Les Mobiles du désir de paix
b) La famine.
La famine sera désastreuse au printemps. Le dictateur des vivres, le ministre général Hoefer a déclaré, à la fin du mois dernier, devant le Conseil d'Alimentation (Ernaehrungsrat) qu'il faut dès maintenant compter avec un déficit de six millions de quintaux (Meterzentner) de blé, ce qui veut dire que, même si toutes les restrictions possibles sont apportées à la distribution des vivres, il manquera une quantité de six millions de quintaux pour tenir jusqu'à la prochaine récolte. Cela représente à peu près les aliments pour un mois. En réalité, la situation est beaucoup plus critique, et le déficit sera, d'après les calculs des milieux agrariens, à peu près le triple de celui qu'a avoué Hoefer. En effet, les provisions sur lesquelles se base son calcul sont excessivement optimistes et ne peuvent pas se réaliser. En effet, la récolte a été mauvaise cette année. Le blé se présente bien, mais le rendement en est minime. Ceci est fort compréhensible, car les champs n'ont pas engraissés depuis trois ans. Le manque de bras est en outre grand, ainsi que le manque de chevaux. Ce sont surtout les prisonniers russes qui constituent la principale ressource des paysans pour les travaux agricoles.
Alors que la récolte normale est de 130 millions de quintaux, cette fois la récolte sera de 78 à 80 millions tout au plus. La récolte en Hongrie est franchement mauvaise. En Roumanie, la récolte est moyenne.
La récolte des pommes de terre est pire que l'année passée.
Cette année-ci la famine aurait déjà éclaté en avril, sans la récolte roumaine. La part de l'Autriche a été de 50.000 wagons. Néanmoins la disette était grande. Les troubles causés en Bohême (à Prague, Prostejov, Trutnov, Plzen, Brno, Moravska Ostrava) par la crise
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alimentaire sonV côrinùs. A Plseit) ihs' êmeutiers ont arraché les rails de chemin de fer. A Moravska Ostrava tout l'arrondissement fut litféraleni'ent mis à sac.
tes prix-réels des vivres atteignent un niveau fabuleùî^: on paye à Vienne un kilo de café 80 couronnes ;éîi Bohême, un kilo de farine 16, 18, et jusqu'à 30 couronnes: un kilo de pommes de terre, i, 2, jusqu-à' 4 couronnes (à Vienne les prix sont encore plus élevés).
A Prague, la population a org-ariisé des voyages aventureux à la cariipa^é, àla recîiefr^hè des pommes de terre, que les acheteurs devaient' déterrer eux-mêmes. Naturellement les prix dits « màxihutm » sont beaucoup moins élevés que ceux dont' rioils parlons plus hauti Seulement personne ne veut Vendre à ces prix-là.
L'argent a perdu toute valeur. Les billets de banque sont appelés à Prague « dysefiterîe ))'(uplâvice).'
La crise' du charbon sera aiissi extrêmement ^'r'ave cet hiver.
Les chiflfres qui ont été donnés aux députés par Homann, gérant du ministère des travaux publics, sont désastreux. Je n'insiste donc pas. Ces chiffres sont naturellement encore trop optimistes. En tous cas, bien que la crise des transports ait été légèrement améliorée, grâce à des constructions de wagons, le manque de personnel (cheminots) persiste. Surtout et avant tout se fait sentir néanmoins le riianquë de mineurs dont la capacité productrice a baissé de 50 %.
Somme toute, on peut s'attendre à de graves événements, à des troubles et à des émeutes. Mais pas à une révolution, au' moins pas avant une défaite quelque peu importante.
UAnitriche , en effet, commence à appUjqitcr litaînfeiïant le procédé qui a si admirablemcnf réussi à- VAl^ leinagne : diviser la population en dcu'x gr'oûp&s- disfincfs: les soldats^ dû front' ef de l'ar'ribfe, et lé'sf dnvf^ici*s de tous genres tr'availla'nt pour t armée d'ùti cdt^, et'
les civils proprement dits de Vuutre. La première catégorie est bien nourrie, relativement au ;nK>ins. La seconde crève de faim, mais n'ose pas se révolter; elle est tombée dans une sorte de .léthargie, 4'^pathie physique et morale. C'est pourquoi o^ rte=ftGqip!t];e .^nçQi^e en Allemagne des soldats partant pq^ir jl^e fi-qnt, g^i^ e/t contents, tandis que la popvilatiçin ,Qiv^e sqi^fee qr^V-ellement. Le moral de l'armée n'est pas encore ébranlé en Allemagne.
^n Ai^triche, le .méconte;ntq^ie;nt est ,grand, i^ême jm frq^t, ,i^ai^ surtout ^ l'arr,iène, où les soldats ^onf mal naimis. D,a,ipLS les .hôpitaux militaires, les blessés Bjîeurentipius d'épuisement que des suite? de leurs blessures. ,0n 5e propose maintenant de cuivre l'exemple a,llem^nd et d'am^lio-rer, au détriment de la populatiç>n civile, ralime;ntation des services de l'arrière, ainsi que celle des ouy,riers ^travaillant pç^ur l'armée.
L'un des principaux buts de la politique alimentaire est de contenter surtout la capitale. On veut, -avant -tqut, assurer la tranquillité à Vienne. Aussi ne pourrait-on commettre une faute plus grave que de juger des conditions d'approvisiqnnement de la Monarchie d'après Vienne. La vérité est bien autrement grave.
La IJongrie souffre niQins, et l^,Qroatiej.que mon informateur a visitée il y a peu, est .comparativement bien approvisionnée. Mon informateur, qui n'est rjei;! moins qu'optimiste,. conchitt que la manarcliie pei4.t ie^iiiir encore mie (innée. Après, elle capitulera- ^^ins co}}ditions. Mais ceci n'exclut point, en cas d'autres complications inattendues, une fin plus proche.
La situation ides pri^qnniers de guerre, surtoi^t.^eg Russes, est terrible. Ils meurent de ;f a^im, savif les prisonniers ernployés aux travaux , des chan^ps. Les autres, concentrés ^ans les c^mps, -périssent lentement. Dans le e^rnpf^e AVegscheid (Bas^e- Autriche) on a constaté .^e moyenne de .40 :n:)orts , d'ina.nitiqn rpar joi^r.
Les Russes sont aussi employés sur le front italien^ pour les travaux de fortifications, souvent à portée du feu italien. Beaucoup d'entre eux tentent de s'enfuir. On a constaté aussi qu'un groupe de Russes, armés seulement de leurs pelles, ont arrêté une patrouille italienne qui faisait irruption dans les lignes autrichiennes sur le front d'Isonzo.
h) La situation financière.
Le compte-rendu de la commission de contrôle de la dette publique a été publié. Il en ressort qu'on a imprimé pour seize milliards de papier-monnaie. La réserve d'or et d'argent s'élève actuellement exactement à 328 millions de couronnes. Les emprunts conclus en Allemagne, en vue d'améliorer le change, dépassent deux milliards. Le change est la préoccupation principale du gouvernement. Les milieux financiers autrichiens sont pessimistes. Leur opinion a une grande répercussion sur la politique étrangère du comte Czernin.
Un des membres les plus en vue du groupe Rotschild, Gomperz a déclaré à mon informateur : « U Angleterre a gagné la guerre. L'Autriche ne peut sauver son existence qu'au prix de sacrifier son indépendance politique. L'Autriche, lors des négociations de paix, doit obtenir, en échange de concessions politiques, un emprunt étranger pour couvrir les seize milliards de bons du Trésor. Elle ne peut pas vivre sans cela. »
Meinl, l'un des organisateurs de la fameuse conférence de la « Oesterreichische Politische Gesellschaft » (riche négociant en café), déclare à qui veut l'entendre que l'Autriche est perdue sans un emprunt étranger impossible à obtenir. On forme le projet de confisquer 10 % des propriétés privées, mobilières et immobilières, de faire une émission d'obligations (Pfandbriefe) égale à la valeur de ces biens, et de remettre ces obli-
gâtions en gage en Angleterre et en 'Amérique. Lie délégué m'assure que le plan est tout à fait sérieux.
Pour améliorer un peu le change, on exporte du sucre, du bois, du pétrole; on se livre à tous les expédients, mais les difficultés alimentaires et le manque de matériaux nécessaires s'aggravent en conséquence. On peut considérer la crainte d'une banqueroute comme l'un des plus puissants mobiles des tendances pacifistes.
e) Situation militaire.
