LA BOHÊME INDÉPENDANTE ET L'ITALIE
On a peu parlé jusqu'à présent de la question des rapports de la Bohême libre et indépendante et de l'Italie après la guerre. Ils forment pourtant un des problèmes essentiels de la réorganisation antiallemande de l'Europe centrale. L'Italie n'a pas moins d'intérêt que la France ou l'Anglelerre à l'indépendance des pays tchécoslovaques; au point de vue international, c'est même l'Italie, avant toutes les autres puissances, qui peut apporter les arguments décisifs en faveur de la liberté et de, l'indépendance des Tchécoslovaques.
II ya dans l'Europe centrale deux Élats qui sont un danger continuel pour la paix du monde : l'AHemagneetrAutriche- Hongrie. Ces deux États se sont coalisés, soit pour conquérir à l'Allemagne l'hégémonie de l'Europe, soit pour conserver aux Austro-Magyars la domination des Slaves et d#s Latins en Autriche Hongrie et dans les Balkans. L' Autriche- Hongrie sert à l'Allemagne d'instrument pour réaliser ses plans de domination, et par là même, lui est absolument indispensable. Il est donc nécessaire d'anéantir ce foyer de discordes qu'est l'Autriche-Hongrie : c'est là qu'on trouvera la clef delà situation.
La guerre de 1914 n'a pas d'autre but.
11 est d'un intérêt capital pour les Alliés de bien comprendre la signification de celte guerre et d'agir en conséquence, sinon ils risquent d'être lésés dans leurs revendications légitimes, dans leurs droitsetdans la satisfactiondes besoins impérieux de leur existence nationale. La France, par exemple, devait être définitivement abattue, privée de riches provinces, réléguée au second plan et menacée continuellement dans son existence nationale même, par la réalisation du plan pangermaniste. L'Angleterre devait être atteinte dans ses intérêts les plus vitaux : son empire des Indes n'aurait plus été reconnu. Le Caire et l'Egypte seraient restés sous le feu des canons allemands, Suez aurait cessé d'être à l'abri. des attaques allemandes, et la puissance anglaise en Afrique et en Asie aurait été ébranlée profondément. Quantàl'Italie, ses aspirations auraient été, pouretle aussi, anéanties; l'Allemagne aurait eu l'hégémonie dans l'Adriatique, parce qu'elle aurait tenu toute la côte adriatique orientale et même la Grèce; les terres irrédentes n'auraient jamais été rendues à la mère patrie; le grand avenir auquel est appelée dans l'Europe future la puissance italienne, aurait été rendu à jamais impossible. La Serbie n'aurait jamais pu penser à l'unification de sa race. Et par surcroit, toutes les nationalités opprimées de l'Europe centrale, en Autriche-Hongrie et dans les Balkans,- auraient continué à gémir sous le joug de Berlin, de Vienne et de Budapest.
Or, contre tous ces projets des Allemands et des Magyars., les Tchèques demandent d'abord une barrière contre ta poussée germanique vers l'Orient, qu'un État tchécoslovaque indépendant réaliserait. Cette barrière serait constituée en
oatrepsr les Yougoslaves et par les Italiens, qui, écartant définitivement les Allemands de l'Adriatique, pourraient rentrer en possession de leurs droits naturels. Enfin, au nord, les Polonais seraient là pour prêter leur concours aux Tchèqnes et pour barrer la route aux Alleiiiands vers l'Orient.
Cette solution du problème de l'Europe centrale réclame évidemment une nouvelle répartition des territoires de l'ancienne monarchie austro-hongroise. Le principe de cette réorganisation a été posé ipso facto par l'intervention de l'Italie. 'Il est aujourd'hui généralement accepté dans tous les pays alliés.
On constituerait ainsi un équilibre stable dans l'Europe centrale. L'Angleterre serait définitivement à l'abri des attaques allemandes, la France rétablirait son droit en Alsace- Lorraine et aurait à l'Est de l'Allemagne des alliés dévoués et ennemis- acharnés de l'hégémonie tudesque. L'Italie aurait dans les États de l'Europe centrale un vaste champ d'expansion économique. Sa volonté de s'affranchir de l'Allemagne trouverait un écho chez les Slaves, qui partagent le même désir, et lui faciliteront la tâche pour éliminer toute concurfencedeTindustrie allemande. C'est en Bohême cependant qu'elle trouvera ses meilleurs alliés. L'État tchécoslovaque, au point de vue économique, sera pour les États alliés d une importance véritablement capitale.
