‹ La Nation tchèque (volume 3)Chapitre 85 sur 100 · DECLARATION DU COMITE YOUGOSLAVE · texte numérisé non relu

DECLARATION DU COMITE YOUGOSLAVE

à l'occasion du prochain couronnement

de l'Empereur et Roi Charles de Habsbourg

Charles de Habsbourg va être couronné : à Vienne comme empereur d'Autriche, roi d'Illyrie, seigneur de la Marche Slovène, etc, ; à Budapest, comme roi de Hongrie, de Croatie-Slavonie-Dalmatie, voïvode de la voïvodie de Serbie, etc. Ce même empereur et roi installe aussi son règne sur les pays annexés de Bosnie et Herzégovine.

.Sous la terreur du régime actuel, sept millions de Yougoslaves de la Monarchie austro-hongroise sont dans l'impossibilité de parler librement. C'est pourquoi le Comité Yougoslave, seul représentant libre de tout ce peuple, et mandataire autorisé des libres Yougoslaves d'Amérique et d'Australie, a non seulement le droit, mais aussi le devoir de proclamer les revendications nationales.

Les rapports entre la dynastie et notre peuple ne sont point fondés sur un sentiment de dévouement et de loyauté. Ils ne reposent, au contraire, que sur le « pouvoir d'État ». Dans Charles 1«''-1V, le peuple yougoslave n'aura pas un souverain légitime, mais un nouveau tyran qui continuera la politique traditionnelle des Habsbourgs.

Cette dynastie a reçu le pouvoir sur nos pays en vertu soit de conventions bilatérales et de déclarations solennelles, qu'elle a foulées aux pieds, soit de traités internationaux, qu'elle a violés.

Par la délibération du Sabor de Cetin-graten 1.527 et par l'acceptation de la Pragmatique Sanction, en 1712, au Sabor de Zagreb, le Royaume Triunitaire de Croatie-Slavonie- Dalmatie accepta, en considération de la situation d'alors, la dynastie des Habsbourgs et conclut avec elle des conventions bilatérales par lesquelles Ferdinand I"' et Charles Hl reconnurent la constitution, les droits et les libertés de le Nation et promirent de les respecter.

La dynastie ne s'est pas tenue aux stipulations arrêtées A la suite de suppressions, de changements et de suspen sions, la Constitution ne fut qu'un jouet dans les mains de: souverains. Les lois violées, la porte fut ouverte à la corruption et à l'arbitraire bureaucratiques pour le service di la seule politique dynastique. Au lieu d'un défenseur, h peuple ne trouva dans son roi qu'un oppresseur.

La violation des lois alla si loin que François-Joseph I® permit à la Hongrie d'arracher à la Croatie la ville de Fiume grâce à une falsification de texte dans leCompromis de 1868 imposé lui-même aux Croates et déjà sanctionné par c( même monarque.

Les pays Slovènes ne se soutinrent que par un effort surhumain contre l'action systématique de germanisation, mise en œuvre sans merci par tout l'appareil du pouvoir, dans k seul but d'étendre le germanisme jusqu'aux bords de l'Adria tique.

Tout pareillement, furent supprimés les privilèges qu'ur engagement de Léopold I""' avait accordés au peuple serbe de l'empire pour ses mérites dans la lutte contre les Turcs sujiprimés aussi les droits de la voïvodie de .Serbie qu( François-Joseph I"'' avait sanctionnésen 18-i8 ; l'autonomie içôme de l'Eglise serbe-orthodoxe fut supprimée.

Contre la volonté du peuple et sous menace de guerre, ce même souverain proclama en 1908 l'annexion de la Bosnie Herzégovine en foulant aux pieds une convention interna tionale. L'occupation de ces provinces fut transformée, pai un abus du mandat européen, en un acte de conquête e devint une des causes de la présente guerre.

Notre peuple yougoslave, ranimé par l'esprit de la f^évo lution française, a acquis la conscience de son unité, et d( son individualité. Il a fondé sa vie moderne sur le princip» des nationalités. A la réalisation de ce principe, la dynasti( s'est toujours opposée de toutes ses forces. Partagé en deu: par le dualisme austro hongrois, notre peuple a été livré i l'hégémonie des Allemands et des Magyars. Avec une constance inébranlable, l'État a travaillé systématiquemen à d(;truire la force vitale de notre nation par l'instigation de divisions intestines, par l'assujetissement politique et admi nistratif, par le morcellement du pays en provinces, par l'empêchement du progrès intellectuel et par l'exploitation ruineuse de la richesse nationale. On a même essayé de briser l'intégrité de l'organisme national par la colonisation allemande et magyare dans les régions les plus fertiles, el l'on a obligé l'élément indigène à l'émigration.

Cette dynastie teutonne s'est faite l'instrument du pangermanisme ; expulsée de l'Allemagne, elle s est jetée avidement sur les Balkans et, soumettant le sort de ses peuples

à la politique dominatrice et conquérante des Hohenzollern, elle a provoqué la terrible conflagration qui dure encore, afin d'écraser dans la Serbie indépendante le champion de l'unité et de l'indépendance yougoslaves.

A l'heure où, ayant réduit notre patrie à la condition de pays sans droit, les milieux officiels s'apprêtent à fêter le couronnement du nouvel empereur et roi, le Comité Yougoslave déclare solennellement, devant les cadavres de ses frères immolés, que notre peuple est libéré de toute sujétion et fidélité envers la dynastie des Habsbourgs et de tout lien avec la Monarchie austro- hongroise.

