LEONIDA BISSOLATI ET LA DESTRUCTION DE L'AUTRICHE
M. I-eonida Bissolati, ministre sans ()ortefeuille dans le cabinet. Boselli où son entrée venait marquer plus (jue la présence d'aucun autre, le caractère de<< ministère national» italien, a prononcé, le 2!) octobre, h Crémone, un discours qui a pour nous, comme pour l'Italie, une grande portée et une haute signification. hasNation Tcbèqne a le devoir dé signaler etde'.souligner, comme elle le mérite, l'importance d'une telle manifestation. C'est la première fois qu'un minisire responsable, appartenant à un gouvernement de l'Entente, proclame publiquement à la face du monde la nécessité de détruire l'Autriche-Hongrie, l'intégrité de notre programme et de nos revendications. Comment n'applaudirions-nous pas le ministre italien, l'homme politique au.\ vues larges, au cœur ardent et pénéreux qui dans une harangue enflammée au peuple d'Italie formule ce ; programme et toutes ces revendications exactement comme nous les formulons?
« Quand donc pourrons nous dire que le but est atteint? Et quelles .seront les formes dans lesquelles se concrètera la
toire?
La victoire ne pourra être que la rédemption de nos terres italiennes, la reconstitution de la Belgique, la reprise par la France de tous les territoires français, la Serbie refaite, les Roumains alTranchis du dur jougniagyar.
«Tout cela est dans la victoire; mais toute la victoire n'est pas là.
Elle est dans la libération de l'Europe, dans la libération liii monde du cauchemar de nouvelles embûches et de nouvelles attaques.
(< Et celte victoire ne sera pas atteinte tant que ceux qui ont attenté à la paix ne seront pas mis dans l'impossibilité ■de renouveler l'attentat....
«A ce militarisme barbare, qui fut le nid où couva l'allreuse conjuration contre la paix, il faut briser l'arme qu'il tient dans le poing. Cette arme, c'eft l'empire austro-
Ingrois.
i Tant f/u'exintcra cette af/régation monstrueuse, cet Élut West la négation et la compression de toutes lesnniiormlités
qui ne sont pas l'allemande et la magyare, l'Allemagneimpériale pourra toujours allonger la main pour s'en faire une arme, et, avec cette arme, se servir de son énorme puissance pour prendre sa recanche. Il faut que le monstre aux multiples têtes soit abattu. Il faut que sur son corps mort surgissent vivantes toutes les races qui sont douloureusement comprimées dans son artificielle unité; qu'elles se réunissent à la race-mère, comme les Italiens du Trentinet de l'Adriatique, comme les Roumains, comme les Yougo- Slaves ; quelles se reconstituent dans leur personnalité ethnique comme les Tchèques et les Polonais. Une muraille vivante de peuples qui veulent une vie de paix et de liberté, qui veillent Jalousetnent sur leur paix et leur liberté conquises, roilà la seule chose qui puisse forcer l'Allemagne à se délivrer de ses rêves délirants de domination brutale.
« Tant que ce lut n'aura pas été atteint, parler de paix, c'est tendre la pire des embûches contre la paix. »
N'oilà ce qu'a déclaré le ministre Bissolati, le dimanche 29 octobre, au Politeama 'Verdi de Crémone. Il faut se représenter le lieu et les circonstances où il a fait acclamer ces déclarations et ce programme par une grande assemblée populaire italienne. C'est pour une commémoration, ici particulièrement émouvante, de l'héro'ique martyr et patriote trentin, Cesare Battisti, victime entre tant d'autres, de la barbarie féroce de l'Autriche. Tombé vivant, très grièvement blessé, dans les mains des Autrichiens, au cours de la conlre-oflensive italienne qui refoula l'attaque des hauts plateaux vicentins, Battisti, qui se battait dans ses montagnes comme officier d'alpins, depuis le début de la guerre, et après avoir été, par une ardente campagne de propagande à travers l'Italie, l'un des agents les plus actifs de l'intervention, était transporté à Trente et pendu presque mourant par le bourreau Lang, mandé en hâte de Vienne et que l'on a décoré depuis. Sur son gibet glorieux où il est resté attaché trois jours, pour servir d'exemple aux populations invitées, par affiches, à venir le contempler, Battisti est devenu le symbole et le drapeau de toutes les haines renouvelées de l'Italie contre l'Autriche. Au lendemain de sa mort, un concert d'horreur et d'indignation s'élevait dans la presse italienne demandant la destruction de l'Autriche et la libération de tous les peuples opprimés sous le joug austro-magyar. Ces fermes et éloquentes déclarations d'un Bissolati ramassent avec plus de force et de netteté les idées qui partout alors avaient fait explosion.
On avait annoncé que Bissolati commémorerait son ami, son compagnon de foi et de luttes, Battisti, comme lui socialiste patriote, alpiniste fervent, comme lui champion, ouvrier et combattant actif de la guerre italienne, au Capitule, à Rome, le trentième jour après s'a mort. Le trentième jour qui suivit la mort de Battisti, Bissolati ie commémorait autrement, d'une façon très digne de celui que j'ai entendu, en mai 1915, s'écrier du haut du Capitole : « A la frontière, à la frontière, avec les armes et avec le cœur! » A la frontière, avec les armes et avec le cœur; Battisti avait eouiu tout de suite; il s'y était battu jusqu'à sa mort. Et Bissolati, qui avait fait de même jusqu'au jour où il devint ministre sans l'avoir cherché, se trouvait le trentième jour après cette mort, ministre en mission sur le front, au milieu
des sold»ts d'Italie, au moment de la grande offensive victorieuse de risonzo et du Carso.
