‹ La Nation tchèque (volume 3)Chapitre 95 sur 100 · SI L'AUTRICHE N'EXISTAIT PAS · texte numérisé non relu

SI L'AUTRICHE N'EXISTAIT PAS

La note des Alliés au Président Wilson a posé nettement la question de la disparition de l'Autriche et d'une reconstitution de l'Europe centrale sur une base absolument nouvelle, d'après le principe des nationalités. L'émotion a été vive sur les bords du Danube, et la presse austrophile essaie, tant bien que mal, d'organiser la défense de la monarchie des Habsbourgs. Tâche ingrate, s'il en fut! Les Allemands d'Autriche ont beau appartenir à la race supérieure entre toutes, ils n'ont jamais eu beaucoup d'imagination. Ils ont fouillé leurs vieux livres et ils en ont tiré quelques arguments vermoulus. Ils n'ont rien trouvé de mieux que de reprendre une phrase de Palacky : Si l'Autriche n'ejsistait pas. il faudrait l'inventer.

A l'étranger, où l'on connaît mal nos luttes intérieures, il n'est pas impossible que la citation de notre grand historien produise quelque impression. Elle a été reprise dans llie New Statesman, du mois de janvier, par M. Noël Buxton à qui l'on attribue quelque compétence dans les questions slaves. — Gomment s'expliquer l'autorité persistante de certains publicistes qui n'en sont plus à compter leurs mésaventures? Yilles auraient dû au moins les rendre plus prudents et les avertir de ne pas verser au débat des textes dont ils n'entendent pas le sens. Avouons d'ailleurs que, jusqu'à la guerre, nous n'avons pas mis assez de soin à faire l'éducation du public et à lui donner les renseintssans lesquels il lui est impossible de comprendre

la question d'Autriche. Nous. pouvons bien dire à notre décharge que notre œuvre était arrêtée par la censure et la police; peut-être cependant, avec plus de persévérance et d'activité, aurions nous réussi à dissiper les erreurs communément répandues.

C'est un lieu commun que, dans la Révolution de 1848, la dynastie Habsbourgeoise a élé sauvée par ledévouement aveugle des Slaves, et que leur ridicule loyalisme a été l'obstacle contre lequel se sont brisées les audaces révolutionnaires des Magyars. Les partisans de Kossuth ont réussi à se faire accepter par l'Europe comme les adversaires intraitables de l'Autriche réactionnaire, qui n'aurait élé maintenue que par la sottise des Tchèques et des Yougoslaves. Le comte Andrassy y revenait dernièrement encore dans un de ces articles à double détente, dont on ne sait jamais s'ils sont une déclaration de fidélité à l'Allemagne ou une coquetterie adressée à l'Europe occidentale. La preuve, dit-on, dece dévouement desSlaves à la dynastie, on la trouve dans la profession de foi de Palacky : comment, après cela, parler du désir d'indépendance des Tchèques. —

L'opinion accréditée par les publicistes hongrois et qui estencore admise par beaucoup de publicistes occidentaux, est en réalité complètement fausse. L'histoire des Tchèques a toujours été inspirée par une seule pensée: la volonté de maintenir leur langue et leur race, — et par une crainte: la crainte de la domination germanique. Leurs méthodes de défense ont naturellement varié suivant les circonstances ;leur programme n'a jamais changé. Il est nécessaire de ne pas l'oublier pour comprendre le sens réel des événements de 1848, et pour mesurer la portée véritable et l'intention de la parole de Palacky.

En 1815, au moment où fut constituée la Confédération germanique, l'Autriche avait reçu la présidence de la Diète de Francfort. Elle y exerçait une prépondérance morale qui fut longtemps incontestée et qui s'appuyait sur les tendances réactionnaires des États secondaires. Melternich espérait bien transformer un jour en autorité directe cette direciion morale et, à côté de lui, un parti, qui devait par la suite, avoir dans Schwarzenberg et Schmerling ses représentants les plus hardis, désirait faire comprendre tous les États de la monarchie dans la Confédération, — dont ne faisaient partie jusqu'alors que les anciens territoires de l'Empire, c'est-à-dire la Cisleithànie actuelle. — Les libéraux allemands s'opposaient à ce plan, moins à cause des tendances réactionnaires du gouvernement de Vienne que parce qu ils sentaient l'impossibilité de réunir sous une Constitution commune des peuples trop nombreux et trop divers. La différence qui les séparait de la politique au'trichienne. était une question de tactique; ils voulaient graduer les difficultés, créer d'abord une Allemagne où ils établiraient solidement la domination germanique, écraser les résistances des allogènes (Tchèques, Polonais, Slovènes); une fois l'unité cimentée et la puissance allemande solidement établie, ils reprendraient leur marche

en avant. En attendant, ils s'appuieraient sur l'alliance magyare.