Les Pays-Tchèques(Bohème, Moravie, Silésie, Slovaquie) sont supérieurs à toutes les autres provinces d'Autriche par leurs richesses et assurent presque seuls la prospérité de l'Empire.
Ils sont très peuplés: 128 habitants au kilomëtni carré contre 84 dans le reste de l'Autriche. Sur 6.500.000 hectares de terrain réservé à la culture des céréales en Autriche, 2.500.000, c'est-à-dire 38% de tout le terrain cultivé, se trouvent en Bohême. Les récoltes de céréales ont atteint en moyenne, dans lesdernièresannées, 75.000.000dequintaux, dont 38.750.000 quintaux, soit 51 %> pour la Bohême, la Moravie et la Silésie seules. On récolte dans le reste de l'Autriche 9,1 quintaux par hectare, dans les Pays-Tchèques 15,5 quintaux.
Sur 75 000.000 de quintaux de céréales, il y a 51.000.000 de quintaux de blé, de seigle et d'orge. La Bohême en produit 27.500,000 soit 54 "/o.
En résumé, les Pays-Tchèques produisent 376 kilos de céréales par habitant, l'Autriche 193 kilos seulement. Les Pays-Tchèques fournissent pour chaque habitant 268 kilos de blé, deseigle et d'orge, l'Autriche n'en fournitque 126 kilos.
La supériorité des Pays-Tchèques sur le reste de l'Autriche apparaît donc clairement. Le même fait apparaît pour les récoltes de pommes de terre : les Pays- Tchèques fournissent 430/0 de la récolte totale de l'Autriche. La culture de fruits dans les Pays-Tchèques est hors de pair en Autriche, et la récolte de la betterave provient pour les95»/o des Pays-Tchèques. La production du sucre en Hongrie n'atteint pas même 1/3 de la production des Pays Tchèques.
Mais la principale source de richesse des Pays-Tchèques est l'industrie et le commerce; ils occupent plus de la moitié de leurs habitants. •
On peut évaluer l'importance de l'industrie et du commerce des Pays-Tchèques relativement au reste de l'Autriche d'après les impôts prélevés sur les bénéfices industriels.
En 1914, les Pays-Tchèques payaient 44.000.000 de couronnes (soit 62,9 °/o du rendement total), les autres pays 26.000.000 de couronnes (soit 37,1 °/o). L'impôt par habitant s'élève à 4,34 cotJronnes dans les Pays-'Tchèques, et à 1,75 de couronnes dans les autres provinces.
En 1912, 150.000.000 de quintaux de houille, soit 83"/" de la quantité totale extraite en Autriche, provenaient des Pays-Tchèques ; de môme pour le lignite. Aussi la production du charbon dans les Pays-Tchèques se rapprochet-elle de celle des pays miniers les plus riches. En Hongrie, le charbon extrait provient exclusivement de la Slovaquie. La Slovaquie a en outre de très riches gisements de minerai de fer. En ce qui concerne le fêr, 60 "/o de la production totale provient des Pays-Tchèques. Du reste la majeure partie de l'industrie métallurgique est située dans les Pa^: Tchèques. (Plzen (Usines de Skoda) — Vitkovice— Rokycany — Beroun — Kladno.)
La presque totalité des sucreries de la monarchie se trouve en Bohême, en Moravie et en Silésie. La Bohême seule produit 10.500.000 hectolitres de bière par an, ce qui est plus de 50 "/o de la production totale de l'Autriche. L'exportation de la bière est due exclusivement à la bière tchèque (PIzen) 15 millions de couronnes par an. Quant au malt, qui provient exclusivement des Pays-Tchèqués, on en a exporté pour presque 55 millions de couronnes en un an.
L'industrie textile est la plus florissante en Bohême, eu Moravie et en Silésie d'oi'i l'on exporte pour 130.000.000 do couronnes de produits textiles. On peut en dire autant des produits de la tannerie, de la chimie, de la papeterie, de l'électrotechnie, de l'industrie du bois.
