CLEMENCEAU. PICHON
Armée nationale tchécoslovaque en France.
L'armée tchécoslovaque est enfin créée en France. Tous les Tchécoslovaques se trouvant actuellement en dehors des frontières des Pays Tchèques, ceux de France et d'Angleterre, aussi bien que ceux de la Russie et des États-Unis, s'empressent de s'enrôler sous le drapeau national, pour combattre sur le sol sacré de la France contre les Puissances des Ténèbres. L'armée de la nation dont les droits sont, depuis trois siècles, honteusement foulés aux pieds, ressuscite aujourd'hui f)Our représenter cette nation à côté des grandes armées des Puissances Alliées.
Notre grand rêve est donc réalisé. Depuis trois ans la création de cette armée était notre préoccupation constante. Quand, il y a trois ans, à Prague, nous avons appris que nos vaillants volontaires se battaient sur le front français pour la France et pour les Pays Tchèques et Slovaques, quand nous avons constaté qu'en Russie nos compatriotes commençaient à organiser les légions tchèques que nous espérions voir bientôt entrer en Bohême avec les Alliés victorieux, nous étions pleins d'émotion et de joie à voir que nos braves soldats connaissaient leur devoir. Plus tard, quand nous avons commencé notre propagande dans les Pays Alliés, nous ne cessions de nous répéter à nousmêmes : (( Oh ! Si nous pouvions par des actes démontrer aux Alliés que nous ne voulons pas que les autres seuls se battent pour nous, que nous voulons conquérir notre liberté nous-mêmes ; si nous pouvions organiser, toutes nos forces, qui, du reste, sont assez considérables dans les Pays Alliés, en des unités armées, et constituer ainsi notre propre armée nationale ! »
Pour y arriver, nous devions surmonter toutes sortes de difficultés. D'abord, nous étions très peu
connus de l'Eiitcnte et on ne se doutait même pas au début de la guerre de la possibilité d'une telle entreprise. Il fallait vaincre des préjugés absurdes, des oppositions sournoises, l'esprit de routine et de bureaucratie myope, et surtout l'ennemi le plus redoutable de tous : l'absolue ignorance où l'on était de notre cause dans tous les milieux, sans exception. Il fallait beaucoup de patience et de persévérance, beaucoup de force morale pour ne pas se décourager tout de suite et pour croire au triomphe final. Quand nous pourrons dire un jour tous les obstacles qui entravaient noti-c travail, on aura peine à nous croire.
Mais ces choses appartiennent au passé. Nous n'avons actuellement qu'à nous réjouir du succès obtenu. Grâce à l'encouragement et à l'aide décisive d'un certain nombre d'amis dévoués, aussi bien dans le monde officiel et dans le monde politique, que parmi les journalistes, publicistes et savants, nous avons pu faire valoir et notre esprit de décision et de persévérance, et notre sens d'organisation parmi nos compatriotes, et nous pouvons finalement doter la France d'une nouvelle armée. Nous remercions infiniment tous ceux qui ont directement ou indirectement contribué à cette tâche et qui ont accéléré Tceuvre, qui, dès à présent, marque une étape décisive dans notre histoire nationale.
En effet, le décret qu'on a lu plus haut, a une signification infiniment plus importante qu'on ne le penserait au premier abord. Le premier paragraphe du décret déclare « que les Tchécoslovaques, organisés en Armée autonome et reconnaissant au point de vue militaire l'autorité supérieure du haut commandement français, combattront sous leur propre drapeau ». — Le second paragraphe complète le premier en ajoutant que « cette armée est placée au point de vue politique
SOUS la direction du Conseil National des Pays Tchèques et Slovaques )). Comme nous l'avons dit, ces deux paragraphes sont d'une importance capitale pour nous, parce qu'ils expriment nettement que notre armée de France a été créée par nous-mêmes, les Tchécoslovaques, et qu'au point de vue politique elle est aussi dirigée par nous. En un mot, c'est une armée nettement nationale. C'est, de la part de la France, la reconnaissance explicite et sans réserves, de la souveraineté ■nationale du peuple tchécoslovaque et du droit à la constitution d'un État national indépendant.
Avec une joie pleine de gratitude, nous prenons acte de cette reconnaissance car, pour la lutte politique en Bohême contre l' Autriche-Hongrie, c'est un véritable acte poHtique de premier ordre, qui ne restera pas sans conséquences.
En effet, juridiquement, la Bohême n'a jamais cessé d'exister comme État indépendant. C'est via facti que les Habsbourgs nous ont progressivement privés de notre indépendance d'État en réduisant la Bohême, la Moravie et la Silésie au niveau de simples provinces, jotiissant d'abord d'une certaine autonomie, puis, presque complètement centralisées. Nous n'avons jamais reconnu cette déchéance, et nous avons constamment invoqué notre droit historique à l'indépendance. Toute notre politique nationale était basée là-dessus; même, aujourd'hui, la lutte de nos partis politiques en Autriche est justifiée presque exclusivement par ces considérations juridiques; c'est pourquoi notre lutte pour TÉtat indépendant réclamait non la création d'un État tchèque, mais simplement la reconnaissance de cet État d'abord et sa restauration pratique ensuite.
Le premier paragraphe du décret admet en effet implicitement les anciens droits historiques de la Bohême puisqu'il nous reconnaît le droit de créer une armée nationale et de faire ainsi acte de souveraineté nationale. Il consacre et justifie, au point de vue
juridique, la théorie politique du droit de l'État tchèque, idée que nous avons toujours défendue.
Le second point important, c'est que cette formule exprime implicitement la nouvelle théorie politique que chaque nation doit disposer de son propre sort. Elle reconnaît, d'une manière absolument claire, la souveraineté nationale, donnant droit à un peuple,, même divisé entre divers États, à réaliser son unité et à réunir tous les tronçons de sa patrie en un seul État national. Cette formule signifie donc la reconnaissance du programme intégral des Tchécoslovaques, c'est-àdire l'indépendance et l'unification non seulement du royaume de Bohême proprement dit (Bohême, Moravie et Silésie), mais de tous les pays tchèques et slovaques : Bohême, Moravie, Silésie et Slovaquie. Ainsi le décret est l'expression à la fois de deux théories politiques : il reconnaît les droits historiques de l'ancien État tchèque et accepte la nouvelle théorie politique issue de la guerre actuelle, théorie relative aux principes de l'indépendance et de l'unification nationale.
Enfin, troisième point important : pour la première fois notre Conseil National est reconnu publiquement dans un document officiel d'une importance historique. C'est un fait qui, à première vue, peut sembler insignifiant, mais qui, au fond, est d'une très grande signification politique. Nous avons compris, dès la première heure, que notre résolution contre l' Autriche-Hongrie doit être solidement organisée, qu'elle doit avoir un organe central bien constitué, homogène, concentrant toute notre campagne et toutes les personnes importantes en une unité parfaite et une homogénéité irréprochable. Nous avons compris que, de cette façon seulement, notre mouvement pourrait être mené et dirigé d'une façon sérieuse et avec succès. Nous avons, en outre, compris qu'il fallait créer une institution qui aurait sa justification et sa consécration dans le consentement sans réserves des partis politiques tchèques de Bohême, des hommes politiques tchèques et des
représentants des Slovaques de Hongrie. Nos compatriptes — aussi bien les émigrés que les prisonniers de guerre et les exilés — , ont parfaitement saisi l'importance de cette discipline politique et nationale et nous pouvons constater avec fierté que ce Conseil, qui aura la direction de l'armée nationale tchécoslovaque en France, n'est pas un groupe de quelques personnes, mais la nation tout entière. La réalisation de toutes ces conditions nous a permis de réussir et de mener notre entreprise au succès. La reconnaissance officielle du Conseil National est non seulement l'expression de ce fait que nous exerçons partiellement les droits découlant de la souveraineté nationale, mais elle consacre définitivement notre travail d'organisation et nos conceptions politiques.