Dès à présent, il proteste contre toute tentative de réorganisation de cette Monarchie, par laquelle on voudrait retenir notre peuple dans les limites de cet empire. Ce ne Serait, pour notre malheur, qu'une nouvelle machination destinée à servir la politique d'expansion germanique vers les Balkans.

Le Comité Yougoslave affirme de nouveau (ce qui, dès sa constitution a été défini comme but de son action) qu'il ne fléchira devant aucune menace ou calomnie. Une seule mesure peut satisfaire les vccux de notre peuple et rendre • la paix durable au Sud-Est de l'Europe et en particulier à l'Adriatique et aux Balkans : c'est d'enlever à la dynastie des Habsbourgs tous les pays où vit ce peuple unique de même sang, mais de nom triple : serbe, croate et slovène, pour le réunir au royaume de Serbie sous la glorieuse dynastie des Karageorgjevic.

De la victoire des armes alliées, luttant pour la Liberté des peuples, la Justice et la Civilisation, nous attendons avec une confiance complète la réalisation de ces vœux.

Arrêté à Paris, en la séance piénière du 18 décembre 1916. Le Comité Yougoslave :

Président : Dr Ante Tku.mbic, avocat, député et chef du

Parti national croate à la Diète de Dalmatie, ancie maire

deSplit (Spalalo), ancien député du districtde Zadar(Zara)

au Parlement autrichien.

Membres :

Pasko BABuniCA. Kolocep (Dalmatie), propriétaire de mines au Chili, président de la « Défense nationale yougoslave » à Valparaiso; Jovo Banjanin, publiciste, ancien député au Parlement croate et délégué croate au Parlement de Budapest; Dr Ante Bia.nkini, médecin. Starigryd (Dalmatie), président du Comité yougoslave de Chicago, 111. (U. S. A.); Dr Ivo de Giulu, conseiller municipal de Dubrovnik (Raguse, Dalmatie); Dr Julue Gazzari, avocat, ani-ien conseiller municipal de Sibenik (Sebenico, Dalmatie); Dr Gustav Gkkgoiun, avocat, Trieste, députée la Diète de Gorica-Gradisca, député du district de Sezana "'torica Gradisca)au Parlement de Vienne et conseiller muipal de Trieste; Révérend don Niko GasKOvié, curé romain catholique, Vrbnik, ile de Krk (Veglia, Istrie), président de la Ligue croate de Cleveland, 0. (U.S. A.); Dr HiNKO HiNKOvié, avocat, député au Parlement croate et délégué au Parlement de Budapest; Milan Makjanovic, Kastav (Istrie), directeur du Narodno Jcdensievo (l'Université nationale), Zagreb (Agram, Croatie); Ivan Mestuovic, sculpteur, Octavice (Dalmatie); Dr Mice Micié, avocat, consi'iller municipal de Lubrovnik (Raguse, Dalmatie); ■Vjekosi.av Minhovic, Slanc (Dalmatie), propriétaire de

mines au Chili; Vjekoslav Moro, Brac (Dalmatie), propriétaire de mines au Chili; Dr Franco Potocnjac, avocat, ancien député au Parlement croate et délégué croate au Parlement de Budapest; Mihajlo Pupin, Pancevo (Banat), professeur à la Columbia University, président de l'Union serbe Sloga, Nevs^-York; Dr Milan Srskic, avocat, député à la Diète et membre du Conseil provincial de Bosnie-Herzégovine; Dr NiKOLA STOJANOvié, avocat, député à la Diète et membre du Conseil provincial de Bosnie-Herzégovine; Dr DiNKO Trinajstic, Pazin (Istrie), avocat, député à la Diète d'Istrie; Dusan Vasiuevic, avocat, Mostar (Herzégovine), vice-président de l'Union nationale serbe et membre du Grand Conseil de l'autonomie serbe orthodoxe pour la Bosnie-Herzégovine; Dr Bogumil Vosnjak, Gorice, professeur à l'Université de Zagreb; Dr Niko Zupaniô, Metlika (Carniole), conservateur du Musée ethnographique.'

ÉCHOS ET NOUVELLES

Le couronnement du roi de Hongrie et les Slovaques

Nous ne pouvons ne pas élever notre protestation au moment du couronnement de Charles IV roi dé Hongrie. Depuis 1848 les Magyars n'ont pas cessé de pratiquer leur régime d'oppression Honteuse à l'égard des Slovaques, à qui tout était refusé : liberté de langue, liberté d'instruction, accès à la magistrature , possibilité de développement économique. Ces malheureux durent subir les persécutions les plus basses et les plus honteuses : Partout on pratiquait la magyarisation à outrance, à l'école comme dans la vie civile et on multipliait les emprisonnements pour opinions subversives et les procès de tendances. On n'a pas même cédé aux sentiments naturels de pitié quand on décida d'enlever des enfants du sein de leur famille pour les élever dans un milieu complètement magyar.

Les Habsbourgs laissaient s'accomplir ces crimes avec un cynisme inperturbable. Ils acceptèrent les procédés de règne des Magyars. Loin d'intervenir en faveur des Slovaques ils les sacrifièrent. Et dans la guerre actuelle, ils ont poussé si loin la persécution et la torture qu'ils ont désormais perdu tout titre à être considérés par les Slovaques comme leurs souverains.