A Crémone, la commémoPHtion de Battisti par Bissolati, c'est quelque chose de plus intime et de plus touchwnt. Crémone, pour Bissolati, c'est la ville natale, le lieu où a pris l'essor de sa carrière d'homme politique et de militant socialiste.
L'antique cité lombarde était aussi le lieu où le Trentin qui combattait en Autriche pour rùa/i'ariàe avec toutes les armes que lui offraient la vie publique, les luttes sociales et la presse, la science et la culture, avait choisi la compagne vaillante et fidèle de ses travaux, où il se sentait, en Italie, plus étroitement italien. C'est devant une veuve en deuil, la « professoressa » Ernesta Battanti- Battisti, chargée aujourd'hui de rassembler pour une édition nationale les œuvres dispersées auxquelles elle collaborait, que Bissolati évoque, avec une sentimentalité très italienne, la figure de Battisti. Et autour de la ligure nimbée du martyr socialiste de l'idée nationale, il a su faire flotter, dans l'apothéose intime et familière, les raisons protondes de la guerre de l'Italie et, par delà celles-ci, les raisons de la guerre mondiale universelle. Et dans ce concours de circonstances qui donnait à sa parole ardente et sincère une portée plus énergique et plus émouvante, il a dressé sur la tombe même de Battisti l'acte de décès de l'Etat autrichien: il a proclamé sa destruction comme le but essentiel de la guerre. Avec une générosité qui lui est naturelle, qui exprime ici les vues les plus fortes et les. plus pénétrantes, il élargit le cadre des revendications italiennes dans celles des autres nationalités que l'Autriche opprime, que sa disparition peut seule libérer.
Une telle attitude, Bissolati l'a manifestée avant l'entrée en guerre de l'Italie, avant Trème l'ouverture du conflit européen. (Jelui-ci n'avait pas encore éclaté quand, le 30juillet 1914, il publiait dans le 5'eco/o un article intitulé (( l'Italie neutre » où, devant le conflit imminent, il affirmait la nécessité et le devoir de la neutralité italienne, mais déjà avec le but de préparer sa possible intervention. « La neutralité d'aujourd'hui, écrivait- il alors, peut mettre le peuple italien en état de conserver ses forces intactes pour concourir demain à assurer l'établissement d'une ère meilleure entre les peuples. » Il y a eu certes d'autres raisons à la neutralité, puisa l'intervention italienne; Bissolati lui-même est trop ardent pHtriote pour n'avoir vu que celle-là. Mais au fond de celte générosité, qui n'est pas utopie, il y a une réalité plus vraie et plus profitable à l'Italie que la misérable doctrine du (( parecchio ».
Bissolati, c'est un des plus grands ouvriers de la guerre italienne; c'est, dans cette guerre, le champion de toutes les tendances larges et généreuses. A ce titre, son rôle et son influence débordent aujourd'hui le cadre plus étroit de ses idées politiques et de son parti. A celte heure de l'histoire du monde, des liens solides se forment, des unions s'établissent, vraies et profondes, par delà des barrières, qu'hier on aurait cru des obstacles infranchissables. L'accord des sentiments dans tout ce qui fait battre un cœur d'homme, l'accord des esprits dans la vue claire et ferme des buts d'une telle guerre, voilà ce qui pour nous domine le reste, voilà ce qu'à présent nous demandons.
Et pourtant Bissolati, chef et fondateur du socialisme réformiste italien, reste un socialiste authentique et sincère. Et cela donne encore plus de valeur et de prix à la partie de cet admirable discours de Crémone où, à propos de Batkisti, comme lui socialiste humain et patriote, il dénonce successivement l'a ttitude impérialiste des socialistes officiels d'Allemagne et d'Autriche, l'attitude neutraliste des socialistes officiels italiens. Je ne sais si l'on a fait de l'une et de l'autre une critique plus forte, si l'on a dirigé contre l'une et l'autre une attaque plus directe.
Quelle confession franche et loyale dans l'aveu des illusions d'avant la guerre ! (c Moi même, moi qui vous parle, moi qui vous exhorte à tendre les muscles et les nerfs dans l'effort suprême de la guerre, j'ai été le partisan d'ententes pacifiques avec l'Autriche-Hongrie, et, pour ces ententes, je suis allé, envoyé du parti socialiste, aux congrès internationaux où se rendaient aussi les socialistes de Trente, les compagnons de Cesare Battisti... »
Il faudrait tout citer et. d'ailleurs, il faudrait lire d'un bout à l'autre, dans le texte original, ce beau discours dont les journaux français n'ont publié que des extraits traduits parfois insuffisamment. En Italie, la partie qui a sans doute le plus frappé, c'est celle qui vise le socialisme officiel italien et sa propagande sournoise et délétère contre la guerre, qui se poursuit toujours, qui a repris, ces temps derniers, plus d'activité malfaisante dans plusieursrégionsdela pénin.>-ule. Et dénonçant tous les ennemis de la guerre, l'ancien anticlérical ne pouvait pas ne pas dénoncer, après celles du socialisme neutraliste, quelques manifestations d'un neutralisme catholique italien. Il l'a fait assez vivement dans un court passage de son discours qui lui a valu à lui-même de vives attaques. Il faut dire que, de divers côtés, ceux qui n'aiment pas ou n'aiment pas beaucoup la guerre italienne cherchent à ruiner lautoritéet la situation morale d'un Bissolati. Ce sont certainement les socialistes officiels qui lui ont voué l'inimitié la plus forte et qui ont le plus de raison de le détester. Avant et depuis la guerre nul ne leur a porté des coups plus vigoureux et plus sensibles que le socialiste patriote Bissolati.
