FÉVRIER
Le procès Kramàr
(i L'État de la religion et de la morale» — je veux dire l'Autriche, — on pourrait aisément s'y tromper, — est un inépuisable sujet d'étonnement. Les personnes mêmes, qui sont le plus habituées à ses procédés de gouvernement, demeurent ?tupides en lisant le communiqué qu'ont publié récemment les journaux autrichiens. Nous nous faisons un devoir et un plaisird'en donner une traduction textuelle.
A la suite du célèbre procès de 'Vienne et des fameux démêlés du comte d'Aehrenthal avec la justice, le vieil Empereur, qui conservait encore de vagues lueurs de bon sens, manifesta quelque mauvaise humeur. La légation autrichienne et Forgach, son chef, avaient été pris en flagrant délit de faux ; le Chancelier avait connu leurs manœuvres et il s'était servi de documents qu'il savait fabriqués de toutes pièces. François Joseph comprenait leurs intentions et approuvait leur zèle. Il blâmait leur maladresse. Il avait l'expérience du monde et il n'ignorait pas que la pieuse' Marie-Thérèse elle-même ne répugnait pas aux expédients incorrects, quand le profit en valait la peine. Le but justifie les moyens : j4rf /no/orem domus habuburgenis gloriam! Mais un peu de prudence et d'adresse est nécessaire en pareil cas. On n'a pas idée de pareils sols qui se laissent ainsi prendre en flagrant délit. S'il ne retira pas su confiance au Chancelier, qu'il nomma même comte, il ne lui ménagea pas les rebuffades. D'après les bruits qui coururent alors à Vienne, elles hôtèrent la mort du pauvre ministre.
La police autrichienne est décidément indécrottable. Depuis des siècles qu'elle poursuit son œuvre d'espionnage et de persécution, elle n'a pas appris à apporter dans sa méthode la moindre délicatesse. Le texte que nous publions désespérera ses meilleurs amis. Nous le recommandons aux méditations de nos lecteurs en nous bornant à attirer leur attention sur quelques points.
Tout d'abord, avec une candeur qui nous émeut et dont nous lui sommes d'ailleurs profondément reconnaissants, elle confirme officiellement les renseignements que nous avons souvent donnés sur l'altidude des Tchèques depuis le début des hostilités.
Elle met une insistance vraiment touchante à parler des événements répréhensibles qui. se sont produits en Bohème et qui oui compromis La victoire dex armées impériales. — La population a manifesté de criminelles sympathies pour les Russes et la France ; les députés ont refusé avec obstination le proclamer leur fidélité à l'Empereur; au moment des
emprunts, de la réquisition des matières premières et môme des quêtes pour la Croix-Rouge, les habitants ont montré une coupable mauvaise volonté; les soldats tchèques ont eu une tenue déplorable; ils se sont laissé faire prisonniers avant même d'être attaqués. — Il semble qu'à la fin, le.s rédacteurs officieux de ces aveux se sont aperçus de l'imprudence deleurs révélations. Leur acte d'accusation setermino par des éloges à la partie patriote du peuplé et aux régiments qui se sont vaillamment battus. Ils ne doivent pas avoir été bien nombreux puisque «la conduite des soldats et de la nation a eu de déplorables conséquences, a procuré à l'ennemi des avantages marqués et démoralisé l'armée ».
Il paraît que Kramâf est le principal coupable de ces crimes et de ces malheurs. — Certes, Kramâr jouissait en Bohême d'une grande renommée. Possédait ilcependant une autorité assez prépondérante pour que sa seule influence suflise à expliquer une révolte aussi générale et aussi persistante? — Il ne semble pas que le résultat des dernières élections en témoigne, et depuis deux ans qu'il est en prison, comment expliquer que la situation n'ait pas changé?
Quelle preuve npus apporte t-on de sa culpabilité? — ]I1 est difficile d'imaginer une accusation plus vide. La police viennoise est vraiment bien pauvre d'imagination !
Un seul fait précis. Il paraît qu'on a trouvé dans la poche de Kramâr, au moment de son arrestation, un numéro de la Nation Tchèque. En faut il davantage pour établir la haute trahison? — Dans tous les pays du monde, le chef d'un parti politique ne cherche-t-il pas à se tenir au courant des événements et juge t-on les hommes par les feuilles qu'ils lisent? — Si l'on m'avait arrêté ce matin, on aurait trouvé dans ma poche tout un lot de numéros de la Neue Freie Presse. Elle a beaucoup baissé dépuis la guerre. Elle comptait jadis, parmi ses rédacteurs, des hommes d'esprit; je ne nie pas leur talent; il me semblerait dur cependant d'acheter la lecture de leur prose par une condamnation à mort, dût même cette condamnation à mort être commuée en quinze ans de travaux forcés.-
En dehors de ce numéro de la Nation Tchèque, pas une preuve, pas un commencement de preuve.