La Hongrie a, dans cette guerre, réalisé presque complètement son indépendance; elle a accentué encore la puissance centraliste de son état; le principe de l'état hongrois, qui conteste aux nationalités ,slaves et en particulier aux Slovaques, leurs droits et leurs libertés civiles au profit des Magyars, qui, d'ailleurs, ne reconnaît même pas leur nationalité comme une individualité propre, trouvera désormais en Hongrie son application la plus étendue. Toute révolution de

la Hongrie pendant cette guerre est nettement dirigée contre l'existence nationale des Slovaques. Tout fut fait pour étouffer leur voix et pour les étrangler et les Magyars ne reculèrent devant aucune persécution.

La Couronne a assisté impassiblement à ce spectacle. Depuis 1878 sa conduite fut toujours la même. L'empereur François-Joseph n'a jamais récompensé la loyauté des Slovaques que par son ingratitude. Et le jeune roi actuel, continuant la même politique, assiste au renforcement du pouvoir Magyar et à l'accroissement de leur hégémonie sans se soucier le moins du monde du sort des nationalités opprimées. C'est pourquoi, par leur passé et par leur action présente, les Habsbourgs ne méritent pas d'être reconnus par les Slovaques comme leurs souverains.

Mais il y a plus aujourd'hui : comme les Tchèques en Autriche, les Slovaques en Hongrie sont en révolution ouverte contre leur gouvernement et contre leurs dominateurs. Ils ont rompu tous les liens qui les ont rattachés jadis et aux deux états dont ils dépendent, et à la maison régnante.

Aussi, aujourd'hui, les Slovaques dénoncent farouchement et sans se lasser, les crimes qui ont été commis contre eux par l'État soi-disant hongrois et la maison des Habsbourgs. Ils ne veulent pas se considérer comme liés par les cérémonies qui ont eu lieu le 30 décembre à Budapest et ils ne veulent pas reconnaître ni l'intégrité de la Hongrie, que Tisza a proclamée avec fracas, ni les droits dont un prince de la famille des Habsbourgs vient de s'emparer pour dominer la Slovaquie. Au nom du droit naturel et du principe de nationalité, ils se préparent à commencer, après la guerre, une vie nouvelle, nationale et libre, en communion avec les Tchèques.

François-Joseph et les Slovaques. — Une assemblée slovaque tenue le 6 juin 1861 à Turciansky Sv. Martin (Turocz st. Martin) par 600 Slovaques éminents adopta une motion appelée « Mémorandum » destinée au Parlement de Budapest et la présenta, en l'absence du président Koloman Ghieczy, à Koloman Tisza, le vice-président du Parlement. Mais les Magyars considérèrent qu'il n'y avait pas là matière à une réponse officielle çiux Slovaques. Le Mémorandum cependant ne resta pas sans réponse : l'obligation de la langue magyare dans toutes les écoles, la persécution des Slovaques éminents qui défendaient les droits de leur nation contre les empiétements des Magyars, furent une répons^ effective qui ne laissa aucun doute aux Slovaques sur les intentions magyares à leur égard.

Dans ces conditions, on s'adressa au souverain de Vienne pour qu'il veuille intervenir auprès des Magyars.

Une députation conduite par Mo'ise, évêque de Bànska Bystrica (Neuhsohl), se présenta à François-Joseph le 12 décambre 1861 au Hofburg de Vienne et lui remit un mémoire

mentionnant les plaintes slovaques. Le mémoire disait que c'est un fait bien connu que le royaume de Hongrie n'a pas été fondé par Saint Etienne sur la base d'une nationalité spéciale et que l'histoire de Hongrie n'accorde pas du tout une situation prépondérante de la race magyare. Il demandait la liberté pour les Slovaques de parler leur langue à l'église, à l'école et dans les administrations municipales aussi bien que dans les rapports avec la haute administration gouvernementale. Il constatait au contraire que les Magyars refusaient de prendre connaissance de ces justes réclamations et qu'ils persécutaient lesSlovaques pour les' empêcher de développer leur culture, comptant ainsi les laisser dans un état d'inconscience morale et nationale favorable à la magyarisation. Suivait un tableau des persécutions abjectes auxquelles avaient été soumis les Slovaques depuis 1848.

Après l'exposé de la question slovaque le mémoire, faisant confiance à la parole de 'François Joseph, implorait humblement le souverain de décréter, selon les termes du rescrit Royal du 21 juillet 1861 à la Diète hongroise, que les droits des nationalités nôn-magyares en ce qui concerne l'emploi de leur langue nationale dans leurs affaires administratives, devaient être respectés et assurés par les Magyars en Hongrie.

On avait adjoint à ce mémoire un autre document, qu'on présenta au souverain, oij on formulait les demandes suivantes: « 1° La reconnaissance légale de la nation slovaque, c'est à dire de son individualité nationale et la formation d'une terre slovaque avec les territoires occupés par elle ; 2» L'autonomie administrative, législative et judiciaire de la terre slovaque ; d'^ L'introduction du slovaque comme langue de l'administration, de l'église, de l'école et des Chambres de basse justice ».

Voici la réponse de François-Joseph à la députation :

Je suis heureux de voir ici les porte-paroles de ma loyale nation slovaque qui me fut fidèle dans les jours difficiles. Je prendrai en considération vos griefs et vos vœux et selon les circonstances j'en tiendrai compte. En ce qui concerne l" question scolaire les ordres, comme vous avez pu le remar quer, ont été donnés contre mon gré et, le plus tôt possible, je ferai porter remède à la situation. Pour ce qui est du reste je veux faire examiner vos désirs et vos réclamations et je les exhausserai autant que possible. Encore une fois je suis heureux de vous avoir vus ici.