Voilà toute la signification qu'a pour nous cet acte solennel; voilà ce qui fait notre grande joie et ce que nous considérons comme un grand triomphe pour tout notre travail politique.
On se demandera, évidemment, quelle importance militaire pourra avoir cette armée. Nous avons devant nous, encore une guerre malheureusement assez longue. Vu cette prolongation de la guerre et la possibilité d'un travail de recrutement assez efficace, notre armée pourra atteindre des effectifs relativement assez considérables. Mais là n'est pas l'importance de cette armée. Personne ne doute qu'elle est avant tout l'expression d'une grande idée politique, un facteur de la politique internationale. La nouvelle de sa constitution produira dans les Pays Tchécoslovaques une impression et une émotion énormes. Toute la nation, aujourd'hui terriblement éprouvée par les persécutions et par la misère, découragée et moralement épuisée par la défaillance russe, le désastre italien et le sort tragique de la Serbie, de la Roumanie et de la Pologne, enfin
presque abattue moralement par les événements touchant l'armistice sur le front oriental, en sera réconfortée et encouragée à une nouvelle lutte.
Car pour les Tchécoslovaques, qui toujours étaient prêts à verser leur sang pour leur propre liberté, la^ constitution de l'armée tchécoslovaque signifie qu'on veut nous permettre de nous battre et de mêler notre sang à celui des soldats de l'Entente pour la réalisation du grand idéal de l'Europe Nouvelle. Tout le monde sait aujourd'hui que dans la guerre actuelle, seul, le sang versé se paye. Ainsi celui qui a réellement versé son sang aura la certitude que ses aspirations pourront être réalisées.
C'est dans ce sens que nous et nos compatriotes de- Bohême, sans avoir des garanties explicites, voyons dans notre armée la plus sûre et la plus grande des garanties qu'on puisse nous donner. Voilà pourquoi la création de l'armée tchécoslovaque de France constitue pour nous un véritable triomphe politique et un réconfort de premier ordre pour nos pays si meurtris et si éprouvés.
Il est encore un autre point qu'il ne faut pas oublier dans nos considérations : la constitution en France de l'armée tchécoslovaque doit être le point de départ d'une politique nouvelle de l'Entente. Car ce fait doit nécessairement entraîner une série d'autres mesures politiques. Il frappera l'imagination du peuple; il attirera l'attention du public et des milieux influents sur cette nation qui, sans réserve et sans garantie effective, a adhéré à la politique de l'Entente tout en se trouvant sous la griffe du monstre teutonique. Il attirera aussi l'attention sur ses voisins d'Autriche-Hongrie et des Balkans. On comprendra mieux ce qu'on pourrait tirer au profit des Alliés de la force de résistance qui se cache encore dans ces pays et qui ne fait qu'attendre un moment opportun pour se déchaîner contre les ennemis de l'Entente. On comprendra beaucoup mieux qu'it faut, à tout prix, encourager ces peuples à la résis-
tance; qu'il faut suivre une politique nette à leur égard et une politique absolument précise à l'égard de l'Autriche-Hongrie. C'est fatal, c'est inévitable. Nous ne demandions pas cela avant la constitution de cette armée. Nous voulions, par sa création, démontrer à tous ceux qui ne voulaient pas comprendre cette vérité essentielle de la politique militaire de l'Entente, qu'il aurait depuis longtemps fallu faire tout — absolument tout — pour utiliser les forces latentes anti-autrichiennes et antiallemandes qui régnent chez nous, qu'il aurait fallu prendre en main le prétendu problème austro-hongrois et de la marche orientale de l'Allemagne, le développer intégralement et dresser sans hésitation le plan définitif d'une politique de guerre dans l'Europe Centrale, pour pouvoir arriver sûrement et rapidement à la victoire définitive. Hélas ! combien de sang a été répandu en vain, que de temps, de moyens matériels, d'argent et d'énergie dépensés inutilement, faute d'avoir compris tout cela. Si on l'avait compris il y a deux ans, la situation politique et militaire serait aujourd'hui sûrement toute différente.
Nous sommes enfin à la période de la guerre où Ton commence à s'en rendre compte et où l'on essaye de réparer les fautes du passé. On verra la nécessité d'une solution définitive de la question tchécoslovaque, on comprendra le besoin impérieux de développer intégralement le problème yougoslave et le problème polonais, roumain et ruthène, et la solution fatale et inévitable — qui est celle que nous avons toujours défendu ici — du problème austro-hongrois apparaîtra ainsi comme quelque chose de plus naturel, quelque chose de nécessaire et depuis longtemps désirable.
Finalement, il nous sera peut-être permis d'attirer l'attention de tout le monde à ce fait symptomatique : ^omme toujours, nous prenons part aux luttes effec-
livemcnt sans demander quoi que ce soit, et nous constituons notre armée au moment peut-être le plus criti- Cjr.e de la guerre.
Avant de conclure ces considérations générales il convient d'ajouter une chose, qui, à notre avis, est d'une signification symptomatique : C'est la France qui, la première, nous aide à constituer notre armée nationale autonome; c'est la France glorieuse et chevaleresque, noble et généreuse qui, dans le monde tout entier, a été la première à nous tendre la main. C'est elle qui — fidèle à ses vieilles traditions, à sa politique de ces temps derniers et aux principes qu'elle a émis dans cette guerre unique dans l'histoire du monde — s'est décidée à reconnaître par un acte politique décisif que notre peuple presque mourant déjà sous les coups terribles des Puissances teutoniques a le droit de renaître dans toute sa vigueur et dans toute sa force florissante de jadis. Après trois siècles de servitude, dix millions de Tchécoslovaques se préparent à reconquérir leur indépendance. Si la France n'avait fait pour nous rien d'autre que ces deux actes historiques inoubliables et décisifs pour notre histoire nationale : l'insertion dans la note au Président Wilson comme un des buts de guerre, d'une clause demandant la libération des Tchécoslovaques, et le concours donné par elle à la création d'une armée tchécoslovaque autonome en France comme symbole de la future indépendance des Pays Tchèques, elle aurait droit à notre reconnaissance éternelle. Elle verra certainement que les Tchécoslovaques savent ce qu'est l'honneur, la dignité et la reconnaissance-
EDOUARD BeNES.
La crise politique en Allemagne et le Chancelier Hertling.