Four nous, c'est à la question d'Autriche, c'est aux revendications qui rejoignent celles que formule la Nation Tchèque qu'il faut revenir. Nous le répétons, pour la première fois, un ministre en exercice (et sans doute icelui là a une phy.»iononjie assez caractéristique et un peu particulière) prononce les paroles uiémes que nous prononçons, affirme publiquement tout notre programme: destruction de l'Autriche, affranchissement de tous les peuples qui sont sous son joug. Pour la première fois, le nom des Tchèques et les revendications des Tchèques retentissent aussi ouvertement. Les Tchèques seront pour cela profondement reconnaissants à l'homme d'État généreux qui a prononcé le nom des Tchèques et proclamé ainsi leurs revendications dans cette Italie où, comme on l'a déjà signalé ici, ils recueillent de nombreuses manifestations d'une chaleureuse sympathie. On a signalé aussi les déclarations récentes de M. Bissolati si favorables à l'entente qu'il faut souhaiter entre les Italiens et les Yougoslaves, qu'il a toujours prôchée et dont il peut être un instrument précieux. Et n'est-il pas significatif que cette définition admirable et si nette de la question d'Autriche ait été lancée à la veille du jour où les Empires cen-
traux mettaient en action leur odieuse et cynique comédie polonaise? Pour tant de raisons, nous saluons l'arrivée prochaine à Paris de Leonida Bissolati. Et nous répétons avec lui ces paroles qui sont la conclusion du discours de Crémone : '( Non, nous ne pardonnons pas ; nous ne pardonnerons jamais. Et ne pas pardonner, cela veut dire combattre jusqu'à ce que l'État autrichien soit dissous et ait disparu de la vie de l'Europe. »
Pierre de Quirielle
ECHOS ET NOUVELLES
SITUATION POLITIQUE : Le prince François de Thun-Hohenstein est mort le 1^' novembre d'une attaque d'apoplexie, en apprenant la nouvelle de l'assassinat du comte Stilrgkh. Ceux qui connaissentJe grand rôle qui a été joué par le prince défunt dans la politique autrichienne et surtout dans la question tchèque, ne seront certainement pas surpris de retrouver dans les commentaires sur sa disparition de la presse allemande tout entière, de celle de Vienne comme de celle de Berlin, l'expression de la haine que lui avaient vouée les pangermanistes.
« C'est une coïncidence curieuse, écrit la Frankfurter Zeitvng, qui fait disparaître le prince Thun quelques jours après le comte Slûrgkh. Leurs noms ont été souvent répétés à l'occasion d'un grand procès politique récent et toujours au sujet de la question tchèque. Ces deux représentants d'une politique qui n'avait pas la confiance de la majorité de la population autrichienne et qui a eu les conséquences les plus graves, n'existent plus. Un nouveau cabinet est à l'œuvre.
Nous sommes heureux pour la monarchie alliée, que son nouveau gouvernement l'accueilli avec tant de confianoe, manifeste les qualités nécessaires pour assurer la sécurité de l'État et son développement régulier et que la politique de Thun avec toutes ses fautes dues, pour la plupart, à ses conceptions romantiques et à ses préjugés féodaux, appartiennent au passé. »
La Vonsische Zeiluny a encore insisté davantage sur les « fautes » du prince Thun et sur les nouvelles espérances allemandes.
(( Même après que le comte StOrgkh se fut décidé, à la suite de longues hésitations, écrit ce journal, à se séparer de cet " homme néfaste » et lui eut enlevé la Statthalterei de Bohême, leprince Thun r oursuivit, derrière les coulisses, la politique qui avait complètement échoué au grand jour, et il continua de protéger d'une main puissante ses amis et ses collaborateurs d'autrefois. Avec le châtelain de Decin disparait une des figure» les plus sombres de la vie politique autrichienne; le rôle principal, et non le plus facile, du nouveau gouvernement sera de faire disparaître toute trace de son action. »
En lisant ces articles nécrologiques, à la fois si pleins de haine et de satisfaction, on se demande comment le prince Thun a pu s'attirer une hostilité si implacable de la part des Allemands. On sait qu'on lui a retiré la Statthalterei de Prague à cause de sa politique trop modérée et de ses relations avec les chefs des partis tchèques. On lui a reproché
son attitude impartiale lors du procès Kramâf et les conseils de modération qu'il adressait au gouvernement et à la Couronne. Les A'«rorfniZ,('s/^remarquaient justement que la presse allemande d'Autriche, en particulier la iVeue Freie Presse, le Bohemia et le Pilsner Tagblatt manifestent cette haine exaspérée envers le prince "Thun, en dépit de son origine et de ses sentiments allemands, uniquement parce que les principes de sa politique différaient sensiblement de ceux du fameux « libéralisme allemand ».
Le prince Thun, tout en étant Autrichien convaincu et serviteur dévoué de l'empereur, a toujours défendu l'intégritéde la couronne de Saint-Venceslas et poursuivi une politique fédéraliste. Lui seul aurait peut-être été capable d'amener une partie des Tchèques à consentir un compromis avec l'Autriche. Il n'y a plus de doute maintenant que cette 'politique vraiment surannée n'a désormais aucune chance d'aboutir. La moindre concession faite aux Tchèques serait considérée aujourd'hui en Autriche comme une trahison. Le prince Thun est parti à temps; et, après la mort du comte Stûrgkh, on ne peut nous accuser d'exagération si nous disons qu'en la personne de l'ancien Statthalter de Bohême, disparaît le dernier homme d'État « autrichien ».
