‹ La Nation tchèque (volume 3)Chapitre 77 sur 100 · L'ITALIE ET LES YOUGOSLAVES · texte numérisé non relu

L'ITALIE ET LES YOUGOSLAVES

Nous sommes heureux d'enregistrer aujourd'hui Un fait ([ui nous paraît des plus significatifs, [)arcequ'il est appelle li dissiper les nuages qui se sont élevés dans ces derniers temps entre l'Italie et les Yougoslaves. Partout nous voy<ins des efforts très sérieux tendre à préparer une entente italo-slavedurable.Nous attirons l'attention du public sur une manifestation retentissante qui s'est produite à Londres, oii on vient de fonder une Société anglo-serbe, avec le programme suivant : développer les relations entre

l'Angleterre et la Serbie, montrer l'importance de l'État yougoslave unifié, travailler à une entente entre les Yougoslaves, l'Italie et la Roumanie, lutter contre le plan pangermanique, en faisant comprendre la signification de l'unité yougoslave.

Nous insisterons aujourd'hui sur un seul point : leotente italo-slave. La Société a été fondée le 27 octobre à la suite d'un meeting à Mansion House, présidé par le Lord Mayor et auquel prirent part de nombreuses personnalités anglaises, parmi lesquelles Loud Cromer, M. WiCKHAM Steed et Sir E. Carson ont pris la parole.

Tous les orateurs ont particulièrement insisté sur la nécessité d'une entente italo-slave, de la compréhension réciproque des intérêts propres aux deux nations et d'une collaboration active dans la défense contre leur adversaire commun.

Le Lord Mayor exposant le but poursuivi par la Société a déclaré :

« La Serbian Society désire montrer aux peuples britanniques l'importance du rôle joué en Europe non seulement par la Serbie du passé, mais encore par la Yougoslavie de l'avenir. Son action sera dirigée vers l'union des Yougoslaves, et la conclusion d'un accord amical entre ces peuples, d'une part, et d'autre part l'Italie — à laquelle l'Angleterre est liée par tant de traditions — et la Roumanie, dont les efforts énergiques pour repousser l'assaut de notre ennemi commun tiennent une si large place dans nos pensées actuelles. Cette union et cet accord pourraient constituer les pierres angulaires de l'Europe future que nous désirons fonder sur la justice et la liberté. »

Lord Gromer a ainsi défini l'attitude des Alliés vis avis des petites nations.

« Nous combattons pour un autre principe important dont le Président du Conseil des Ministres a souvent parlé : l'autocrate de Berlin doit échouer dans sa tentative de monopoliser à son profit les rayons du soleil, et chaque petite nation doit posséder, dans la répartition do la lumière de cet astre, la place nécessaire à son développement social et politique. »

Puis, parlant de l'Italie et des Yougoslaves, il ajouta: « Et maintenant quelques mots sur ce que n'est pas la Serbian Soeicty. J'ai entendu récemment chuchoter qu'elle est ouverte ment hostile à l'Italie et aux Italiens. Il n'est pasdilTicile d'imaginer l'origine de ces calomnies. L'Allemagne a manifestement intérêt à favoriser la discorde entre les Alliés, et je ne doute pas que, si je remontais à la source des assertions dont je viens do parler, je rencontrerais un de ces agents allemands actifs et omnipotents, qui ont récemment dépensé des millions pour acheter la presse.de l'Europe et de l'Amérique et empoisonner l'opinion du monde entier. Je voudrais, au nom de la Serbian Society, démentir de la façon la plus catégorique que nous ayons aucune pensée hostile à l'Italie et aux Italiens. Je me souviens que le cœur de l'Angleterre battait à l'unisson de celui de l'Italie au temps de la guerre de libération. Il y a cinquante ans, moi comme les autres Anglais, nous admirions tous l'habileté de Cavour, un des plus grands hommes d'I'^tnt des temps modernes, et l'héroïsme de Garibaldi et de ses compagnons. En ce qui me concerne, je dis très nettement que, si j'avais le plus léger soupçon que celte société ne fut pas animée, 6 tous égards, de bons sentiments à l'égard de l'Italie, je me tiendrais ù l'écart de ses délibérations. En outre, je suis convaincu que les sentiments que je viens d'exprimer sont partagés par les autres membres de la Serbian SoL-iety. Je ne nie pas qu'il puisse y avoir divergence d'opinion sur les intérêts italiens et slaves. Nous croyons que notre action, loin d'être hostile à l'Italie, sert

ses intérêts, qui sont identiques à ceux des Slaves. Elle est une nation libre et généreuse, nécessairement sympathique aux aspirations des autres nations vers la liberté et l'indépendance. Toutefois, j'admets que la politique ne peut être entièrement fondée sur le sentiment et l'idéalisme. C'est le devoir de la nation et du gouvernement italiens de veiller à leur sécurité et de défendre leurs intérêts, et il est naturel qu'ils désirent posséder la prépondérance dans l'Adriatique, au lieu de la partager, comme à présent, avec un gouvernement hostile. C'est une aspiration parfaitement légitime, et je suis persuadé qu'elle peut être conciliée avec celles des Slaves. La Serbian Society ne recherche pas, pour elle ou pour le royaume Uni, les fonctions d'arbitre entre les Italiens et les Slaves, elle vise à rassembler et à publier des faits; cependant, s'il en était besoin, elle se chargerait bien volontiers du rôle de conciliateur entre les Italiens et les Slaves. Tel est son objet. »