Nous n'avons pas à nous occuper ici de la politique intérieure de la France; le passé et les opinions des ministres qui prennent la direction des affaires nous intéressent peu, à condition que nous soyons sûrs qu'ils sont les ennemis irréductibles de l'Allemagne, c'est-àdire qu'ils n'ont aucune illusion sur ses desseins. Jusqu'en 1914, les hommes d'État de tous les pays avaient pour devoir impérieux d'essayer de maintenir la paix, et, quand on songe au douloureux calvaire que gravit l'humanité depuis 19 14, on juge avec indulgence les concessions par lesquelles, jusqu'au dernier moment, les diplomates de l'Entente se sont exténués à flatter et à apaiser la folie germanique ; les humiliations qu'ils ont acceptées et qui nous soulevaient le cœur de dégoût et de rage, nous les excusons aujourd'hui parce que noi:is en apprécions mieux les raisons.
La plupart d'entre eux savaient que leurs efforts ne désarmeraient pas un adversaire dont les exigences étaient sans limites et qui voyait dans la plus modeste de nos réserves une révolte et une menace ; ils luttaient malgré tout avec un acharnement désespéré pour retarder un cataclysme qu'ils devinaient inéluctable et ils se préparaient en même temps à soutenir une attaque qu'ils sentaient de plus en plus prochaine. Quelques autres, par aveuglement, par fatuité, ou bien dominés par des préoccupations égoïstes, — intérêts personnels pu combinaisons de partis, — se refusaient à recon-
naître une vérité qui crevait les yeux et, avec une innocence dont la candeur nous surprend chez des hommes que l'on aurait supposés moins naïfs, ils préméditaient une réconciliation durable avec l'Allemagne. Ils nous demandaient d'oublier nos deuils, nous suppliaient de tendre la main à nos ennemis, et berçaient d'amollissantes chimères les âmes imprévoyantes et timides. Ils se plaisaient à nous affirmer que la guerre entre grandes nations civilisées était désormais impossible, que les criminels qui oseraient la déclarer seraient balayés par l'indignation universelle et que les liens économiques qui rapprochent les divers États étaient assez multiples et solides pour entraver les sanguinaires fantaisies des souverains mégalomanes.
Nous n'avons pas à scruter la conscience de ces endormeurs et nous laissons le soin de les juger à Dieu et à la postérité. Il est probable qu'elle sera sévère pour eux. Même si leurs motifs étaient purs, ils n'en demeurent pas moins en grande partie responsables des périls «t des tristesses de l'heure actuelle. Ils ont engourdi notre vigilance, et leur imprévoyance criminelle a saboté l'œuvre de la défense nationale. Leur incurie, qui nous désarmait, a encouragé l'audace de l'ennemi, en lui inspirant la conviction que ses attaques ne rencontreraient qu'une résistance incertaine et passagère^ qu'une guerre serait une opération rapide et lucrative. Leur impéritie scélérate et leur stupéfiante cécité constituent de véritables trahisons : l'officier qui livre les plans secrets de l'État-Major n'est pas plus coupable que le ministre qui ferme les yeux à un danger manifeste.
Que ces coupables ne se jugent pas eux-mêmes et qu'ils persistent à revendiquer un rôle dans les affaires publiques, la conscience s'en indigne plus que la raison ne s'en étonne, puisqu'ils ont donné la preuve de leur aveuglement. Il est fantastique en revanche et déconcertant que la veule indulgence de la foule se prête à
l'étonnante prétention de ces morts récalcitrants. Je n'ai jamais ouvert sans un sentiment de colère et de honte les journaux et les revues où, après 1870, un Emile OUivier a répandu pendant un quart de siècle son indécent bavardage. Je regarde comme ime insulte à la Patrie le seul fait de ne pas écarter dédaigneusement de la scène politique les criminels ou les niais qui ont nourri le rêve malsain d'établir une entente durable et sincère entre Guillaume II et la démocratie française.
Encouragés par notre coupable indifférence, ces défaitistes avant la lettre, loin de faire amende honorable et de confesser leur erreur, persistent dans leur funeste démence. Deptiis trois ans, dans les divers pays de l'Entente, la victoire est compromise par les manœuvres de quelques groupes peu nombreux^ mais remuants et indiscrets, qui énervent l'opinion en essayant de l'habituer à l'idée d'une paix prématurée et en lui insinuant qu'une défaite complète de l'Allemagne est impossible. Le bons sens public, qui juge sans indulgence ces tentatives, a fini par s'alarmer et par s'indigner de cette propagande dont nous apercevons en Russie les détestables résultats. En Italie et en Angleterre la résolution de poursuivre la lutte avec une énergie nouvelle a été solennellement proclamée; En France, si l'on cherche la raison de l'immense impression produite par la Déclaration du nouveau ministère, on la trouvera moins dans ce qu'elle contient que dans ce qu'elle a volontairement négligé.
M. Clemenceau a eu le mérite et le courage de ne pas parler de paix et il a volontairement ignoré « les hommes aux genoux faibles » qui nous invitent à courber l'échiné sous la terge tudesque. Son silence dédaigneux répondait au vœu à peu près unanime de la conscience nationale. A quoi bon en effet revenir sur ce thème débilitant? Tous les ministres qui se sont succédé au pouvoir l'ont déclaré cent fois: quiconque
prolongerait la bataille une minute de plus qu'il n'est strictement nécessaire serait aussitôt foudroyé par l'indignation universelle. Et d'ailleurs ces promesses étaient-elles nécessaires? Personne ne suppose sans doute, que, l'Allemagne effondrée, nous nous amuserions à prolonger les hostilités pour piétiner sur son cadavre. Nous n'y prendrions aucun plaisir et ces mœurs ne sont pas les nôtres. « Nous combattons, disait hier M. Clément Edwards à Trafalguar Square, pour le droit démocratique et le fondement moral de la civilisation ; nos intentions n'ont pas varié depuis le !jour oii nous avons pris les armes. La seule différence, c'est que nous avons fait d'immenses sacrifices et nous entendons qu'ils ne soient pas perdus... Nous avons le droit d'exiger des garanties. » Nous désirons une paix, mais une paix sincère, véritable, loyale ; elle a pour condition la reconstitution du monde sur une base nouvelle et, comme il est certain que l'Allemagne n'y consentira jamais de son plein gré, l'unique moyen d'arriver à nos fins est de briser sa force militaire. Tant que ses armées ne sont pas vaincues et que sa résistance nationale n'est pas épuisée, toute négociation avec elle est un piège et un leurre.
Les doctrinaires qui nous invitent dès aujourd'hui à fonder la « Société des Nations » sont peut-être animés des sentiments les plus généreux. Sans le sayoir, ils travaillent contre le but qu'ils se proposent, parce qu'ils font le jeu de l'ennemi. En politique, plus qu'ailleurs, il est dangereux de mettre la charrue avant les bœufs. — Je rends volontiers hommage à la constance courageuse des hommes qui dirigent la Ligue de la paix par le droit; leur devise ne m'en paraît pas moins équivoque et par là même funeste, parce qu'elle renverse l'ordre des facteurs. Chaque mot, chaque geste, chaque attitude a aujourd'hui son importance et il faut surveiller non seulement la direction de ses pensées, mais l'interprétation qu'elles peuvent recevoir. Quelque dure que soit la guerre, elle vaut mieux que la
servitude et l'opprobre. Brisons d'abord les chaînes des nations opprimées, proclamons l'indépendance des peuples; le moment viendra ensuite, au lendemain de la victoire, de chercher les moyens de les rapprocher dans une entente durable.