Le commerce extérieur montre lui aussi l'importance extrême des Pays-Tchèques.
Presque les 2/3 dé l'exportation autrichienne (qui s'élevait en 1912 à 2.191.8 millions de couronnes) proviennent des Pays-Tchèques. On exportait en Angleterre pour 220 millions de couronnes de produits, en particulier du sucre; on envoyait en France delà bière, du malt et du houblon ; en Italie des étoffes et des machines ; en Russie, en Suisse et en Roumanie, des produits manufacturés. Presque tous ces objets sont de provenance tchèque.
En revanche, l'Allemagne exploite l'Autriche-Hongrie et en tire sans vergogne les richesses nécessaires à son développement économique; les Pays-Tchèques lui envoient par exemple en grande quantité du charbon, du bois manufacturé, des produits agricoles de toutes sortes, œufs, beurre, fromage.
L'Allemagne livre à la France, à l'Angleterre, à l'Italie et à la Russie des marchandises qui abondent dans les Pays Tchèques, et qurpourraientfacilementêtre livrées sans son intermédiaire, si elle n'avait pas systématiquement entravé les communications directes entre la Bohême et les pays alliés à travers le sud de l'Allemagne.
De même, les Pays-Tchèques sont les principaux clients de l'importation autrichienne. A l'exception de Vienne, les seuls acheteurs d'articles de Paris viennent des Pays-Tchèques, les derniers produits de la mode ne se vendent qu'à Prague ; les deux tiers de l'exportation française en Autriche ainsi que l'exportation du vin et des fruits italiens sont destinés à la Bohême. La situation économique-dés
Pays Tchèques esi donc d'une importance considérable pour les relations économiques après la guerre.
Mais, si les Tchécoslovaques attirent l'attention des Puissances Alliées sur cette situation, c'est encore pour d'autres raisons. L'Allemagne veut que l'Europe centrale tombe sous son hégémonie politique et commerciale. Par contre, les Puissances Alliées, pour la combattre, doivent empocher à tout prix la réalisation de ce projet. Or, ce sont les Pays Tchèques seuls qui peuvent rendre cet immense service à l'Europe : Ils peuvent faciliter la lutte économique contre l'Allemagne, puisqu'ils achèveraient l'encerclement do lAUemagne du côté de l'Est, et remplacer, sur beaucoup de points, l'Allemagne sur les marchés des États alliés. D'aulie part, la Bohême se trouve sur la ligne de Berlin- A'ienne - Budapest Constantinople. Les Pays-Tchèques Tormeraient donc une barrière infranchissable pour l'Allemagne.
La création de cette barrière est nécessaire, puisque, dès aujourd'hui, l'Allemagnea complètement asservi l'Autriche- Hongrie au point de vue économique. L'exportation, comme l'importation de l'Autriche-Hongrie, dépend uniquement de l'Allemagne, la monarchie dualiste recevant de l'Allemagne (en 1910 par exemple) pour 1.134 millions de couronnes de produits et lui livrant pour 1.062 millions de matières premières. - ^
Nous avons dit plus haut que la production de charbon et de lignite des Pays-Tchèques les classes parmi les pays miniers les plus riches. De même, en Hongrie, le charbon extrait provient exclusivement de la Slovaquie, c'est à-dire des provinces tchécoslovaques du nord de la Hongrie, qui attendent leur libération et leur union avec les Pays- Tchèques.
Jusqu'à présent, ce charbon, était utilisé non-seulement par toute l'Aulriche-Hongrie, mais encore et surtout par l'Allemagne, dont l'industrie profitait largement de cette situation pour pénétrer dans les Balkans et pour combattre partout ailleurs la concurrence des autres Etats.
Or, dans l'avenir, l'État tchécoslovaque indépendant aura surabondance de charbon ; il devra lutter économiquement contre l'Allemagne, et l'Italie serait bien placée pour pouvoir profiter de ses grandes richesses houillères. Ce charbon serait meilleur marché et lui serait livré plus facilement que le charbon anglais et son industrie aurait là d'immenses avantages.
