slovènes du

litoral dalmate est en jeu. A cette occasion S. E. Monsieur Milenko R. Vesnic, ministre de Serbie à Paris a prononcé une allocution émue et vibrante dans laquelle il affirme les désirs du peuple serbe de s'entendre avec ses voisins sur toutes les questions brûlantes qui pourraient être soulevées, mais aussi de maintenir ses droits et de les défendre jusqu'au bout.

Au collège de France, M. Louis Léger, membre de l'Institut, infatigable et fidèle ami des Slaves, s'occupe de l'œuvre littéraire de Jean Huss, le grand réformateur tchèque dont le cinquième centenaire de son supplice devait être célébré cette année. En outre, M. Léger, a trouvé mainte occasion de prendre la parole pour élargir en France la connaissance des peuples slaves et pour défendre leur cause à l'heure actuelle. C'est ainsi qu'il a entretenu le public de l'École de Sciences Sociales de la Bohême et de la Bulgarie.

Dans la série de conférences sur les nations opprimées, organisée par la Reoue du Foyer, M. André Chéradame a parlé, le 17 mai, de la Bohême sous le joug autrichien. En France, M. Chéradame a, le premier, attiré l'attention sur le danger du pangermanisme, et, certainement, personne n'a mieux étudié la question, surtout au point de vue du conflit de la poussée allemande vers l'Orient et de la résistance Slave. En paroles éloquantes, appuyées par une série de documents historiques, M. Chéradame a tracé le rôle de la nation Tchèque dans cette lutte contre le monde germanique. Avec une précision simple et élégante, en des phrases aussi savantes qu'amicales, M. Paul Boyer, qui présidait la conférence, a présenté le peuple Tchèque, aux auditeurs nombreux et attentifs.

Neutralité^ — Sur la dénonciation de la presse autrichienne, qui accusait les Tchèques résidant en Suisse de menées révolutionnaires et anarchistes, la police de Zurich a ouvert une enquête et perquisitionné chez quelques personnes et au siège de diverses sociétés. D'après nos informations, ces perquisitions n'ont donné aucun résultat. Il est bien évident que la police suisse n'a agi que sous la pression impérieuse des représentants du gouvernement autrichien.

Un mouvement intéressant. — On lit dans le Journal des Balkans du 9 Mai :

« On sait que les Tchèques de tous les pays ont commencé un mouvement pour l'indépendance de la Bohême. Le siège de ce mouvement est à Paris. Or, une action parallèle vient d'être organisée aussi en Roumanie par les Tchèques établis depuis longtemps dans le pays. Les Comités institués dernièrement ont déjà tenu plusieurs séances où l'on a discuté sur les démarches à faire pour la reconnaissance de leurs droits à l'indépendance et pour la création d'un Etat libre. Nous ne pouvons que leur souhaiter bonne chance ».

Un ami de la France. — Un Hongrois bien connu à Paris, le comte Etienne Karolyi, fut interné en France dès le début des hostilités. Depuis, il a obtenu la permission de retourner en Hongrie, sur sa parole d'honneur de ne pas servir dans l'armée autrichienne. Mais à peine arrivé dans sa patrie, il s'est engagé dans un régiment de hussards.

Le Gérant : L. Mathieu.

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!*'• Année. — N° 4. - 15 Juin 1915.

^EVUE BI-M^NSUELLE

Directeur : Ernest DENIS, Professeur à la Sorbonne

SOMMAIRE

Austria delenda est. i Échos et Nouvelles.'

Situation Economique

de l'Autriche-Hongrie.

Bibliographie.

Annitiés Tchèques.

Faits et Informations.

Les Colonies Tchèques.

Le N» 25 Centimes

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ÉTATS-UNIS

Bohemian National Alliance 1825, Blue Island Ave., Chicago, 111.

Bohemian American Committee 302 E. 72 St., New-York, N.Y.

Slovak's League, Pittsburgh, Pans.

SUISSE

Union des Associations Tchèques de Suisse 17, Hegarstrasse, Zurich.

ROUMANIE

Société Tchèque " Beseda " Nemanina, Bucarest.

^EVUB BI-MENSUELLB

Première année.

15 Juin 1915

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