Kramâr, avant et pendant la guerre, a travaillé au démem brement de la Monarchie. — De quelle manière? — Où ? — Quand ? — Mystère et discrétion.
Il était le complice des hommes qui s'intéressaient à la soi-disant question tchèque, Denis, Léger, Chéradame, etc. — Mais ces hommes, qui s'occupaient en effet des Tchèques, poursuivaient -ils la destruction de l'Autriche? La police autrichiennem'a pas essayé de le démontrer et elle y eût trouvé quelques difficultés.
On ne me soupço&nera pas, je pense, d'une tendresse exagérée pour la dynastie des Habsbourgs. J'avoue sans embarras que j'ai toujours eu du dégoût plus encore que de la haine pour celte lignée de sournois et niais papelards, dont l'orgueil féroce n'a d'égal que la sottise et l'ignorance. Mais je me suis toujours rappelé à leur sujet la parole de Bismarck : l'indignation n'est pas un état d'ôme politique.
— Personne en France, avant 1914, ne désirait la suppression de l'Autriche; personne ne songeait à sa dislocation. Nous voulions convaincre ses maîtres que leur politique insensée les conduisait à une catastrophe. L'événement ne nous a donné que trop raison, -r- Nous leur criions à pleins poumons : Vous courez à l'abîme. Si l'Autriche avait pu être sauvée, elle l'aurait été par nous.
11 est établi, continue l'acte d'accusation, que Kramàr a été en relations avec les rédacteurs, éditeurs ou protecteurs des publications antiautrichiennes publiées à l'étranger.
— Établi? — Comment? — A quelle époque? — Les seules publications antiautrichiennes auxqu.elles j'ai collaboré pour ma part, sont toutes postérieures à la déclaration de guerre. Si un conseil de guerre réussit à prouver que j'ai eu depuis juillet 1914 la moindre relation directe ou indirecte avec Kramûi", je suis tout prêt à me déclarer le loyal serviteur de Charles P"^. — Il est vrai que, à ce qu'assurent les sbires de Vienne, je suis l'ami de Kramâf et que j'ai été jadis le collaborateur des iVà/'OO^ni Lisly.
J'ai en efïet une admiration sincère pour lé remarquable talent d'orateur de M. Kramûr et je suivais avec une grande attention ses campagnes contre la politique étrangère de l'Autriche. — Mais je n'ai jamais été son ami. Dans ma vie, je l'ai vu exactement trois fois, lors de son voyage à Paris en 1913; il a passé une après-midi chez moi; nous n'y avons pas parlé politique, mais écouté de la musique tchèque. Je n'ai jamais été le collaborateur des Nàrodni Listy, pour la bonne raison que je n'approuvais pas la politique de Kramâi", que je jugeais trop opportuniste, trop disposé à négocier avec le gouvernement. On comprend bien que, si je rappelle ces souvenirs personnels, ce n'est pas dans la pensée de me justifier, car rien ne saurait mètre plus absolument indifférent que l'opinion des gens de Vienne sur mon compte. Ces faits qu'il est facile de vérifier, — il y avait autour de nous une cinquantaine de personnes qui étaient venues pour entendre le pianiste Hefman, — ne me paraissent pas inutiles à rappeler pour montrer avec quelle conscience procède la police et pour qu'on puisse mesurer la vraisemblance de ses affirmations.
M. Kramâf a eu aussi, nous dit-on, un entretien secret avec le consul italien en avril 1915. — Qu'entend-on par entretien secret? — Toutes les fois qu'on reçoit une visite, on a un entretien secret. Fallait-il que Kramâr invitât le commissaire de son quartier à l'accompagner?
L'acte d'accusation apporte encore comme témoignage le brouillon d'une lettre, — adressée à qui? — au gouverneur impérial et royal de la Bohême, le prince Thun. Ainsi, voilà ce chef de conspiration qui éprouve le besoin de rédiger par écrit ses desseins criminels, — et il choisit pour confident le représentant le plus élevé du gouvernement. — Bien plus, on fait état contre l'inculpé des poursuites et des procès criminels qui ont été rendus nécessaires après son arrestation par l'attitude du peuple tchèque.