C'est à ce point de vue que la question tchèque est d'un intérêt particulier pour l'Italie. C'est à la Grande Italie qu'appartiendra dans l'avenir le grand rôle dans l'Europe Centrale. La Bohême, la Hongrie magyare, les. pays yougoslaves et roumains et enfin tous les Balkans seront le terrain où devra se développer l'activité économique italienne, et où sa grande industrie de Lombardie devra trouver de nouveaux débouchés. Actuellement, c'était l'Autriche et surtout l'Allemagne qui profitaient de ces territoires. C'est un fait reconnu que, depuis 1908, les pays balkaniques se sont débarrassés successivement du commerce et des produits autrichiens pour se laisser accaparer par l'Allemagne. C'était l'AllemHgne qui triomphait .partoijt, qui pénétrait en Autriche même, en Hongrie, en Serbie, en Bulgarie, en Roumanie, sans oublier la Tur- (jUré, Du reste, elle était fort heureuse que « son brillant
second » se fût brouillé si sottement aveô les pays balka niques, car elle n'en pouvait que mieux le repousser et lui faire concurrence.
La situation sera bien changée après la guerre. Tout d'abord, l'Allemagne sera bloquée du côté de l'est et tous les États sur sa frontière orientale auront intérêt à ne pas la laisser recommencer, même économiquement, sa marche vers l'Orient. Ce sera pour eux une question de vie ou de mort. D'autre part, ils seront obligés de s'orienter vers l'Adriatique.
En effet, par suite même de ce boycottage de l'Allemagne et à cause de leur position géographique, les nouveaux États de l'Europe centrale seront obligés de s'orienter immédiatement de ce côté et de chercher comme fournisseur et client l'Italie, qui elle-même verra, par la force des choses, son expansion économique se tourner vers l'est et le nord-est.
La Bohême, la Hongrie magyare et la Roumanie voudront avoir l'accès à l'Adriatique par un chemin de fer international, ce qui les liera économiquement à l'Italie. De même, les pays yougoslaves seront nécessairement un débouché naturel pour le commerce et l'industrie italiens. Ce sera donc l'Italie qui profitera de tout cela et qui va être appelée à remplacer au point de vue économiquel'Allemagne d'avant la guerre et à récolter les fruits de la réorganisation de l'Europe Centrale et des Balkans après la disparition de l'Autriche-Hongrie.
Pour un tel développement économique, elle aura besoin de charbon, de bois et d'autres produits que la Bohême pourra lui fournir. En revanche, la Bohème devra orienter toute son activité commerciale vers l'Adriatique. C'est ainsi que se développeront des relations économiques extrêmement intenses et importantes entre les deux États et l'industrialisation progressive de leurs territoires les rendra toujours plus étroites et plus fécondes.
Rien, dans ce que nous venons de dire, n'est impossible, mais à une condition : le démembrement de l'Autriche- Hongrie et la reconstitution de l'État tchécoslovaque indépendant. La question tchèque a donc la plus haute importance au point de vue international. Il est par conséquent nécessaire que les hommes politiques qui s'occupent des intérêts économiques des pays alliés soient au courant de la situation, car les Tchécoslovaques ne pourront rendre aux Alliés — et en particulier à l'Italie — de véritables services au point de vue économique que si on leur assure leur indépendance politique.
Les Tchèques doivent travailler à réaliser une entente entre l'Italie et les Yougoslaves, car les intérêts économiques de ces trois pays exigent leur rapprochement mutuel. Des discordes entre les Italiens et les Yougoslaves entraveraient à la fois l'évolution économique des Yougoslaves et l'expansion économique et industrielle de l'Italie dans les pays de l'Europe centrale et feraient obstacle au brillant avenir économique de l'Italie.
Les intérêts des Tchécoslovaques et de l'Italie sont donc absolument identiques à tous ces points de vue. Ils le sont aussi au point de vue purement politique, car l'existence de l'Autriche-Hongrie, sous n'importe quelle forme, est pour l'Italie le danger principal : ni l'Autriche, ni la Hongrie ne pourraient jamais s'«ccorder avec un État qai
prétendrait avoir l'hégémonie dans l'Adriatique. Vienne en particulier ne désarmerait jamais, si elle entrevoyait la moindre possibilité de revanche contre l'Italie, qui l'aurait privée de certains de ses territoires.