Grâce à la défaillance russe, la débâcle de l'armée B,utrichienne est ajournée, pour le moment.
Le manque de chevaux est absolu. La cavalerie n'existe plus. Les chevaux sont réservés à l'artillerie. Le manque de chevaux a arrêté la contre-offensive en Galicie. A la suite des pluies, 50.000 chevaux périrent dans la boue de la Galicie orientale- Le ministère de la guerre se propose de réquisitionner tous les chevaux des paysans. Le ministère de l'agriculture s'y oppose. On finira par tomber d'accord pour une solution qui ne satisfera personne. Ce qui est sûr, c'est que la récolte prochaine en sera encore plus compromise.
Le système du mélange des troupes autrichiennes avec les Allemands est connu. On place les Autrichiens au premier rang, les Allemands en réserve. De cette manière, ce sont toujours les réserves allemandes qui récoltent les lauriers, car elles interviennent seulement quand les premières lignes ont, au prix de grandes pertes, brisé l'élan de l'ennemi ; les Allemands cueillent alors les fruits des efforts autrichiens. Les Allemands d'Autriche eux-mêmes commencent à murmurer. Le système a pourtant l'avantage de permettre une surveillance constante des troupes slaves.
Pour les travaux à l'arrière du front italien on emploie non seulement des Russes, mais aussi des femmes. Il y a beaucoup de désordres. On emploie des groupes qui comptent jusqu'à 500 femmes.
Lé dhéf de l'Étât-Majof allemand à FAtniratité a présenté à la Séance secrète du Hartptauschuss du Reichstag, en janvier 191 7, un rapport sur les prévisions pour kt guerre sous-niarine. Il a déclaré que ^Allemagne, possédant déjà 250 soùs-maTins, en construit htîit par mois, alors que les pertes ne sont que de trois. Il ajoutait que, selon ses calculs, TAngleterre serait à bout dans cinq mois.
La non-réalisation de ses prévisions non seulement provoqua le mécoîitènteinent du Reidistag, mais eut surtout une répercussion grave en Autriche-Hongrie. Personne ne croit plus: à la réussite du plan de l'Amirauté-
Dès lors, on n'espère plus en Auffiche une victoire militaire. On fonde toutes les espérances sur la faiblesse de la Russie et sur une défaillance de l'Italie et de la France. Si ces prévisions déçoivent à leur tour. On s'avouera vaincu.
La crise politique en AUeinaghê et le Chancelier Hertling.
(Suite et fin.)
En réalité, léô Conservateurs n'ont accepté le nouveau Chancelier qiiè parte qu'ils sofit sui-s de lui et qtie les velléités réformatrices qu'il affiche né leur inspirent aucune inquiétude. Sa vie entière répond de Itii. Saint Paul n'avait pas dépassé la septantaine qiiand il eut sa vision, et après qu'un hotnine, peiidànt tiri demisièclé, est obètîhéméht dèrriéiiiré fidèle aux principes réàttibrifiàire'S;^ C'est v^^ifnént nôtis là bailler belle que dé pfëtétidre nous faire accrdii-ë qK'il va tohsacfer à se démentir lëè tjilélcjùès àiifiéës cjlii M ttstéM. Fran-
dieraent, iliautque.rAUejîiagne soit bien pauvre en libéraux p0.ur qu'pîi. nous présente comme le protagoniste du • progrès un défenseur incorrigible , des 4o,cti"înes! les plus rétrogrades.
Michaelis n'avait pas de passé, et c'était une de ses;faiblesses;'Hertling en a torp et c'est une de ses tares.. Né en 1844 ^ Darmstadt, après avoir fait ses études à Munich, à Munster et à Berlin, il a été professeur à Bonn de 1867 à 1882, et a passé de là à l'Université de Munich. En 1875 il .a.éjté élu une première fois au Reichstag et y a, siégé jusqu'en 1890; il y est revenu, en i80 et depuis lors ses électeurs lui sont deïïieurés fidèles jusqu'en i9i;2,„où il s'est, e,nvoJ.é vçrs 4e plus hautes destinées. Laborieux, méthodique, correct, soigneux de, sa, tenue et modéré dans ses discoi^irs, : attentif à ne pas se créer d'inimitiés, il a toujours avancé ;à l'ancienneté. Un journaliste, qui; avait longtemps séjourné à lî^aris, disait de lui: il enriuie, n^iais on ne s'en aperçoit, pas ;, il est vrai que c'était un adversaire. Sa. parole. est sans éclat, con^me il convient à .^in ! homme qui se défend de rien vouloir casser, de même qiue.ses livres ne se distinguent par aucune quahté éminente, — ceux du moins que j'ai. feuilletés, tels que son John Locke (1892) et: son Augustin et la chute de la civilisation antique (1902). Ils .appartiennent à , la catégorie de ce que l'on est convenu d'appelçr, d'honnêtes travaux, -parce que, si la lumière générale y est fausse, les citations y sont correctes; l'erreur y ..est combattue sans violence de parole et présentée sous des couleurs assez grises pour ne séduire personne. Eeutêtre a-t-il dû son avancement à la discrétion de son talent età la teinte neutre dans laquelle il s'enveloppe par goiit, par nécessité et par calcul- Le parti auquel il se rattache et dont il a fini par Revenir le chef se plaît aux allures -réservées et redoute les exubérants et les passionr^és. Wind^horst, sarcastiqueet.amer, l'effrayait nurpeu ; -Hertling ne fait pas de bruit, il n'aime pas ,les •niots à r€iniip(;)r,te-pièce etjLapporte dar^s les débats
parlementaires les habitudes d'un professeur de la .vieille école. Quand il est condamné à lancer une excommunication, il y met une onction si doucereuse qu'il laisse toujours au pécheur l'espoir d'une réconciliation prochaine ; en s'en allant, il ne frappe pas les portes avec fracas, mais les pousse assez doucement pour qu'elles demeurent entr'ouvertes. On prétend qu'il n'a pas d'ennemis. Ce n'est pas un très bon signe pour un homme politique. <*
Fidèle à ses principes et à sa manière, il est monté au ministère à reculons et en faisant des révérences à tous les partis. Un dicton fameux affirme qu'un radical ministre n'est pas d'habitude un ministre radical. Je ne suis pas sûr que cette vérité d'expérience s'applique aussi exactement à un clérical. Peut-être les idées religieuses ont-elles sur l'âme une emprise plus profonde que les doctrines politiques. Hertling n'a de conviction politique que celle que lui dicte sa conscience confessionnelle. Il a été un des fondateurs, et il était récemment, — peut-être l'est-il encore aujourd'hui, — président de la célèbre société de Gœrres, qui s'est donné pour tâche de servir, de développer et de répandre la science catholique. Pour les mécréants tels que moi, cet accouplement de mots est absurde et je ne comprends pas mieux ce qu'est une science catholique qu'une deutsche Wissenschaft : la science a pour condition l'indépendance absolue de la pensée; c'est la profaner que d'aborder une recherche avec la volonté préconçue de prouver la vérité d'une hypothèse. Les adversaires de Hertling lui ont souvent reproché l'étroitesse de ses idées et l'ont accusé d'introduire dans la ]K)litique les préoccupations de sa piété ; ils lui ont cherché noise à propos de son rôle dans la Gœrresgesellchaft. Il s'est défendu tant bien que mal en affirmant que la Société n'avait que des intérêts scientifiques et littéraires et que le Président du Conseil de Bavière voisinait avec le Catholique Président sans se confondre avec lui. Quand on a écrit un livre sur
Albertus Magnus et que l'on publie les Contributions^ pour l'histoire de la philosophie du Moyen-Age, on serait inexcusable d'ignorer l'art des « Distinguo ».
Les convictions catholiques de Hertling sont sincères et profondes, si sincères que les autres questions le laissent assez indifférent. Il n'a aucune tendresse de cœur particulière pour les HohenzoUern et il les combattrait à l'occasion s'ils taquinaient l'Église, mais il a peu de sympathie pour les tendances libérales, et bien
. que son parti compte nombre d'électeurs dans les masses populaires, Caliban lui inspire une défiance qu'il ne se donne même pas la peine de dissimuler. Son idéal est une société sévèrement hiérarchisée où la foule réciterait son chapelet et obéirait sans discussion aux ordres des princes, des seigneurs et des riches à qui l'Église dicterait ses volontés souveraines. On avouera que les radicaux allemands choisissent bizarrement les chefs qui doivent les mener à la conquête
. de la Terre promise et c'est un étrange porte-étendard de l'idée révolutionnaire que ce vieillard de soixantequinze ans qui a jusqu'ici réservé ses pacifiques colères aux hérésiarques du moyen-âge et qui, même en rêve, n'a jamais songé à dresser des barricades-
Ont-ils donc si vite oublié le passé parlementaire 'de leur favori ? Il est cependant instructif.