Ainsi François-Joseph avait réservé le meilleur accueil à la députation slovaque et, mieux encore, il lui fit parvenir plus tard un don de 1000 florins, pour la Matitca'Slovenska, société littéraire des Slovaques.

Mais les Slovaques eurent bientôt fait de se rendre compte de ce que valaient les promesses solennelles de l'Empereur. La députatinn n'avait pas quitté le Hofburg que le régime infâme des persécutions recommençait et que l'Empereur avait déjà oublié les affaires de Slovaquie.

Les Magyars trouvaient exagéré que les Slovaques pussent organiser trois lycées, à Velka Revnica (Nagy Roecze) à Turciansky Sv. Martin (Surocz St-Martiu) à Klastor (Zais Varalja) et posséder encore une société littéraire nationale, la Slovenska Matica à Turciansky Sv. Martin. En 1874 ils fermèrent et abolirent les lycés slovaques et dissolurent la Slovenska Matica, confisquant arbi-

Irairement ses fonds en entier avec les 1000 florins de l'Empereur et convertissant ses bâtiments en offices gouvernementaux. Et François Joseph connaissant tout cela, ne remua pas un doigt pour empêcher les Magyars de commettre de pareilles ignominies. Bien au contraire, il accepta le crime'du compromis de 1867 et laissa les Slovaques à la merci des Magyars.

Aujourd'hui les Slovaques ne se font aucune illusion sur les intentions de l'empereur François-Joseph. Parjure à l'égard des Tchèques, il l'était aussi à l'égard des Slovaques et il n'en pouvait être autrement.

LA SITUATION POLITIQUE : La nouvelle façade de l'Autriche. — La chute du cabinet KOfber qui, au premier moment, apparaissait comme une victoire des radicaux allemands et des Magyars, n'a pris une signification réelle que huit jours après, quand le comte Clam Martinic fut chargé de former le nouveau cabinet — un cabinet de concentration. Il apparaît maintenant que bien avant la remise de la fameuse note du 12 décembre 1916, le nouvel Empereur Charles ait décidé, en accord avec Guillaume II, de modifier la façade dé sa monarchie, de style par trop pangermaniste. L'Autriche, dont l'Allemiagne avait fait son instrument en 1914 pour provoquer la guerre, devait être de nijuveau mise en avant quand il fallut proposer la paix allemande. Pour cela il fallait à tout prix provoquer chez les Alliés l'impression d'un refroidissement des rapports entre Berlin et 'Vienne et faire même entrevoir la possibilité d'une scission. C'est pour cette raison que l'Autriche, tout d'un coup, a adopté le masque de l'amitié slave qui — nous l'avons vu — n'a pas manqué de désorientf^r, au moins passagèrement, quelques grands journaux de l'Entente.

La manœuvre fut jouée avec la plus grande habileté. On a fait croireà l'étrangerque M. Spitzmuller, qui a remplacé pendant quelques jours le docteur Kftrber, allait réaliser toutes les revendications allemandes par la voie des décrets impériaux dont son prédéces.seur refusait de se servir. Pendant ce temps le comte Clam-Martinic conférait à Prague avec le comte Czernin, avec le Statthalter de Bohême, le comte Coudenhove et avec les Tchèques, dont on espérait gagner au moins une partie, pour participer à la nouvelle combinaison ministérielle.

Le nouveau chef du gouvernemeùt n'a pas été mal choisi, comte Richard Clam-Martinic était tout récemment encore le chef de la droite fédéraliste de la Chambre des Pairs; comme président delà Banque Industrielle Tchèque, il a de nombreuses connaissances personnelles à Prague ; son oncle Henry de Clam Martinic fut un des principaux collaborateurs de Rieger et de Palacky quand ils luttaient au nom de l'ancien droit d'État Tchèque pour l'autonomie de la Bohême. On fit entrevoir aux Tchèques que les revendications des partis allemands approuvées par le docteur Korber n'avaient aucune chance d'être réalisées, que l'Autriche devait rester indépendante de l'Allemagne et que le rapprochement purement économique, et d'ailleurs inévitable, ne l'engageait en rien. L'Entente, disait on, va bientôt accepter la paix que nous offrons et votre intérêt vous ordonne de vous entendre avec Vienne pendant qu'il

est encore temps. Il y avait là de belles promesses pour l'avenir et par ce langage séduisant, le comté Clam-Martinic aurait voulu gagner les Tchèques. Il se flattait de les amener à siéger à la session du Reichsrat, dont le nouvel empereur a besoin pour la cérémonie du serment et il pensait qu'ils allaient y assister sans réserve ni protestation. La constitution du cabinet Clam-Martinic, annoncée le 20 décembre, a montré comment ces plans ont réussi. Un cabinet de coalition tchéco allemand n'a pas pu être constitué. A côté de M. Baernreither et de M. Urban, députés allemands de Bohême, connaissant tous deux à fond la question tchèque, l'élément tchèque n'est représenté dans le nouveau cabinet que par le baron Trnka, ingénieur de profession et bureaucrate sans importance politique car il n'a aucune attache avec le Club Tchèque unifié. Les Tchèques ne se sont pas laissé leurrer non plus par les bons conseils d'un autre grand seigneur de Bohême, le comte Czernin, à qui on a réservé le ministère des affaires étrangères et qui, quoique allemand de sentiment, n'en a pas moins gardé de nombreuses attaches dans la noblesse conservatrice tchèque, avec laquelle, d'ailleurs, il est apparenté par sa femme, la comtesse Kinsky. Il semble pourtant que le comte Clam-Martinic n'a pas abandonné son plan. Il continue à négocier avec les Tchèques. Nous avons pourtant de bonnes raisons de croire que c'est un travail inutile. Les Tchèques ne cherchent qu'à gagner du temps, comme les journaux de Vienne le disent, et nous pouvons ajouter — c'est notre conviction profonde, qu'ils tiendront aussi longtemps qu'ils auront en eux la croyance que les Alliés sont décidés à continuer la guerre et à empêcher la réalisation du « Mitteleuropa » germanique.