Les Tchèques et le ministre Koerber. — L'avènement au pouvoir du docteur K.oerber et les événements qui se sont produits dans les premières trois semaines qui ont suivi son arrivée au pouvoir ont confirmé ce que nous avons prévu. Avec le comte Stiirgkh, la vieille Autriche disparait définitivement pour faire place à l'Europe centrale germanique, qui doit être organisé sans retard, sans tenir aucun compte des droits des nationalités slaves ou latines. Les partis. politiques tchèques ont aussitôt compris le danger de la situation, d'autant plus que le passé du nouveau président du conseil, ses actes et aussi l'enthousiasme avec lequel son ministère était accueilli par la presse de Berlin et de Vienne, pouvaient faire prévoir safuture attitude à leur égard. Ilfautserappelerqu'avantmêmelanomination ' du docteur Koerber, ils avaient manifesté, dans la fameuse réunion des chefs de parti du' 23 octobre, leur ferme résolution de persévérer dans leur tactique contre le cabinet Stûrgkh au sujet de la convocation du Parlement. De son côté, aussitôt que la nouvelle liste ministérielle fut connue, la presse tchèque ne manqua pas d'attirer l'attention sur ce que le nouveau chef du cabinet, dans son premier passage au gouvernement, s'était constamment trouvé en opposition avec les Tchèques. En particulier, les Nàrodni Listy constaiaient, le 27 octobre, dans un article qui fut très vive ment commenté par la presse de Berlin, que M. Koerber, au cours de sa première présidence du conseil, du 18 janvier 1900 au 31 décembre 1904, n'avait pas réussi une seule foisà maîtriserl'obstructiondes Tchèques. Le journal remarquait en même temps que, depuis cette époque, il avait été de tradition chez les gouvernements autrichiens, d'appeler dans leurs cabinets deux spécialistes tchèques. Le Nàrodni Listy fut pris violemment à parti pour cet article par la presse de Berlin qui réclama à grands cris l'élimination complète des Tchèques de la direction des affaires autri chiennes.
M. Koerber a gardé, malgré cela, dans son cabinet le fonc tionnaire tchèque M. Trnka comme ministre des travaux
publics et a appelé, sur los vœux de la couronne, le comte Clam Martinic, membre de la noblesse conservatrice de Bohême, au ministère de l'agriculture. Certains ont voulu voir là un geste de conciliation vis-à-vis des Tchèques, et la Fédération Nationale Allemande (Deutsch-nationaler Verband) a envoyé, le 2 novembre, une députation pour protester auprès du chef du gouvernement contre la présence de deux Tchèques dans le cabinet. Suivant la Beichspost, M. Koerber a complètement dissipé les inquiétudes des partis allemands, en déclarant qu'il n'avait pas négocié avec les Tchèques avant la formation de son cabinet. Les Nàrodni Lint y a &\or s constaté quelesTchèques n'avaient aucun contact avec M. Koerber, qui n'avait consulté ni les partis tchèques populaires ni le parti de la noblesse conservatrice. Le journal jeune-tchèque a également fait connaître que le comte Clam Martinic, l'eTncien chef de la droite dans la chambre des Pairs, était depuis longtemps en profond désaccord avec les partis tchèques populaires.
Tout cela montre à l'évidence que M. Koerber, en réservant, comme ses prédécesseurs, deux portefeuilles très peu importants à des personnalités tchèques, a seulement voulu masquer ses intentions et sa collaboration intime avec le.s partis allemands, auxquels il est depuis longtemps complètement inféodé. Il faut noter encore que le ministre des Travaux publics, M. Trnka est un fonctionnaire sans aucune couleur politique et sans aucune influence, et qu'il n'a pas, quoique d'origine, tchèque, aucune attache avec les partis politiques de Bohême.
Ce que prépare le docteur Koerber en accord avec les partis allemands. — Tout parait indiquer que M. von Koerber prépare, en collaboration avec les partis allemands, d'import&ntes modifications à la constitution autrichietine, principalement en ce qui concerne la Btihême. M. Friedjung a déjà laissé entrevoir qu'une réforme de l'administration et une solution de la question des langues étaient à prévoir, ce qui est abondamment confirmé par le choix des nouveaux ministres de rintérieur,M.Schwai/enau, et de la justice, M. Klein. Celui-ci est depuis longtemps à la tète du mouvement pour l'unification de la jurisprudence allemande et autrichienne, et pour le rapprochement de l'Autriche et de l'Allemagne. M. Schwar/.enau était, quand la guerre éclata, président de la grande commission impériale pour la réforme de l'administration. Cette commission avait proposé une restriction radicale de l'autonomie des Pays-Tchèque*, et la division de la Bohême en départements, conformément aux vœux allemands.
Il faut noter aussi que M. Koerber. dès son arrivée au pouvoir, a longuement conféré avec les représentants des partis allemands de Bohême, les députés Baernreither, Pacher et Wolf. Ceux-ci ont, peu après, convoqué, en séance pléniaire, le club des députés allemands de Bohême, pour y faire voter une résolution très significative, portant les traces apparentes d'un accord préalable avec le gouvernement. Le compte-rendu de cette réunion, tenue à Prague le 6 novembre, a provoqué une vive émotion dans toute la monarchie; il constate tout d'abord que la proclamation de l'indépendance de la Pologne russe et de l'autonomie de la Galicie doit être saluée comme le commencement d'une
réorganisation de l'Autriche dans le sens des revendications allemandes ; il manifeste la conviction que les Allemands d'Autriche réussiront aussi, par des efïorts cohérents et persévérants, à obtenir la' réfoi'me constitutionnelle de l'Autriche ainsi réduite.