Singulier état d'àme vraiment que celui de la bureaucratie austro-hongroise. J'ai pourtant rencontré dans ses rangs des hommes qui ne manquaient ni de connaissances, ni d'espritou même de bon sens. Il leur manquait toujours l'essentiel, la dignité morale et la conscience. Ils portent la tare indélébile de l'éducation déplorable qu'ils ont reçue depuis des siècles... Que voulez-vous, disait un critique à propos de Grillparzer dont il venait de lire les mémoires : il avait du talent, mais il était autrichien, et il ne s'est jamais tout à fait dépouillé de la tunique habsbourgeoise. — C'est vraiment après avoir lu les actes de la justice austrohongroise que l'on comprend toute la saveur du vers de Molière : Franchement, ils sont bons à mettre au cabinet. — Chiffonsde papier, dirait plus élégamment M. de Bethman- Hollweg.- E. D.
Les journaux de Vienne ont publié le 4 janvier le communiqué officiel suivant :
On nous communique de la présidence du conseil : Comme il a été déjà communiqué, le conseil de guerre, siégeant h Vienne, a condamné à mort le D' Karel Kramâf et le D' Alois Rasin pour crime de haute trahison, conformément au paragraphe 327 du code pénal militaire, ainsi-, que le secrétaire du Journal Nàrodni Listy, Vincent Cervinka et l'employé Joseph Zamazal pour espionnage, d'après le paragraphe 321 du code pénal militaire : Il a décrété pour Kramâf et Rasin la déchéance du titre Hcsdémique de docteur en droit.
■ Les sus nommés se sont pourvus en cassation contre cijugement et, après une discussion publique qui a duré huit jours, ils ont été, le 20 novembre 1916, déboulés de leur demande. Le jugement devait donc nécessairement être exécuté. Mais sa Majesté abien voulu reviser les jugements qui les condamnaient à mort, et les accusés ont eu leur peine commuée, d'après la loi du 15 novembre 1867, en peine de travaux forcés : pour Kramâf quinze ans, pour Rasin dix ans, pour Cervinka et Zamazal chacun six ans.
Parmi les nombreux considérants de la condîunnalioh. les suivants sont à signaler :
La sentence de la première instance a constale que le H^ Kramâf, comme chef de la propagande panslaviste en Bohême et du mouvement tchèque russophile, avait travaillé avant et pendant la guerre contre l'État en favorisant les agissements ayant pour but le démembrement de la monarchie.
Aussi bien dans les pays ennemis que dans les pays neutres a été organisée une propagande révolutionnaire avec de nombreuses ramifications; elle se proposait de préparer le démembrement de la monarchie par le détachement de la Bohême, de la Moravie, de la Silésie, de la Slovaquie hongroise et des autres régions peuplées de Slaves, par l'accroissement du péril extérieur pour la monarchie et par les mutineries et la guerre civile à l'intérieur; cette propagande travaillait par tous les moyens à la formation d'un État indépendantde l'Aulriche-Hongrie. ■
Elle a été conduite d'une part par les Tchèques qui rési-. daient à l'étranger ou qui s'y sont réfugiés depuis la; guerre. Citons surtout parmi eux les députés Masaryk et
Durich, l'ancien rédacteur des Nàrodni Listy, Pavlù, qui, comme porte-drapeau, a déserté à l'ennemi. D'un autre côté, par des étrangers, qui. déjà avant la guerre, s'intéres saient à la soi-disnnt question tchèque contre la monarchie et qui, dès le ilébul de; la guerre, se sont révélés ennemis déclarés de l'Empire (Denis, Léger, Chéradame, le comte Bobrinski, le général Volodimirov, etc.).
Leurs moyens de propagande étaient : des revues qui se vouaient exclusivement à l'idée de la séparation (La Nation Tchèque, L'Indépendance Tchèque, Cechodoran, CerhosloDàk), l'organisation de manifestations, la publication de programmes, d'appels, d'articles de journaux même dans les autres journaux étrangers, la fondation d'unions et de comités d'action pour la préparation et la réalisation des buts poursuivis, l'organisation de réunions, de congrès (Prague 1908 et 1912, l'étrograd 1909. etc.) et enfin l'organisation et l'équipement de légions de volontaires tchèques en Russie, en France et en Angleterre, et leur emploi dans les armées ennemies. En outre, dès le début de la guerre, dans plusieurs régions se sont produits parmi les populations tchèques des faits qui non seulement ont prouvé chez elles un sentiment déclaré d'inimitié contre l'Etat, mais aussi étaient destinés à contrecarrer la conduite victorieuse de la guerre, dans le domaine économique comme dans le domaine militaire.