L'Allemagne, personne ne l'ignore, cherche à négocier depuis la fin de 1914; après sa défaite de la Marne et surtout après l'échec de son offensive sur l'Yser, elle s'est avoué que le plan gigantesque que s'était proposé son ambition avait échoué et elle n'a plus eu d'autre désir que de se dégager le plus rapidement possible d'une entreprise témérairement conçue. Depuis lors, en dépit de ses succès apparents et partiels, chaque jour qui s'écoule rend sa ruine plus certaine et plus irrémédiable. Pour échapper à l'angoisse qui l'étreint à la gorge, elle s'applique à diviser les Alliés par des offres de négociations séparées et à affaiblir le moral des combattants en exploitant leur fatigue et en les alléchant par la perspective d'une paix immédiate. Avec sa ténacité coutumière elle déploie toutes les ruses de sa diplomatie pour nous amener à une suspension d'armes, parce qu'elle est convaincue que si le canon se taisait une fois, il serait impossible de reprendre les hostilités et que, les pourparlers une fois engagés, les dissentiments qui subsistent nécessairement entre les coalisés les plus unis, lui permettraient de nous arracher des conditions favorables. Son jeu apparaît clairement dans les événements de Russie, et aussi le péril qu'il peut créer si on ne le surveille pas de près. Les idéalistes mystiques, qui représentent certainement l'immense majorité des maximalistes, ont horreur de la violence, mais leur fanatisme est sincère ; ils veulent en toute candeur inaugurer une ère nouvelle de liberté et de fraternité et s'ils se rapprochent de l'Allemagne, c'est avec l'espoir de la convertir. Leurs programmes, vagues et somptueux, prêtent aux pires interprétations et favorisent les plus redoutables sutprises ; s'ils avaient vu dès le début le piège oti on les
entraîne, ils se seraient révoltés avec indignation. — Pour les compromettre et les apprivoiser, l'Allemagne s'est servi d'une poignée de traîtres et d'espions qui connaissent de première main les fins réelles de la politique du Kaiser et servent ses desseins. Ils ont amadoué et assoupli la conscience de leurs camarades en propageant des formules inconsistantes que l'Allemagne interprêtera ensuite à sa guise. Ils ont parlé de fraternité d'humanité; ils ont trouvé des accents attendris pour maudire les horreurs de la guerre, jusqu'au jour où les soldats, englués dans ce miel pseudo-évangélique, et submergés par ce ruisseau de déclamations lacrymogènes, ont laissé tomber leurs armes. Terrible sera le réveil de ces optimistes fantasques et leurs sanglots de repentir seront amers quand ils sentiront sur la nuque la poigne de cette Allemagne à qui ils ont tendu la main.
Sur le front occidental, avec un comité de guerre Lloyd George, Sonnino, Clemenceau, Wilson, de telles surprises ont peu de chances de succès. Il n'en est pas moins certain que l'Allemagne ne renoncera pas à ses manœm^res. Elle modifiera ses plans dans le détail, tâtera les divers fronts et portera son assaut principal sur le point où la résistance lui semblera la moins robuste. Un jour, elle mettra les Bulgares en avant et, le lendemain, Charles P""; elle camouflera ses institutions, reniera ses anciennes idoles, le militarisme tt l'impérialisme, et, comme elle déguise ses soldats sous des uniformes italiens, elle s'affublera des modes démocratiques les plus récentes.
Mode in Gcrmany.. — Monsieur le Professeur- Conseiller privé a beau s'habiller chez les meilleurs tailleurs; à première vue, on reconnaît son état-civil, ne fût-ce qu'à ses pattes. Il ne trompera que ceux qui le veulent bien.
Malheureusement, il y en a. — Déjà des voix caressantes susurrent à nos oreilles que depuis le mois de
juillet, il y a quelque chose de changé en Allemagne, que la récente crise intérieure marque une défaite des conservateurs-annexionnistes et qu'avec le nouveau Chancelier, le comte Hertling, s'ouvre l'ère du gouvernement parlementaire; il paraît, d'après ces nouvellistes bien informés, que Guillaume II a abdiqué en faveur du Reichstag ; le peuple a pris en mains la direction de ses propres affaires; il revendique sa place au milieu des nations émancipées; de quel droit la lui refuserions-nous puisqu'il a brisé ses chaînes?
Henri Heine nous faisait jadis une effroyable description du jour où le Michel germanique, enfin las d'une patience séculaire, romprait ses liens, et où sa fureur s'abattrait sur ses tyrans ; à côté de la révolution allemande, écrivait-il, la révolution française ne semblera qu'un jeu d'enfant; le ciel et la terre trembleront sur leurs bases. — On sait assez que tout est sublime et colossal chez nos aimables voisins ! — Il paraît tout de même que depuis Henri Heine, Michel est devenu moins farouche et ses désirs sont modestes; les révolutions à Berlin se passent en douceur et les démocrates y mettent beaucoup d'eau dans leur bière. Libre aux libéraux ou aux socialistes du Vorwaerts de se féliciter de leur triomphe et, si Hertling leur convient, nous ne le leur discuterons pas : tous les goûts sont dans la nature et le procès Moltke-Eulenbourg prouve que dans l'Athènes de la Sprée, les goûts sont souvent bien étranges. Que les radicaux du Reichstag nous excusent du moins si nous avouons que leur caution nous semble insuffisante. C'est sans doute la faute de notre myopie, mais entre Bethmann et Hertling, nous n'apercevons aucune différence. De la récente crise, il ne nous est possible de tirer qu'une conclusion, c'est que l'Allemagne est toujours aussi docile, que l'autorité du Kaiser et des Junkers y est plus solide que jamais et que, par conséquent, elle demeure toujours aussi menaçante pour nous et pour le monde.
■ Jusqu'à ces derniers mois, elle était fière de la stabilité de ses ministres et bien que les changements de personnes y soient moins rares qu'elle ne voudrait nous le faire croire, il est vrai que depuis la mort de Bismarck jusqu'à 191 7 elle n'a usé que quatre chanceliers; Caprivi, qui avait des tendances libérales et qui a été combattu dès le premier jour par les conservateurs, a cependant conservé quatre ans le pouvoir (1890- 1894). Après lui, Hohenlohe est resté six ans à la chancellerie et Bûlow neuf ans. — Dans l'espace de six mois, trois chanceliers se sont succédé: Bethmann, Michaelis et Hertling. Michaelis et Bethmann ont dû se retirer devant l'hostilité directe des partis. Preuve incontestable, nous dit-on, du rôle prépondérant qu'usurpe le Parlement, non seulement dans la politique intérieure, mais aussi dans les questions étrangères. L'affirmation est spécieuse et l'affaire vaut d'être examinée de plus près.
L'histoire de la crise est instructive et elle est assez amusante. Dans l'ensemble, elle fait le plus grand honneur, sinon à l'esprit politique du Reichstag, du moins à son humeur débonnaire. Battu, cocu et content ; c'est un vieux sujet de comédie et Hindenburg y a joué le rôle d'Angélique. Nous assistons à l'intermède avec une ironie indulgente; mais nos voisins auraient tort de s'imaginer que nous prenons au sérieux la prétendue victoire du Reichstag et, quand les radicaux nous affirment qu'ils tiennent désormais les clés du palais de la Wilhelmstrasse, nous savons trop bien que les portes en ont des verroux que manient les généraux.
