Bat. d'Inf
L$ Gérant : L. Matbiiu,
Imp dai Beaai-Arti |A. Mdllik), 78, rue Daraan, Pirlt.
2» Année. — N» 13. 1" Novembre 1916.
^EVUE BI-MENSUELLE
Directeur : Ernest DENIS, Professeur à la Sorbonne
SOMMAIRE
L'Assassinat du comte Stûrgkh et la situation politique en Autriche.
La Solidarité Slave.
Les Slovaques.
Le Monde Slave.
PARIS 18, rue Bonaparte, 18
Le No 35 Centimes
La NATION TCHÈQUE parait le P' et le 15 de chaque mois.
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A TRAVERS LA PRESSE
Dans le Secolo de Milan, du 9 septembre, le professeur Salvemini a publié un important article, dans lequel il examine à fond la question du démembrement de l'Autriche- Hongrie. M. Salvemini est une des personnalités italiennes qui, dans ces deux dernières années, ont pris la part la plus active dans les discussions sur la politique européenne, et il compte parmi ceux qui, depuis le commencement de la guerre, ont vu le plus clair dans la situation. Adversaire résolu de l'Autriche et ami dévoué de notre cause, il a bien compris que les intérêts de l'Italie et de la Bohême sont les mêmes en ce qui concerne l'Autriche Hongrie actuelle. Voici l'un des passages les plus caractéristiques de son article :
Le Daily Chronicle du 30 août a indiqué avec netteté le profond changement qui s'est fait pendant ces deux années dans l'opinion des cercles dirigeants sur l'Autriche- Hongrie.— « On a dit souvent — écrit le Daili/ Chronicle que la Double Monarchie était une nécessité pour ï'Kurope et qu'il faudrait la créer, si elle n'existait pas. Dans cette affîniiation il pouvait peut-être y avoir une part de vérité ; si les conseillers de François-Joseph avaient suivi une politique de paix et de conservation du statu-quo à l'extérieur, et une politique d'égalité pour toutes les nationalités à l'intérieur, le règne du vieil empereur ne se serait pas terminé par une catastrophe. Mais l'arrogance allemande et magyare ont poussé l'empire à sa ruine ; -Ehrenthal d'abord, et Berchold, Tisza et Burian ensuite n'ont fait que hâter le désastre que l'intervention roumaine rend aujourd'hui plus inévitable que jamais. La manifestation d'une justice fatale apparaît dans la destinée de l'empire autrichien! »
Toutes ces manifestations de journaux et d'hommes politiques représentatifs de l'opinion anglaise et française, nous donnent à penser que, dans les intentions des gouvernements de l'Entente et dans les accords qu'ils ont conclu, le sort de la Monarchie danubienne est déjà réglé. Des hommes tels que Lloyd George et Lord Cromer, et des journaux comme le Temps et le Matin, auraient pu difficilement prendre une position si ouvertement anti-autrichienne, s'ils n'avaient pas interprété la volonté collective de leurs Gouvernements, en commençant à orienter l'opinion publique de leurs pays dans cette direction. 11 n'est pas très difficiled expliquer comment la destruction de l'Autriche- Hongrie a fini par entrer dans les vues des (jouvernenients de l'Entente. En effet, non seulement cette destruction est pour l'Italie, pour la Serbie, pour la Roumanie, pour les Tchèques de Bohême une nécessité vitale et la seule compensation qu'on puisse leur offrir pour les sacrifices et les douleurs de cette guerre; mais l'Angleterre, la France et la Russie n'ont pas d'autre moyen d'isoler et de mettre à raison l'Allemagne que de lui couper la route de la Méditerranée et de l'Asie Mineure, et pour cela dépecer l'Autriche, enfoncer dans le fianc allemand le coin d'une Bohême indépendante, élever au sud do l'Allemagne- Autriche une barrière d'Etats sufTisammeut forts : Italie, Yougoslavie, Grande Roumanie, pour qu'elle ne puisse espérer l'em porter dans une une nouvelle reprise de la marche vers le Sud».