La résolution votée par l'assemblée et destinée à être remise au gouvernement exprime le désir que les mesures nécessaires soient enfin prises en vue de la réorganisation politique de l'État, en brisant tous les obstacles du passé, et en concédant aux Allemands de Bohême les garanties qu'ils demandent depuis longtemps pour leur développement national.
Une autre décision de l'assemblée ne laisse aucun doute sur le caractère des garanties nationales demandées et dont la réalisation a été en même temps posée comme condition d'une session parlementaire utile et tranquille : un comité de huit députés fut élu avec mission d'élaborer immédiatement, sur la base du fameux programme pangermaniste dit « programme de Pâques )), des propositions précises à présenter aux autres partis allemands et au gouvernement.
Nous avons déjà signalé ce programme dans le numéro 2 de la Nation Tchèque, mais il importe de le rappeler pour saisir la portée de cette nouvelle manœuvre des Allemands de Bohême. Il s'agit d'un mémoire rédigé au mois d'avril 191 5 par les Conseils Nationaux allemands de concert avec le Club allemand de 'Vienne et dont les points fondamentaux sont les suivants : L'élimination de la Cisleithanie des trois provinces slaves : la Galicie, la Bukovine et la Dalmatie, qui seraient soumises à un régime spécial, et dont les représentants ne siégeraient plus au Reichsrat. Le reste de l'Autriche devait former un seul État avec l'allemand comme langue ofHcielle, ce qui serait d'autant plus facile à réaliser que le nombre des députas slaves au parlement central serait diminué de 131 (106 de Galicie, 1 i de Bukovine,' 11 de Dalmatie). Un compromis de longue durée avec la Hongrie serait conclu, et l'alliance avec l'Allemagne transformée en une union intime militaire, politique et économique.
C'est un fait caractéristique que ce programme, dont les points principau.x furent seuls communiqués au public au mois d'avril dernier, réapparaît au moment même où le gouvernement fait un premier pas vers sa réalisation par la proclamation de l'autonomie galicienne, en même temps qu'il laisse annoncer une nouvelle combinaison politique concernant la Serbie, la Bosnie-Herzégovine et la Dalmatie. Il est aisé de deviner que M. Koerber prépare, en collaboration intime avec les Allemands, les Magyars, et aussi quelques Polonais, la réalisation du plan de l'Europe centrale germanique, dans laquelle les Tchèques et une partie des Yougoslaves doivent être complètement absorbés.
M. Koerber et le compromis austro-hongrois. — On a
beaucoup parlé de prétendues ditïicultés surgies entre le nouveau président du Conseil autrichien et le comte Tisza au sujet du compromis austro hongrois. On s'aperçoit aujourd'hui que ces bruits étaient exagérés. Il est exact, au contraire, que M. Koerber qui, déjà en 1902, comme président du Conseil autrichien, a conclu avec le Cabinet hongrois de M. Széll un compromis très avantageux pour les Magyars, auxquels il accordait un tarif douanier autonome,
s'est complètement mis d'accord à la fois avec le comte Tisza et l'opposition magyare. Tandis que le comte Stûrgkh s'était heurté à de grosses ditïicultés en exigeant des Magyars, avant la fin de la guerre, leur consentement à un compromis définitif de longue durée qu'il se propesait d'imposer en Autriche par voie d'autorité, M. Koerber s'est montré plus habile, et en apparence plus libéral, en offrant aux Magyars une simple prolongation de deux ans de l'ancien compromis conclu par les ministères Beck etWeckerlé, et qui serait suivi en 1919 d'un compromis définitif discuté et voté par les deux Parlements.
he Nducs Wiener Ta(/blait annonce que le gouvernement hongrois, à la grande satisfaction de l'opposition magyare, s'est rallié à ce point de vue, « étant donné que personne ne peut actuellement prévoir la situation d'après la guerre. » M. Koerber lui aussi est sans aucun doute satisfait de cette combinaison qui lui permet, tout en conservant une apparence de fidélité aux principes constitutionnels, de se passer du Reichsrat aussi longtemps qu'il le désire.
La presse allemande sur les idée:> et le programme du docteur Koerber. — Rien ne^;aractérise mieux le nouveau régime autrichien instauré après la mort du comte Stûrgkh, que l'enlhousiasine avec lequel la presse germanique des deux empires centraux a salué l'avènement du docteur Koerber, organisateur, dit-on, d'une nouvelle Autriche, unie à l'intérieur, forte à l'extérieur. Il est surtout instructif de lire les commentaires de la presse allemande d'Autriche qui manifeste sa satisfaction de voir à la tête du gouvernement un homme très énergique, partisan convaincu de l'union avec l'Allemagne, libre de tous les préjugés qui empêchaient son prédécesseur d'agir, et ennemi avéré des Tchèques. La Bohrmia de Prague a rappelé avec satisfaction le passé politique du docteur Koerber qui s'est toujours efforcé de convaincre le peuple tclièque que ni l'État ni les Allemands ne se laisseront jamais rien extorquer par la violence, et qu'il a ainsi réussi à poser le principe du « veto national allemand », d'après lequel rien ne doit jamais être concédé aux Tchèques sans le consentement des partis allemands. D'auti'es journaux ont ouvertemenlapplaudi aux idées pangermanistes du docteur Koerber qui allait, disaient-ils. inaugurer une politique toute difïé- ■nte de celle du premier minisire défunt, inactif, incapable l réactionnaire.