Le plrtii des libéraux de Francfort inquiétait les Habsbourgs qui craignaient que le l'arlementd, Pest ne profitât des circonstances. pour exiger des concessions excessives. Mais, au milieu de l'insurrection presque générale, il n'était pas en mesure de s'opposer aux demandes des pangermanistes de Vienne. En avril 1848, le ministère Pillersdorf, sous la pression des Allemands, fut obligé d'ordonner que, dans les régions qui étaient rattachées à la Confédération, des députés seraient élus pour le Vorparlawent de Francfort. L Autriche disparaissait dans l'Allemagne; le* royaume de Bohème était anéanti et les Tchèques s'éva iiouissaient dars le gouffre allemand.

Telle était la situation quand Palacky écrivit sa fameuse lettre. Comme aujourd'hui, les Slaves se 'rouvaient en face de deux ennemis : les Magyars et les Allemands, rapprochés par des ambitions communes et un orgueil semblable. — Que disait-il '.' — Je ne suis pas un Allemand, et je ne veux pas le devenir. — Que demandait-il ? — Qu'en face de l'Allemagne se constituât une Autriche indépendante, justn pour tous ses peuples, qui srarantit à toutes les races des droits égaux. Quand Jellacic, au même moment, appille les Yougoslaves aux armes contre le l'arlement de Pest, il est poussé par les mêmes sentiments. Lfs Croates refusent d'accepter la domination magyare et, pour briser les projets d,e Kossuth, qui sont pour eux une menace directe, ils s'unissent à la Couronne. Que, que ditïérente que soit en apparence leur attitude de celle des révolutionnaires lombards ou vénitiens, leurs mobiles profonds sont les mêmes; ce qui les anime, c'est la môme volonté de briser le joug allemand. Expliquer leur conduite par un fétichisme monarchique c'est simplement prouver qu'on n'a pas la moindre idée des événements d'alors. Ferdinand I«', épileptique et idiot, n'était vraiment pas fait pour susciter des dévouements inaltérables, et ce n'est pas pour de. tels fantoches que des peuples entiers courent aux armes.

On se défend comme on peut. Les Italiens s'adressaient tout naturellement à la dynastie de Savoie. Les Slaves, pour se protéger contre l'empire germanique, se groupaient autour des Hab>bnurKs, puisqu'à ce moment ceux ci étaient en lutte avec les mêmes adversaires, les unitaires de la Confédération et les Hongrois.

La preuve éclatante qu'ils songaient d'abord à leur indépendance, c'est que leur première pensée fut de convoquer à Prague un congrès'slave.qui, dans un manifeste éloquent, demanda que l'Europe centrale fût réorganisée de manière à ce que les diverses nationalités jouissent de droits égaux et fussent protégées contre l'envahissement de l'Allemagne. — Il y a 69 ans que le Congrès rie Prague formulait le programme qui a été repris par les Alliés en 1917.

Palacky et ses amis avaient parfaitement le droit de protester contre les accusations de haute trahison que leurs adversaires leur iMnçaient à la tête. Il ne voulaient pas renverser la dynastie et ils ne voulaient pas détruire l'Autriche cjui, dans les circonstances d'alors, eût été une irréalisible et dangereuse folie. Ils voulaient convertir la dynastie et transformer l'Autriche. Us espéraient que les Habsbourgs comprendraient leurs véritables intérêts et que l'Autriche

Ils n'en étaient pas bien surs cependant et, dans le cas où leurs espoirs ne se réaliseraient pas, ils cherchaient un appui dans d'autres combinaisons. La meilleure et la plus sûre à leurs yeux était une étroite union avec les Polonais. — « Tout est possible aujourd'hui, écrivait le grand journaliste Havlicek dans un article écrit à Cracovie le 7 mai 1848; nous devons tout prévoir, même la désagrégation de l'Aulriche. » — Dans cette éventualité, il fallait que les Yougoslaves, les Tchèques et les Polonais s'unissent pour sauver le slavisme; — nous ne disons pas autre chose. — Bakounine, au même Congrès de Prague, demandait, au nom de l'extrême-gauche, la formation d'une Confédération slave.