La Bohême, d'autre part, si elle continue à faire partie de l'Autriche, sous quelque formé que ce soit, serait exposée sans cesse au danger d'un anéantissement complet. Prise entre Vienne et Berlin, elle n'aurait pas assez de force pour se défendre elle-même et elle serait incapable d'empêcher une nouvelle ruée germanique vers l'Adriatique. Cette perspective ne suffit-elle pas à montrer combien la création d'un État tchécoslovaque importe à l'Italie? Du reste, cette alliance toute naturelle existe depuis longtemps. A ce point de vue. nous sommes entièrement d'accord avec les paroles prononcées dans un discours retentissant par le ministre Léonide Bissolati :
« L'Autriche a toujours étoufTé les desiderata, paralysé le commerce des Serbes, des Croates, des Slovènes; elle a obtenu de l'Europe qu'on leur ferme tous les accès. Nous allons les leur ouvrir, les mettre en communication avec la vie occidentale. Nous pouvons créer ainsi une sorte d'unité morale et économique de l'Europe du Sud. Notre intérêt même, quand nous aurons reconquis les provinces italiennes, obtenu les garanties stratégiques nécessaires, i nous conseille d'envoyer dans les Balkans surtout des commerçants, de nous présenter en éducateurs, non en dominateurs. Pour que l'Italie tienne dans le monde de demain i la place qu'elle entend y prendre et y garder, nous avons besoin d'y faire régner entre les Français et nous la fraternité, entre les Slaves et nous la confiance ».
Il convenait que M. Bissolati terminât par ce mot, car de tous les sentiments que laisse une conversation avec lui, c'est bien la confiance qui est le plus fort. (Voir la Nation Tchèque II. N" 14.)
La lutte que soutenaient les Italiens irrédentistes à Vienne contre les Allemands, les batailles terribles qu'ils livrèrent à Insbruck.pour leur université, tout cela n'a pas trouvé de meilleur .soutien qu'en Bohême. Tout dernièrement encore, avant la guerre, c'était le professeur Masaryk, président du groupe progressiste tchèque au Reichsrat, et aujourd'hui chef de la révolte tchèque contre Vienne, qui travaillait avec les Italiens contre les. Allemands, soutenait leur lutte pour l'université et demandait pour eux la satisfaction de leurs revendications nationales.
Il ne reste donc aux deux nations qu'à travailler de toutes leurs forces à l'anéantissement de cet Etat et à ne jamais tolérer la reconstitution d'une Autriche quelque peu puissante, qui pourrait servir à l'Allemagne pour sa poussée vers l'Adriatique, ni d'une Hongrie qui posséderait d'autres territoires que le territoire exclusivement magyar, car dans ce cas, les Prussiens se serviraient de nouveau de cet État, pour reprendre leur marche vers la Méditerrannée et tâcher de nouveau d'atteindre l'Adriatique.
On pourrait encore évoquer les grands souvenirs historiques, pour faire valoir les relations intellectuelles qui liaient jadis les deux peuples. C'est au temps lu roi tchèque Charles IV, quand Prague devint le centre intellectuel de l'Europe centrale, que les savants de l'Université tchèque furent, en relations étroites avec Rome.
Le grand poète Pétrarque jouissait de la plus grande faveur auprès de ce roi si célèbre. Tous les humanistes tchèques du moyen-âge considéraient l'Italie comme leur seconde patrie. Nos grands écrivains modernes se tournaient vers l'Italie comme le pays où leur génie reprenait de nouvelles forces pour la création de leurs œuvres. Ce fut le cas de Zeyer, de VrQlilicky, de Macharet de beaucoup d'rtutres. Nos artistes se tournent aujourd'hui aussi bien du côté de l'Italie que du côté de la France. La jeune génération tchèque s'occupe de plus en plus de l'art, de la littérature, de la musique et de la science italiennes.
Ainsi les liens intellectuels se resserrent eux aussi, les anciennes traditions tchèques se perpétuent, le terrain se prépare à des relations encore plusétroites, quand les Paysl'clièipies indépendants et libres entreront, après la guerre, dans ]e grand concert politique des Pays Alliés.