En 1908, l'Allemagne était gouvernée par un ministre intelligent et subtil, dont les mérites réels étaien*
un peu gâtés par une présomption candide. M. de Bulow, adroit, souple, inventif, se donnait pour l'exécuteur testamentaire de Bismarck dont il poursuivait l'œuvre avec des moyens différents. Bien qu'il ne reculât pas à l'occasion devant les coups de vigueur et les esclandres, il leur préférait d'habitude des voies plus couvertes et, sans redouter la guerre, il ne la désirait pas, parce qu'elle laisse la première place aux militaires. Son terrible prédécesseur avait le verbe haut, la trogne truculente et il traînait avec fracas sa lourde flamberge ; M. de Bûlow se glissait sans tapage à la domination de l'univers et, même quand il jouait des coudes, il affirmait qu'il ne s'en apercevait pas. Il n'ignorait pas qu'au dernier moment, il serait sans doute nécessaire de recourir à l'ultime raison des rois ; du moins désirait-il ajourner le plus possible l'échéance, persuadé avec raison que, plus la lutte finale serait retardée, plus décisive et plus rapide en serait l'issue. Bien qu'il eût eu à diverses reprises maille à partir avec le Reichstag, il s'arrangeait sans trop de mal avec lui, parce qu'ils étaient attelés à une même besogne; ils s'entendaient à demi-mot, même quand ils se querellaient, et leurs ruptures n'étaient jamais que la promesse d'agréables réconciliations.
Guillaume le gênait dans ses combinaisons, — tracassier, bavard, inconsistant, incalculable. En 1908, le ministre saisit avec empressement l'occasion du fameux article du Daily Telegraph pour donner une sévère leçon à l'impérial touche à tout. Contre les attaques furibondes des journaux et des partis déchaînés, il le couvrit avec une adresse si perfide que le pauvre souverain sortit de la mêlée moulu et fort mal en point : comme un galopin pris en flagrant délit, il s'humilia, demanda pardon et promit de ne pas recommencer. Quand on est le descendant de Frédéric-Guillaume T""^ qui a fondé sur un rocher de bronze l'autorité du prince, et le petit-fils de Guillaume I", qui a de sa propre main mis sur sa royale tête la couronne sacrée. que le Très-
Haut lui avait réservée de toute éternité, « ces choseslà sont rudes ». Le Kaiser est mobile, mais rancunier. A la première occasion, il prit sa revanche, et, d'un croc en jambe se débarrassa de Bûlow.
Un homme averti en vaut deux. Guillaume, en appelant imprudemment Bùlow au pouvoir, s'était mis entre les mains d'un homme d'esprit ; il avait vu les inconvénients de son imprudence et il se jura bien de ne pas récidiver. Il s'adressa à un bureaucrate éprouvé avec qui il fût sûr de dormir sur les deux oreilles.
Bethmann était un placide fonctionnaire qui exécutait tes ordres sans barguigner. Ce feld-webel qui s'était frotté à la philosophie, oublia évidemment dans son cabinet les œuvres de Kant, dont il faisait, dit-on, sa lecture favorite, et il défendit sans sourciller les choses les plus scabreuses. Il avait moins de talent que de bonne volonté, sa manière était un peu lourde et il ignorait l'art de parer d'honnêtes périphrases l'ignominie des actes. Il a à son dossier quelques paroles mémorables qui lui vaudront une longue et peu glorieuse renommée : chiffons de papier, nécessité na pas de loi, V Allemagne toujours prête à se mettre à la tête d'un inonde réorganisé, etc. Même dans sa patrie où le tact ne court pas les rues, ses balourdises finirent par exaspérer tout le monde et les caricaturistes le comparaient volontiers à un ours lâché dans un magasin de porcelaine fine-
Il ne se maintenait au pouvoir que par la faveur reconnaissante de son maître dont il endossait sans discussion les lettres de change les plus compromettantes. — Comment expliquer sa passivité ? — Par ambition ? — Peut-être ; plus probablement encore par une habitude de servilisme. Nourri dans le sérail bureaucratique, il avait si longtemps courbé le dos que l'idée ne lui venait même pas de se redresser. On a raconté qu'en juillet 1914, il avait eu la main forcée; quand il avait entrevu l'entrée en li^ne de la Grander>retagne, il aurait essayé d'obtenir des militaires
qu'ils ajournassent leur attaque. Jusqu'à quel point ces récits sont-ils conformes à la réalité, nous n'en savons rien. Toujours est-il que ses conseils furent dédaignés et qu'il n'insista pas. Notre verdict hésite et nous ignorons s'il fut plus sot ou plus veule. — Par la suite, devant l'attitude des États-Unis, il eut une lueur de bons sens et il entrevit les dangers des plans de l'amiral Tirpitz. Il parut l'emporter et l'amiral se retira. Courte victoire 'et satisfaction illusoire ; les pangermanistes hurlèrent et le chancelier se hâta de s'incliner devant les fous furieux qui exigeaient la guerre sous-marine à outrance. Partageait-il leurs espérances? Prenait-il au sérieux leurs rodomontades quand ils déclaraient à corps et à cris que dans quelques mois l'Angleterre serait rendue à merci et que les ennemis de l'Allemagne solliciteraient la paix à genoux? — Il est plus vraisemblable qu'il continuait à subir l'impulsion ondoyante et mobile de l'Empereur, partagé entre la peur d'une rupture avec les États-Unis et la crainte de s'aliéner les Conservateurs.
En temps de paix, Bethmann se fût peut-être maintenu assez longtemps, mais la guerre est peu favorable à ces tours d'équilibre et le moment approchait où il allait payer ses maladresses et ses variations. Au mois de juillet dernier, Erzberger, un des membres influents du Centre, lui demanda ses comptes? — La guerre sous-marine était loin d'apporter les résultats pompeusement annoncés; les pertes des Alliés avaient été sérieuses; elles avaient eu pour principal effet d'activer leurs constructions navales et de rendre leur défense plus vigilante et plus énergique. Le nombre des sousmarins capturés et détruits augmentait rapidement; il devenait difficile de recruter les équipages des sousmarins et le mécontentement de la flotte se traduisait par des actes de révolte ouverte. Etait-ce vraiment la peine pour de si pauvres succès, — et si fragiles, — de rompre en visière aux neutres, d'irriter la Norvège, de mécontenter la Hollande, de jeter le Président Wil-
son dans les bras des Alliés et de s'aliéner les républiques de l'Amérique du Sud? — Ces faits, on les connaissait déjà ; mais on s'efiforçait de n'y pas croire ; les révélations d'Erzberger jettent la consternation dans le Reichstag; un vent de panique souffle et emporte Bethmann. Les Conservateurs ne l'avaient jamais aimé parce qu'il ne partageait pas sans réserve leurs ambitions morbides et leurs folles illusions; les libéraux se rappelaient avec amertume sa désinvolture en face de leurs votes de défiance et l'insolente hauteur avec laquelle il déniait au Parlement le droit de contrôler sa conduite; les Catholiques, qui offraient à l'Empereur l'appui de Benoît XV, réclamaient pour prix de leur concours la tête du ministre qui, à diverses reprises, avait refusé avec obstination de permettre le retour en Allemagne de la Société de Jésus.