La lettre de Palacky au Parlement de Francfort ne laisse aucun doute sur sa véritable pensée :

— « Cet P]iat, disait-il, que sa nature appelle à être le prdtecte'ir et le gardien de l'Europe contre les éléments asiatiques de q lelque nation qu'ils soient, — pourquoi l'axons nous vu désemjiaré devant l'orage? — Parce que, par un déplorable aveuf^lement, il a oublié depuis longtemps la véritable base juridicjue de son existence. Celte base, c est que tous les peuples qiii s'y trouvent réunis, toutes les Confessions y jouissent des mêmes droits et du môme respect. Le droit des nations est un droit fonde sur la nature des choses. Aucune nation sur la terre ne sautait exiger que son voisin se sacrifie pour elle. La nature ne reconnaît ni des peuples de maîtres, ni des peuples d'esclaves. Il est temps encore pour la monarchie autrichienne, j'en ai la conviction, de proclamer nettement et sincèrement cette règle fondamentale de justice. Mais les instants sont précieux et il n'y a plus une heure à perdre. ))

L'événement allait bientôt montrer que Palacky avait eu tort de compter sur le bon sens et la générosité des Hnbsbourgs. Allemands d'origine, ils devaient rester jusqu'au bout les prisonniers et les serviteurs de l'hégémonie allemande.

L'Autriche, telle que Palacky espérait la constituer, TAutriche fédéraliste, fondée sur le respect des diverses nationalités, a été rendue impossible par l'orgueil des Allemands de la monarchie.

Dès le 29 août 1848, les ambitions et l'arrogance germanique s'étalaient avec une impudeur presque comique dans les déclarations d'un- certain Schilling que le Parlement de Francfort avait envoyé à Prague pour y négocier avec le Comité National tchèque. — « L'Autriche, disait il, sera allemande, ou elle cessera d'exister. » Nous supplions ceux qui croient encore désirable de. maintenir la monarchie austro hongroise, de se rappeler cet aveu na'îf du député de Francfort, et qu'ils se rappellent que le Parlement de Francfort a préparé l'œuvre de Bismarck et que c'est parmi les libéraux que le Chancelier de sang et de fera trouvé ses partisans les plus~ppissionnés et ses thurifairaires les plus serviles. — « Les Allemands d'Autriche, continuait Schilling, doivent se détacher d'une Autriche où les Slaves domineraient. Les Slaves n'ont pas la moindre notion de la liberté. » — Personne n'ignore, en effet, ce ce que les Allemands entendent par liberté ; — la liberté pour eux consiste à partager la gloire de la nation germanique. Nous .avouons sans détours que cette liberté ne nous tente pas. — • .

Les Allemands, répondait Palacky, ne consentent à demeurer quelque part qu'à condition de dominer, même quand rien ne saurait justifier leur domination. Nous le savions déjà depuis longtemps, mais cette prétention a beau être ancienne; elle n'en est pas moins monstrueuse et inhumaine. —

Malheureusement, le Gouvernement de Vienne accepta l'idée pangermaniste. Dans une note officielle du 4 février 1849, en reconnaissant la nécessité d'une réforme fédérale, il ajoutait qu'un État fédéral qui ne contiendrait qu'une partie des territoires autrichiens, ne serait ni désirable ni possible, parce que « ce serait une déchéance pour l'Empire qui, selon les traités européens, doit être la première puissance allemande européenne. »

Mais, dit-on* l'Autriche s'est opposée, en 1849 eten 1850, à la formation de l'unité allemande? — Pas le moins du monde. Elle s'est opposée à ce que cette unité se fit sans elle et contre elle pour la Prusse. Pas plus en 1850 qu'en 1866, il n'y a eu d'un côté des partisans et de l'autre des adversaires de l'unité germanique. Autriche et Prusse, Guillaume l'^'et François-Joseph, voulaientégalementunifier et agrandir l'Allemagne. Us ne différaient que sur un point : à qui appartiandra la direction'/ — Aux Habsbourgs ou aux Hohenzollern?