'WiCKHAM Steed exprima éloquemment les mêmes sentiments d'amitié et de sympathie envers l'Italie et les Yougoslaves :

« Une solution complète de la question yougoslave implique non seulement une union politique entre les Serbes, les Croates et les Slovènes, mais encore leur fusion éventuelle en un seul peuple. Il ne s'agit pas simplement d'annexer â la Serbie, à titre de compensation, des provinces habitées par des populations de même origine et de même langue que les siennes. Il n'existe qu'une compensation pour son éclatant héroïsme et ses horribles souffrances : l'unification des Yougoslaves. Il faut appliquer à l'ensemble des Yougoslaves le principe des nationalités et celui de l'égalité politique et religieuse; il faut assurer à la Serbie la possession des côtes dont ses ennemis l'avaient jusqu'à présent dépouillée. Il faut en outre — et c'est une question vitale — concilier les besoins impérieux de la sécurité nationale italienne avec les nécessités de l'unité yougoslave. En ce qui me concerne, je peux dire que depuis longtemps je suis convaincu que, si l'unité yougoslave n'est pas constituée avec le consentement et l'appui de l'Italie, la sécurité nationale de l'Italie ne peut être assurée; et que, d'autre part, si l'Italie ne comprend pas que son intérêt vital exige que toutes les fractions importantes des Yougoslaves soient libérées, l'unité yougoslave sei-a diiricile à réaliser. Le bloc italo-yougoslave ne doit présenter aucune fissure dans laquelle pourrait pénétreri'acide corrosif des vieilles intrigues austro-allemandes. »

Sir Edward Carson n'a fait qu'une allusion à la question de l'entente italo-slave :

« De grandes difficultés doivent être surmontées. Beaucoup d'entre elles ont été mentionnées par les orateurs présidents. Quelques unes se réfèrent à l'Italie. Mais je pense que celles-ci comme bien d'autres seront aplanies par la confraternité d'armes. Et si, de chaque côté, les extrémistes, parmis lesquels on nous range souvent, veulent bien se figurer que le moment favorable pour résoudre cette grande question est venu, leur mission, qui aura préalablement vaincu leurs ennemis, déterminera définitivement l'avenir. »

La multiplication de ces manifestations, où le peuple anglais exprime simultanément sa sympathie pour les nations slave et italienne, prouve qu'on se rend compte de l'importance des bons rapports italo-slaves non seulement pour les deux intéressées, mais encore pour la tranquillité de l'Europe. Les Anglais ne sont d'ailleurs pas les seuls à penser ainsi, et nous pouvons citera l'appui de cette opinion la déclaration d'un personnage italien officiel, l'un des hommes les plus remarquables de l'Italie contemporaine. Le Malin du 30 septembre a publié une interview du viceprésident du Conseil des ministres italien, M. Bissolati,

qui, parlant des problèmes que la guerre a soulevés, s'exprime ainsi sur les rapports italo-yougoslaves :

« L'autre, je ne le cache pas plus que la première. C'est l'entente avec les Yougoslaves.

On redoute parfois à l'étranger que nous ne respections pas leurs aspirations. La race italienne a trop souffert de l'oppression pour opprimer. Nous ne laisserons pas de créer l'irrédentisme contre nous. Nous avons à exercer sur la rive orientale de l'Adriatique une tâche très noble et très claire. L'Autriche a toujours étouffé les desiderata, paralysé le commerce des Serbes, des Croates, des Slovènes; elle a obtenu de l'Europe qu'on leur ferma tous les accès. Nous allons les leur ouvrir, les mettre en communication avec la vie occidentale. Nous pouvons créer ainsi une sorte d'unité morale et économique de l'Europe du Sud. Notre intéi-êt même, quand nous aurons reconquis les provinces italiennes, obtenu les garanties stratégiques nécessaires, nous conseille d'envoyer dans les Balkans surtout des commerçants, de nous présenter en éducateurs, non en dominateurs; pour que l'Italie tienne dans le monde dedemain la place qu'elle entend y prendre et y garder, nous avons besoin (le faire régner entre les Français et nous la fraternité, entre les Slaves et nous la confiance. »

Nous nous réjouissons vivement de cet état d'esprit en Italie et en Angleterre, et nous trouvons rassurant pour l'avenir de l'Europe, que les plus éclairés de ses hommes politiques comprennent si nettement quelles sont les conditions indispensables de son évolution pacifique.

