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A TRAVERS LA PRESSE

Deux actualités ont donné à la presse française l'occasion de commenter plus largement les dernières phases de notre action' politique: le retour à Prague du chef politique tchèque, M, Kramar, et l'arrivée de nos soldats en France. Dans la Tribune de Genève, qui n'a jamais jugé opportun de renier ses sympathies pour notre cause, M. Edouard Lazone explique la signification du retour dô Kramar à Prague et il conclut:

« Il apparaît clairement que l'union sacrée n'existe pas dans l'empire d'Autriche — d'ailleurs, y a-t-elle jamais existé? — et qu'à cette heure grave entre toutes, pour la monarchie des Habsbourgs, une partie de son empire réclame Vindépendanoe. Cela en pleine guerre. En dépit de la loi martiale et de l'état de ^ siège, Prague n'a pas craint d'exprimer clairement ses intentions. Les acclamations qu'elle poussait le jour ou Kramar arrivait, les fleurs qu'elle lui jetait, n'avaient pas d'autre sens. »

Depuis un certain temps, les premiers effectifs de notre armée nationale se trouvent en France. La Constitution des Charentes, paraissant à Cognac, a été la première dans la presse française à souhaiter la bienvenue à nos soldats. Dans deux excellents articles, elle a présenté aux Cognaçais les soldats slaves en rappelatît d'une manière concise et très complète notre lutte séculaire à côté de la France pour la liberté des peuples-

Notre ami et collaborateur, M. René Pichon, dont nous ne saurons jamais assez apprécier le concours qu'il ne cesse de prêter à notre action, n'a pas laissé inaperçu l'apparition d' « un nouvel Allié » de la France. Après avoir relaté les phases principales de l'organisation de notre armée, il écrit:

« Nous voici donc en possession d'un nouvel allié, non pas uri' État, il est vrai, mais un peuple, ce qui vaut mieux, un peuple incarné dans une héroïque armée. Souhaitons-lui la bienvenue et saluons son drapeau blanc et rouge. »

Nous pouvons constater avec la plus grande satisfaction que les grands quotidiens parisiens ne sont pas seuls à consacrer à notre cause des articles importants. De plus en plus les journaux de province parlent de notre peuple et nous aident ainsi efficacement dans notre propagande. Nous tenons à citer au moins la série d'articles sur les Tchèques, très documentés et écrits avec un bel enthousiasme, que nous avons eu le plaisir de lire tout récemment dans le Réveil du Lot.

Ces derniers mois, des revues françaises et étrangères ont publié toute une série d'articles sur la question tchèque. Dans '^es revues italiennes, nous trouvons une confirmation remarquaoie des sympathies que les Italiens manifestent à l'égard des Tchèques. M. Antonio Battara, dans // Seccolo XX, sous le titre de Quattro nemici delV Austria, étudie rapidement l'histoire du peuple tchèque et des quatre régions où il vit: Bohême, Moravie, Silésie et Slovaquie. Son article, abondamment illustré, fait connaître à nos amis italiens tout ce qu'il est indispensable de savoir de notre passé, de notre force intellectuelle et de l'avenir de justice que nous attendons. C'est une œuvre de vulgarisation qui sera sûrement utile à notre juste cause. — Dans la Revue d'Italie, du 1" septembre, M. Giogio Villani expose la question tchèque et conclut ainsi son excellente analyse: « Pour ce qui regarde la constitution d'un État tchécoslovaque, nous l'appelons de tous nos vœux et nous saluerons avec joie l'avènement de cet État qui rendra la liberté et l'indépendance à un peuple de dix millions et qui sera, nous en avons la ferme confiance, une des forces de la civilisation contre, les éventuels retours offensifs de la barbarie austro-allemande. » — Dans VEspansione Italiana^ du 1*'' novembre, M. Antonio Sestan consacre un article for-t sympathique à ce qu'il appelle « le pacte d'Alliance entre les irrédentistes italiens et tchécoslovaques ». Il termine en exprimant la joie que cause aux Italiens le rapprochement des deux nations en lutte contre le régime des Habsbourgs. — A propos de quelques livres récents, M. Jean Alazard expose dans la Rivista délie Nazioni Latine, du P'' novembre, les grandes lignes de la question tchèque. Cet exposé constitue un tableau complet quoique succinct de la vie politique des Tchèques et de leur lutte contre l'oppression germanique. Il exprime, en terminant, l'espoir •que notre nation obtiendra son salut de la victoire de l'Entente et constituera un puissant obstacle aux ambitions pangermanistes. La Revue du 15 décembre a reproduit les passages essentiels du savant article de M. Alazard.

