REVUE AGRICOLE
I.A QUESTION HE3 SUBSISTANCES, ÉCONOMIE A nÉAUSliR PIlODUCTIOS A. AUGÏ1E.NTKH.
La grande préoccupation de la saison a été celle des subsistances. Si le déficit de la récolte a été souvent exagéré, il n'eu est pas moins vrai que, d'après les documents très-sérieux publiés par la maison ISarthélemi Estienue, de Marseille, il n'y a pas en 1870 un seul département où la récolte ait été trèsbonne. Ou en comptait 43 dans le cas contraire, l'année précédente.
Le tableau suivant permet de se rendre compte des différences que présentent les quatre principales espèces de grains.
Evaluation de ta récolte dans les départements :
(Uld) (Scigln) (Orge) (Avoine)
Très-bonne. . . * » 18 32
Assez bonne.
Passable . . ,
Médiocre. . .
Mauvaise. . .
On voit, d'après ce tableau où les chiffres représentent le nombre des départements, que la récolte de blé a été passable dans 52 d'entre eux. Si l'on tient compte des surfaces cultivées en blé, dans chaque département, et si l'on apprécie par le chiffre 18 la récolte bonne, le chiffre 44 la récolte assez bonne, le chiffre 12 la récolte passable, le chiffre 10 la médiocre et le chiffre 6 la mauvaise, on arrive, en faisant la somme des produits et en la divisant par la surface totale, à apprécier l'ensemble de la récolte par le chiffre 11.5. Or on sait que Je chiffre 20 correspond à une récolte de 120 millions d'hectolitres, c'est-à-dire au chiffre le plus élevé que, dans l'état actuel de notre agriculture, nous puissions obtenir. Pour avoir ce résultat delà récolte de 1873, il suffit donc d'établir la proportion entre le chiffre 11.5 de la récolle actuelle et celui de 20; on aura pour résultat 69 millions d'hectolitres. Or on mange 72 millions d'hectolitres de blé, les semences en consomment 44 millions, le déficit serait donc de 17 millions d'hectolitres, mais, comme l'a fait observer M. barrai, dans toutes les années de rareté, la consommation diminue, le pain de froment est remplacé par d'autres nourritures. Et il est très-probable qu'un complément de 8 à 10 millions d'hectolitres pourra certainement suffire.
L'Algérie est rangée, pour le blé, l'orge et l'avoine, dans les régions où la récolte a été passable ; l'Alsace-Lorraino dans la région où la récolte a été passable pour le blé', bonne pour l'orge et. l'avoine, mauvaise pour le seigle. En oc qui concerne l'étranger, voici comment la récolte de blé peut être appréciée :
Angleterre, récolte moyenne.
Ecosse, au-dessous de la moyenne.
Irlande, moyenne.
Italie, médiocre.
Provinces-Danubiennes, médiocre, Russie méridionale, médiocre.
Suisse, assez bonne.
Espagne, bonne.
Belgique, passable.
Etiits-IJiiîs, bonne.
Turquie, passable.
Egvpte, médiocre.
Ces renseignements, qui ne sont point exagérés, prouvent (jue généralement la récolte ilu blé n'a pas été bonne. Heureusement que les Etats-Unis, d'où nous tirons une bonne partie: de nos grains, sont mieux partagés. L'Espagne, qui est à nos partes, se trouve également dans de bonnes comblions. Il est doue facile de prévoir' que notre délicit pourra, sans trop de difficulté, être comblé par l'importation.
Celte nécessité nous amène à insister sur tous 1rs moyens qui peuvent augmenter la production des céréales eu France.
Nous ne dirons rien sur la nécessité d'organiser le crédit agricole; cette question nous entraînerait hors du cadre de ta Nalui'e. liais nous parlerons d'une cause de perle dans la production des céréales, due au manque de bons outils agricoles, et surtout au défaut d'emploi de semoirs mécaniques.
Il est reconnu que, par la méthode encore trèsusitée de semer à la volée, les quatre cinquièmes de la semence mise, eu terre restent improductifs et constituent une perte considérable. Cela s'explique dans, les semailles à la main; une partie de la semence reste sur le sol, sans être couverte, et les oiseaux la mangent ; d'autres grains sont enterrés à une trop grande profondeur , ils ne germent pas et sont dévorés parles rongeurs, ou bien ils ne germent que tardivement ut ne fournissent que des tiges étiolées, étouffées parles premières sorties. L'emploi des semoirs mécaniques fait disparaître ces inconvénients. LessêTnencessont entièrement recouvertes parle semoir et tous les grains sont placés à la même profondeur; cette profondeur est d'ailleurs réglée suivant la nature du sol ; de cette façon, la levée a lieu rapidement, et presque eu même temps avec l'espacement de lo centimètres, La végétation est, de plus, activée par l'air qui circule entre les lignes et les racines, se développant mieux dans la terre restée libre. Les blés, ainsi semés, sont beaucoup moins sujets à la verse, la tige moins encombrée prend plus de dureté et résiste davantage. Déplus, le grain étant déposé par le semoir à une petite profondeur, le collet de la plante se trouve au ras du sol et les tallns se développent plus facilement.
Dans la méthode ordinaire, on emploie etrviron 2 hectolitres par hectare, et jusqu'à 7> dans les terres maigres ou peu favorables au froment.
A l'aide du semoir, on a souvent obtenu de beaux résultats en ne semant que 14b litres et même 'J 7 et 61) litres seulement à l'hectare.
On a reproché à l'ensemencement en ligue de l'air;. mûrir les blés inégalement, et au semoir mécanique de laisser entre les lignes des espaces où l'herbe pousse, vigoureusement. Mais MM. Crespel, Delisse, d'Arras, et bien d'autres cultivateurs, sont arrivés à éviter ces inconvénients. Kn exécutant des ligues croisées, la semence est répartie aussi bien et niènie mieux qu'à la main ; tout le terrain esl suffisamment couvert. Il n'y a pas de tallage tardif et d'épis précoces qui mûrissent mal.
Le semoir ne peut être emplové partout, mais oiï estime qu'on peut en généraliser l'usage sur trois millions d'hectares, et si les cultivateurs convertissaient en engrais les économies résultant de sou emploi, le produit de la seule récolte du blé s'accroîtrait d'une somme annuelle de oôG millions, et l'augmentation du commerce des engrais s'élèverait chaque année à 2fjl millions. Cela ne mérite-t-il pas d'arrêter un peu l'attention?
EllS EST MtKAL'LI.
CHRONIQUE
\uces de orï(|uetH aux État.s-l'nis. — L'Algérie a été, cette aimée, en proie à une invasion des cohortes ailées (vui . p. iiô() et T.iH) ; certaines régions des btals-tnis entêté, le mois dernier, véritablement ravagées par les criquets. Ces inse.tes se sont précipités par musses innombrables vers le sud, eu passant au-dessus d'Oniaha (A'ehraska). Ils (brillaient, dans le ciel, des taches semblables à de gros nuages orageux, et se sont jetés dans les campagnes avoisinaut Omaha, où ils ont ravagé toutes les cultures de mais.