Nous devons signaler également le très important article de M. Napoleo.ne Coi.o.ianni, député du parlement et directeur de la vaillante et intéres.sante revue Rivista populare, consacrée à l'étude de toutes les questions se rapportant à la guerre. M. Golojanni est un des hommes politiques italiens qui s'intéressent le plus à la question tchécoslovaque, à nos rapports avec l'Italie et à notre lutte contre les Allemands et les Magyars. Voici comment il caractérise, dans
le Messaggero de Rome du 10 septembre, la politique magyare :
« De même que les Prussiens voulaient germaniser les Polonais de Posnanie, et les Allemands les Tchèques de Bohême, les Hongrois s'efforçaient de magyariser les Roumains de Ti-ansylvanie et du Banat, les Serbo-Croates de Croatie, les Italiens de Fiume, etc. La Hongrie qui, jadis, était le centre d'un irrédentisme puissant dans l'empire des Habsbourgs, exaspérait à son tour, dans .son sein même, par ses procédés de gouvernement, les irrédentismes roumains, serbo-croates, italiens. Dans l'empire, l'Autriche s'est servie des Allemands pour opprimer les l'chèqnes et les Slovènes, et des Slovènes pour faire disparaître les Italiens; elle a employé les Magyars pour opprimer les Roumains, les Serbo-Croates contre les Italiens; les Polonais pour subjuguer les Ruthènes. Elle a procédé ii une vraie division du travail criminel qui consistait à opprimer systémaliquement les différentes nationalités delà monarchie. Ce fut ainsi le rôle de la Hongrie, par ses infractions à la loi dite des nationalités de 1868, d entraver le développement de la langue des ditlérenis groupes ethniques, de supprimer chez eux la liberté de la presse, de réunion, de l'association; dans ce but, elle a exercé la plus odieuse tyi'annie politique au moyen de la police et des procès les plus scandaleu.x basés sur des documents forgés et des faux serments; procès dont quelques-uns jouissent d'une triste célébrité ; celui de Zagreb, par exemple, contre les patriotes serbo-croates, celui des bombes de Fiume contre les Italiens ; et tant d'autres innombrables, contre les Roumains de Transylvanie. La manie de magyarisation s'est surtout manifestée et a trouvé son meilleur instrument dans l'habile loi sur les élections politiques, par laquelle les différentes nationalités non-magyares dans le Parlement de Budapest qui devraient avoir, proportionnellement à la population, 198 députés, et qui n'en ont jamais eu plus de 25, ont vu réduire ce nombre à 8, lors des élections de 19101
L'esprit du panmagyarisme domine tous les partis hongrois, même les plus avancés, même celui de.^ Indépendants qui .<e montrent les plus fidèles au programme révolutionnaire de Louis Kossuth. Ce parti s'est solidarisé avec Tisza pendant les deux années qu'a déjà duré la formidable et criminelle guerre d'aujourd'hui; il a toléré les violences militaristes de Lukacs et de l'isza contre le Parlement ; il a poussé Tisza, personnellement honnête, à couvrir les actes de concussion de l'ancien ministre Desy et de Lukacs qui avait soustrait aux banques quatre millions pour les élections. Le panmagyarisme amène le peuple hongrois tout entier à nier tout droit aux autres nationalités, et on trouve une confirmation caractéristique de cette mentalité dans les propos tonus par le comte Karolyi, le plus avancé et le plus en vue parmi les tardifs opposants à la politique de Tisza. Quand, en 1914, au cours de son voyage aux ..tats-Unis, une députation de Slovaques et de Tchèques se présenta devant lui pour lui demander son avis sur la question des nationalités, il répondit avec décision : Je ne connais pas de nationalités; en Hongrie il n'y a qu'un Etat magijar.
C'est peut-être dans cet esprit de panmagyarisme qui anime souverainement tous les Hongrois, qu'jl convient de rechercher une explication au silence des socialistes sur les événements contemporains. La conclusion qu'on doit tirer de ces éléments de fait est évidente : la Hongrie aura mérité le sort qui l'attend, et nous devons considérer comme un événement providentiel que le mouvement de rébellion des oppositions parlementaires ait commencé tard, et se soit maintenu dans les limites d'un éi)isode très simple de la lutte des groupements et des partis poussés uniquement parle désir de s'emparer du pouvoir. )^
Ces articles montrent l'intérêt que prend l'Italie aux questions dont la solution fixera notre destinée nationale.
%^EVUE BI-MENSUELLE
Deuxième année.
ler Novembre 1916
No 13.