Au moment de la célèbre crise provoquée dans l'Empire par la publication du Daily Telegraph du 28 octobre 1908, lors de la semaine noire, quand, de toutes parts, dans la presse et à la tribune, éclatait un concert d'invectives furibondes contre l'intempérance oratoire de l'empereur, M. de Hertling est un des rares a conserver son calme et à ne pas accabler le coupable. Il met tout son zèle à calmer les colères de la majorité, il s'applique à envelopper ses critiques de réserves émollientes et de protestations onctueuses, et sa main légère confirme le monarque plus qu'elle ne le souflette.
Condamné un moment m.a1,î]fré lui à l'opposition par la tactique de M. de Bulo>v qui prétendait gouverner
^ans le Gnitrc ci cunuc^k Centre aw<ic .liiac coalition ^^le conservateurs et .Ue libéraux, il s'excu«e de la situation qui lui efit faites il se déiend de répoudre.à rextr-émisme pai* Kexcoinmunication : quels que soient ses griel-s. iî ne créera pas de difficultés au g-ouvernenient dans ea politique extérieure (30 avril 1907). — lII u!a qu'un .désir, rrcnouer les liens naturels (|ui rattachent le Centre .aux Conservateurs : .<( Nous ^vons toujours déclaré qu'il était fort loin de notre pensée de nous laisser guider par la mauvaise humeur et que nous étions toujours prêts à. une collaboration active... .Nous ■ommes unis aux conservateurs par une vieille comnitinauté d'armes -sur le terrain .économique... )). Ives.CQU' servateurs se sont laissé jo.iier par M. de BiUow et ils • mt été les dupes des libéraux qui ont ess.ayé de se servir d'eux pour vconquérir le pouvoir; tentative. condamnée d'avance et imprudence dont ne pourront profiter {|iiie les révolutionnaires ; que les éléments modérés et bourgeois reviennent à des, idées plus sages .et à une tactique moins insensée : « un bloc qui irait de Bassermann à ÏBebel ne peut pas se réaliser et, s'il se réalisait, M. de Bassermann serait le premier à en sortir. Si, par aventure, un semblable bloc se constituait, il se formerait aussitôt un bloc conservateur et dans ce bloc, !e Centre trouverait naturellement sa place ». (10 juillet 1909-)
L'important est que l'empereur n'ignore, pas oiÀ. sont ses vrais défenseurs et qu'il ne suppose pas que, siies catholiques se permettent çà et là de modestes critiques, ils contestent son autorité ou songent à.liiniter ses pouvoirs. Ils .savent ce qu'ils doivent à Cés.ar .et.ils ne chicanent pas sur la limite de ses attributions.
Le 25 août 1910, GuiUaiinie, qui juge le moment venu de prendre sa revanche -de «a défaite de 1908, jprononce. à Kœnigsberg un discours de haute gueule. 11 invoque l'exemple de son. grand-père qui a tenait sa couronne uniquement de la grâce de Dieu, et non du Parlement, d'assemblées élues ou de résolutions popu-
laires ; qui se regardait comme l'éiu du Seigneur et qui, en vertu de cette délégation sacrée remplissait ses devoirs de souverain et de maître... Moi aussi, je suis • l'instrument du Seigneur, et, sans m'arrêter aux opinions du jour, je vais mon chemin. »
En face de cet arrogant manifeste d'absolutisme,, les radicaux tressaillent de colère et les socialistes interpellent. — Ledebour rappelle les promesses que Biilow a apportées au Parlement au nom du souverain : l'Empereur s'est engagé à mettre un bœuf sur sa langue, et à respecter les sentiments de la nation; est-ce ainsi qu'il tient sa parole? — Hertling s'étonne de cette indignation: l'émotion des libéraux n'a aucune raison d'être et l'interpellation de Ledebour ne se justifie par rien. M. de Bethmann-HoUweg, en répondant aux socialistes, a affirmé que le souverain n'avait en rien dépassé ses droits; il avait parfaitement raison; sans doute l'Empereur a insisté avec énergie sur le principe monarchique et il y a joint l'expression de profonds sentiments religieux; personne ne saurait s'en offusquer; on prétend aujourd'hui voir dans le monarque un fantoche qui doit sa puissance au peuple ; pourquoi s'étonner si le prince répond à ces billevesées en affirmant qu'il ne tient pas son pouvoir de ses sujets?... Le roi est irresponsable, il est indépendant, il a reçu son pouvoir de la main divine; il possède son autorité en vertu de la grâce de l'Éternel. — Hertling admire sa franchise et surenchérit sur ses affirmations ; il déborde en fîots de dévouement, il s'agenouille devant le Prince chrétien (26 novembre).
Tant d'obséquiosité valait bien un portefeuille. En 19 12, le Prince royal de Bavière le charge de former un nouveau ministère. — On voulut y voir, — déjà ! — un triomphe du principe parlementaire, parce que Hertling était le chef des Catholiques et que les élec- , tions venaient de leur donner la majorité. ■- — Cette interprétation l'indigne et il se hâte de protester: — Du jour où le Régent m'a offert le pouvoir, j'ai cessé
d'appartenir à un parti malgré les liens étroits, qui, dans le Reichstag, m'unissaient au Centre- La Constitution n'interdit pas de former un ministère qui gouverne contre la majorité, mais dans la pratique ce système a des inconvénients: les meilleures forces s'épuisent alors dans des luttes stériles. Il vaut mieux en général, — et Bismarck même l'a reconnu, — que le gouvernement s'appuie sur une majorité dans le Parlement. Cela ne signifie pas qu'il représente cette majorité et en dépende. Chaque ministre n'est responsable que pour les affaires de son ressort. Il est naturel qu'il existe des partis et ce n'est pas mauvais, à condition qu'ils s'imposent certaines limites. On peut tolérer dans une République des partis qui désirent une monarchie, mais la réciproque ne saurait être admise chez nous. Le puissance de l'État repose sur la bureaucratie et nous ne voulons pas la laisser amoindrir. Ce que nous désirons, c'est un gouvernement conservateur. Les courants intellectuels sont soumis à de perpétuelles fluctuations ; heureusement, à côté de ces idées flottantes et passagères, subsistent des vérités durables, et au premier rang les vérités chrétiennes. Le devoir essentiel d'un gouvernement est de soutenir la religion et d'en faire la base de toute l'éducation et de toute l'instruction. » (5 mars 1912.)
Les catholiques de Bavière avaient dii leur succès à leur alliance avec les Conservateurs et à l'appui du gouvernement. Le nouveau ministre, pendant tout le t'împs qu'il est resté au pouvoir, s'est attaché à rendre cette entente plus étroite et, «pour éviter la mer Rouge, il a fait route vers la mer Noire à pleine vapeur ». — Les libéraux demandent la création de tribunaux d'arbitrage pour régler les différends entre les patrons et les ouvriers. — Oui, peut-être, l'idée n'est pas mauvaise en soi ; quant aux résultats, il est permis de se montrer sceptique; la meilleure garantie de Tordre et de la paix publique, c'est encore dans l'armée qu'il faut la chercher. — Les libéraux réclament une réforme de la
Chambre haute, des plus anodines. — Herthng la combat et la fait repousser. (2 avril 1914.)
Et voilà l'homme qu'on nous donne comme destiné à préparer en Allemagne le triomphe des idées parlementaires- Sa carrière politique a été longue ; elle s'est poursuivie sans défaillance. À quel moment a-t-il montré le moindre désir de réforme? Qu'on nous cite un seul de ses discours où ne se marquent pas la défiance du peuple, l'esprit de servilité et de courtisanerie, l'attachement le plus étroit aux doctrines du passé. Obscurantisme, dédain et peur de l'esprit moderne, opposition têtue aux changements les plus modérés, médiocrité d'esprit et timidité de cœur, — ces titres désignaient suffisamment le nouveau Chancelier au choix de l'empereur et à l'estime de Hindenburg. Ils lui valent par surcroît les suffrages du Vorwœrts et des libéraux du Reichstag. — C'est leur affaire. — On nous excusera, j'espère, si nous sommes plus exigeants.