L'organe du casino allemand de Prague, le Pragev Tayblatt, célèbre également le passé politique du nnuveau président du conseil dont le gouvernement, de 1900 à 1904, " fut le seul épisode clair dans le gris monotone de ces dernières ving^ années», et qui ne vit jamais aucun danger dans le mouvement nationaliste allemand, ni môme dans les Bndances pangermanistes du fameux « Los von Rom ». [Un jugement des plus intéressants a été prononcé sur l. Koerber par l'historien bien connu, M. Henry Friedîg, qui paraît trè.s bien informé sur le programme aussi in intérieur qu'extérieur du nouveau président du conseil. [Les problèmes de l'approvisionnement, les décisions à jrendrerelativementàla Pologne et àla Serbie, à la question Bs langues dans les administrations, la réforme du sys- |>me administratif, le nouveau règlement du Reichsrat, îilà quel est le programme le plus prochain du nouveau
cabinet... Le rapprochement politique et économique avec l'Allemagne apparaît à M. Koerber comme une nécessité de la situation, comme un acte imposé par le bon sens. Le problème de l'Europe Centrale est très bien connu de M. Koerber qui sait ce qui est pratique et réalisable, et qui connaît également les moyens d'aboutir ».
Il est intéressant de remarquer que l'avènement de M. Koerber fut aussi chaleureusement salué par la presse socialiste, et que même les chrétiens sociaux, qui l'avaient très énergiquement combattu lors de son premier gouvernement, ont manifesté des sentiments de sympathie et de confiance. « La nouvelle période s'annonce avec des pers [jectives infinies », écrit le Reichspost.
Le sort du Parlement autrichien. — La campagne pour la convocation du Reichsrat, menée avec tant d'ardeur par les pangermanistes alliés au chevalier Bilinski et au comte Andrassy contre le comte Stûrgkh, a perdu son activité dès l'instant où l'ancien premier ministre, trop faible, trop indécis et surtout trop autrichien, a.été remplacé par le pangeimaniste Koerber. C'est une preuve que les Allemands ne sont nullement opposés è l'absolutisme gouvernemental si celui-ci doit servir à la réalisation de leurs projets. Il ne faut donc pas s'étonner si ceux là mêmes, qui reprochaient au comte Stfirgkh la fermeture prolongée du Reichsrat trouvent lout naturel que M. Koerber déclare à son tour ne pouvoir convoquer le Parlement que sous certaines conditions bien déterminées.
hesNdrodnt Lisiyonl annoncé, dès le If^novembre, d'une source très bien informée, que M. Koerber est fermement décidé à ne se livrer à aucune tentative prématurée, condamnée d'avance à échouer et à compromettre l'idée du parlementarisme. Le Pesti Hirlap de Budapest annonce également que le docteur von Koerber renoncerait à convoquer le Reichsrat et les délégations, si les chefs de tous les partis ne lui donnaient pas des assurances formelles sur la tranquillité de la session.
^L Koerber a certainement de bonnes raisons pour adopter un point de vue aussi absolument identique à celui de son prédécesseur. Il est d'autant plus justifié à agir ainsi que ceux qui l'ont salué avec le plus d'enthousiasme el qui constituent son principal appui, les Allemands de Bohème, déclarent à présent ne vouloir admettre aucune session parlementaire tant que le président du conseil n'aura "pas modifié par voie d'autorité la constitution de l'empire danj le sens de leurs revendications. Un <( homme politique austro-allemand anonyme « a formulé très chaudement ce point de vue dans les Neubsterrei':hi)iche Korres-^ pondenz en disant que seul l'octroi d'une nouvelle constitution, assurant plus d'homogénéité et plus d'unitéà la monarchie, et délimitant les droits réciproques des nationalités, permettrait une session calme et utile du Pailement.
Il est d'ailleurs évident que von Koerber est du môme avis puisque, sans se préoccuper le moins du monde de l'opinion du Reichsrat, il a donné une solution à la question polonaise et prépare, pa'raît-il, d'autres coups d'État non moins importants à l'intérieur de la monarchie ainsi diminuée. Une dépêche de Berne a annoncé dernièrement que le nouveau chef du gouvernement a répondu aux présidents des deux chambres venus pour lui transmettre les
vœux des partis relativement à la convocation du Reichsrat, qu'il était trop occupé par d'autres questions pour pouvoir actuellement conférer à ce sujet avec les députés. On mande d'autre part que, d'après le Neues Wiener Taghlatt, une personnalité compétente a déclaré que l'évacuation de l'hôpital installé dans les locaux du parlement et la mise en état de l'édifice ne prendrait pas moins de trois mois, de sorte que la Chambre ne pourrait se réunir qu'au commencement du mois de mars. Si l'on remarque que le mandat des députés élus en 1911 finit au printemps 1917, et que M. Koerijer sera probal)lement encore longtemps «occupé» à d'autres questions plus importantes, on voit que la Chambre, complètement désorganisée et mutilée par l'élimination des représentants de la Galicie, n'a pas un avenir bien brillant devant elle.
La trahison de M. Oscar Jàszi. — Nous avons signalé dernièrement une intéressante polémique entre le parti de M. Karolyi et le sociologue magyar M. Oscar Jrtszi, qui avait eu le tort de reconnaître publiquement l'oppression exercée par les Magyars sur les Roumains de Transylvanie, les Slovaques, les Ruthènes et les Serbes, et lescruautésdont ils s'étaient rendus coupables envers eux. Au cours de cette polémique, M. Jâszi a été très violemment attaqué comme traîtreàla patrie à caused'un livre mûiwXé Anemzeti alhurtok kialakulàsa, consacré à l'ét^ide des conditions sociales et économiques de la Hongrie, et dans lequel il dénonce tou tes Içs injustices du système agraire féodal, les méthodes asiatiques qui sont en faveur à Budapest e.n matière de justice, d'organisation scolaire et financière. Car toutes les classes populaires en Hongrie, sans distinction de nationalité, sont terriblement exploitées sous un régime où l'inégalité triomphe. » Mais — ajoute-t il à la page 478 — le sort des populations non magyares est beaucoup plus dur que celui des classes populaires magyares. Ploin de haine pour les autres peuples, le junker magyar ne reconnaît guère un homme dans un paysan non magyar. L'organisation judiciaire ne tient aucun compte des droits des populations non magyares et leur instruction est négligée de manière à les maintenir à un niveau très bas de civilisation. Leur situation se présente ainsi : Aux souffrances communes à tous les peuples de la Hongrie, s'ajoutent encore pour les non magyars des souffrances spéciales. En voici quelques exemples : Les paysans non magyars sont opprimés, mais les intellectuels le sont encore davantage, s'ils ne se prêtent aux exigences des milieux gouvernementaux.et s'ils restent fidèles à l'idéal politique et intellectuel de leur propre nation.