Le programme du comte Clam-Martinic. — La

Wiener Zeitung du 22 décembre a publié le programme du nouveau cabinet qui est fort instructif. Le gouvernement promet avant tout de rétablir pleinement lerégime constitutionnel et de prendre les mesures qui rendront possible le serment de l'empereur devant le Reichsrat. Il indique en même temps les moyens dont il veut se servir pour atteindre ce but et comment il se propose de consolider l'Autriche au point de vue politique et économique par la concentration des forces de toutes les nations de la monarchie. « Le gouvernement, dit la gazette, n'hésite pas à indiquer dès le début la tendance générale de sa politique : II sera juste et équitable envers tous les peuples de l'État, car il a besoin de l'entente et de la collaboration de tous ceux auxquels l'avenir de l'Autriche n'est pas indifférent. » 11 n'est pas douteux que ce soit là un appel aux Tchèques, auxquels on fait espérer quelques concessions. D'autre part, le programme du comte Clam-Martinic est bien fait aussi pour contenter les Allemands et pour endormir leur méfiance : (( Parmi les problèmes, dit encore le journal, dont le gouvernement s'occuppera en premier lieu, se trouve la question du compromis économique entre les deux Etats de la monarchie ainsi que les mesures tendant au rapprochement économique avec l'Allemagne (Anlahnung engerer icirtschaftUcher Beziehungen).

Un autre détail du programme ministériel a soulevé beaucoup de commentaires et a une importance considérable. Clam-Martinic, malgré ses promesses et sa modéra-

tion, malgré l'aide efficace de la couronne, n'a pas urie confiance absolue'dans le Reichsrat autrichien. On se souvient de ses déclarations faites le 6 octobre dernier à la conférence des délégués de la Chambre des Pairs où il s'occupait du projet de convocation des deux Chambres parlementaires. En montrant plus d'indulgence pour le comte Stûrgkh et son absolutisme que n'en manifestaient les libéraux allemands soutenus par Sieghardt, Andrassy et Bilinski, le comte Clam-Martinic demandait par i)rudence que la convocation du Reichsret soit précédée par la réalisation de certaines mesures préparatoires qui garantiraient une session normale. Nous retrouvons maintenant, dans son programme, son ancienne formule : « Il faut des mesures préparatoires, nécessaires au rétablissement du régime constitutionnel. Il faut aplanir la route qui nous mène a la session parlementaire. »

On croit généralement que le comte Clçim-Martinic se réserve ainsi la méthode absolutiste pour le cas où les négociations avec les partis échoueraient. La Neue Freie Presse ne s'y trompe pas et remarque qu'il est peu probable que le gouvernement puisse trouver au Reichsrat une majorité de deux tiers pour le vote de l'autonomie de la Galicie, dont la réalisation figure aussi dans le programme du cabinet. Les chrétienssociauxsontencoreplussceptiques et annoncent dans leur- organe, le Beichspost, qu'ils ont refusé de déléguer leur représentant au cabinet à cause de leurs doutes avec la possibilité d'un régime parlementafre.

On voit que la grave crise constitutionnelle est très loin d'être résolue. Ni le gouvernement ni les partis n'osent espérer le retour à la constitution de 1867 dont personne ne peut plus se contenter et dont le changement est devenu d'ailleurs inévitable après le décret du 5 novembre, annonçant la situation spéciale de la Galicie. Tout le monde se rend compte, les Allemands aussi bien que les Tchécoslovaques, les Polonais et les Yougoslaves que la constitution autrichienne de 1867 appartient au passé et tout le monde sait aussi que la réorganisation des territoires 'dénommés « Empire d'Autriche » dépend de l'issue de la guerre. Il serait très hardi d'espérer en ce moment une « consolidation de l'Autriche par la collaboration de tous ceux auxquels le sort de la monarchie n'est pas indifférent ». Si les Allemands et la couronne soutenue par quelques grands seigneurs autrichiens vieux style, commencent tout d'un coup à s'y intéresser au moment où le grand plan germanique s'écroule, les Slaves ne s'y intéresseront plus jamais.

Le comteOttokarCzernin, le nouveau ministredesaffaires étrangères, est un allemand sincère malgré son nom tchèque et malgré le passé tchèque de sa famille. Il appartient au parti des grands propriétaires allemands en Bohême qui ont fusionné dès le mois de janvier 1916 avec le Club des députés allemands à la Diète de Prague. Ami personnel du feu archiduc François Ferdinand qui était souvent son hôte au château de Vinaf en Bohême, il était depuis longtemps le partisan le plus fervent de la politique de l'expansion autrichienne dans les Balkans. Dans un discours qu'il a proclamé au cours de la guerre balkanique le 27 juin 1913, il a commenté en des termes très énergiques la décision de l'Autriche de défendre ses intérêts dans les Balkans et surtout en Albanie, par tous les moyens à sa disposition.