Contre tant d'adversaires, Bethmann fit une belle défense et, jusqu'à la dernière minute, il se cramponna ; il chercha nombre de moyens termes qui satisfissent à la fois les modérés et les pangermanistes ; il parla d'annexions qui n'en seraient pas, de conquêtes qui ne léseraient personne, de liberté du monde qui assurerait à l'Allemagne une situation prépondérante. L'assemblée assistait avec une curiosité narquoise à ces exercices de haute voltige et aux contorsions de ce valseur à bout de souffle. Elle attendait le moment oii il tomberait en se cassant le nez. Il disparut sans que personne pleurât son malheur. Seul, peut-être, l'Empereur éprouva quelque ennui de son naufrage; il n'était pas homme à risquer de se noyer pour le tirer d'affaires ; le More avait fait son devoir, le More pouvait s'en aller.
Parce qu'un homme est nul, ce n'est pas toujours une raison pour qu'il soit facile à remplacer.
Les Allemands affectent de ne pas comprendre quand les Alliés parlent de la destruction du militarisme prussien. Nous entendons d'abord par là que le pourvoir n'appartienne plus à l'armée et qu'au lieu d'exercer sur la marche des affaires un contrôle absolu, elle soit comme ailleurs un simple instrument de défense nationale. La Prusse, dans l'Europe contemporaine est un anachronisme; elle en est restée à Frédéric II et, comme à cette époque, elle n'est pas un État qui possède une armée, mais elle est possédée par son armée. L'Empire a été fondé par la guerre et il ne vit que par la guerre et pour la guerre; le Parlement a pour unique raison d'être de fournir à l'Empereur les ressources nécessaires pour étendre et maintenir au dehors son prestige militaire. Il est bien évident, dans ces conditions, que les généraux ne sauraient permettre qu'il échappe à leur influence et qu'ils doivent tenir la main à ce que le Chancelier, qui exerce sur les affaires une influence prépondérante, exécute docilement sa consigne. Bethmann avait été longtemps leur homme-lige; ils l'avaient renversé du jour où il avait fait mine de se séparer d'eux ; ce n'était pas pour livrer la place à un Parlementaire.
Il n'est pas exact, comme on le répète sans cesse, que Bismarck ait créé pour lui-même la charge de chancelier, puisqu'il l'avait réservée d'abord à l'ancien délégué de la Prusse près de la Diète de Francfort, M. de Savigny. Mais l'assemblée qui, en 1867, donna à la Confédération du nord sa constitution, qui est encore celle de l'Empire allemand, apporta au projet qui lui était soumis, d'assez nombreuses modifications et, sur la proposition de Bennigsen, l'article 17 prescrivit que les résolutions et ordonnances du Président de la Confédération devraient porter la signature du chancelier qui en assumerait ainsi la responsabilité. Cette résolution accroissait singulièrement le rôle du chancelier et Bismarck pensa qu'il lui était impossible de laisser à un autre un poste aussi important. L'erreur serait
grande d'en conclure qu'il accepta en quelque mesure la doctrine parlementaire. Le chancelier resta, en dépit de l'article 17, le simple interprête de la volonté royale vis-à-vis de l'assemblée.
Il n'est pas membre du Parlement et il ne tient son pouvoir que du monarque; il siège au milieu de fonctionnaires et il parle du haut d'une tribune qui fait face aux députés; les ministres ne sont pas ses collègues, mais ses subordonnés; tout le désigne ainsi, non pas comme le délégué des représentants du pays, mais comme le mandataire d'une autorité étrangère et supérieure qui vient signifier aux députés les ordres et les demandes de son chef. Les rapports du Reichstag et du souverain sont, non pas une question de droit, mais une question de force, et comme la force appartient au roi, le Parlement n'a qu'à s'incliner devant sa volonté.
En juillet 191 7, les difficultés extérieures avaient aiïaibli le prestige de la couronne et, bien que la chute de Bethmann eut été due surtout au mécontentement des conservateurs, le fait qu'il se retirait devant l'opposition du Reichstag, pouvait passer pour une défaite du principe monarchique. Si la majorité réussissait à imposer à Guillaume la nomination d'un chancelier qui acceptât les conditions de paix auxquelles elle s'était ralliée, la Constitution était ébranlée jusque dans ses fondements- —
Ce changement aurait-il modifié sérieusement la politique extérieure de l'Allemagne? — Je n'en crois rien et je ne vois absolument aucune raison de le supposer. Sans doute les institutions démocratiques et le régime parlementaire sont la condition de l'évolution pacifique du monde. Il serait aussi absurde que périlleux cependant de supposer que des réformes politiques, même très profondes, peuvent transformer du jour au lendemain les mœurs d'un peuple et son esprit. L'Allemagne actuelle est sortie d'un ensemble d'événements, d'habitudes et de lois qui, servis par les ten-
-cfances naturelles de la race, ont développé chez les masses la volonté de puissance et l'instinct impérieux de domination. Les socialistes ont montré depuis le début de la guerre qu'ils ne sont pas moins atteints que leurs compatriotes par le virus annexionniste et qu'au même degré que les nationaux libéraux ils souffraient de la frénésie de la conquête. Ce ne sera pas une tâche facile et courte que de ramener à la raison des foules grandies dans l'adoration de la force et élevées dans le mépris de l'équité. L'évolution des esprits est partout lente, et plus lente encore celle des caractères et des mœurs ; mais comment attendre une rénovation rapide de l'Allemagne, traditionaliste par essence, conservatrice d'instinct et qui ne s'est jamais détachée du passé qu'avec une peine extrême et sous la pression étrangère.
L'avènement du parlementarisme n'aurait donc aucune importance immédiate: l'Allemagne n'en poursuivrait pas moins les hostilités avec la même furieuse énergie et elle ne rabattrait rien de ses exigences. Il n'est pourtant pas complètement absurde d'admettre qu'il préparerait, — pour une échéance incertaine et lointaine, — mais enfin qu'il préparerait et rendrait possible un changement dans l'orientation générale des esprits. A la longue, la majorité des électeurs exigerait probablement la réduction des charges militaires et peu à peu l'influence jusqu'ici prépondérante de la caste nobiliaire et militaire se trouverait battue en brèche et limitée.
Principiis obsta. — Quelque lointain que fût ce péril, les grands chefs qui tiennent aujourd'hui dans leurs mains les destinées de l'Empire rassemblèrent aussitôt leurs forces pour s'opposer à ce qu'ils nommaient les empiétements du Parlement. Hindenburg et Ludendorf étaient accourus à Berlin ; ils appelèrent le Prince Royal à la rescousse. Que se passa-t-il dans les conciliabules qu'ils eurent avec l'Empereur? Nous ne le sa-
vons que par les bruits qui ont couru dans les journaux et dont l'authenticité est contestable. On a raconté avec persistance que, sur l'ordre de Hindenburg et de Ludendorf, le Prince Royal avait proposé à son père trois noms; l'empereur aurait hésité, rechigné, il ne supporte pas sans humeur l'ingérence de Hindenburg qui n'a jamais été son favori. Mais comment résister? Il redoutait par-dessus tout de mécontenter l'armée et, pour secouer le joug du généralissime, il lui eût fallu se jeter dans les bras de la gauche du Reichstag. Il se résigna à choisir parmi les trois candidats celui qui lui parut le moins compromettant et le plus docile; le 14 juillet, on annonçait la retraite de Bethmann dont Michaelis prenait la succession et le 5 août le ministère était définitivement constitué: Helfferich devenait vice-chancelier et M. de Kùhlmann, secrétaire d'État pour les affaires étrangères- Entre temps le Reichstag, à la majorité d'une centaine de voix (socialistes, radicaux et centre contre les conservateurs et les nationaux libéraux) avait voté sa fameuse résolution du 19 juillet par laquelle il déclarait que la guerre n'avait pour objet que la défense de la liberté, de l'indépendance et de l'intégrité territoriale de l'Empire, qu'il désirait l'entente et la réconciliation durable des nations et que tout système d'annexion ou d'oppression politique, économique ou financière étaient contraires à une semblable paix. —
{A suivre.)