Un intellectuel non-magyar ne peut solliciter un emploi de l'État, il ne peut adhérer à aucune association, il est exposé à toutes les brutalités de la police au moment des élections, il est traîné d'un tribunal à l'autre, enfin il est exclu de la société. Que ceux qui nient que la situation des populations non-magyares n'est pas plus pénible que celle des magyares, répondent aux quçstions suivantes : Est-il jamais arrivé qu'un gendarme ait tiré sur un Magyar coupable de porter les couleurs nationales? Quand le notaire l'a-t-il mis à la porte parce qu'il ne parlait pas le magyar? Quand le maire lui a-til infligé une condamnation inique parce qu'un traducteur corrompu avait traduit faussement
sa réponse? Quand est-il arrivé que ses enfants restassent complètement illettrés parce que, pendant les années qu'ils avaient passéesà l'école, les instituteurs les avaient nourris uniquement de vers écrits dans une langue dont ils ne comprenaient pas un mot ? Quand l'a ton empêché déchanter et de fonder des sociétés de lectures parce que sa langue était autre que la langue d'État? Quand a-t-on empêché un Magyar d'élire son compatriote comme député, maire ou secrétaire, parce que sa langue maternelle n'était pas la langue d'État? »
Il serait difiBcile de trouver un témoignage plus significatif de l'oppression barbare exercée par les Magyars contre les autres nationalités de Hongrie. On aurait pourtant tort de voir dans M. Jaszi un traître à sa patrie. Il ne dénonce ces oppressions que comme trop brutales, trop stupides et susceptibles de nuire à la Hongrie. Nous avons en elTet constaté ici, à plusieurs reprises, que M. Jàszi prêche chaleureusement l'alliance intime de la' Hongrie avec l'Allemagne, dont le concours seul peut permettre aux Magyars de maîtriser les onze millions de Non-magyars qui habitent la Hongrie, en employant des méthodes plus intelligentes et moins brutales (1).
En Dalmatie. — La Statthalterei de Dalmatie a récemment supprimé, par décret, l'enseignement de la langue italienne dans les écoles de commerce de Split (Spalato) et de Dubrovnik (Raguse), et institué en même temps l'enseignement obligatoire de la langue allemande.
(1) Voir l'article, L'Europe Centrale et la Hongrie, page 8 de La Niition tdiéque^ II' année.
FAITS ô INFORMATIONS
Le Conseil National des Pays-Tchèques. — Le Conseil National des Pays-Tchèques est l'organe central de toute action politique tchèque et slovaque dans les pays alliés. Il dirige toute la propagande, l'action politique, militaire et diplomatique concernant la question tchécoslovaque.
Son rôle est de faire connaître les aspirations de la nation tchécoslovaque, coordonner tous les efforts et préparer les dossiers qui prouvent la légitimité de ses revendications.
Le Conseil National des Pays-Tchèques, seul compétent et responsable, n'agira qu'en parfaite harmonie avec les représentants qualifiés des Puissances Alliées.
Le Secrétariat général du Conseil National des Pays- Tchèques a son siège à Paris, 18 rue Bonaparte.
Repré-sentants du Conseil National des Pays-Tchèques :
M. R. Stefanik, actuellement â Pétrograd.
E. Benes, secrétaire généraU Paris, 18, rue Bonaparte.
T. G. M.\s.\RïK, actuellement à Londres.
J. DuRICH, actuellement ô Pétrograd
Lt Gérant : L. Màthiid.
Imp dai Beanz-Atti (A. Mull»|, 7>, rua Oaraao. Pari*.
2« Année. — N° 15.
1" Décembre 1916.
%EVVB BI-MENSUELLB
Directeur : Ernest DENIS, Professeur à la Sorbonne
SOMMAIRE
François-Joseph.
Le Monde Slave.
Ernest von Kœrber.
Les Slovaques.
Faits et Informations
PARIS 18, rue Bonaparte, 18
Le N° 35 Centimes
La NATION TCHÈQUE paraît le i" et le 15 de chaque mois.
REDACTION et ADMINISTRATION
18, rue Bonaparte, Paris Téléphone : Fleuras 12-19.
CONDITIONS d'ABONNEMENT - "
France et Colonies 8 îr. 4.50
Union Postale 9 fr. 5 fr.
Conseil National des Pays-Tchèques
T. G. Masaryk, actuellement à Londres. M. R. Stefanik, actuellement à Petrogad.
J. DuRicn, actuellement à Petrograd. E. Benes, secrétaire général, Paris, 18, rue Bonaparte.
Le Conseil national des Pays- Tchèques est l'organe central de toute action politique tchèque et slovaque dans les pays alliés. Il dirige toute la propagande, l'action politique, militaire et diplomatique concernant la question tchécoslovaque. Son rôle est de faire connaître les aspirations de la nation tchécoslovaque, de coordonner tous les efforts et de préparer les dossiers qui prouvent la légitimité de ses revendications. Le Conseil National de-i Pays -Tchèques, seul compétent et responsable, n'agira qu'en parfaite harmonie avec les représentants qualifiés des Puissances Alliées. — Le Secrétariat général du Conseil National des Pays- Tchèques a son siège à Paris, 18, rue Bonaparte.
