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II. — Les décisions du Congrès

M. le député Torre a tout d'abord lu, devant l'assemblée plénière, les résolutions suivantes, adoptées à l'unanimité:

Contre l'Autriche-Hongrie — pour la liberté des Nations :

Les représentants des nationalités assujetties totalement ou partiellement à la domination de V Autriche-Hongrie : Italiens, Polonais, Roumains, Tchécoslovaques et Yougo-Slaves, conviennent d'affirmer comme suit leurs principes pour une action commune:

« 1" Chacun de ces peuples proclame son droit à constituer sa nationalité et une unité nationale ou à la compléter et à atteindre sa pleine indépendance politique et économique ;

« 2° Chacun de ces peuples reconnaît dans la monarchie austro-hongroise, l'instrument de la domination allemande et un obstacle fondamental à la réalisation de ses aspirations et de ses droits;

« 3° L'assemblée reconnaît par conséquent la nécessité d'une lutte commune contre les oppresseurs communs afin que chaque peuple atteigne sa libération totale et son unité nationale complète dans la libre unité de l'État. »

Déclarations italo-yougoslave, polonaise et roumaine.

a) Déclaration Italo-Yougoslave :

La seconde partie des résolutions constitue un accord particulier entre les Yougoslaves et l'Italie.

« 1 <* Dans les rapports entre la nation italienne et la nation des Serbo-Croates-Slovènes, connus également sous le nom de nation yougoslave, les représentants des deux peuples reconnaissent que l'unité et l'indépendance de la nation yougoslave sont d'un intérêt vital pour l'Italie comme l'intégrité de l'unité nationale italienne est ctun intérêt vital pour la nation yougoslave.

« C'est pourquoi les représentants des deux peuples s'engagent à développer toute leur action afin que, pendant la guerre et au moment de la paix, les deux buts des deux nations soient entièrement atteints;

« 2*> Ils affirment que la libération de la mer Adriatique et sa défense contre tout ennemi présent ou éventuel sont d'un intérêt vital pour les deux peuples;

« 3° Ils s'engagent à résoudre d'une façon amicale dans l'intérêt des rapports futurs, bons et sincères, entre les deux peuples tout différend territorial, sur la base des principes des nationalités et du droit des peuples à décider de leurs destinées et de manière à ne pas porter atteinte aux intérêts vitaux des deux nations, intérêts qui seront définis au moment de la paix;

« 4° Aux groupes (fun des peuples qui devraient être compris dans les frontières de l'autre, on reconnaîtra et garantira le droit

au respect de leur langage, de leur culture et de leurs intérêts moraux et économiques.

b) Déclaration des Polonais.

M, le député Zamorski a lu ensuite, au nom des Polonais, la déclaration suivante:

La nation polonaise qui, en luttant pour son unité et son indépendance, veut délivrer les territoires polonais appartenant actuellement à l'Autriche, considère l'Allemagne comme l'ennemi principal de la Pologne. L'avenir de la Pologne dépend donc entièrement du résultat de la lutte contre l'Allemagne, non seulement parce que des territoires essentiellement polonais se trouvent sous sa domination, territoires dont la possession est une condition indispensable pour la Pologne, pour son indépendance politique et économique et qui lui assureraient un libre accès à la mer, mais encore parce que le but principal de la politique allemande est d'empêcher l'unification de la Pologne et la création d'un puissant État polonais qui s'opposerait à la domination allemande sur toute l'Europe orientale. Les Polonais s'associent aux peuples de la monarchie de l'Autriche-Hongrie dans leur lutte pour l'unité nationale et l'indépendance, et voient dans la libération de tous les peuples de l'Europe centrale et orientale une des conditions principales de leur indépendance vis-à-vis de l'Allemagne.

c) Déclaration des Roumains.

Pour protester contre la paix imposée à la Roumanie par les Empires Centraux, M. le député D»" Lupu a lu en italien et M. le sénateur Georges Mironesco, en français, la déclaration suivante :

« A l'heure où, animés des plus nobles sentiments de justice et d'humanité, nous sommes réunis dans la ville éternelle sur cette antique colline du Capitole pour sceller l'union sacrée des nationalités opprimées par l'Autriche-Hongrie et leur ferme décision de lutter ensemble jusqu'au bout pour leur affranchissement, un autre événement qui pèse lourdement sur nos cœurs est en voie de s'accomplir: l'Autriche-Hongrie et ses alliés allemands et mongols sont en train d'étrangler la Roumanie, en lui imposant des conditions féroces de vassalité, qu'ils osent appeler conditions de paix.