La sentance établit en outre, que déjà longtemps avant la guerre, des hommes politiques tchèques et en partitulier Kramâf, sous le masque du néoslavisme, avaient organisé dans les congrès slaves et dans d'autres occasions un mouvement i|ui s'était développé avec le mot d'ordre « mutualité slave » (slovanskà vzàjemnost) vers un but en appa rence de culture nationale, en réalité subversif et contraire à l'État. C'était en fait la préparation d'une scission des territoires tchécoslovaques de la monarchie. Le tribunal établit que ce mouvement, dont l'accusé Kramàr est considéré comme l'un des fondateurs, instigateurs et meneurs et 1 accusé Rasin, comme un peu moins coupable, est la raison première de tous les crimes de haute trahison dans le pays et à l'extérieur, à l'arrière comme au front. Le rapport de cause à effet qui existe entre ces événements et les accusés et qui n'a pas été interrompu par la guerre apparaît dans les faits suivants :
lo Pour ce qui est de la propagande révolutionnaire à l'étranger, il est établi que Kramàr a été en relations avec les éditeurs, protecteurs et rédacteurs des publications iHrangères antiautrichiennes, en particulier avec Brancianinov, Bobrinski, Denis, Masaryk, Pavlù, Propper, etc. En outre, il était collaborateur à \a Noroje Zceno, journal qui demandait très explicitement, avant et pendant la ■juerre, le démembrement de la monarchie. Son nom figurait dans la liste des collaborateurs. Ensuite, il convient de signaler qu'il existe entre les idées, les efforts et les expressions de ces écrits antiaulrichiens et ceux des accusés et des Nàrodni Lisly une re.ssemblance frappante..
2» Le Dr Kramàf se servait des Nàrodni Listy comme "déporte-parole et exerçait sur ce journal la plu.s grande influence. Hasin, lui aussi, était le collaborateur assidu de Kramàr, bien que son activité ait été moins intense, puisquelle s'exerçait plutôt dans le domaine économique et financier.
Comme preuve de la collaboration de Kramâf aux Nàrodni Listy, il faut signaler trois articles : 4 août 1914, 1" janvier 1915 et 6 avril 1915. Dans ces articles Kramàr s'enthousiasme pour la délivrance des petits peuples par la guerre mondiale et la victoire de l'Entente et pour l'essor que prendra la nation' qui, sortant des ténèbres et de- l'avilissement, s'élèvera vers une nouvelle vie. Le peuple tchèque ne développerait sa force, son unité et son organisation qu'après la catastrophe que la guerre devrait amener.
L'attitude de ce journal a été encore pendant un certain temps après le début de la guerre hostile à la monarchie. Il signalait avec zèle les nouvelles favorables à nos ennemis, il faisait l'éloge de la situation politique et économique de l'ennemi pour déprécier colle de notre monarchie, il conseillait en dessous la résistance passive à la conduite de la guerre et en particulier aux deux premiers emprunts : tel était l'esprit des informations de ce journal.
3° Un numéro de la revue publiée en France, la Nation Tchèque, contient plusieurs articles où sont exprimées avec beaucoup de violence les idées et les buts de cette propagande antiautrichienne. Cette revue, qui illustre clairement le programme de Kramàr et de ses amis a été trouvée dans la poche de Kramâi' au moment de son arrestation, et son exp ioation que le journal n'avait pas été ouvert et qu'il en ignorait le contenu, est évidemment fausse : Le directeur de la Nation Tchèque est un ami de Kramàr, le professeur Denis, jadis collaborateur des Nàrodni Listy. Le secrétaire de ce journal parisien est Kepl, autrefois correspondant à Paris des Nàrodni List y. Chez Kramàr, onaconfisqué aussi d'autres publications étrangères de même opinion. Parmi ses papiers, il y avait aussi le texte tchèque de deux articles du Times de Londres, exprimant la même tendance.
4" Une grave cause de soupçon pèse encore sur Kramâf : l'entretiçn secret qu'il eut avec le consul italien dans un hôtel de Prague, en avril 1915, peu de temps avant la déclaration de guerre de l'Italie.
5" Dans un brouillon de lettre trouvé chez Kramâf et adressé au gouverneur le prince Thun, il est exprimé clairement que, fidèle à la politique précédente, il se tient en dehors de tout ce qui pourrait paraître une approbation de la guerre présente et que son attitude et celle des Nàrodni Listy vis-à-vis de l'emprunt de guerre a été déterminée par cette idée.
