‹ La Nature 1873Chapitre 116 sur 171 · IIS · texte numérisé non relu

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un diamètre. Au bout d'un quart d'heure, à peine, une brise folle de l'ouest commença à se faire seut!i', de légères vapeurs envahirent le zénith; en un clin d'oeil le ciel s'assombrit, et à ce calme d'une majesté indescriptible succédèrent les plus violentes bourrasques. La pluie balaya de nouveau l'espace, avec sa prodigieuse vitesse, les explosions électriques retentirent ; ce fut pour nous l'heure suprême ! Nous savions que si le navire pouvait résister à ce premier choc, notre salut était presque assuré, la tempête devant ensuite diminuer rapidement. Mais résisterait-il?...

a Notre gouvernail ne tarda pas à être emporté. Il n'y avait plus aucune manœuvre à faire; la machine ne fut utilisée que pour pomper l'eau de !a. cale. L'équipage était soit aux pompes à bras, soit à faire la chaîne, soit à veiller les voies d'eau pour les aveugler. Nous nous laissiuus entraîner par l'ouragan. Lèvent, aussi terrible que celui qui avait précédé notre entrée dans le centre, imprimait cepen-

dant au bâtiment des mouvements moins violents, parce qu'il n'avait [dus d'appui sur les mâts de l'arrière dont la chute nous sauva. Le grondement de la tempête était plus sourd. Quant à sa direction, elle était opposée à celle, observée dans la première partie du cyclone, ce (pu doit être quand on passe dans le centre.

« Le commandant et l'officier de quart étaient encore sur le pont; mais, pour ne pas être emportés, ils étaient contraints à se cramponner des deux mains, et bientôt Us furent obligés de descendre aussi. Au moment où ils quittaient le pont, une lame monstrueuse s'avançait, dominant le navire d'une dizaine de mètres, et semblant le menacer d'une perte certaine. Cette laine nous prit par le travers, nous enveloppa dans son tourbillon et, passant par-dessus le pont, arracha les bastingages de chaque bord sur une grande longueur, emportant les embarcations suspendues par le travers du grand mât.

« On renaissait toutefois peu à peu à l'espoir;

nous parvenions à étaler l'eau qui entrait dans la cale, et le baromètre remontait à vue d'reil, par saccades. A '2 h. 10, il était encore à 698""", comme dans le centre; mais à 3 1). 15, il remontait à 705"""; à 31i. 4(1, à 715 mra ; à minuit, à 752'=""- Dès ce moment, on pouvait se considérer comme sauvé ; et, en effet, le baromètre continua à remonter rapidement; à li, du matin, il était à 757""". Pendant cette terrible nuit, ou ne s'occupa que de vider l'eau qui entrait à torrents de tous les côtés. A chaque moment, il semblait que le bâtiment allait s'eutr 'ouvrir sous les chocs furieux de la laine.

« Quand enfin le jour vint nous éclairer, quel affligeant spectacle il offrit à nos regards ! Partout des désastres et nu incroyable désordre. De toutes nos embarcations il ne restait plus que la chaloupe à vapeur. Les manœuvres s'entrelaçaient dans tous les sens avec, les débris hachés des mâts et des parois, lies cordages retenaient encore des tronçons déniais flottants, qui formaient bélier contre les flancs du navire à cha que coup de roulis. On s'empressa de se délivrer de ces dangereuses épaves, on déblaya nu peu Je pont, et. on travailla immédiatement à installer un gouvernail de fortune. Par un bonheur inouï, nous n'avions perdu qu'un seul homme, un Annamite, qui s'était réfugié sous la chaloupe et avait été écrasé par sa chute. Notre situation était grave. Nous n'avions plus de mais, [dus de gouvernail, plus d'embarcations, et les voies d'eau étaient toujours à craindre, avec le fort roulis qui nous secouait par suite de l'absence de mâture.. La machine, heureusement, n'avait pas trop souffert, et c'est en elle que nous mettions tout notre espoir. Nous nous trouvions à 180 lieues de Saint-Thomas, terre !a plus voisine. Le plus beau soleil brillait sur nos têtes; on respirait avec joie l'air calme el tiède. » Le 17 octobre, après six jours de nouvelles iatigues et d'inquiétudes, l'Amazone entrait àl'orto-Piiro, où arrivèrent bientôt la frégate la Magicienne et l'aviso à vapeur le Talisman, de la station des Antilles, qui devaient l'escorter jusqu'à la Martinique. Le 30, elle mouillait de nouveau sur rade de Port-de-Frauee. Les typhons de l'océan Indien et des mers de Chine sont précédés par les mêmes signes et accompagnés par les mêmes phénomènes que les cyclones de l'Atlantique, dont ils ne diffèrent que pur quelques particularités peu importantes. Quoique ces ouragans soient surtout fréquents dans la zone torride, ils apparaissent aussi quelquefois dans nos climats tempérés. Après la relation qui précède et qui nous permettra de mieux préciser nos indications, nous avons maintenant à dire quelles règles doivent guidei les navigateurs engagés dans le dangereux tourbillon des cyclones, et quelle lumière Ja science moderne a jetée sur le ténébreux chaos des forces terribles que nous venons de voir à l'œuvre.

F. ZuitCtlEIl.

— La suite prochainement. —

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