LA FAUNE
df.h riioroOTKURs eu i.ag lkmain.
La Société helvétique des sciences naturelles n tenu cette année sa cinquante-sixième session annuelle. La réunion de la Société a eu lieu à Schafihouse. Parmi les nombreux et intéressants travaux présentés, nous avons remarqué la communication de M. ledocleur F. A. Fore!, sur la faune, des profondeurs du lac Léman. Elle nous a paru offrir un grand intérêt, au moment où les investigations des fonds aquatiques sont à l'ordre du jour.
En même temps que les naturalistes Scandinaves, anglais et américains prouvaient la possibilité de la vie sous de hautes pressions dans les grandes profondeurs de l'Océan, M. Forel a suivi depuis 1860 des études parallèles dans les lacs suisses et est ar-
rivé à des résultats analogues. Le limondu lae Léman, au delà de 30 mètres de fond, est partout d'une finesse extrême, argilo-calcairc, assez plastique pour pouvoir être modelé et cuit au four; si la drague en fait une coupe convenable, on y remarque à peu près constamment la superposition suivante : a. Une couche de 3 à 4 centimètres d'épaisseur, légère, jaunâtre, formée de limon minéral , de débris d'animaux morts et d'animaux vivants; c'est la couche animale. — b. L'ne couche noirâtre de 1 centimètre environ d'épaisseur. — c. Une couche bleuâtre, argileuse, très-plastique et relativement très-dense, qui paraît se continuer dans la profondeur.
C'est dans la couche supérieur que l'on trouve la (aune profonde. M. Forel l'étudié au moyen de deux méthodes distinctes. La première consiste à laisser reposer le limon dans une terrine plate pleine d'eau. Les animaux vivants sortent de la vase l'un après l'autre et viennent nager ou ramper dans l'eau; au bout de quelques jours, on laisse sécher le limon et alors les pisidiums, les cypris et les cycfops viennent à la surface du limon tracer les méandres de leurs passages ; enfin, eu raclant le limon sur la lame d'un couteau, l'on obtient les ehétopodes et les nématoïdes. Par ce procédé Pou constate que le limon du fond du Léman est très-riche en animaux vivants, et Pou peut évaluer leur nombre à une centaine environ par litre do limon.
La deuxième méthode consiste à tamiser l'eau sale, obtenue par le lavage à très-grande eau du limon -jaunâtre de la couche animale. Avec des tamis déplus en plus fins Pou obtient ainsi, d'une part, des animaux vivants assez inlaels pour qu'on puisse les bien observer; d'une autre part, les débris d'animaux morts, spécialement les coquilles de mollusques, les carapaces de crustacés, les polypiers de bryozoaires, les œufs et les excréments des diverses espèces. Le nombre de ces débris est énorme cl M. Forel évalue de 5 à 10 mille les fragments de carapaces d'eutomostracés, qu'il a ainsi tamisés dans un litre de limon.
Cette abondance de débris organiques peut expliquer la richesse en produits azotés et phosphatés de certaines marnes et argiles employées en agriculture comme amendements.
La faune qui vit dans les profondeurs des lacs est soumise aux conditions de milieu suivantes :
1° Les animaux sont dans l'impossibilité de venir respirer à la surface de Pair en nature; 2° L'eau est rarement pure, le plus souvent troublée par les eaux glaciaires en été, torrentielles pendant le reste de l'aimée ; ces eaux, gagnant le niveau correspondant à leur densité, forment des couches horizontales troubles, dont le limon se dépose lentement dans les plus grandes profondeurs; 3° Température très-basse de 5,6,7 ou 8" suivant les lacs et suivant les années ; 4 e1 Température constante- sans variations diurnes ou annuelles ; W Lumière nulle ou très-faible. A l'aide de procédés photographiques M. Forel a prouvé qu'en été, à Morges, la lumière n'influence plus le
chlorure d'argent à la profondeur de 50 mètres; j G" Repus presque absolu. Les values ne remuent plus, le i'oiul et les courants du lac sojit Irès-faibles. Le plus fort courant mesuré par M. Forci marchait à raison de 12 mètres par minute; 7° Pression considérable à raison d'une atmosphère par 10 mètres d'eau; 8° Flore presque annulée. Au delà de 25 mètres il n'y a plus traces de plantes vertes. Encore quelques algues violettes et un très-grand nombre de belles diatomées.
Dans ces conditions vivent les animaux appartenant à tous les types et presque à toutes les classes, depuis les vertébrés représentés par les poissons, jusqu'aux protozoaires représentés par les ml'usoires. AI. Forci a étudié aussi la faune des lacs de l\'euehàtel, Zurich, Constance. (ISodeusee et Untcrsee). (Quelques sondages dans chacun de ces lacs lui ont permis de constater, sinon l'ensemble des espèces, du moins un assez grand nombre d'animaux analogues pour qu'il puisse, avancer que dans les autres lacs suisses la même l'aune profonde se retrouve à peu près dans les mêmes conditions.