Quand à Sadowa, les Hohenzollern l'eurent emporté, Bismarck reprit aussitôt le plan du Parlement de Francfort et il le réalisa par le compromis austro-hongrois de 1867. A côté de l'Allemagne domestiquée par la Prusse, une Autriche où dominait la race germanique, une Hongrie obligée de s'appuyer sur l'Allemagne pour écraser les Slaves et les Latins. Du compromis de 1867 sont sortis nécessairement l'alliance austro allemande de 1879, la poussée de l'Autriche vers les Balkans sous l'action de Bismarck et le plan du Milteleuropa. .

Quelle pouvait être dès lors la conduite des Tchèques'.' — Ils n'eurent aucune hésitation. Ils n'avaient jamais été autrichiens. Ilss'étaient ralliés un moment aux Habsbourgs, parce qu'ils avaient espéré les arracher à l'influence allemande ; trahis et sans illusions, ils vont chercher au dehors les alliances qui leur sont nécessaires pour sauver le Slavisme menacé. En 1867, Palacky et Rieger partent pour la Russie et assistent au célèbre Congrès slave de Moscou. Pour se rendre à Moscou, ils passent par Paris où, sans doute, ils ne sont pas attirés seulement par l'exposition de 1867. Dès ce moment, ils ont évidemment dans l'esprit une coalition des peuples que menace l'Allemagne. Plût à Dieu qu'à ce moment la France et la Russie eussent mieux compris les dangers qui pesaient sur l'Europe; Alexandre II et Napoléon III eussent évité a» monde un demi-siècle d'opprobre et les désastres du cataclysme actuel.

Beust morigénait l'imprudence des Tchèques. Ils compromettaient l'existence de leur propre race en affaiblissant la monarchie ; si l'Autriche venait à disparaître, aucun prince allemand ne consentirait à abandonner la Bohême. « Le problème du morcellement de l'Autriche, répondaient Palacky et Rieger, dans le Pokrok du 11 juillet 1861. serait une question internationale dont la solution ne dépendrait pas du bon plaisir d'un seul État. Elle mettrait en jeu l'équilibre de l'Europe, et la volonté des diyerses Puissances entrerait naturellement en ligne de compte. Nous comptons

sur notre bon droit, mais nous comptons avant tout. sur notre force nationale. »•

Le compromis de 1867 avaitachevé de convaincre Palacky qu il était vain de compter sur une conversion des Habsbourgs. Dans l'épilogue qu'il ajoutait en 1872 à son recueil d'articles, le Badhost il confessait ses désillusions :

H Je dois avouer, dit il, qu'au début de ma carrière politique, en 1818, j'ai été dupe d'une fâcheuse erreur. Dans l'enthousiasme de la liberté soudainement acquise, j'avais en l'avenir une confiance exagérée; je ne réfléchissais pas que, dans les grandes crises, les hommes se laissent conduire plutôt par les instincts et les passions que par la raison et la vérité, et qu'il ne suffit pas, par conséquent, pour faire triompher une cause, de prouver qu'elle a pour elle la vérité et la justice.

La destinée humaine ne s'accomplit pas toujours immédiatement; elle fait souvent des détours et parfois des détours sanglams, mais elle ne manque jamais son but; ayons confiance et persévérons!»

11 prévoyait déjà la solution violente du problème de l'Europe centrale. 11 ne prêchait pas la révolution brutale, car il connaissait la faiblesse de son peuple au milieu de la mer allemande. Mais il ne cachait pas qu'en principe il admettait la réalisation du droit par la force. « Tout le monde reconnaît — dit-il — que par la force nous n'arriverions à rien de bon. Nous sommes 5 millions et nos ennemis nous entourent presque' de tous les côtés ; si nous étions 50 millions, unis et disciplinés, je n'aurais pas le droit de parler ainsi. Ma faute a été; je le dirai franchement, de faire confiance à la sagesse et à la sincérité de la nation allemande. La parole, que j'ai prononcée : « Si l'Autriche n'existait pas, il faudrait la créer», date d'un moment où je croyais fermement que la justice régnerait dans cette confédération de nations libérées. Saint-Augustin a dit <( remota justitia, quid sunt régna nisi magna latrociniaf » La devise de notre Empereur était : « Justitia regnorum. fundamentum. » Pouvais- je prévoir que notre ancien empire se transformerait, un jour selon les paroles de Saint-Augustin?