Les idées de Hertling en matière de politique extérieure dérivent naturellement des mêmes principes que sa politique à l'intérieur, et l'on sait de reste que, depuis le début des hostilités, le Centre n'a pas été moins docile et moins empressé à servir les plans des Pangermanistes que les socialistes et les Nationaux-libéraux.
Au moment de la Conférence de La Haye, Hertling demande que l'Allemagne ne participe pas à la discussion de la proposition relative à la limitation des armements: tout effort dans ce sens est, d'après lui, condamné à un échec fatal ; à quoi bon d'ailleurs, puisqu'on peut avoir pleine confiance dans la solidité de l'armée impériale? (30 avril 1907).
En 191 1, au moment de l'affaire d'Agadir, il apporte au gouvernement son concours absolu et sans
réserve : « L'Allemagne avait prévenu la France qu'elle ne se regardait plus comme liée par la Convention d'Algésiras ; il n'y avait donc aucune objection à faire à l'envoi Je la « Panther » (23 novembre). Aveu dénué d'artifice et qui mérite d'être placé à côté des célèbres axiomes de Bethmann. Ainsi, d'après Hertling, quand un traité a été conclu, il suffit qu'il cesse de plaire à un des contractants pour que celui-ci ne soit plus tenu de s'y conformer ! A chaque moment, le ministre qui a engagé sa signature et celle dé son pays est libre de retirer ses promesses! — Mais si l'autre partie proteste? — Peu importe; l'Allemagne a la force, donc elle a le droit. — Nous sommes parfaitement d'accord, déclare Hertling, avec la politique du Chancelier vis-à-vis de la France et aussi avec son attitude énergique en face de l'Angleterre. » (23 nov. 1910). Nous désirons entretenir de bonnes relations avec l'Angleterre sous la réserve qu'elle n'apporte pas d'obstacle à notre expansion pacifique. Nous approuvons les conclusions du Chancelier que notre paix repose sur notre force. Nous avons la pleine conscience de notre force et nous pouvons ainsi regarder l'avenir avec confiance. » (5 décembre.)
Toute la politique de l'Allemagne et tout le secret de sa diplomatie se trouvent résumes dans ces paroles- L'Allemagne respecte les traités jusqu'au moment où il lui plaît de les modifier à son profit ; elle entretient des relations pacifiques avec les puissances qui lui cèdent tout ce qu'elle réclame. Son titre — , supérieur, universel, indiscutable, — c'est son armée.
Hertling, membre influent du parti du Centre, président du Conseil de Bavière, chef reconnu des Catholiques allemands, exerçait en juillet 1914 une influence considérable dans les affaires. Quel usage en a-t-il fait? — Nous savons par le témoignage de notre chargé d'affaires à Munich qu'il a connu la sommation formidahle de l'Autriche à la Serbie ; il n'est pas possible qu'il ne se soit pas rendu compte des périls terri-
bles qu'elle recelait ; qu'a-t-il fait pour détourner de leur criminel dessein la cour d'Autriche et François-Joseph, avec qui il entretenait des relations amicales? — Au moment de la déclaration de guerre, a-t-il cherché à retenir l'Empereur? A-t-il protesté contre les mensonges de Bethmann-Hollweg? — Nuremberg avec ses 300.000 habitants est là seconde capitale de la Bavière. Le président du Conseil aurait été certainement le premier averti du prétendu raid des aviateurs français qui auraient bombardé la ville avant la rupture officielle. — Comment a-t-il sanctionné par son silence les accusations calomnieuses que le Chancelier impérial a lancées contre nous ?
Le 25 novembre 19 14, il disait aux délégués de la presse italienne : « Nous savons tous que notre patrie doit tendre toutes ses forces pour cette guerre qui lui a été imposée par l'Angleterre qui voulait brisfer notre essor économique et pour laquelle elle- a abusé de la France, de la Belgique et de la Russie. » — Il ne pouvait pas ne pas connaître l'absurdité de ses accusations, et sa conscience de catholique et de chrétien ne s'est pas insurgée ! Qui donc parmi nous serait assez niais pour accorder la moindre valeur aux offres d'un homme qui, avec une semblable impudeur, altère les vérités les plus évidentes ?
« Les neutres, a dit encore Hertling, à la même occasion, et en particulier l'Italie, ont un intérêt vital à ce que l'Allemagne soit victorieuse dans cette guerre. La victoire de l'Allemagne leur garantira la pleine indépendance de leurs résolutions politiques )). L'indépendance que l'Italie gagnerait à la victoire des Empires centraux, elle la connaît déjà pour en avoir fait la fâcheuse expérience de 1882 à 19 14. Ce que l'Allemagne lui permettrait, ce serait d'épuiser ses forces sans profit dans d'oiseuses querelles avec la France, tandis
que l'Autriche étendrait sa domination sur les Balkans et que, sous sa protection, la Turquie vassalisée rétablirait son autorité en Tripolitaine, sans parler, bien entendu, des indemnités qu'on exigerait de sa défection.
Le 24 octobre 191 5, le Comité d'Empire du Centre allemand demandait « une sécurité renforcée de NOTRE PAYS A l'ouest ET A l'est, sécurité telle que l'ennemi perde l'envie de nous attaquer de nouveau à l'improviste » et le 26 novembre, à la Diète de Munich, un député réclamait « une paix honorable fondée sur le développement de la puissance politique et économique mondiale de l'Empire » ; pour le détail, il renvoyait au manifeste du 24 octobre. — L'orateur que soutenaient les vifs applaudissements de tous ses collègues était M. Held, un des plus fidèles séides du ministre Hertling.
On ne saurait trop y revenir, parce que de cette conviction dépend en grande partie notre salut. Depuis un demi-siècle, l'Allemagne vit dans l'idée que le sceptre de la terre lui appartient et qu'elle a le droit et le devoir de châtier les rebelles qui s'insurgent contre sa domination. La guerre actuelle ne l'a pas réveillée de ses rêves maladifs et elle n'est revenue d'aucune de ses prétentions. Elle peut modifier sa tactique et essayer de nous subtiliser par des négociations subreptices les avantages qu'elle n'a pas réussi à nous arracher par la force ; elle ne renonce pas au but qu'elle se proposait en nous attaquant. C'est à nous à ne pas faire son jeu et à ne pas accepter sa fausse monnaie comme argent comptant.
Par son orgueil démesuré, par sa brutalité matérialiste, par son dédain des vertus et des parures morales de l'humanité civilisée, elle oppose au progrès une barrière invincible; elle a fait reculer la civilisation de plusieurs siècles ; le monde ne reprendra sa marche en avant, que quand son joug aura été brisé. Nous avons le devoir d'affranchir définiti-
vement l'univers de la menace qui pesait sur lui, et nous en avons le pouvoir. Nous ne dissimulons pas la gravité des coups que nous avons reçus et nous pressentons les douleurs et les épreuves qui nous attendent encore. Malgré tout, nos ressources demeurent infiniment supérieures à celles de nos adversaires.
L'Allemagne n'a plus qu'un seul atout dans son jeu: une défaillance de notre part. Elle n'a qu'une carte à jouer : celle d'une paix prématurée.
Le piège est trop grossier pour que nous y tombions. Dans tous les cas, si elle veut que son plénipotentiaire ait la chance d'être accueilli, elle fera bien d'en choisir un autre que Hertling. Dès le premier jour, il est briilé, aussi compromis que Bethmann, dont il a été le complice et dont il continue les mensonges.
La guerre nous a appris, entre autres choses, à juger les hommes moins par leurs serments momentanés que par leur conduite générale.
Hertling n'a jamais été qu'un réactionnaire, timide de pensée et faible de cœur. Avec la meilleure volonté du monde, nous ne saurions reconnaître en lui l'apparition d'une Allemagne repentie et corrigée. Son discours inaugural n'est qu'un amas d'équivoques et de réticences ; on y chercherait en vain une promesse précise et une proposition claire. Sous la phraséologie humanitaire percent à chaque mot la cupidité la plus basse et un ignoble amour du lucre. Les annexionnistes l'ont applaudi; ils étaient dans leur rôle. La majorité ne l'a pas hué : son silence approbateur suffit à prouver la sincérité du vote du 19 juillet.