Nous, Tchécoslovaques, nous sommes particulièrement intéressés à la bonne entente des Yougoslaves et de l'Italie, et nous croyons excessivement important de collaborer au resserrement des liens d'amitié entre les deux nations qui nous sont si chères. Nous avons tant d'intérêts communs avec l'Italie dans notre lutte contre l'Autriche, qu'il est tout naturel que nous nous rapprochions d'elle. Avant que nous allirmions cette sympathie par des manifestations publiques, elle était déjà dans nos âmes et dans nos sentiments. Nous pourrions citer des faits innombrables survenus avant la guerre et au cours de cette guerre qui démontrent l'état d'esprit de nos populations envers Tltalie.

N'avons-nous pas pendant longtemps lutté, à Vienne, la main dans la main, contre l'oppression allemande, pour la défense de nos droits universitaires, économiques, parlementaires ? Notre avenir n'est-il pas solidaire en ce qui concerne nos intérêts commerciaux, la liberté d'accès à l'Adriatique, l'exportation du charbon de Bohême, la résistance à la redoutable concurrence de l'Allemagne, qui cherchera à prendre par une victoire économique la revanche de sa défaite dans la guerre actuelle.

Nous laisserons pour aujourd'hui ces intéressantes questions, sur lesquelles nous reviendrons bientôt. Nous les indiquons seulement comme devant servir à renforcer matériellement les liens qui ne peuvent manquer d'être la conséquence des belles manifestations d(fnt nous parlons

Iplus haut.

Nous espérons que ces manifestations se multiplieront, et qu'elles hâteront l'accord de nos amis et de nos frères ie race.

S L'entente italo-slave peut et doit hôler l'écroulement de l'Autriche, sur les ruines de laquelle elle est appelée à fleurir, pour le plus grand bénéfice des deux nationalités.

ECHOS ET NOUVELLES

SITUATION POLITIQUE : Autour de l'assassinat du comte Sturgkh. — Lorsqu'on veut analyser l'importance politique de l'attentat de Fritz Adler contre le premier ministre autrichien, il y a lieu d'envisager séparément ses conséquences et les causes qui l'ont provoqué. Tandis que tout le monde est d'accord, — surtout après l'avènement au pouvoir du docteur Ernest de Kôrber — pour admettre qua, contrairement à la pensée du meurtrier, l'Autriche sera, après la mort du comte Sturgkh, livrée plus que jamais au despotisme et à la rapacité prussienne, l'opinion se trouve beaucoup plus divisée et désorientée en ce qui concerne les causes et les mobiles de l'assassinat. Gertaius vont jusqu'à afSrmer qu'un mouvement révolutionnaire se dessine déjà en Autriche, et qu'une minorité socialiste, analogue à celle de M. Liebknecht en Allemagne, va s'opposer de plus en plus résolument à la guerre. On s'efforce d'établir une théorie de l'Autriche démocratique et révolutionnaire qui n'attendrait que le moment propice pour renverser la monarchie féodale et despotique, ennemie de la constitution.

Rien ne serait plus dangereux que de se livrer à de pareilles illusions. Quelques faits suffiront à le démontrer. Il est certain aujourd'hui que l'acte terroriste d' Adler est absolument étranger au parti social démocrate autrichien qui, le jour même de l'assassinat, l'a très énergiquement désapprouvé par la voie de son organe officiel, comme l'accès de folie d'un isolé. U Arbeiter-Zeitung fut le premier, parmi les journaux de Vienne, a mettre en doute l'équilibre mental de l'assassin; et, dans son numéro du 22 octobre, il n'a pas hésité à déclarer, que le ministre défunt était un homme d'état éminent (!) quoique peu énergique, et que les socialistes, tout en reconnaissant en lui un de leurs adversaires, n'en savaient pas moins apprécier ses hautes qualités.

D'autre part, le même journal a tenu à affirmer hautement que le meurtrier Fritz Adler était complètement isolé depuis longtemps dans son parti, en raison de -ses idées extrêmes ; et l'auteur de l'article insinuait que c'était justement cet isolement et l'incompréhension qu'Adler rencontrait partout autour de lui, qui l'avait poussé à accomplir son acte désespéré.

Fritz Adler, loin d'être un déséquilibré, comme l'organe de son père voudrait le faire croire, occupait une position vraiment exceptionnelle dans la sociale démocratie autrichienne, à la politique de laquelle il s'opposait de plus en plus violemment, iîéjà en juillet 1914, il protestait contre l'attitude de Victor Adler à Bruxelles, dans la dernière réunion du Bureau de l'Internationale. Plus tard, il alla à plusieurs reprises en Suisse où il avait de nombreux amis, pf)ur prendre contact avec les Zimmerwaldiens et les Kienthalistes, dont il ne partageait pas pourtant toutes les opinions. Ayant séjourné longtemps en Suisse et en Allemagne, il était en relations plus étroites avec les chefs du mouvement socialiste en Allemagne qu'avec ceux du parti ouvrier allemand en Autriche.