a Désormais, je n'espère plus que TAutriche puisse subsister ; on y a permis aux Allemands et aux Magyars de s'emparer d'un pouvoir tyrannique, de créer un despotisme de race qui, dans un État constitutionnel, et formé de plusieurs nations, n'est qu'un non-sens politique et ne peut pas se maintenir longtemps; les Allemands et les Magyars ne veulent pas d'une Autriche où leur despotisme ne ferait pas la loi.

« Aussi, grâce à eux, l'empire a glissé très loin sur le chemin de l'abîme. Mais, je ne crains pas grand'chose pour ma nation. Même si elle devait subir de nouvelles épreuves par le fer et par le feu, les germes de vie sont assez puissants en elle pour qu'elle ne périsse pas et revienne à Une vie active dans n'importe quelles circonstances. »

Cet optimisme, Palacky en trouvait les raisons dans la confiance que lui inspirait la Russie. En 1868, après son retour de Moscou, il écrivait dans sa réponse publique à Beust :«.... si nos oppresseurs provoquaient la lutte de races dont quelques-uns de leurs journalistes ne cessent de parler et s'ils poussaient notre nation à une lutte désespérée pour l'existence, la conscience de notre parenté

de race avec elle qui pénètre déjà toute la nation russe, pourrait avoir sur notre destinée une grande influence.»

Palacky a vu plus loin encore : il a pressenti la guerre mondiale actuelle, c'est à-dire l'alliance de la Russie slave avec l'Europe occidentale contre l'Allemagne, et il a prédit la défaite finale de l'Allemagne et de l'Autriche. Dans ses « Souvenirs », écrits en allemand (Geilankblatter), il écrivait en 1874, quelque temps avant sa mort, ces paroles vraiment prophétiques: « Les Allemands, par leurs procédés insolents et provocants, vont bientôt exciter contre eux tous leurs voisins. Si la lutte mondiale inévitable entre le germanisme et le slavisme n'a pas encore éclaté, c'est parce que le politique admiré par tous, l'homme de sang et de fer qui voit le droit dans la force — n'a pas encore jugé le moment opportun. Les Slaves ne déclancheronl pas cette lutte. Mais ane lois déclanchée, même si la fortune hésite quelque temps, j'en suis sûr, les Allemands seront vaincus à la fin par les forces supérieuresde leurs ennemis à l'occident et à l'orient; et, qui sait, peut-être le moment viendra-til, où ils maudiront le souvenir vénéré de l'homme aux cinq milliards; ce sera le moment où ils seront forcés de rembourser ces cinq milliards avec les intérêts.»

La pensée de Palacky apparaît ainsi avec une lumàneuse clarté de l'ensemble des textes. Il n'est pas douteux qu'avec un autre régime, l'Autriche aurait pu devenir un élément de stabilité et de paix. Il était seulement très peu vraisemblable que ses chefs comprissent les nécessités de la situation et renonçassent à leurs anciennes habitudes d'oppression. Le grand Ijistorien tchèque connaissait trop bien le passé pour nourrir de grandes illusions à ce sujet. En 1848, il avait fait un appel désespéré à l'esprit d'équité et à la raison. Mais avait-il compié, même une minute, que les Allemands pussent entendre la voix de l'équité et de la raison ? Naturam, expella.i furca, tamen uaque recurret. Il n'est pas imposible qu'actuellement, quand l'Autriche a déjà oessé d'exister, quelques personnes auprès de l'em pereur Charles aperçoivent et regrettent les erreurs commises. — Regrets tardifs et désormais superflus. — Il n'est pas encore trop tard pour sauver l'Autriche, écrivaib Palacky en 1848. Niais il n'y a plus une heure à perdre. — On a perdu plus d'un demi siècle. — C'est trop à une époque où les morts vont vite. p]n 1848, les Tchécoslovaques étaient encore assez nombreux qui conservaient quelques vagues sympathies pour une Maison sous les lois de laquelle ils avaient subi tant d'épreuves. — François- Joseph a tué ces restes d'affection. Ce n'est pas Glam- Martinic qui les ressucitera.

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