Nous voulons tous la paix, mais nous ne voulons pas une paix allemande. Ce que nous réclamons, ce qui est nécessaire au monde pour qu'il se relève de ses ruines, c'est une paix sincère, et elle ne saurait avoir pour base que l'affranchissement des peuples que l'Allemagne tient sous sa coupe. M. de Hertling aurait beau s'y déclarer prêt; nous connaissons ses
principes et nous savons de quelle école il sort. Quand on a vécu soixante-quinze ans en pareille compagnie, on ne saurait s'étonner si les honnêtes gens vous tournent le dos.
<( La puissance germanique, a dit le Président Wilson, est sans conscience ni honneur ; elle doit être abattue. On ne pourra parler de paix que quand le peuple allemand aura pour interprètes des hommes que nous pourrons croire. Ni Hertling ni Kiihlmann ne sont de ces hommes. )) Ce n'est pas à de pareils ministres qu'il appartient de dire que le peuple allemand « est prêt à accepter un règlement fondé sur la justice et sur la réparation des torts que ses souverains ont commis ».
E. Denis.
BIBLIOGRAPHIE
Les Slovaques.
(A propos du livre de M. Denis.)
(Suite.)
Les journaux nous ont appris, il y a un peu plus d'un an, qu'un savant magyar venait de publier un gros volume pour démontrer le droit historique de son peuple sur le territoire actuel de la Sainte-Couronne de Hongrie. Il est regrettable que la propagande magyare n'ait pas fait traduire et répandre ce livre : elle dépense souvent plus mal son argent. Ou bien serait-ce que les (( arguments » du savant sont de ceux qui ne sont pas assez solides pour supporter l'exportation ? Extra Hungariam non est vit a, et si est vit a, non est ita, selon un dicton souvent cité, et que rappelle opportunément
M. Denis. Puisque le latin macaronique, on le sait du reste, n'a rien qui offusque les oreilles magyares, remplacez extra par infra et vita par logica. Le sens de la formule ainsi modifié choquera, il est vrai, les descendants d'Arpad. Quel homme de bonne foi, pourtant, contestera qu'en Hongrie il n'y ait pas de logique, ou que du moins s'il y en a une, elle ne ressemble pas à celle du reste du monde?
On aimerait à connaître les arguments que met en ligne le savant magyar. On serait plus curieux encore de savoir quelles conséquences il tire de ce droit historique. Ce sont sans doute celles que la politique magyare a toujours admises : le peuple est un accessoire du sol, le propriétaire de la terre est propriétaire des âmes. Les Magyars, comme chacun sait, sont une nation d'avocats : ils ont la procédure de la chicane dans le sang. Peut-être ne sont-ils pas extraordinairement ferrés sur le droit romain, et plus d'une de ses théories ne leur convient-elle qu'à demi. Mais il a une fameuse définition de la propriété, qui, elle, est bien selon leur cœur. Ils usent et abusent: proteste-t-on ? c'est leur droit, — leur droit de propriétaires. Les Slovaques en savent quelque chose, et les Roumains, et les Serbes; il y a eu des moments oii les Allemands n'étaient guère mieux traités ; et, pour les Croates, ils peuvent bénir les Diètes qui leur ont valu quelques parchemins en règle, et Dieu qui a mis le fossé de la Drave en travers des ardeurs conquérantes du peuple maître. — Peuple maître ! Y a-t-il des peuples, autres que les Allemands et les Magyars, dont la langue ait
un terme pour cette idée ?
' f'fr "
M. Denis ne tait rien des torts — et Dieu sait s'ils sont nombreux — que les Magyars ont eus envers les Slovaques: et comment l'eiàt-il pu? Mais il se garde de toute partialité. Il ne sert pas des clients, il sert la vérité. II dédaigne la vaine déclamation, il produit ses preuves, textes et faits. Mais il n'omet point les argu-
ments qui peuvent, non point certes excuser, mais du moins expliquer en quelque mesure la conduite des Magyars. « Il est nécessaire », dit-il à la page 174, a de se représenter exactement le choc douloureux et presque intolérable que ressentirent les Magyars pour juger sans trop d'injustice Kossuth et ses partisans, et pour comprendre leur conduite. Ils éprouvaient pour les allogènes la même horreur que les Montagnards de la Convention pour ceux des députés qu'ils soupçonnaient de fédéralisme. » Il analyse avec beaucoup de pénétration leur psychologie aux différents moments de cette lutte pour la magyarisation. La Hongrie officielle n'admet pas que Ton parle de magyarisation. Pour elle, il n'y a pas de magyarisation. « Il n'est pas vrai », dit le comte Andrassy, « que le gouvernement magyarise.» Ces dénégations officielles agacent M. Denis, et il prononce, page 245, le mot de mensonge. Ne serait-il pas plus juste de dire logique magy^are? mais peut-être, après tout, serait-ce encore plus dur.
Comment cette extravagante idée de la magyarisation par force a-t-elle pu prendre naissance? comment surtout a-t-elle pu dominer jusqu'aujourd'hui, jusqu'en pleine guerre, la politique de la Hongrie? c'est qu'au fond, sous son vernis moderne, son clinquant libéral, ses oripeaux démocratiques, la Hongrie est restée toute féodale. Structure sociale, régime de propriété, Constitution, tout y est encore de pur moyenâge. « Pour comprendre la situation de la Hongrie contemporaine », dit M. Denis, page 122, il est nécessaire de se rappeler les longs siècles pendant lesquels la classe dominante est entraînée à la férocité et s'est habituée à regarder les vilains comme une classe de serfs taillables et corvéables à merci ». De cette Hongrie d'autrefois à celle d'aujourd'hui il n'y a eu, en effet, qu'un changement : au lieu d'une classe dominante, une nation dominante ; au lieu de serfs, des nationalités ; mais la nation dominante a conservé les privilèges et l'esprit de l'ancienne noblesse, et le joug qui,
aux siècles passés, pesait sur les serfs écrase aujourd'hui les nationalités.
Il y avait tout près de neuf siècles que les Magyars vivaient côte à côte avec ces peuples qu'ils avaient soumis, sans qu'aucune fusion, sans même presque qu'aucun rapprochement se fût produit, lorsqu'ils s'avisèrent de vouloir les assimiler par la force. Qu'ils en aient conçu l'idée, ce n'est certes pas matière à les loter, mais on peut du moins se l'expliquer ; qu'ils aient entrepris de l'appliquer, l'ayant conçue, c'était logique. Mais qu'ayant éprouvé la tentative, et voyant se multiplier leurs échecs, ils se soient obstinés, et, loin de se ressaisir, abandonnés sans cesse plus complètement à leur passion exaspérée et à leur aveugle fureur, c'est ce cui vraiment passe l'entendement. On leur croyait plus d'habileté politique, et leur histoire semblait en témoigner. Cette habileté, après tout, n'aurait-ce guère été que la maladresse de leurs ennemis ? et, s'ils avaient eu en face d'eux un autre adversaire que la maison d' Autriche, la fortune leur aurait-elle peut-être moins souri i* En tout cas, dans leurs fautes, il faut sans doute faire large la part de l'exemple qu'ils ont reçu des Habsbourgs. Les Léopold et les François ont été d'étranges maîtres de morale et, quand un peuple a réussi à arracher de haute lutte leur puissance à des tyrans qui l'opprimaient, il faut qu'il soit d'une trempe rare pour résister à son tour aux séductions du pouvoir et à la tentation d'en abuser. Les Magyars se sont révélés d'espèce commune: ils avaient suivi Deak quand il leur ouvrait le chemin du triomphe, ils l'abandonnèrer.t quand il leur montrait celui de la justice. Ce n'est pas atténuer leur responsabilité que de souligner celle de François-Joseph. En leur livrant les nationalités, qu'ii avait le devoir et le pouvoir de protéger, il s'est fait leur complice, et pire. Ils étaient iniques et brutaux: mais lui était lâche et ingrat, car les peuples qu'il trahissait ainsi en les abandonnant aux Magyars,
c^est ceux qui, en 1848, avaient contre les Magyars défendu sa couronne impériale.