M, Henry Wickham Steed, dans un remarquable article de V'Edinburgh Review (1*"" octobre 1917) intitulé WHat is Austria?, étudie la brûlante question de la conservation de l'Autriche-Hongrie. Après avoir montré par les faits et, surtout, par une conversation qu'il eut le 20 juillet 1914 avec le comte Mensdorff, la grande part de responsabilité qui incombe à la Monarchie dualiste dans la guerre actuelle, M. Steed se demande si et cominent cet État peut continuer à exister. Sa réponse à ces deux questions présente le plus haut intérêt, aussi nous réservons-nous sJ*y revenir dans un de nos prochains numéros.

Aucune revue française ne s'e§t, depuis le début des hosti-

lités, occupée avec plus de constante sympathie de la question tchèque que le Mercure de France. Depuis de longues années, cette revue, qui était toujours accueillie dans nos pays slaves comme le porte-paroles le plus autorisé de la France moderne, enregistrait dans ses chroniques étrangères, notre mouvement littéraire. Pendant la guerre, elle a publié une série d'articles qui, aussi bien par l'autorité de leurs auteurs que par leur point de vue nettement antiautrichien et tchécophile, ont apporté une aide très précieuse à notre lutte- A présent nous y retrouvons régulièrement, dans la rubrique consacrée à l'Autriche-Hongrie et dirigée par notre très dévoué collaborateur, M. Jules Chopin, des chroniques politiques parfaitement documentées et écrites avec une grande compétence et une admiration très sincère pour l'œuvre de libération qui s'accomplit dans nos pays tchèques. Notons, en outre, que dans le numéro du 15 octobre, M. Jules Chopin a étudié, à propos de la note du pape, V Autriche-Hongrie et le catholicisme. Il montre que la religion n'a été et n'est, entre les mains des Habsbourgs, qu'une arme politique, un moyen de germaniser les populations slaves de leurs États. Le haut clergé est un des instruments de cette politique ; et deux lettres des plus grands dignitaires ecclésiastiques de la Hongrie, que nous révèle l'auteur, prouvent que les plans pangermanistes trouvent d'excellents collaborateurs dans ce milieu. M. Chopin conclut en disant que si le pape songe à conserver l'Autriche-Hongrie, il risque de voir se détacher de Rome les Allemands, qui reprendront leur Los von Rom de jadis, et les Slaves qui, par réaction, pourraient bien retourner à leurs anciennes hérésies ou à l'orthodoxie dont la liturgie slave est plus près de leur esprit national.

Dans la Revue de Paris du 1" décembre, nous trouvons une très belle étude sur les Espérances des Pays Tchèques signée par Mlle Louise Weiss. Cet article est pour nous d'une grande importance à un double point de vue: d'abord par sa valeur littéraire et ensuite par le fait qu'il paraît dans une revue qui jouit incontestablement d'une renommée universelle. Dans un style brillant et avec une remarquable sïireté de jugement, Mlle Weiss a admirablement expliqué les raisons qui motivent notre lutte d'aujourd'hui. Elle les trouve dans le passé et dans le développement actuel de notre nation. En mentionnant les faits importants qui se sont déroulés dans nos pays pendant la guerre, elle montre que nos aspirations sont en complet accord avec les intérêts des Alliés. Nous espérons revoir bientôt, sous la même signature, de nouveaux articles où notre cause sera si efficacement défendue. ___^^^^

L» Gèrent : L. MATHIEU.

Imprimerie Slave, 182, rue du Faubourg St.-Martin, Paria.

Reue bi-mensuelle

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