C'est dans ces menées des accusés qu'il faut chercher, d'après la conviction des tribunaux, la cause première des événements répréhensibles qui eurent lieu dans le cours de la guerre chez les Tchèques et qui ont été un obstacle importante la fin victorieuse de la guerre.
A ce sujet, il faut signaler en particulier la distribution de proclamations russes antiautrichiennes, en Bohême et en Moravie ; les manifestations de sympathie pour l'ennemi; les nombreuses poursuites malheureusement devenues nécessaires, pour délits politiques; l'omission volontaire d'une déclaration de fidélité à la monarchie des députés tchèques au Parlement, omission qu'on doit surtout imputer à Kramâf, comnie au chef des représeintants du peuple tchèque; la faible participation du peuple tchèque aux d'eux emprunts de guerre, à la réquisition des métaux et aux quêtes pour la Croix-Rouge.
La Nation Tghkquk
Des faits comme l'organisation et l'incorporation des volontaires tchèques dans les pays étrangers, l'attitude malveillante et contraire à toute solidarité de nombreux prisonniers de guerre tchèques dans les pays ennemis, l'infidélité des troupes de différents corps qui se laissaient faire prisonniers sans môme être attaqués, les excès conlraires au devoir militaire chez différentes troupe* tchèques à l'arrière et dans la zone des étapes, toutes ces choses qui ont eu de déplorables conséquences pour nos opérations et ont apporté des avantages marqués à l'ennemi en même temps qu'elles démoralisaient l'armée, aggravent la culpabilité de Ivramér et Rasin, car c'était le fruit de leur agitation de plusieurs années.
D'après ce que nous venons de dire, l'activité de Kramôf et de Rasin no se manifestait pas seulement par des manœuvres ayant pour but une transformation importante de la situation territonialo de la monarchie, un accroissement du danger extérieur et une révolte à l'intérieur (délits des articles 58 c, 59 b du code pénal); lis ont apporté aussi par leurs agissements un préjudice considérable à la puissance de l'armée en ce qui concerne les opérations militaires contre l'ennemi. Les tribunaux ont donc retenu l'accusation de crime contre la puissance militaire de l'État, conformément à l'article 327 du code pénal militaire.
En ce qui concerne les accusés Zamazal et Cervinka, le tribunal a déclaré que Zamazal qui, depuis longtemps a montré des tendances russophiles et antigouvernementales, avait, dès le début de la guerre, déployé une grande activilé )>our s'informer sur les faits importants du monde militaire ayant trait à la défense nationale et aux opérations. Dans ce but il a rassemblé avec la plus réelle intelligence technique des informations sur des faits de grande importance stratégique et les a communit|ués à la rédaction de certains journaux et surtout aux Nonidni Listy. 11 a entrepris aussi deu.x voyages dans la zone des opérations, jusqu'à ce qu'il ait été arrêté comme espion.
/.amazal était, par l'intermédiaire du secrétaire de la rédaction Vincent Cervinka, en relations avec les iVàroàn? Listy. Ce Vincent Cervinka correspondait — c'est un fait prouvé ■ — avec des ennemis du gouvernement à l'étranger (Pavlù et d'autres), au moyen de fausses adresses, parla Roumanie. D'après le rapport des experts militaires, plusieurs circonstances accessoires (par exemple ce fait que Cervinka écrivait à Zamazal en lui recommandant d'être prudent dans ses rapports), prouvent que CQtte activitédevait servir à l'ennemi contre l'État.
Les extraits précédents du jugement montrenten quelques Iraits le tableau que les débats ont dévoilé sur toute l'organisation révolutionnaire dans son développement et dans ses actes. Quelque pénible que soit ce tableau, le procès a cependant établi que seule une faible partie de la nation tchèque et de ses chefs s'est donnée à l'agitation criminelle.
Aussi, ce serait une erreur d'imputer ces événements si douloureux à la partie patriote du peuple tchèque qui a sévèrement jugé ces actes, d'autant plus que désormais les chefs raisonnables du peuple tchèque s'efforcent de ramener toute la population à l'idée de l'État autrichien.
Il faut aussi indiquer que les troupes tchèques, pour la plus grande partie, se sont toujours battues de la façon la plus courageuse, comme le prouvent leurs pertes sanglantes
elles nombreuses hautes distinctions qu'elles ont mériWès- Que celui qui est coupable supporte la peine qu'il a méritée, mais écartons tout soupçon et tout jugement trop général. Ce n'est que justice. »