<( Il n'y a pas de magyarisation » disent souvent les Magyars, « car la statistique montre que c'est à peine si le rapport des Magyars aux non-Magyars augmente insensiblement. » Il est exact, et les chiffres cités par M. Denis le prouvent, que les effets de la magyarisation ont été ridiculement disproportionnés à l'intensité de l'effort et à la violence des moyens employés. Mais les Magyars ne sont pas recevables à s'abriter de leur échec comme d'une excuse. Ils voulaient magyariser, ils voulaient dénationaliser les Slovaques. Ils y ont échoué, et ils portent à la fois l'odieux de la tentative et le ridicule de Téchec. Peut-être ne désespèrent-ils pas encore, et se consolent-ils, en attendant mieux, à l'idée de la belle compagnie 011 ils sont admis : deux empereurs, un Hohenzollern et un Habsbourg ! Ils se trompent, à coup sûr. S'il est une démonstration qui ressorte avec évidence de toute l'histoire de l'Autriche et de la Hongrie depuis un siècle, et surtout de l'histoire de l'Autriche-Hongrie depuis cinquante ans, c'est celle de la vanité des tentatives de dénationalisation : comme la Prusse en Pologne et en Alsace-Lorraine, l' Autriche-Hongrie y a échoué partout. A supposer même que l'issue de la guerre oermît aux Mag}'àrs de s'essayer de nouveau à absorter les Slovaques, tout leur effort d'oppression, et fût-il décuplé, resterait sans succès : quand un peup"e veut vivre, il n'y a pas de force capable de le tuer. Même si l'Autriche-Hongrie devait pour un temps survivre à la paix, ce ne serait pas, pour les Slovaques, k défaite, :nais simplement un délai. Pour eux, aujou'd'hui, il n'y a plus qu'une question de temps. Ils ont /aincu la tyrannie magyare : le tout maintenant est pour eux de voir se lever le jour où ils pourront jouir de tous les fruits de la victoire, le jour où, par le trionphe des peuples libres, aux côtés desquels leur âme a combattu, si leur corps était prisonnier, ils pourront «'unir avec
fÔ3o —
■les Tchèques pour jouir, comme une seule nation de f rèf'es, dans une Europe affranchie, des bienfaits- de la liberté nationale.
(A suivre.) Tanu.
MÉMOIRES €T DOC*JMENTS.
'Rftur l'afliité rnationale.
.La lutte pour la liberté des Pays tchécoslovaques bat son plein. Le gouvernement autrichien fait tout sqn possible .pour contrecarrer les 4ésirs de la nation tchécoslovaque.. Il n'y réussit pas, car les députés tchèques, ayant toute la nation derrière eux, font bloc au Reichsrat de Vienne et ne laissent passer aucune occasion susceptible d'édifier le monde entier sur les aspirations et les espérances de la nation. Mais la lutte est terriblement difficile. A l'intérieur de la monarchie, les puissants sont tous contre la nation tchèque- Aux uns elle semble dangereuse par son passé religieux, aux autres par ses idées nettement démocratiques et enfin à tous par son origine slave. Les Allemands la haïssent, les Magyars voient en elle leur bête noire. A l'extérieur la grande puissance slave est en complète anarchie et même, parmi les Alliés, il y a encore des gens qui veulent conserver l'Autriche. Pour résister à ce flot d'ennemis, les Tchèques se sont décidés à un > acte d'une importance capitale. Un adversaire trop puissant menace l'existence même de la nation. L'union sacrée ne suffît pl«s. Los -partis eux-mêmes doivent ■ fa-ire le sacrffice de leur existence. Le jour de ^Noël, les journaux tchèques publiaient trois magnifiques appels à la nation. Ce sont:
1° L'appel :du .« 'Conseil ^4es' Ecrivains tchèques » et du « Mottde -artistiq^ue tdtièque .)) ;
B° des piîQf^sseiirs :de l'Univefsité et de l'École technique SchèQues ;
3° ;d9s rindu^tf kls ^.tchèqu^ç.
Nous devons nQUS)bom«r;à-?ésttmer.Q«sntpQis documents, car
leur étendue nous empêche de les publier in extenso. Le lecteur y trouvera l'expression de cette foi inébranlable que le peuple tchèque a dans son avenir.
Appel du « Conseil des écrivains tchèques » et des artistes tchèques.
Une situation pleine de difficultés et de responsabilités appelle une direction unique et responsable des affaires politiques. Mais il est difficile d'imaginer qu'un parti politique déjà existant puisse avoir assez d'autorité pour être obéi par tout le monde. L'unité nationale ne peut pas être accomplie par la réorganisation des partis actuels, il faut qu'elle repose sur des bases nouvelles. Le programme du futur parti serait le programme de tous: une nation fière et démocratique en un État fort et démocratique.
•.. Nous nous adressons à tous les facteurs nationaux, nous leur demandons de ne pas fermer les yeux devant les nécessités du moment et de ne pas retarder cette idée par de vains délais. En effet l'absence d'une organisation centralisée et d'un homme pourvu de pleins pouvoirs peut causer d'énormes dommages... Le magnifique moral de ce printemps et de cet été ne doit pas se transformer en un froid hivernal. Le désir d'une vie nouvelle et meilleure, d'une organisation plus saine des affaires nationales, ne doit pas faire place à une acceptation résignée de tout ce qui a pesé sur notre vie passée.
Pour éviter cela, il faut agir vite et énergiquement. Nous ne voulons pas unir ce qui n'est pas unifiable ; l'audace et la lâcheté, la foi et le scepticisme, le feu et le froid, il est impossible d'unir tout cela. Mais unissons tous ceux qui ont le même idéal et le même désir.
Notre conviction est que l'idée de cette imification demande que nous prouvions que l'idéal tchèque est un idéal de démocratie et de progrès social en même temps. La démocratie tchèque NE défendra jamais l'injustice, l'oppression, l'exploitation.
... Les événements survenus dans l'Orient slave prouvent qu'il vaut mieux donner à temps et librement ce qui ne peut — même
par la force — être gardé. Plus l'oppression est grande, plus grande sera sa chute et plus grand sera aussi le danger de la catastrophe pour toute la nation. Ce n'est donc pas le parti combatif d'une classe, mais un parti national, un parti de progrès social harmonieux, et un parti de démocratie et de progrès, voilà le cadeau que nous donnerons à notre peuple pour la Fête de Noël. Puisse l'année de notre résurrection politique finir par l'acte le plus politique et en même temps le plus beau! Faisons, au profit de la nation le sacrifice de nos partis, de nos personnes et de nos intérêts particuliers. Le peuple attend, ne le laissons pas attendre en vain.
Appel des professeurs de l'Université et de l'école technique tchèque.
La nation est l'âme, son corps est l'État. De même que l'âme est au-dessus dij corps, la nation est au-dessus de l'État; comme le but au-dessus des moyens. L'âme peut rester libre, même si le corps est sous la domination étrangère. Mais ce qu'en premier lieu exige une âme libre, c'est de pouvoir dominer son corps: la nation doit avoir son État.
A une époque de grandes possibilités, tant bonnes que mauvaises, la nation a besoin d'une forte conscience de soi-même et d'une ferme volonté de tourner les possibilités à son avantage. C'est à ce moment surtout que la collaboration et l'unité sont nécessaires entre les ouvriers, qui sont l'expression de l'esprit de la nation, et ceux qui travaillent à la création de son corps.
Comme un seul homme se sont dressés les ouvriers de l'esprit, qui jusqu'alors avaient été dispersés, pour réveiller par leur grande voix, l'esprit de la nation, pour encourager sa fierté et pour affermir sa volonté d'arriver à son premier but: reprendre la domination de son corps, revivre dans son propre État.
Toute la nation s'est unie en vue de ce but et tout le monde est décidé à y arriver coûte que coûte. Aucun individu et aucun parti ne pourra s'élever contre ce qui est devenu une nécessité inéluctable. ... Pour atteindre son but, pour avoir de nouveau son État à elle, la nation a besoin de la coopération de tous ses ouvriers. Seulement, quand elle l'aura, elle pourra donner satis-
{action ;à ses mçnxbres et çpntqnter s^s partis. ,A cette -coUabqrtfttion.sQpt ç^i^posés les <ieux .grqup^s d'quvçiejrs fopn^^nt le CQifps de la nation, à eux se joignent ft^^ijQs Qnycievs ;qui goot ,ft,yaat tQlit i^u service de son ^esprit.
