IL FAUT SAUVER L'AUTRICHE-HONGRIE
On a lu, il y a quelques jours, dans les journaux français que le gouvernement autrichien avait chargé quelques-uns de ses membres, parmi lesquels les ministres Haendel et Hussarek, d'élaborer une nouvelle constitution pour la Cisleilhanie. Cette nouvelle constitution est destinée à renforcer la monarchie et à lui donner de la solidité à l'intérieur, aussi bien que de la force de résistance à l'extérieur. Elle sera nécessairement mise en application par des décrets impériaux, et elle exprimera sans aucun doute les tendances politiques générales et les idées que les milieux gouvernants se sont formées actuellement sur l'avenir de l'Autriche. En d'autres termes, nous retrouverons dans cette constitution la penséedes groupes politiques qui représentent aujourd'hui la puissance publique dans la monarchie dualiste. Ces forces politiques sont au nombre de trois : les partis politiques allemands, les Magyars et Berlin. Rien de plus caractéristique que le programme que les partis allemands ont présenté au Gouvernement, le 17 février 191 7. Tous les journaux autrichiens l'ont publié, et il montre clairement de quelle façon les Allemands-Autrichiens envisagent l'avenir de la monarchie.
Nous eu reproduisons intégralement les 10 chapitres pour mettre en lumière l'esprit qui règne en Autriche au moment où, en France, une campagne de presse se dessine en sa faveur. Voici les termes du programme voté par le Nationuirerband (les partis de gauche) et le parti chrétien social :
L'association chrétienne sociale des députés allemands au Parlement autrichien) le Nationalverband allemand de la Chambre des députés et le Parti chrétien social viennois sont disposés, sous réserve du respect de leurs principes de parti, à collaborera la solution des questions nationales et sociales touchant l'ensemble de l'État afin d'obtenir les résultats suivants :
1» Concentrer toutes les forces pour réparer les dommages onsécutifs à la guerre dans le domaine social économique.
20 Conserver l'alliance avec l'Empire allemand qui a fait ses preuves si manifestement pendant cette dure période.
3« Par conséquent :
a) Coordonner plus étroitement les efforts économiques de l'Autriche-Hongrie et de l'Allemagne, selon les lois du développement économique, et en évoluant progressivement vers une union économique et commerciale complète.
b) Conclure en commun, en s'associant à l'Allemagne, des traités de commerce avec les autres États et s'assurer des débouchés sufiBsants.
4° Modifier la constitution sur les points nécessairesainsi que le règlement du Reichsrat.
5° Assurer aux Allemands d'Autriche la situation qui leur revient par raison d'État.
6" Réaliser la réforme de l'administration : maintenir l'autonomie des pays et des communes,' l'adapter aux conditions spéciales des différents pays et aux besoins de la population ; introduire en Bohême la division en cercles; donner aux minorité? allemandes dans le» autres pays de la couronne la protection légale.
7" Veiller, tout en mettant en vigueur le rescrit impérial du 4 novembre 1915 sur la situation privilégiée accordée à la Galicie, à ce que la large autonomie donnée au plus grand pays de la couronne n'amène pas de relâchement dans les liens de l'Empire et que, dans ce cas particulier, les intérêts militaires, financiers, économiques et autres de l'État soient sauvegardés et assurés sous tous les rapports.
8" Etablir la langue allemande comme langue officielle, de façon à répondre entièrement aux besoins de l'État et d'une administration ordonnée, touten tenant compte, dans les pays de langue mixte, des besoins de la population dans l'école et devant les magistrats.
90 Garantir le maintien du caractère allemand des pays ou régions allemandes, comme la résidence impériale royale de Vienne.
10° Sauvegarder très exactement les intérêts de l'Autriche, lors du règlement des relations économiques entre l'Autriche et la Hongrie. —
Quel est le sens exact de ce programme ';" Il est facile d'en résumer les tendances :
1" Alliance politique el militaire aussi étroite et intime que possible avec l'Allemagne, union économique des deux Empires poussée à un tel point que les traités seraient conclus encommunauté, comme s'il n'existait qu'un seul État.
2" Changement dans la constitution pour assurer désormais l'hégémonie politique aux Allemands dans le Parlement, grâce à la division de la Bohême en cercles artificiels, ce qui rendrait les Tchèques inoffensifs.
3" Renforcement de la puissance allemande en Cisleilhanie, grâce à l'écartement des députés de la Galicie du Reichsrat de Vienne et à la destruction de la majorité slave en Gisleithanie.
4° Germanisation systématique de certaines populations non-allemandes, grâce à l'établissement de l'allemand comme langue d'État et grâce à la suppression pure et simple des droits d'un demi-million des "Tchécoslovaques à Vienne.
C'est peut-être la première fois que le programme des Allemands-Autrichiens a été officiellement publié sans réticence. Au fond, il contient tout ce dont nous avons déjà parlé dans la Nation Tchèque, ce que nous n'avons cessé de dénoncer aux Pays alliés. Mais jusqu'à présent, nous ne possédions pas un exposé de ce programme aussi clair, aussi simple et aussi sincère.
Nous serons entièrement fixés sur la situation politique en Autriche, quand nous aurons ajouté que les Magyars acceptent absolument tous les points du programme allemand pour tout ce qui concerne la' réorganisation intérieure de la Cisleithànie et que ce sont eux qui ont été les vulgarisateurs les plus zélés de cetteidée. Enfin, nous savons que Vienne et les Allemands-Autrichiens ne font rien sans consulter Berlin.
Telle est la situation politique en Autriche. Et il se trouve encore en France des hommes comme l'énigmatique « Diplomate » de l'Œuvre, qui déclarent le plus sérieusement du monde que « la propagande pour l'union [douanière austro allemande, prélude de l'organisation du Mittel- Europa, semble subir un temps d'arrêt et s'éteindre », et pour en conclure qu'il faut sauver l'Autriche-Hongrie !