Le comte Czernin a pris aussi une part active à la politique intérieure. Il travaillait à Prague à un arrangement en Bohême car il considérait l'opposition tchèque comme dangereuse à la politique extérieure de l'Autriche. Il a expliqué ses idées à ce sujet dans un autre discours prononcé le 3 juillet 1912, à la commission du budget de la Chambre des Pairs. Il plaidait pour un changement de constitution qui arrangerait la question tchèque et la question yougoslave. « Les questions nationales non résolues, a-t-il dit, sont la véritable et la dernière raison du désarroi qui se manifeste au Parlement et dans toute la monarchie. La constitution de 1867 a besoin de se moderniser quelque peu ».

Dans sa carrière diplomatique il a été vivement attaqué par l'opposition magyare comme ministre plénipotentiaire à Bucarest où il a remplacé le prince Furstenberg en octobre 1913. Les Magyars sont d'ailleurs bientôt revenus sur leur opinion, surtout après les publications du Livre Rouge, sur les affaires roumaines. Le comte Tisza a très chaleureusement défendu le comte Czernin devant le Parlement hongrois et 1 accueil qui a été réservé au nouveau ministre à Vienne aussi bien qu'à Budapest fut très favorable. Ni les Allemands, ni les Magyars ne craignent pas ses idées réformistes, car ils savent bien que quelques concessions aux Yougoslaves et aux Tchèques ne pourraient en ce moment qu'améliorer la situation extrêmement difficile de la monarchie. Les sympathies du nouveau ministre pour l'Allemagne sont connues et hors de doute, comme les dépêches échangées avec Bethmann-Holhveg le mettent, d'ailleurs, en évidence. On ne peut parler que d'un seul changement : tandis que les Allemands souhaitaient la formation d'une grande confédération germanique depuis la Baltique jusqu'à la Méditerranée, réunie fortement par des liens politiques, militaires et économiques, les comtes Clam-Martinic, Czernin et Berthold veulent arriver, par un détour, au même but, à la grande Mitteleuropa, en travaillant d'accord avec l'Allemagne, mais sous la vieille enseigne autrichienne.

LA SITUATION ECONOMIQUE : Alimentation. —

Comme il arrive toujours dans les moments de crise et de misère publique, les faux bruits circulent avec la plus grande facilité et rencontrent partout une confîanée aveugle. C'est ainsi que le bruit se répandit dans la Basse-Autriche qu'on allait procéder incessamment à la réquisition des porcs. Les paysans aussitôt prirent peur et pour conserver à eux ces dernières réserves de viande ils abattirent leurs troupeaux. On publia alors un avis officiel pour démentir cette fausse information, mais le gouvernement ne pourra jamaisarrêter les effets désastreux des nouvelles erronées, aussi bien sur les ressources économiques du pays que sur le moral des habitants. Comme dit le rédacteur d'un journal viennois : « Cet avis vient bien trop tard, car ces abattages par peur se pratiquent depuis déjà de longues semaines. »

Pour ce qui est du pain, la ration continue toujours à diminuer. En décembre on octroya 1 .000 grammes de farine par personne et, bien qu'on ait promis aux personnes dont les travaux sont réputés pénibles de leur maintenir leur

ancienne ration, on se voit obligé de diminuer aussi leur part, à dater du 26 décembre.

Il est curieux de lire le rapport du D"' Bôhme, chef du service de santé de la ville de Vienne : on peut suivre déjA les conséquences de l'alimentation de guerre sur la santé publique. Il avoue lui-même d'ailleurs : « Le grand nombre de maladies des voies digestives est vraiment frappant. Pendant le mois d'octobre on a soigné gratuitement 9.381 personnes au lieu de 8075 du mois précédent. Il y avait 2.219 maladie des voies respiratoires, 1.547 des voies digestives et 675 cas de tuberculose. »

Le bureau de l'alimentation nationale a commencé à fonctionner le 8 décembre. La première mesure prise était la défense de l'importation des porcs de la Hongrie. Ce bureau doit s'occuper surtout de l'approvisionnement en pommes de terre et en graisse.

Cuivre. — On vient de publier un avis invitant tous les propriétaires d'appareils de chauffage en' cuivre, en particulier pour salles de bain, à venir les déclarer et à les livrer au plus lard le 15 janvier 1917. Une répercussion curieuse de la disette du cuivre se produit sur la culture de la vigne. Ta vendange a été partout détestable en Autriche et la cause n en donne est le manque de sulfate de cuivre, nécessaire aux soins de la vigne.

Charbon. — La disette de charbon commence à prendre à son tour des proportions inquiétantes. Les empires centraux en avaient encore, l'année dernière, en abondance. Il commence à manquer en Autriche et dans certaines régions il fait absolument défaut. Vienne se voit donc réduite à faire des économies de lumière. On a supprimé toute réclame lumineuse, on a restreint l'éclairage des J)outiques de deux tiers et on a ordonné la fermeture des n 11,'asins à 19 heures. Quant aux établissements de nuit, ils . ent être fermés au plus tard à minuit...