Gomme le dit VArbeiter Zeitung, Fritz Adler s'efforçait désespérément et avec toujours moins de succès de pro-

voquer en Autriche un mouvement analogue à celui que les socialistes minoritaires ont suscité en Allenfiagne sous la direction de Liebknecht. Toutes ses propositions dans ce sens furent invariablement rejetées par le parti, à la presque unanimité. Au dernier congrès de son parti, il avait encore été désavoué par l'unanimité des voix moins sept. Cet insuccès exaspéra au plus haut degré le jeune Adler, qui avec son caractère sensitif et impulsif supportait péniblement l'inactivité de ses amis. Dans le dernier numéro de sa revue le « Kampf », il attaquait très violemment la servilité des socialistes allemands, atteignant ainsi indirectement le parti de son père. « Depuis le commencement de la guerre — écrivait-il — l'énorme majorité du parti social-démocrate a décidé de renoncer à toute politique indépendante, en ne montrant aucune autre amliilion que celle de servir fidèlement son maître Bethman... Sansdoute, elle est devenue ainsi un merveilleux instrument de résistance contre l'ennemi extérieur, mais elle a abdiqué complètement comme facteur déterminatif dans l'histoire du peuple allemand. »

M. Austerlitz, un des chefs les plus connus du groupe radical du parti socialiste autrichien, a réfuté les assertions de Fritz Adler dans un long article de ÏArbeiter-Zeitung, huit jours avant l'attentat. Une réunion ouvrière, tenue le 20 octobre, a également désapprouvé les idées d'Adler et, la veille môme du meurtre, des scènes très violentes eurent lieu entre celui-ci et les autres chefs du parti, au cours d'une conférence.

Tout cela confirme abondamment que c'est d'une part la déception de voir son parti si dénué d'esprit révolutionnaire et la façon brutale dont ses opinions furent repoussées par ses collègues, d'autre part la vue de la misère indicible d'un peuple aveuglé et trompé et de la situation intérieure désespérée de la monarchie, qui ont ont poussé Fritz Adler à son acte anarchique. Il voulait protester, frapper un des responsables, et, à ce point de vue son acte est certainement un très grave symptôme de la crise terrible que traverse à présent l'Autriche.

Un aveu 'magyar sur l'oppression des nationalités en Hongrie. — Dans le numéro du 3 septembre dernier du Vilùg, paraissant à Budapest, M. Oscar .Iaszi, le sociologue magyar bien connu, a publié un remarquable article intitulé : L'Allemagne et la Transylvanie, dans lequel il démontre que le détachement de la Transylvanie de la Hongrie serait non seulement le commencement de la dissolution et du partage de la monarchie austro-hongroise, mais aussi le prélude de la catastrophe finale pour l'empire allemand. Après avoir prêché la nécessité pour la Hongrie et pour l'Allemagne d'écarter à tout prix le danger roumain, M. Jaszi recherche les causes de cette situation difficile, et reconnaît que la Hongrie a commis des fautes très graves dans sa politique vis-à-vis des nationalités de Transleithanie, et surtout envers les Roumains. La Hongrie aurait dû — afïirme-t-il — résoudre équitablement la question transylvanienne et accorder une certaine autonomie aux Roumains. La mauvaise politique de Budapest envers les Roumains a été la source d'un grave danger pour la Hongrie.

La vive émotion que ces déclarations de M. Jaszi ont

provoquée dans les milieux des nationalistes magyars s'est encore accrue avec la publication, dans le numéro du 15 octobre, d'un autre article rédigé dans le même sens.

Le Magyarorszàg, organe du parti de l'indépendance, présidé par le comte Michel Kakolyi, a alors engagé une violente polémique avec M. Jaszi, en l'accusant de causer ^un grand préjudice à sa patrie par cet aveu de l'oppression exercée contre les Roumains de Hongrie, h Les accusations de M. Jaszi sont exploitées à l'étranger, lit-on dans le numéro du 17 octobre de ce journal, comme arguments contre la propagande magyare ; c'est là un fait dont il devrait tenir compte en des temps aussi dangereux pour la Hongrie. Tandis que, jusqu'ici, la propagande antimagyare usait avant tout des témoignages df Scotus Viator (Seton Watson) sur l'oppression des nationalités non magyares en Hongrie, à l'avenir l'écrivain anglais cédera peu à peu la place à M. Oscar Jaszi. » (1)

Cette polémique, qui a soulevé beaucoup de bruit en Hongrie, a pour l'Entente et pour nous autres Tchécoslovaques un double intérêt: d'un côté, nous constatons qu'un savant qui comptait depuis longtemps parmi les esprits magyars les plus modérés, reconnaît l'oppression des nationalités non magyares de la Hongrie, et prévoyant une catastrophe pour son pays, fait ouvertement appel au secours de l'Allemagne, seule capable, d'après lui, de sauvegarder l'intégrité du royaume. D'autre part, nous voyons l'organe de ce même comte Karolyi, qui avait entrepris, de concert avec Apponyi, une croisade par le monde pour y faire connaître « la Hongrie libérale, éprise de justice et de progrès », accuser M. Jaszi de haute trahison envers sa patrie pour avoir soulevé un peu le voile sur l'horrible oppression dont les Roumains, aussi bieîi que les Slovaques, les Ruthènes et les Serbes, sont l'objet de la part des gouvernants magyars.

La vérité sur la Hongrie est en marche, et nous ne pouvons que remercier les Magyars de contribuer eux-mêmes à la dévoiler.