;L.e travail n'ôst possiible qye giiâce,à ,Ja coopération 5|§s,;Rar(js jfit çi^lte coopération ;§xige jla.sipipjlipqfttip.n. Piir rprgani^iqn 4es ;individus jusqu'à présent dispersas, ^oit être aGCQmp]ie l'or;ganisation de la natiqn. Ne vous oppqs^z pas .à , cette inéluctable jOiéçessité et ;upissez-yc!us quel que soit le nq«n;que yQuspr«n^: jqunes Tchèques, réalistes, parti du droit .d'État, -parti populaire ou autre, ou si même, sans désignation particulière, ^yous.qtes qn dehors de la vie politique! Formez donc un parti unique et puissant qui ^e^-a le troisième membre indispensable du. corps national. Parmi vous, les indivi4iialités diffèrent, iinais le but est unique, magnifique et prochain!
Appel PES indusi;riels.
■A l'époque d'pne oppressante aqgpjs^e,. les écrivains ^tpbèques ont lancé un appel -au peuple dont Uâqie . s'ept soudainement ptuverte. On attendait la parole libératrice., Il n'y a plus de doute sur ce que veut et doit exiger la nation : être libre dans un État indépendant!
jV(ais seule une nation intimement unie, fortement organisée peut marcher d'un pas ferme et inébranlable vers son idéal. Nous ayions peine à supporter la partialité d'avant-guerre et noussayions qu'elle nuisait à notre progrès national, intellectuel et économique. Notre tâche était doublement difficile. ^Nous sommes devenus une nation cultivée qui voulait économiquement se suffire à elle-même. Notre force économique ne s'est pas déyeloppée grâce à l'appui du, gouvernement, mais.:gt;4ce àjcqtte force merveilleuse de l'idée de notre résurrection nationale qui nous a replacés parmi les nations vivantes. Ce n'est pas .de notre faute, si -nous sommes, dans le commerce et l'incjustcie, restés au-dessous.'du niveau général; c'est la faute des circonstances où nous vivions et qui nous empêchaient de prendre directement part à la compétition universelle-
Si notre nation doit après la guerre pr^n^reja place qui lui
est due, il faut organiser toutes les forces de la nation pouï qu'elles puissent travailler ensemble au même idéal. Nous devons nous soumettre à la discipline puisque l'avenir de la nation est en jeu. Perdre nos forces par une trop grande dispersion politique et chercher ce qui rious sépare et n'on pas ce qui nous unit, serait paralyser la nation. Qu'on uûisse en un seul parti, le parti démocratique du droit d'État, tous les éléments qui ont les mêtnes vues sur les bases de ta vie intellectuelle et économique.
La guerre nous a tous libérés intérieurement. Notre volonté s'est affermie par l'oppression. La politique d'avant la guerre â disparu à jarhais. A présent nous désirons quelque chose de plus neuf, de plus grandiose. Pour cela il nous faut une concentration utile de toutes les forces tchèques.
Il ne suffit pas de vouloir une nouvelle politique de grande envergure, il faut avoir une volonté assez ferme et être disposé aux sacrifices pour arriver à une organisation qui assure le succès d'une grande politique nationale.
Le monde industriel et commercial accepte volontiers cette organisation, car il espère que d'un travail en commun avec tous les autres facteurs nationaux sortira réalisée la grande idée de l'État indépendant et démocratique!
Notre action.
Les récents événements ont créé pour notre action militaire eii Russie uiié situation difficile. D'après les nouvelles publiées dans les journaux, nos deux divisiotis russes, commandées par le général Ghokorov, ou sont restées sur le front ou ont participé au mouve^ ment intérieur de la Russie. Il s'agissait de les utiliser dans la lutte contre les Bolcheviki, et, d'autre part, il s'agissait aussi de les réunir aux Ukrainiens ou à l'armée roumaine. M; Masafyk dirigée personnellement ces pOtirparlèrs. Il faut avouer que les désordres actuels en
Russie rendent la situation de nos braves régiments extrêmement difficile. Le gouvernement bolcheviste, d'autre part, n'a pas hésité à s'opposer à eux comme à un élément qui cherche à persister, à tout prix, dans la lutte contre les Puissances centrales.
En France, pendant le mois dernier, les événements suivants caractérisent notre action militaire: Au commencement du mois de novembre, la question du décret de l'armée tchécoslovaque a été posée. Au mois de juillet 1916, le premier contingent de nos soldats était, de Russie, arrivé en France ; vers le milieu du mois de novembre, un nouveau transport est arrivé. Il s'agissait de procéder à une organisation pratique. Depuis la fin d'octobre jusqu'à la fin de novembre, on a traité la question du décret. En même temps, les préparatifs étaient faits pour le cantonnement de notre armée dans le sud de la France. Au mois de novembre, le commandant Stefanik était de retour de sa mission aux Etats- Unis, couronnée d'un succès complet, car il a réussi à organiser en Amérique le recrutement. En même temps, le premier convoi de nos volontaires américains est arrivé. On a procédé à l'organisation intérieure de notre armée, surtout quant au général commandant et à son état-major. C'est un véritable succès et d'une grande portée, que d'avoir pu gagner pour notre armée un soldat si réputé et un si grand ami pour nous que le général Maurice Janin. Nous aurons bientôt l'occasion d'y revenir et de dire beaucoup de belles choses sur notre général.
La constitution de notre armée a trouvé en Italie un grand écho. Tous les journaux ont commenté l'événement avec reconnaissance et avec enthousiasme. Au parlement, la manifestation suivante a eu lieu :
Le député Arca a salué l'armée tchécoslovaque par une allocution où il disait:
Honorables collègues ! Vous savez que, par un décret d'hier du gouvernement français, s'est
constituée une armée tchécoslovaque autonome qui,, sous son propre drapeau, combattra contre les Empires centraux. Je suis sûr d'interpréter les sentiments de la Chambre et du pays qui combat, en envoyant aux vaillants soldats de la nation tchèque, qui s'est mise noblement à la tête de toutes les nationalités antiautrichiennes, un salut affectueux et enthousiaste, à ces vaillants, qui ont réussi à échapper à la captivité et à la mort, et davantage, à l'horreur de devoir combattre pour leurs oppresseurs, afin de combattre de nouveau à côté des nations qui représentent la civilisation et le droit, défiant volontairement la mort et, outre une mort glorieuse au champ de bataille, la corde et la torture, comme Battisti, comme Sauro, comme Rismondo, comme Filsi. (Très bien !)
Honorables collègues ! L'Italie qui a les traditions historiques les plus nobles dans la lutte contre la double monarchie, l'Italie qui est entrée en guerre pour compléter son indépendance et pour le principe de l'intégrité et de l'indépendance des peuples, l'Italie en ce jour qui est l'anniversaire de la mort, du sacrifice glorieux d'Oberdan (Applaudissements), l'Italie doit saluer avec ferveur cette nation jeune qui porte ses drapeaux parmi les troupes alliées. La reconnaissance offcielle du drapeau tchèque est la preuve que la guerre doit finir par la reconnaissance solennelle, au Congrès, de la paix antiallemande, de toutes les nationalités opprimées qui seront constituées en États ou incorporées,. ou élevées à la place où les veut avoir la volonté des peuples libres. Qu'il me soit permis de souhaiter que les légions tchèques viennent aussi sur notre front pour combattre directement contre l'ennemi commun, pour briser l'hégémonie magyaro-allemande qui rêve une (( Mitteleuropa », rêve qui échouera dans la résistance victorieuse des peuples en guerre. (Vives approbations. ' — Applaudissements).
Aux sentiments exprimés par l'honorable Arca
•pour la formation de la nouvelle armée tchécoslovaque, la Chambre répond s'en réjouissant comme d'un fait qui coopérera au triomphe de la cause de la justice daps la guerre où les A^iés CQmbattent contre l^s ]Em- {ârcs centraux.
Au nom du Coiiseil National djss Pays tç^écosjovaqujcs, Je secrét«iire général, lyl. Edouard J3çnes, a r,emercié le député Arca et le président de la Cha-ftiJ^re M- Morelli-Qug,ltierotti, djaps les terincs ^uivçints :
Nous vous exprimons nos remerciements les pkis sincères et les plus respectueux pour votre salut chaleureux à l'Armée tchécoslovaque. Notre peuple n'oubliera jamais l'amitié et la sympathie que vous lui avez témoignées en ce uioment décisif. Dans vos paroles, graves et importantes, il trouve un grand encouragement car la victoire commune sur l'ennemi commun ne peut être atteinte qu'en collaboration avec votre grand peuple, ami du futur État tchécoslovaque indépendant.