Vers la moitié du mois de décembre tous les propriétaires * des valeurs étrangères ont été avisés, qu'ils sont obligés de les déclarer entre le 15 décembre 1916 et le 15 janvier 1917. Il s'agit, comme disent les journaux d'une préparation de ' ' mobilisation de tous les biens nationaux, car le cours ient de plus en plus mauvais et toutes les mesures jusqu'à |ircsent prises se sont montrées infficaces.

Ml dirail que l'Allemagne ne veut plus, ou ne peut plus secourir son alliée. Les journaux disent ([uo son secours devient de plus en plus problématique, car le mark subit ces derniers temps de graves fluctuations, dont la faute revient à l'Autriche, qui innonde les neutres de marks, pour ne pas être obligée de payer avec la couronne dépréciée.

L'hôpital de la ville de Vienne (Jubileumspital) qui dispose de quelques lits ne s'est vu obligé d'ajouter à son budget de cuisine 1915/16 que 2.086.000 couronnes.

Le capital des usines Skoda a été éluve de 45 millions à 72 millions de couronnes.

Conférences. — Dans la série des conférences sur la religion chez les Slaves, la deuxième, organisée par l'Institut d'Etudes Slaves, qui eut lieu à la Sorbonne le \2. décembre, a été consacrée à la conversion des Slaves et aux apôtres Cyrille et Méthode. L'éminent slaviste, M. Haumant, professeur adjoint à la Faculté des Lettres, qui était sûrement le plus qualifié pour traiter ce sujet, a montré surtout le côté national et politique du grand conflit de l'Eglise occidentale et orientale en Bohème qui dès les IX» et x" siècle était le champ de bataille le plus important des luttes entre le Slavisme et le Germanismp.

— M. Ernest Denis a parlé, le 26 novembre, dans la série des conférences organisées par la Foi et Vée, de la Fin de l'Autriche. Aucun sujet ne pouvait avoir plus d'actualité quelques jours après la mort de François-Joseph. Le sort de l'Autriche-Hongrie est une des questions capitales qui se posent à l'heure présente. On ne pourra jamais assez insister sur l'importance de la dissolution de la monarchie qui a fusionné complètement avec l'Allemagne. Il y a des gens qui croient à une transformation possible de l'Autriche- Hongrie. Ils peuvent se dire : credo quiaabsardum. Aucune transformation n'est possible dans un État, qui pendant des siècles n'a fait que piétiner les droits des peuples qu'il réunissait. Seule la dissolution de l'Autriche-Hongrie peut apporter un profit à l'organisation nouvelle de l'Europe. La France, en particulier, trouvera, dans les peuples slaves libérés, les alliés les plus dévoués et les plus fidèles pour sa lutte contre le danger germanique.

Le cours de la langue tchèque à la Ligue Franco- Tchèque. —Nous avons annoncé à nos lecteurs la fondation du Cours pratiquede langue tchèque à l'usage des FVançais.

Ce cours a donné pleine satisfaction à ses fondateurs car il a révélé la profondeur et la sincérité de l'amitié francotchèque et a prouvé manifestement sa raison d'être.

Parmi les treize élèves qui s'y sont inscrits jusqu'à présent, il y a surtout des femmes mariées à des Tchèques, et c'est à quoi on devait s'attendre. — Elles désirent apprendre avant tout la langue de la conversation pour (( pouvoir entrer plus étroitement, comme le disait l'une d'elles, en contact avec le pays de leur mari et comprendre plus facilement leurs compatriotes ». — D'autres élèves poursuivent un but plus élevé. S'ils pensent à leurs intérêts particuliers ils se soucient également de la cause de la nation amie. — C'estainsiqu'on remarque un jeune étudiant qui s'intéresse à la langue tchèque au point de vue linguistique, un professeur dont le nom paraîtra sans doute plus tard sur un ouvrage tchèque traduit par lui, un artiste qui, ayant déjà propagé avec succès la littérature française en Bohême, va commencer à vulgariser maitenant les œuvres tchèques en France.

Nous ne voyons pas encore figurer parmi les élèves ceux qui pourraient venir par intérêt commercial. — Et pourtant 'notre plus cher désir est de nous débarrasser de l'emprise commerciale germanique et nous ne pourrons le faire que si les commerçants alliés connaissent notre langue.

Le Cours de langue tchèque a lieu deux fois par semaine, le mardi et le vendredi, de 8 h. 1/2 à 10 heures du soir au Siège de la Ligue Franco-Tchèque, 106, rue de Richelieu.

A TRAVERS LA PRESSE

Dans le Weekli/ Despeateh du 12 novembre 1916, M. Masaryk publie un article fort intéressant, où il montre comment l'Allemagne se déshonore en combattant avec l'ignoble barbarie que l'on sait. Il montre comment le Kaiser pourrait rendre la guerre plus humaine. Nous détachons de cet article les passages où M. Masaryk caractérise le rôle du Kaiser dans cette guerre.

J'ai dans ma bi))liothè(jue un livre écrit par un publiciste allemand qui a pour titre Si J'étais le Kaiser (Wen ich der Kaiser war). Il représente de façon typique l'éclosion de la littérature de guerre allemande qui marque la première partie du conllit. C'est une exhortation h l'Empereur, pour qu'il emploie tous les moyens qui se trouveront à sa portée pour compléter la victoire du peuple allemand.

J'ai relu ce livre et une pensée me vint à l'esprit : « Quel livre différent eût écrit un publiciste qui se serait inspiré de motifs vraiment humains et qui aurait parlé du haut d'une tribune uni verselle plutôt que de l'étroite plateforme du militarisme germain ». ^

Si j'étais Kaiser ! Quel thème enchanteur pour un écrivain à la vison large et à l'imagination noble.