E. Denis.
BIBLIOGRAPHIE
Arthur Chervin; L'Allemagne de demain. Chez Berger-Levraut, Paris, 1917.
Comme dans son précédent livre L'Autriche et la Hongrie de demain, M. Chervin reprend dans son nouveau livre L'Allemagne de demain, une étude approfondie des ennemis de la France. La guerre actuelle a soulevé et soulève encore tous les jours des questions toujours nouvelles que la conférence de la paix aura à résoudre. Ces questions d'ordre diplomatique, national, social et économique sont dès aujourd'hui d'une complexité jamais remarquée jusqu'ici. Pour qu'on ne se trompe pas au moment solennel où le bonheur des générations futures sera décidé pour des siècles, il faut que des gens compétents développent devant le public, toujours plus ou moins ignorant, les principales questions, et qu'ils montrent quelle doit être la Paix de la Justice. Aujourd'hui surtout, alors que nous assistons aux tragiques événements russes, nous pouvons nous rendre compte de la valeur d'un public bien informé. M. Chervin est sûrement un homme qui a toutes les qualités nécessaires pour parler de l'Autriche ou de l'Allemagne, tant de celle du passé que de celle de demain.
Il a partagé son livre en deux parties : l'Allemagne d'hier et l'Allemagne de demain. Dans la deuxième partie il nous montre, avec une parfaite clarté, comment il s'imagine l'Allemagne après la guerre. Mais pour que le lecteur puisse contrôler lui-même si les conclusions auxquelles l'auteur arrive, sont justes, il trace au préalable un tableau de l'Allemagne d'hier. En 134 pages (sur un total de 169 pages) il laisse parler la statls-
tique qui, mieux que tout autre moyen, renseigne les profanes et est utile à celui qui cherche des informations précises.
L'Allemagne, qui a vu sombrer tous ses plans de conquête du monde entier, ne se bat aujourd'hui que pour le statu quo ante. Elle voit qu'elle a manqué son coup, elle s'efforce donc de se dégager de la lutte, ses l*erritoires intacts, ses forces économiques non épuisées. Il ne faut pas lui permettre cela. Autrement, elle commencerait dès le lendemain à se préparer pour une nouvelle guerre. Comment la mater sans fouler aux pieds les principes démocratiques édictés par les Alliés? C'est ce que nous montre M. Chervin dans son livre. Tout ce qu'il dit tient en trois mots: restitutions, réparations, garanties.
Nous autres, Slaves, surtout nous, Tchécoslovaques, devons être reconnaissants à l'auteur de ce qu'il tâche encore, dans ce nouveau livre d'ouvrir les yeux à ses lecteurs et leur dit clairement ce qu'est l'Autriche-Hongrie : la Bastille du XX" siècle qui attend son 14 Juillet. Ce 14 Juillet, n'en doutons point, sera la conclusion de la paix où seront détrônées par les Alliés toutes les autocraties qui oppriment les peuples.
ÉCHOS ET NOUVELLES
Situation politique en Bohême et en Autriche-Hon^ie.
Rien de plus réconfortant que la situation politique actuelle des Pays Tchèques. Nous avons plusieurs fois constaté que les Tchécoslovaques forment à présent un bloc entièrement homogène, contre lequel se briseront tous les efforts que font les Austro-Magyars pour nous anéantir. De l'extrême droite à l'extrême gauche, tous les partis sans exception exposent à haute voix et à toute occasion leur programme politique et leur but de guerre: indépendance complète de l'État tchécoslovaque, droit des nations à disposer de leur propre sort.
Les événements qui se sont passés au Reichsrat de Vienne, à la Chambre de Budapest et finalement aux délégations austrohongroises réunies à Vienne au commencement de décembre, illustrent admirablement toute la situation.
Dans le dernier numéro de la Nation Tchèque nous avons publié la déclaration de l'Union tchèque faîte au Reichsrat le 9 novembre au sujet de l'Alsace-Lorraine et de la Slovaquie. On se rappelle le réquisitoire terrible que M. Stanek a dressé contre les Magyars. Là-dessus, une tempête terrible s'est déchaînée dans la presse magyare et m.ême à la Chambre de Budapest. Les députés magyars ont à plusieurs reprises interpellé le gouvernement hongrois sur ce qu'il entendait entreprendre contre les Tchécoslovaques. On exigeait de nouvelles lois contre les Tchèques, on demandait l'arrestation des députés coupables de crime de haute trahison parce qu'ils veulent détacher la Slovaquie de la Hongrie, on insistait surtout sur la suppression de la presse tchèque qui attaque les Magyars.
Le président du Conseil hongrois a donc fait deux démarches: l'une auprès de l'empereur, lui demandant une décision formelle et claire contre les Tchèques; l'autre auprès du gouvernement autrichien, exigeant une répudiation nette de tout le programme tchécoslovaque, aussi bien en ce qui concerne la Hongrie qu'en ce qui regarde l'Autriche.
Ces démarches ont été couronnées de succès. En vertu d'un mandat impérial, M. Wekerlé, président du Conseil, répondant le 20 novembre 1917 aux divers députés hongrois, a constaté l'unanimité complète des Magyars au sujet des Tchèques et a prononcé textuellement ces paroles :
« Les discours prononcés ici prouvent notre accord et, comme preuve que notre forteresse est imprenable, je puis ici, en vertu d'une autorisation suprême, vous rapporter la déclaration de Sa Majesté, assurant qu'il est même impossible que Sa Majesté ne fasse, de toute sa puissance (mit seiner ganzen Herrschermacht), échouer les efforts tentés par les Tchèques soit contre l'indépendance légale, soit contre l'inté' grité territoriale de l'État hongrois. »
Telle est la politique slavophile du jeune empereur Charles, dont quelques intrigants ont essayé de répandre récemment le bruit dans les pays neutres et qui a pénétré jusque dans les pays de l'Entente.
En même temps, M. Wekerlé déclarait nettement que le gouvernement autrichien soutiendra les Magyars dans leur lutte contre les Tchèques.