Enfin, il faut mentionner que notre bureau de Rome a contribué d^ns une large mesure à ce véritable succès en Italie. Avec le concours du Comité italien pour J'inçlépendance tchécoslovaque, il a publié une brochure : Ji,Q NQ^ipne çzecoslovacca iiella guerra mondiale {édita sotto gli auspici del « Comitato Jtaliano per l'Independfinza Çzecoslovacca ») dans laquelle il a rassemblé tous les précieux documents politiques et miht^ires ^e notre action antiautrichienne. Ce sont surtout les documents concernant nos actes militaires qui ont dû influencer le plus l'opinion publique en Italie. La presse ita,lienne le témoigne, d'ailleurs, elle-même.
Toute notre action n^ilitaire et l'organisation intérieure de notre armée s'accomplissent sans bruit et par un travail fernje et systématique. Dans peu de tenips, notre public sera -surpris en voyant des unités militaires admirablement organisées qui, par leur attitude, nous causeront certainement une grande joie et nous ga^erpnt d.e jçiouyç^ux ^arnis,
ÉCHOS ET NOUVELLES
Auguste^ Rbdïri et la BohSme.
Dans la personne de Rodin disparaît un sincère attii de \û nation tchèque. Il l'a connue non seulement par certaine' de ses élèves qui furent des artistes tchèques, mais il lui a fait une visite et il en fut reçu comme un roi de la pensée et de l'airt français. Ce fut en 1902 que, à l'occasion de l'exposition de ses œuvres, Podin vint à Prague et parcourut une partie de la Bohême ^c les régions pittoresques de la Slovaquie morave. La nation tchèque a compris dès le début la beauté et la grandeur de l'art du maître, et lui, a pompris l'âme artistique du peupledont les plus humbles paysannes savent de leurs mains créer des chefs-d'œuvre,
yoici quelques exemples de ce que les journaux tchèques ont écrit à l'occasion de la mort du grand artiste :
(( En la personne de Rodin est mort, non seulement un maître reconnu de l'art moderne, mais encore un des meilleurs amis des Tchèques. Long sera, dans l'histoire de l'art tchèque, le chapitre consacré à l'iiifluence de Rodin. Ce grand maître français a eu un nombre considérable d'élèves de la Bohême, parmi lesquels le sculpteur Maratka. L'école moderne, « Mânes », a trouvé en Rodin le modèle le plus puissant. En 1902, « Mânes » a organisé une exposition des œuvres de Rodin, laquelle fut, non seulement un événement de premier ordre, mais a aussi exercé une grande influence sur le développement de l'art sculptural tchèque.
Dans son atelier des environs de Paris, Rodin accueillait avec la meilleure grâce les artistes tchèques, telle dernièrement értcore « la Chorale des itistitutetirs tchèques de Prague )>. Il était aussi un protecteur de l'art tchèque et un admirateur de l'art populaire' tchécoslovaque. Les beautés de l'ancienne Prague" avaient en lui un amateur enthousiaste. » (Narodni Listy du fQ' noverriBre 1917.)
Le lendernain, le même journal a, sous la' signature de Joseph Ca!pek, publié tin article de fond intitulé « Auguste Rodin », dorit voîci la coiîClusiori :
<(. L'œtivré de Rodin est l'œvre de cet esprit français, clair, élevé, riatùrellemerit doué d'un sûr sentiment de la beaiïté. C'éèï par ce caractère sU]f)rême de vérité artistique que, d'urie fk^ôW convairicatite et aîttrayante, l'art français de notre époque péttluk au monde entier, c'est lui qui en marquait l'évolution et, grâce' U
lui, là même où l'on prétendait, avec une envieuse présomption, qu'il était vaincu et décadent, on dut s'instruire et l'on dut honorer la triomphante prépondérance de ce génie. Ce fruit de la plus belle des conquêtes, ce grand territoire libre, non pas conquis au détriment des autres, mais créé, cette liberté que Rodin a apportée à la sculpture de sa France natale, il l'a donnée à la sculpture du monde entier. L'art tchèque lui doit beaucoup. Il aussi une dette qui lui sera payée par un éternel et reconnaissant fut l'un des premiers à le comprendre. C'est un mérite, c'est souvenir dans l'histoire de l'art tchèque contemporain. »
Le journal tchèque, Narodni Politîka, dont le tirage est le plus important, a apporté en date du 22 novembre, un article sur Rodin dont nous extrayons le passage suivant :
« Par son observation pénétrante des détails de la nature, par son sens de la réalité et par son esprit, qui se reflète dans l'arrangement et dans la composition de ses œuvres, Rodin est entièrement français. Nos jeunes sculpteurs, Maratka, par exemple, qui a vécu plusieurs années chez lui, voient en lui leur modèle et leur exemple, et dans les milieux artistiques du monde entier son nom est prononcé avec admiration. »
On voit que les journaux tchèques n'ont pas laissé passer l'occasion qui se présentait d'exprimer leur admiration, non seulement au maître défunt, mais aussi à la grande nation amie. Les Tchèques voient dans la force du génie de Rodin la force de la France elle-même, cette France qui, sur la Marne et devant Verdun, a su arrêter les flots germaniques.
Un député tchèque sur la diplomatie autrichienne.
Selon les Lidové Noviny, les socialistes tchèques ont tenu une grande assemblée à Brno, dans laquelle les députés Habermann, Bechyné et Tusar parlèrent de la paix et de la révolution russe. Le député Habermann a dit notamment: « Berlin, Budapest et Vienne applaudissent la révolution russe; les gouvernements allemand, autrichien et magyar veulent profiter de la situation et ils croient que l'anarchie en Russie leur donnera l'espoir d'affermir leur despotisme chez eux. La diplomatie autrichienne et allemande salue de même le principe du droit des Nations de disposer d'elles-mêmes. Ce principe leur plaît beaucoup, si l'on ne l'applique cependant qu'en Russie. Nous insistons au contraire pour que le droit des Nations à disposer d'elles-mêmes soit appliqué à la Nation tchécoslovaque. Les socialistes tchèques ont déjà proclamé avec les autres députés tchèques qu'ils demandent un État tchécoslovaque indépendant avec tous les attributs de la
souveraineté garantis par la future conférence internationale de la Paix. Clam-Martinic a traité cette proclamation comme une haute trahison. » Dans la suite de son discours, Habermann recommande aux hommes d'État autrichiens de ne pas jouer avec l'idée de la paix. Il y a peu de jours, le comte Czernin a parlé de la pa'x à Budapest, et il tendait la main à tout le monde, pendant qu'il foulait de son pied les nationalités de la monarchie habsbourgeoise.
Le député Tusar a déclaré que la nation entière étant déterminée à recouvrer son indépendance, aucun événement ne pourrait la décourager. {Plusieurs voix dans l'auditoire: Pas même les événements en Italie!). Du reste, que nous importe toutes les victoires quand on les reçoit avec froideur et indifférence. Le programme tchèque ne peut être réalisé ni demain ni après-demain, car sa réalisation demande une lutte à laquelle nous devons nous préparer. »
La liberté nationale en Hong:rie.
L'ordre d'Apponyi de fermer les écoles roumaines.
VAz Ujsag, du 4 décembre, écrit : « Comme on le sait, le ministre de l'Instruction publique, le comte Apponyi, a formé le projet de supprimer toutes les écoles roumaines de Transylvanie, se trouvant dans les districts-frontières, dont les fondateurs et les instituteurs ont, lors de l'invasion roumaine, prouvé leur déloyauté et leur infidélité envers l'idée de l'État magyar. Tout d'abord, on pensa qu'il ne s'agissait que de quelques écoles, mais on s'aperçut bien vite que le gouvernement avait l'intention d'organiser un vaste nettoyage. » — L'Aradi Hirlap, du 2 décembre, écrit que le baron Petricsvich-Horvat a notifié à l'évêque métropolite Vazal Mangra que le ministre de l'instruction publique supprimerait pour le moment 80 écoles roumaines dans les districts-frontières, mais que sous peu, il retirerait l'appui du gouvernement aux écoles ecclésiastiques situées dans les comitats de Szeben, Forgaras, Brasso, Nagykukullo, et Haromszek, puis, en outre, les écoles des évêchés de Hunyadmegyei,- Hatzeg, Vaidahunyad et Szazvaros. Il résulte de cet ordre du ministre de l'instruction publique que 29 1 écoles vont cesser d'exister. A la place de ces écoles fermées, le ministre veut instituer des écoles du gouvernement où la langue d'enseignement sera exclusivement le magyar. »