« Nous remplissons un devoir en dénonçant d'ici au monde civilisé ce crime contre l'existence du peuple roumain.

« La Roumanie est entrée en guerre à côté des grandes démocraties mondiales et de ses sœurs aînées latines pour le noble idéal de l'affranchissement des Roumains opprimés. Elle s'est jetée dans la lutte pour libérer quatre millions de Roumains qui gémissent sous le joug austro-hongrois sur le plateau supérieur des Carpathes. Eloignée de ses alliés d'Occident, la Roumanie devaft s^appuyer principalement sur son puissant allié voisin: la Russie. Elle fut trahie par elle,^^ahie deux fois: par la Russie tsariste et par la Russie maximalise. Ces trahisons et leurs conséquences — la paix ukrainienne d'abord, la paix russe ensuite — ont eu pour effet V encerclement de la Roumanie, et celle-ci — sans être vaincue — fut mise dans l'impossibilité de continuer la lutte.

« Les armées roumaines, meurtries mais non vaincues, ont dû se soumettre aux conditions féroces dictées par les ennemis.

« Quelles sont ces conditions?

a Au moment où la conscience du monde entier proclame le droit des peuples à se gouverner eux-mêmes, les Germano-Magyars, éternellement sourds aux cris des peuples qu'ils oppriment, arrachent de nouveau du corps de la Roumanie des centaines de milliers de ses fils, pour les ajouter aux millions de Roumains qui .aspiraient à secouer le joug austro-hongrois.

<i Au moment où la politique du monde entier reconnaît la nécessité d'assurer à tous les peuples un accès à la mer, pour leur garantir le libre développement économique, les Germano-Magyars arrachent à la Roumanie la province de la Dobroudja, son seul débouché maritime.

« A travers les siècles, deux barrières ont assuré la liberté du peuple roumain: les Carpathes, rempart contre les invasions barbares du nord et de l'est; le Danube, bouclier contre l'invasion turque.

« Pour anéantir l'indépendance de la Roumanie et pour la soumettre à une menace perpétuelle d'invasion militaire, nos ennemis lui arrachent les deux remparts de sa liberté.

« En nous arrachant les crêtes et le versant méridional des Carpathes, nos ennemis nous enlèvent le nid et le berceau de notre race, et, en même temps, ils volent à la Roumanie d'immenses richesses minières et les plus grandes forêts séculaires.

a Au sud, en s' assurant la maîtrise du Danube, la coalition germano-mongole nous met à la merci de l'ennemi méridional et nous prive de la seule artère de communication internationale qui nous restait. Par la maîtrise du Danube et le contrôle de nos chemins de fer, nos ennemis assurent l'asservissement économique du pays.

« En mettant la main sur nos immenses richesses pétrolifères et en nous forçant à leur vendre, à un prix fixé, nos céréales, et à leur acheter, sans possibilité de concurrence, leurs produits, nos erinemis nous réduisent à la vassalité économique et nous spolient à jamais de tout notre capital national et de tout le produit de notre travail futur. *

« Les temps les plus durs du passé, lorsque le pays était tributaire de l'empire turc, nous apparaissent comme un âge d'or par rapport au sort que nous prépare cette nouvelle invasion.

(( Le couteau sur la gorge et les genoux sur notre poitrine, ils nous imposent cette paix, qu'Us appellent une paix amicale. Ils prétendent appliquer les principes humanitaires et démocratiques. Ils parlent de paix sans annexion et sans indemnité. Ils invoquent le droit des peuples à se gouverner eux-mêmes. La conscience du monde, révoltée, se demande s'il faut réprouver davantage la férocité ou l'hypocrisie des Germano-Magyars.

« Si ces conditions étaient définitives, ce coin de l'Europe serait une menace perpétuelle pour la paix du monde.

« Contre cette tentative monstrueuse de supprimer toute une nation, nous. Roumains, nous protestons de toutes nos forces, de toute notre âme saignante. Nous proclamons devant le monde que nous ne permettrons jamais que notre droit à la vie soit foulé aux pieds;que du tombeau qu'ils nous préparent aujourd'hui nous crierons et troublerons la conscience des peuples et la paix du monde; que nous aurons recours aux moyens les plus terribles et que nous ne nous reposerons pas tant que cette honte infligée au monde civilisé n'aura pas été à jamais effacée. »

La déclaration de MM. Lupu et Mironesco a été saluée d'une ovation émue de toute l'assemblée.

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