La concentration des partis yougoslaves en Autriche.

— On signale de Lublania qu'un mouvement très important se manifeste depuis quelque temps dans les milieux politiques Slovènes et croates d'Autriche, en vue d'une concentration en un seul bloc opposé à celui des partis allemands de tous les partis yougoslaves représentés jadis au Reichsrat. Dans les milieux politiques Slovènes, on déclare ouvertement (( qu'en présence des changements importants qui se préparent dans le sud autrichien, il est absolument nécessaire que les peuples slovène et croate parlent le même langage et se mettent d'accord sur une ligne politique commune. » 11 importe de remarquer que le député Slovène, le D' Ivan Sustersic, la créature du gouvernement autrichien-; reste complètement étranger à cette action qui est dirigée contre lui et contre le gouvernement autri-

(1) L'éminent publiciste anglais, M. Seton Watson, par la publi cation, en 1908, de son excellent livre sur ro|<pression des Slovaquo et des autres nationalités en Hongrie, flaciai Prohlcms in Hunrjary, s'est attiré une haine farouche de la part des Magyars, qui ne manquent aucune occasion de l'attaquer et de l'insulter. Tout récemment encore, le président de la Fédération des Journalistes magyars, .Ioseph Vkszi, l'a violemment pris à parti, dans une rénnion à Budapest, comme agent du {jouvernement anglais.

chien. A Vienne, on cherche à empêcher par tous les moyens celte concentration qui apparaît au gouvernement comme dangereuse pour les intérêts de l'État.

LE REGIME DE TERREUR EN BOHEME : Les souvenirs de la Montagne Blanche. — Le journal ofiBciel de la Statlhaltrei de Prague, le Prayer Zeitung vient de publier l'interdiction d'exposer ou de reproduire le tableau bien connu de l'artiste tchèque, M. liohirek. Après la bataille de la Montagne Blanche, qui représente la Bohême pleurant sur la destinée fatale qu^entraina pour la nation tchèque la victoire des Habsbourgs. Par la mise il l'index de ce tableau, dont des milliers de reproductions sont répandues en Bohême, les hobereaux de Vienne reconnaissent, eux-mêmes, que dans le cours de l'histoire, seule, l'époque de la terreur sanglante qui. sous Ferdinand II, suivit la défaite de Ja Montagne Blanche, peut servir de ]joint de comparaison au.K persécutions qu'endure aujourd'hui le peuple tchèque.

Les analogies sont, en effet, singulièrement frappantes rntre le régime qu'impose à la Bohème les séides de François-Joseph et les atrocités des agents de Ferdinand II. Gomme il y a .300 ans, on pend les rebelles, on confisque, on emprisonne, on déporte en masse. Il n'y manque ni la mise à l'inde.K deslivres, ni celle des tableaux et des gravures, toute cette méthode d'éloulïement de la pensée, qui compte parmi les moyens les plus répugnants et les plus stupides de la répression autrichienne. Presque tous les grands écrivains de la Bohême et du monde entier figurent déjà sur /cette liste de prohibitions que l'on allonge sans cesse. La censure a interdit récemment un roman historique du célèbre écrivain tchèque, Alois Jircisek, \ni\i\x\ii Le Roi des /lussites, et dont l'action se déroule à l'époque glorieuse de Georges de Podiebrad, le roi national. L'interdiction d'un livre pour les enfants, traduit de l'italien. Les Cœurs, de M. Edmond de AmLcis, est non moins caractéristique. On ni! veut pas permettre aux enfants tchèques la lecture de cette œuvre si profondément humaine, à cause, sans doute, de son évocation émouvante de la lutte [lour l'indépendance et l'unification italiennes contre l'Autriche. La traduction tchèque de l'ouvrage célèbre de Tolstoï, Ae Licie de Lecture, a été récemment l'objet d'une mesure iinalogue.

Tout cela est bien digne de la « monarchie des invraisemblances » et fortilie encore plus notre conviction qu'en ce qui concerne l'Autriche, la plus invraisemblable dos robabililés est désormais celle de sa conservation.

L'Autriche interne par dizaines de mille ses propres ujets. — Il y a quel(|ues jours seulement, le corresponiDt viennois d'un journal de Zurich a encore eu l'audace prétendre qu'à coté de la Suisse, l'Autriche est le seul ïlat en Europe qui a su réaliser l'idéal d'une collaboration Pacifique et harmonieuse de différents peuples. Le service le propagande du Ballplatz qui organise l'insertion régulère de pareilles élucubralions dans la presse neutre, a dû [tre désagréablement surpris par une curieuse négligence je la censure viennoise qui a omis de supprimer, dans

le numéro du 4 octobre de VArbeHer Zeitung de Vienne, un aveu très intéressant du régime appliqué en Autriche aux différentes nationalités. En enregistrant le projet de loi sur la détention préventive (Schutzhaft) présenté au Reichstag de Berlin par les libéraux allemands, l'organe des socialistes autrichiens ajoute : (( Cette détention préventive — qui vise naturellement la sécurité de l'État et non pas celle du détenu — ressemble beaucoup à ce que nous appelons en Autriche l'internement. La seule différence est que la ((Schutzhaft» allemande s'appuie au moins sur une loi, celle de l'état de siège, tandis qu'en Autriche l'internement est prononcé sans la moindre justification légale. C'est en effet une des nombreuses prouesses de l'administration autrichienne du temps de guerre, d'avoir appliqué cette mesure à des dizaines de mille de citoyens, sans aucune autorisation constitutionnelle ». Le journal viennois aurait dû préciser que ce sont les Tchèques et les Yougoslaves qui, par milliers, sont internés en Hongrie et dans les pays alpins.