C'est un thème fait pour intéresser de façon spéciale un public dont le sens dramatique a été aiguisé par les événements formidables qui ont l'Europe comme décor de fond.

L'esprit, immédiatement, évoque d'énormes pouvoirs. 11 s'empresse d'attribuer au Kaiser une puissance sans restriction et ainsi fausse la vérité. S'il était possible, dans ce troisième hiver de la guerre de se mettre soi-même dans la situation du Kaiser et de réfléchir froidement aux pouvoirs qui appartiennent à une main ainsi placée, on ne serait pas tant surpris de la puissance détenue que de la révélation de l'écart qui la sépare de la puissance absolue.

Le Kaiser possède un pouvoir formidable et une influence remarquable sur son peuple. Mais il ne résume pas en lui toute puissance et toute influence. Il peut changer la direction de la grande machine de la guerre; il peut en hâter la marche mais il ne peut l'arrêter. EUd a passé devant lui.

11 est, et au plus haut point, plus spectateur du drame européen que quiconque dans son peuple. Il fait partie lui-même de la machine.

Quelquefois je présume qu'elle l'effraie. Ses discours continuels dont le leit motif est « je n'ai pas voulu la guerre » sont très significatifs.

Dans sa pensée, le Kaiser est l'instrument de Dieu et cet esclave qu'est son peuple est tout prêt à souscrire à cette con-

ception exaltée de son rôle, mais cet instrument de Dieu est aujourd'hui mené plutôt qu'il ne mène.

Si le Kaiser, sérieusement, voulait la paix aujourd'hui, sa parole aurait du poids auprès du peuple allemand mais elle ne serait pas décisive. Une telle décision dépend uniquement de la machine.

Si je connais bien le Kaiser, je crois qu'il ne lui viendrait pas à l'esprit de s'opposer à la volonté des Junkers, les grands propriétaires prussiens, ni des capitalistes, qui soutiennent farouchement la guerre. Le Kaiser peut faire et défaire des hommes : mais là encore il y a une limite à son pouvoir. — Il rappela Hindenburg à Berlin et il destitua Falkenhayn mois il adoucit le coup pour ce dernier en lui donnant le commandement en Transylvanie.

Il sait que P'alkenhayn est l'un des cerveaux militaires allemands les plus intelligents et pourtant nous le voyons encore forcé d'accéder à la volonté publique en désignant à sa place son rival Hindenburg qui est un prussien bizarre et énergique, sans génie marqué et dont la réputation est tout à fait disproportionnée avec ses exploits dans cette guerre.

Le Kaiser peut aimer prendre la place de von Tirpitz, mais la prudence lui ordonne d'accepter les conseils de son chancelier, l'homme de loi respectable, avec qui, comme avec toutes les médiocrités, il est /acile de travailler. Tirpitz, malgré ses fautes, est un homme fort, volontaire et déterminé et il n'y a pas de place aujourd'hui en Allemagne pour un tel homme. Le moment des hommes forts a été révolu à partir du renvoi de Bismarck.

Ainsi, pour être juste, dans le développement de ce thème « si j'étais Kaiser » il est nécessaire de bien se rendre compte du rôle restreint que peut jouer l'acteur impérial dans le grand drame : Mais en dehors de ces limites, quelle grandeur son influence ne peut-elle pas atteindre?

Le Kaiser peut rendre la guerre humaine. Il est responsable du régime de terreur. Le crime qui a noyé les femmes et les enfants du Lusitania est son crime, comme si sa propre main avait pointé la torpille. Il est responsable des innocentes victimes des raids des zeppelins sur l'Angleterre. Un mot de lui et cette mort (jui tombe des airs et qui transforme en abattoirs des villages et des villes aurait arrêté ses ravages. C'est sur sa tête que les ombres de Louvain, Malines, "Termonde, Arras et Heims ont versé leurs imprécations. Le meurtre de MissGavell pèse lourdement sur sa conscience. C'est lui l'auteur de ces atrocités. Le régime de la terreur est né dans son cerveau et l'histoire ne manquera pas de lui infliger son blàuie.

L* curant : L. Mathiid,

Imp. dei Beaaz-Arti |A. MdllikI, 70, raa Oaraan, Paria.

Conseil National des Pays-Tchèques

T. G. M.'VSARYK, actuellement à Londres. M. R. Stefanik, actuellement à Petrogad.

J. DuRiCH, actuellement à Petrograd. E. Benes, secréiaii'e général, Pans, i8, rue Bona\>arle.

Le Conseil national des Pays-Tchèques est l'organe central de toute action politique tchèque et slovaque dans les pays alliés. Il dirige toute la propagande, l'action politique, militaire et diplomatique concernant la question tchécoslovaque. Son rôle est de faire connaître les aspirations de la nation tchécoslovaque, de coordonner tous les efforts et de préparer les dossier-f qui prouvent la légilimité de Ses revendications. Le Conseil National des Pays- Tchèques, seul compétent et responsable, n'agira qu'en parfaite harmonie avec les représentants qualifiés des Puissances Alliées. — Le Secrétariat général du Conseil National des Pays-Tchèques a son siège à Paris, 18, rue Bonaparte.

La NATION TCHÈQUE paraît le 1"' et le 15 de chaque mois.

RÉDACTION et ADMINISTRATION : CONDITIONS dABONNEMENT ""J"' ^ T'"

Page 1