A TRAVERS LA PRESSE
La mort de François-Joseph a donné à la presse française l'occasion de prononcer un verdict plus sévère que jamais sur le « sinistre vieillard » qui a déchaîné la terrible guerre actuelle, et sur èa monarchie qui ne peut plus échapper à la dissolution. Nous sommes très heureux de trouver dans les articles signés par les publicistes et par les hommes politiques les plus compétents et les plus écoutés, une approbation complète des points de vue que nous n'avons cessé de défendre, avec tant d'énergie, dans notre revue depuis sa fondation.
L'Œuvre (M. Henri Lorin) :
François Joseph disparaît dans l'effondrement de sa monarchie, aïeul sinistre qui a gas-pillé comme à plaisir toutes les chances de sa postérité. Il lui eût appartenu de faire de l'Autriche un Etat de liaison, uccueillant pour tous les peuples dont il gouvernait quelques territoires, élément utile et apprécié d'un juste équilibre européen. Mais il aima moins fonder que détruire. Réduisant l'Autriche a n'être plus qu'allemande et hongroise, il l'avilit et déjà l'on pressent qu'il l'aura tuée. La Providence a permis qu'il vécût assez pour assister aux premiers réveils de ses anciennes victimes. Associé au plus monstrueux orgueil des temps modernes, il s'était condamné à finir son règne ainsi qu'il l'avait commencé, dans la défaite et dans le sang. Bien des hommes ont pleuré par lui ; aucun ne le pleura.
Le Petit Journal (M. Stephen Pichon) :
Désormais, aux termes des rescrits impériaux promulgués depuis l'arrivée de M. Kœrber à la présidence du ministère, il n'y aura plus d'autonomie, ni de liberté, ni de possibilités de défendre l'une ou les autres, dans toute l'étendue du territoire austro-hongrois. Les Polonais, qui furent traités précédemment avec quelque libéralisme, les Tchèques, qui jiurent se croirent à certaines heures sur le point de faire triomidier quelques-unes de leurs revendications, ne seront pas moins assujettis que les Italiens, les Croates et tous les petits peuples soumis au despotisme magyar.
Battue par l'Allemagne à Sadowa, chassée par elle de la confédération germanique, envoûtée presque aussitôt après par ses vainqueurs et constamment préoccupée de servir leurs prétentions autocratiques, la victime de Bismark, devenue complice de Guillaume II, lègue à un héritier, non moins docile par force au commandement suprême du seul ennemi dangereux que nous ayons dans la guerre, le soin de défendre Contre des menaces de dislocation — cette fois inévitable — l'empire qu'il a condamné lui-môme en sacrifiant son indépendance et annihilant son autorité.
Ce n'est plus François-Joseph, mais Charles-François-Joseph qui conduira l'Autriche-Hongrie à sa perte. A part cela, il n'y a rien de nouveau dans l'empire d'Autriche non plus que dans le royaume apostolique de Hongrie.
L'Evénement (M. Gabriel Marsac) :
François-Joseph succombe sans avoir subi tout son châtiment. La flétrissure de l'Histoire restera attachée à son nom. Que les ombres soient lourdes autour de son tombeau !
La Victoire (M. Georges Bienaimé) :
Le voilà mort ! Malgré la bénédiction du pape, malgré-toules les messes et toutes les prières, il ira sûrement en enfer. Consolons-nous ! Il y retrouvera de la famille !
Le Rappel (M. Albert Milhaud) :
Était- il possible à François Joseph de se concilier les Slaves? La question est peut-être aujourd'hui sérieuse. Mais il ne parait pas qu'elle soit illégitime. D'accord avec le Tsar, on pouvait, peut-être, apaiser les Tc^jèques — n'avait-on pas apaisé les Polonais, — les Slaves du Sud également. Mais il fallait alors prendre position contre le pangermanisme. I-'rançois- Joscph a été retenu par la peur des coups. Et Bismarck 1 amusait du mirage oriental.
Le Temps :
Diplomatie hypocrite et servile, politique intérieure réactionnaire et brutale, abandon de toute indépendance et de toute dignité au profit d'un allié sans scrupules, voilà l'Autriche- Hongrie sous François-Joseph. Soixante huit ans de règne infléchis vers la servitude finale, voilà la monarchie des Habsbourgs telle que l'a faite le dernier titulaire. Ennemi du principe national et du principe démocratique, l'empereur qui disparait a condamné également par ses fautes le principe monarchique. Ce long règne est un règne d'abdication, de faillite et de honte.
Le Matin (M. Hugues Le Roux) : ,
Quand on songe à l'engagement que François-Joseph prit ce jour-là, à la façon dont il a vécu, à l'impénitence de férocité dans laquelle il est mort, on touche une horreur spirituelle plus profonde que toutes les inhumanités dont depuis deux ans nous avons le spectacle.
Le dernier geste de ce Bourreau couronné, qui avait promis d'être bon, aura consisté à fixer une croix d'honneur sur la poitrine de l'autre bourreau.
François Joseph s'elïondre après avoir tout déshonoré : l'Empire, la Famille, le Deuil, l'Amour, la Guerre, même la Foi.
^EVVE BI-MENSUELLE
Deuxième année.
I«r DÉCEMBRE I916