La guerre et les petites nations. — M. Lloyd George, un des hommes politiques les plus influents en Angleterre, et dont la vigueur d'esprit s'est si souvent révélée au cours de cette guerre, a [irononcé le 27 octobre dernier à Gardiiï un discours retentissant, dont nous croyons devoir reproduire ici quelques passages intéressants pour notre cause. Il y défend chaleureusement les idées mêmes dont nous nous sommes faits les champions depuis le début des hostilités. Il se prononce en faveur des petites nations, célèbre l'importance de leur rôle dans le conflit européen, et prévoit celui qu'elles auront à jouer dans l'avenir.

Voici les paroles de M. Lloyd George.

(( Et cependant jamais les petites nations n'ont été plus vivaces, n'ont joué un rôle plus important qu'atijourcl'fiui dans ce conflit de gigiinlesques empires. Si j'avais à critiquer les Alliés, je dirais que, bien qu'ils combattent pour les petites nations, ils n'ont jamais reconnu et apprécié pleinement leur valeur et leur puissance virtuelle. Ils n'ont jamais complètement apprécié la valeur de la Belgique, de la Serbie, du Monténégro, de la Bulgarie, de la Grèce et de la Roumanie.

(( Quand le moment viendra d'écrire l'histoire du eonilit, on constatera que l'erreur capitale des Alliés a été de ne pas comprendre la puissance des petites nations. La Grande-Bretagne est maintenant dans toute sa force, la marée impériale est haute, et, bien qu'elle n'ait pas encore atteint son apogée, elle ne fera jamais disparaître la satisfaction qu'une petite nation tire de la contemplation de son passé, de son présent et de son avenir. »

Il est juste d'appliquer également ces réllexions aux Tchécoslovaques, et d'autant plus qu'aucun des pays que cite M. Lloyd George ne représente ni numériquement, ni économiquement, ni intellectuellement une force comparable à celle des Pays-Tchèques. Si les paroles de M. Lloyd George sont exactes, de quelle importance ne doit pas être pour la politique internationale de l'Europe future un État tchécoslovaque indépendant, riche et bien organisé? Quel rôle bienfaisant n'est-il pas appelé à jouer en face de la Germanie toujours prête à une nouvelle attaque contre ses voisins, si on permet à ce peuple de développer librement tous les éléments de puissance que comportent

les dons naturels de son sol, sa position stratégique centrale', l'énergie et l'initiative de sa population.

La Roumanie et l'Europe centrale pangermanique.

— La Roumanie vient de passer par une rude épreuve. Elle a été menacée, durant ces dernières semaines, d'une invasion allemande qui lui aurait infligé des blessures terribles. Espérons que le danger sera paré. Mais, il doit faire voir une fois de plus aux Alliés qu'il est dangereux de se faire des illusions sur leur adversaire et sur ses ressources. Ils doivent comprendre la leçon, et se rendre compte de la nécessité d'enlever à jamais ses points d'appui à l'expansion allemande.

Après avoir réalisé presque complètement par la guerre le plan pangermanique, l'Allemagne comptait réduire la Roumanie à l'esclavage économique pendant la paix et l'incorporer dans sa Mitteleuropa. La Roumanie n'avait pas d'autre choix que de se jeterdans la guerre pour sauver son indépendance. Pour achever sa constructiou de la Pangermanie, l'Allemagne a tenté de renouveler la manœuvre de 1915 contre la Serbie.

Elle a failli réussir. Une fois de plus, elle a montré combien ses plans sont bien préparés, minutieusement élaborés et systématiquement poursuivis. Le plan de l'état major allemand comprend' l'engloutissement de la Roumanie par n'importe quel moyen. L'offensive de Falkenhayn et de Mackensan ne pouvait donc surprendre personne.

Nous avons ainsi une nouvelle indication des véritables buts que l'Allemagne poursuit. Et nous sommes de nouveau fixés sur les obstacles qu'il importe d'opposer aux plans prussiens: construire une barrière infranchissable d'États indépendants, surl'ancien territoire austro-hongrois, contre le Drang nach Osten de la Prusse.