Cela apparaît clairement dans une interpellation des Allemands autrichiens présentée ce même jour à M. Seidler, président du Conseil. On y demande des précisions et on s'y livre à une offensive plus véhémente encore contre les Tchèques; on y demande implicitement la division administrative des Pays Tchèques. Cette interpellation (de M. Langenhahn et consorts) dit, en effet :
« A la séance tenue hier par le Parlement hongrois, le président du Conseil, Wekerlé, répondant à une interpellation relative à la juste indignation causée en Hongrie par les attaques des politiciens tchèques d'Autriche, a fait une déclaration et a annoncé que le président du Conseil autrichien lui a, à ce sujet, donné la garantie qu'il s'opposera à cette politique. Le président du Conseil autrichien a également déclaré au président du Conseil hongrois que, en ce qui concerne la satisfaction des aspirations nationales, elles ne pourront se réaliser que dans le cadre des pays actuels de la couronne.
Cette déclaration du président du Conseil autrichien n'indique pas explicitement si Son Excellence songe à la possibilité de satisfaire les aspirations nationales dans le cadre de chaque pays de la couronne ou dans celui de l'Autriche L'expression:. « dans le cadre des frontières des pays actuels de la couronne » n'est pas suffisamment précise pour ne pas, éventuellement, donner lieu de la part des hommes politiques slaves à des revendications en faveur du droit d'État.
Les soussignés demandent donc au président du Conseil s'il est disposé à préciser sa déclaration à ce sujet ou l'interprétation qu'il lui donne. »
Mais les députés tchèques n'ont pas attendu longtemps pour répondre. Le 21 novembre 1917, ils ont présenté à M. Seidler l'interpellation suivante:
« Hier, le gouvernement hongrois a fait au Parlement de Budapest une déclaration dont nous saisissons fort bien la portée encore que n'attachions pas une importance exagérée aux actes parlementaires unilatéraux relativement à la solu- . tion de la question de la paix sur la base démocratique de la liberté de toutes les nations.
Il va de soi que cette déclaration ne pourra rien changer à la détermination unanime et inébranlable de la nation tchèque
tendant à réaliser le programme formulé dans notre déclaration du 20 mai.
Nous nous permettons, en outre, et avec les meilleures intentions, d'attirer l'attention sur le fait « que les gouverne- « ments risquent d'exposer la couronne à des luttes politi- « ques, et cela (fautant plus que, en ce moment, une telle « façon d'agir ne pourrait avoir d'autre résultat pratique que « de faire sentir plus douloureusement aux nations, aux inté- « rets et aux aspirations desquelles on attente, la différence « qu'il y a entre une nation à laquelle on accorde son indé- « pendance d'État et sa souveraineté, et une autre à laquelle « on enlève son indépendance. »
« Nous demandons donc: Vos Excellences peuvent-elles nous faire savoir exactement quelles communications et déclarations le gouvernement des Royaumes et Pays représentés au Parlement {l'Autriche) a faites au gouvernement hongrois relativement à la déclaration que nous avons présentée au Parlement le 30 mai et quelles promesses il lui a faites? »
A la suite de ces interpellations, M. de Seidler a répondu comme on pouvait s'y attendre. Il s'est notamment déclaré l'ennemi de la théorie du droit des nations à disposer de leur sort; il a prétendu que les Tchèques et les autres Slaves ont en Autriche tous les droits leur permettant de se développer librement. Voici son discours, dans le résumé duquel nous enregistrons aussi les interruptions des députés tchèques :
M. Seidler commence par déclarer qu'il n'a fait au gouvernement hongrois d'autre promesse que celle de faire respecter le dualisme. Il s'attire alors une réplique catégorique du député tchèque Kalina: « Les Tchèques, dit celui-ci, n'ont jamais reconnu le dualisme. Il fut un coup de force dirigé contre la nation tchèque, yt Le président du Conseil, après avoir rappelé qu'il a déjà exposé la question économique, a ajouté: « En ce qui concerne la question de la constitution, ceux qui connaissent notre situation se rendront compte que l'action da gouvernement à ce sujet doit être aussi scrupuleuse que prudente. (Cris-) Si l'on considère les divergences dHopinion au sujet de la solution de ces questions, il ne reste rien d'autre que — excusez cette expression détestée — de jeter les bases toutes prêtes (Tune discussion.
Lors de cette réforme, il sera nécessaire d'observer absolument deux principes: 1° maintien de l'unité de l'État autri* chien; 2" maintien des frontières actuelles de tous les pays de
îa couronne. (Cris.) Je le dis expressément en réponse à Vinterpellation du D"" Langenhan; je n'ai rien dit d'autre dans mes communications au président du Conseil hongrois. En ce qui concerne le premier point, nous connaissons toutes les tendances qui visent à ce que toutes les parties de l'État autrichien soient liées avec l'État ou entre elles par des rapports plus libres que les rapports actuels. Pour autant que les partisans de cette idée sont animés du sincère désir de contribuer par une réorganisation de ce genre au bonheur de l'État autrichien restant sous le sceptre des Habsbourgs, il convient de considérer cette opinion avec le respect dû à toute conviction loyale. Je dois faire ressortir néanmoins qu'une telle opinion ne répond pas au programme du gouvernement, lequel part de cette idée qu'un relâchement dans l'homogénéité de l'État ne pourrait contribuer au bonheur de l'État et de ses éléments. Il serait absolument impossible, en pleine guerre, de tenter de résoudre de telles questions. Si, par contre, les tendances dont nous avons parlé visaient à ce que les questions qui ne doivent être résolues qu'à l'intérieur soient imposées par nos ennemis comme conditions de paix, (Stransky: Nos ennemis sont ici, à Vienne. Nos ennemis sont à Budapest), de telles prétentions doivent être sévèrement condamnées et repoussées. (Approbations à droite.) Quant au maintien des frontières actuelles des pays de la couronne, il faut considérer que ces pays, dans leur état actuel, sont de formation historique, des formes vivantes dans la conscience du peuple, aucune évolution de notre constitution ne pourrait donc rien changer à ces éléments de la structure de l'État. (Vives protestations parmi les Tchèques.) Ce point de vue du gouvernement autrichien apporte à l'opinion hongroise une double satisfaction. Il montre que le gouvernement autrichien ne projette absolument rien qui puisse attenter à l'intégrité de l'État hongrois ou au dualisme établi par les lois fondamentales de l'État, et que le gouvernement autrichien s'élève contre toutes les tendances qui réclament une telle réforme. Je le constate encore une fois expressément, car, semble-t-il, la phrase de « Faust » : « Tu dois le répéter trois fois » semble s'appliquer au président du Conseil autrichien. (Hilarité.)
A cette occasion, mon honoré collègue hongrois a dit fort justement le 21 de ce mois que la Hongrie ne peut qu'être affaiblie par les attaques répétées qu'on lance contre l'Autriche. Je considère également que cette affaire doit être dès à pré- Jtent réglée. (Protestations parmi les Tchèques.)
Quant à la répression des attaques contre la Hongrie,
Seidler déclare avoir simplement communiqué à son collègue magyar les démarches faites près de la Cour de cassation.
Le député Stanek se contente de constater que le président du Conseil hongrois « n'a pas dit la vérité au Parlement de Budapest ». Les interpellateurs tchèques se proposent de porter la question devant les Délégations.
On lira plus loin comment cette lutte dramatique a continué aux Délégations, quelles ont été les nouvelles déclarations des Tchécoslovaques et des Yougoslaves au sujet de leur indépendance et des négociations de paix avec la Russie.
Dès à présent il faut constater que :
1° Les Tchécoslovaques sont, non seulement en lutte ouverte avec les Magyars et les Allemands, mais aussi avec la couronne