Chez les Polonais d'Autriche. — Un revirement d'opinion, très significatif et dirigé contre l'Autriche, s'est manifesté dernièrement parmi les Polonais de Galicie. La politique austrophile du Kolo Polskie (Club polonais au Reichsrat) et du NaczeLny Komitet Narodovy (Comité national suprême) qui, d'ailleurs, dès le début de la guerre, avait rencontré une opposition résolue de la part des groupes du député Stapinski et du comte Skarbek, perd chaque jour du terrain. Le nombre de mécontents qui se rendent compte de l'inanité de toutes les espérances basées sur la confiance aux promesses allemandes, augmente constamment, et on commence un peu partout à douter de la sincérité des bonnes intentions des Habsbourgs et de l'Allemagne.

Le chevalier Bilinski que l'ambition personnelle a engagé trop loin pour pouvoir rebrousser chemin, s'efforce bien, d'accord avec le comte Andrassy, d'obtenir de Vienne une solution de la question polonaise, susceptible d'apaiser le mécontentement de ses compatriotes et de sauver, dans la mesure du possible, sa réputation compromise. Mais son influence diminue sans cesse, et ses compa triotes n'accordent plus la même confiance à sa politique.

comme l'a montré la crise surgie au sein du Comité National Suprême et dans la Légion Polonaise. D'après le ùolos Narodu, de Gracovie, le secrétaire général du C. N. S., M. Michel Sokolnicki, s'est démis récemment de ses fonctions en déclarant qu'il ne se reconnaissait plus le droit de siéger, comme représentant du Royaume, au Comité de Galicie qui, dit-il, ne peut étendre son autorité sur les partis polonais.

On annonce d'autre part la démission du chef et organisateur de la Légion Polonaise M. Pilsucki. Peu après cette démission qui a produit une grande sensation, la Légion Polonaise fut retirée du front en rai.son du grand mécontentement qui règne parmi les légionnaires, déçus et exaspérés par les éternelles tergiversations de l'Autriche et de la Prusse au sujet du sort futur de la Pologne. Les légionnaires auraient même manifesté le désir de déposer les armes ce qui a donné lieu à une proclamation du Comité suprême, invitant la Légion à persévérer -dans la lutte contre la Russie. Il est très douteux que les efforts du Comité suprême et les promesses toujours renouvelées et jamais tenues des empires Centraux puissent retarder longtemps la dissolution de la Légion et dissiper la méfiance toujours grandissante des Polonais de Galicie; méfiance qu'on peut considérer comme l'un des symptômes les plus caractéristiques de la déconfiture autrichienne.

FAITS ù INFORMATIONS

Un cours de langue tchèque pour les Français à Paris. — La Ligue Franco-Tchèque vient de fonder un cours pratique de langue et de conversation tchèques à l'usage des Français. Ce cours, sous la direction de M. F. Nèmecek, instituteur tchèque, aura lieu provisoirement au Siège social de la Ligue, 106, rue de Richelieu, les mardis et vendredis à 8 h. 1/2.

Celte œuvre sera très utile au développement des relations franco-thèques, et, d'après le nombre d'élèves déjà inscrits, elle paraît appelée à un brillant succès.

En province. — Les grands centres intellectuels de province s'intéressent de plus en plus aux problèmes slaves. Dernièrement, la Société de Géographie de Toulouse leur a consacré deux de ses séances. L'érudit archiviste de la Haute-Garonne, M. F. Pasquier, a parlé, au mois de mai, des Yougoslaves et des Latins sur les rives de l'Adriatique, et a exposé, dans une autre conférence au mois de juillet, le problème de l'État tchécoslovaque. M. Pasquier a fait preuve dans ses conférences, dont le Bulletin de la Société donne les comptes-rendus, non-seulement d'une parfaite compétence scientifique, mais encore d'une grande amitié pour les Slaves.

Lt Gérant : L. Mathieu,

Imp dei Beaox-Arti |A. MuLua). 79, ma Daf eao, Paiif .

2» Année. — N° 14.

15 Novembre 1916.

^EVUE BI-MENSUELLE

Directeur : Ernest DENIS, Professeur à la Sorbonne

SOMMAIRE

Les Tchécoslovaques

et le coup de la Pologne.

La Solidarité Slave,

Les Slovaques.

Leonida Bissolati et la destruction de l'Autriche.

Echos et Nouvelles.

Faits et Informations.

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A TRAVERS LA PRESSE

L'éminent homme politique et publiciste italien, M. Andkea Torre, a publié, dans \e Carrière délia Sera, un article substantiel dans lequel il précise le point de vue italien sur la question autrichienne. Son opinion qui a tant de poids dans les cercles politiques de son pays est particulièrement importante pour nous, en raison de son influence exceptionnelle sur ses compatriotes.

« L'Autriche Hongrie était considérée comme nécessaire pour deux raisons : comme barrière contre la Russie et comme barrière contre l'Allemagne. La réunion de tous les peuples slaves, même de ceux du Midi, sous la domination de la Russie, ou sous son influence et sa direction, paraissait un danger qu'on ne pouvait conjurer que par l'existence de la monarchie austro hongroise. Mais pendant ces dernières années, le danger russe auquel la monarchie danubienne devait parer est passé àl'arrière-plan en présence d'un péril plus grave et plus imminent : celui de la main mise de l'Allemagne sur l'Autriche-Hongrie et tous les peuples qui la constituent. L'Empire allemand avait peu à peu pris possession de son alliée; il en avait fait l'instrument de ses desseins dans la péninsule balkanique et dans l'Asie turque; il avait, par conséquent, réussi à faire servir les peuples sujets de l'Autriche et de la Hongrie à ses propres ambitions.

La tâche de la monarchie des Habsbourgs dans l'Europe Centrale s'était complètement transformée, elle s'était même, sous un certain jspect, retournée de fond en comble. L'empire ne pouvait être considéré plus longtemps comme une barrière au pangermanisme dont il était au contraire devenu le principal appui.

« L'existence de l'Etat austro-hongrois entraîne trois conséquences : le maintien de la suprématie des Allemands et des Magyars sur les autres nationalités; l'impossibilité de l'unité nationale pour les Italiens, les Roumains, les Slaves du Nord, de l'Est, du Sud; l'asservissement de la Monarchie à l'Empire germanique comme instrument des desseins pangermanistes. La nouvelle organisation européenne ne peut avoir de fondement rationnel, si ces trois faits subsistent. Une paix très longue en Europe n'est pas probable; mais 'dans tous les cas, il est très certain que, si la Monarchie austro-liongroise continuait. d'exister dans la forme actuelle, ou dans une forme pcfu dilïérente, si elle persistait sur les mûmes bases territoriales qu'aujourd'hui, la paix et la tranquillité européenne seraient peu assurées.

(( Si nous obtenons la grande victoire que les Alliés espèrent et veulent, l'Autriche Hongrie ne pourra plus exister; et elle servira, au contraire, avec les nationalités qui la composent, à constituer d'autres organismes ethniques et politiques susceptibles de satisfaire les plus légitimes exigences des peuples et des Etats. »

L'un des représentants les plus qualifiés du parti tchèque catholique de Moravie, le député M. 'V, Sevcik, proteste, dans un article publié dans le Hla>i de Brno, contre la

convocation du Reichsrat: « Rien ne peut sauver ce Parlement, écrit-il, tous les efforts pour le sauver sont vains, ils se produisent trop tard. Le parlementarisme autrichien ne peut être sauvé et fonctionner utilement pour la monarchie et le^ peuples d'Autriche que par un nouveau parlement élu d'après une nouvelle loi électorale. Les hommes politiques autrichiens assemblés pour délibérer sur la question de la convocation du Parlement, ne se sont pas montrés suffisamment sincères. Ils réclamaient bien la convocation du Parlement, mais les motifs qu'ils invoquaient étaient en réalité contraires à la convocation. ))

M. J.-Il. RosNY Aîné, de l'Académie Goncourt, a parlé, dans l'Intransigeant du 18 septembre, des créances françai.ses, et il a envisagé, en ces termes, la dissolution de l'Aulriche-Hongrie : « La dislocation de l' Autriche-Hongrie donnera lieu à des difficultés tout aussi grandes, plus grandes peut-être. La Bohême réclame son autonomie et les Alliés commettraient une faute très lourde en ne la lui accordant pas, s'ils le peuvent. Les éléments yougoslaves doivent faire retour à la Serbie. Normalement, la Galicie ressortit au patrimoine polonais ; d'importantes provinces roumaines seront vraisemblablement rattachées à la mèrepairie. Tout cela est nécessaire, tout cela est juste : mais, bien entendu, les peuples libérés doivent participer aux charges communes : la Bohême dispose de ressources nom breuses ; c'est un des pays les plus riches d'Europe; elle est destinée au plus brillant avenir ; d'autre part, les Yougoslaves, aussi bien que les Roumains, peuvent prétendre à un prochain et important accroissement économique. »

La revue allemande Der Tiirmer, paraissant à Stuttgart, a publie^ dans son numéro de septembre, une note critiquant la conduite des officiers tchèques de l'armée austrohongroise, prisonniers de guerre en Russie. Les officiers d'origine allemande ou magyare ont eu une grande déception dans leur captivité. Non seulement les Russes ne se prêtent nullement à respecter leurs exigences arrogantes et à s'humilier devant eux comme on faisait en Allemagne et en Autriche-Hongrie; mais encore, ils se sentent profondément offensés par l'attitude des officiers d'origine slave.

« Nous avons fait une triste expérience avec beaucoup de nos camarades slaves, lit-on dans un rapport d'un prisonnier allemand. Dans un journal tchèque paraissant à Petrograd, un officier t<;hèque se plaint que ses compatriotes ne puissent ouvertement proclamer leurs sentiments pour les Russes à cause de nous, mouchards allemands. Mais, le croiriez vous, les officiers tchèques ont eu l'audace de manifester leur joie à l'occasion de la prise de Przemysl par les Russes. Nous retiendrons les noms de ces individus ».

Et l'auteur de la note ajoute que de tels officiers méritent le sort de Battisti, et que si les Tchèques sont capables de fêter la chute de Przemysl, ils n'hésiteront sûrement pas à aider les Russes contre les Austro-Hongrois.

^EVUE Bl-MBNSUELLE

Deuxième année.

15 Novembre 1916

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