Voici les conclusions que formule M. Fore) :
1" il y a dans les lacs trois faunes distinctes : La Faune littorale ou faune des rivages, allant jusqu'à 15 ou 20 mètres de fond. La faune profonde, allant de 20 à 25 mètres jusqu'à 500 mèlres et plus. La Vanne pélagique;
2° Toutes les formes de l'a faune littorale no se retrouvent pas dans la faune profonde;
5° Toutes les formes de la faune profonde ont leurs similaires ou leurs analogues dans ta faune littorale. Les modifications qu'on trouve dans les types des profondeurs semblent une adaptation au milieu; h" 11 n'y a pas dans la faune profonde de différences horizontales. Au même niveau, la faune est la mémo à Villeneuvcs et à Morges ;
5° En fait de différences verticales en suivant la profondeur, l'on peut remarquer que quelques (deux ou trois) espèces, que l'on connaît entre 50 et 1(10 mèlres n'ont pas été relrouvécs à 500 mètres, mais que tous les types de 500 mètres se retrouvent en- Ire 50 et l!)0 mètres;
6° Lillérences locales assez fortes. En certaines places sont des bancs de coquilles d'œufs, de carapaces de crustacés ;
7" Différences suivant les saisons assez importantes pour quelques groupes (larves d'insectes);
8° La faune profonde étant ta mieux déterminée entre 50 et 60 mètres, c'est à cette profondeur qu'il convienl.de l'étudier ;
( J° Eu comparant la faune des différents lacs, l'on reconnaît que les caractères généraux des faunes profondes sont les mêmes;
10" Que les caractères spéciaux varient pour quelques tvpes dans les différents lacs.
En terminant, M. Forel insiste sur l'intérêt que présentera l'étude des modifications spécifiques dans les différents lacs qui ont dû. servir de centre de formation particulière depuis l'époque glaciaire, et
dans lesquels les espèces ont dit se modifier isolément pour s'adapter au milieu depuis un temps relativement assez court l .
CHRONIQUE
Les lustres de l'Assemblée nationale. — .
Jusqu'ici ou allumait à Lavante les lustres destinés à éclairer nos représentants ; on faisait brûler le gaz à petite flamme jusqu'au moment où, en ouvrant, le robinet de canalisation, on donnait aux lumières leur intensité normale. Ce système avait l'inconvénient (le brûler du gaz inutilement, d'élever Ja température de l'air en été et de vicier l'atmosphère par les produits de la combustion. Aujourd'hui, grâce à un ingénieux système électrique, on allume les 552 bées de la salle d'un seul coup. On a disposé à J'avance desfils conducteurs minces qui permettent à l'étincelle électrique de jaillir à l'orifice même de chaque bec de gaz. Ce procédé, fort pratique, devrait être utilisé dans les théâtres et dans les établissements qui ont un grand nombre de brûleurs. L'application de ce système ingénieux est dû à M. RuhnikiirlV, ni remonte déjà à dix ans environ, quoique certains journaux mal renseignés lui donnait une origine récente.
I,:i nii'ili'cinc pneumatique. — M. le docteur lléclard, secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine, a récemment présenté à la docte assemblée de nouveaux appareils inhalateurs fort ingénieux, dus au docteur J.Rengude. Ces appareils donnent au'mcdec.in la possibilité d'administrer directement, par les voies aériennes, des médicaînenlsestrèmemr.nt actifs, et de pratiquer, par conséquent, avec beaucoup plus d'efficacité qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour, le traitement rationnel des maladies laryngées et pulmonaires. M. le docteur Iiongudo a publié sous le titre du Médecine pneumatique une fort intéressante brochure, où il décrit. les appareils qu'il a imaginés pour l'inhalation des gaz, des vapeurs, des poussières liquides qui semblent se présenter comme les pins utiles auxiliaires de la thérapeutique pour combattre les terribles maladies des voies respiratoires.
Ascension du ballon de Aassau. — Le 20 septembre, M. Coxwell a fuit une ascension avec le ballon le Nassau, qu'il avait acheté à la mort de l'aéronautc, Grecu, et qu'il a réparé avec le plus grand soin. Ce ballon avait servi au due de Brunswick pour traverser la Manche, et au malheureux Cooking pour faire sa fatale expérience avec le parachute retourné. Cette ascension a eu lieu des ruines du palais d'Alexandra Parle ; elle avait pour luit de démontrer qu'il n'existe pas de courant général aérien dans la direction du Sud-Ouest, et par conséquent que la tentative pour traverser l'Atlantique on ballon est. insensée. Le temps était clair et le veut inférieur Venait de Lest. A une hauteur assez faible, le veut a tourné vers le nord-est, et à 10,000 pieds anglais, il était nord-sud. Les nuages supérieurs suivaient cette direction aussi loin que la vue des aéronautesqui s'étaient élevés à 5,000 mètres pouvait porter. Ils avaient pris avec eux dans les airs une hélice horizontale destinée à modérer leur force ascendante.
ï° échec du lioUoii Transatlantique, — L'ascension du ballon Transatlantique dont les dimensions
1 Archives des acienvea physiques et nalurcllea. — * Genève, lbîô.
avaienlété diminuées, a eu lieu le 6 octobre tic Capilolitie Grounds (New -York). Le vent, qui semblait pousser le? voyageurs aériens Tins la mer, loe a rejelés vers le nord, Ils sont arrivés après quatre heures de voyage à New Canaan (Comioeliciit), ayant parcouru une distance totale d'environ 1*20 kilomètres. L'ascension s'est terminée d'une façon qui n'est peint nettement expliquée, mais il semble que le ballon s'est choqué contre nue colline.
Cet accident, peu ordinaire, a mis le désarroi dans l'équipage, qui a saule à terre. Le ballon, abandonné à son malheureux sort, a été retrouvé à un mille de distance. Celle ascension malheureuse est cependant digne de marquer sous certain point de vue dans les annales de la science, car les aéronautes ont, pendant ce court voyage, lancé six fois du haut des airs des pigeons qui sent revenus en quelques minutes au point de départ.
I.e tt-lrgraplic <1n Colorado. — On vient d'établir dans le Colorado, aux Elals-L'nis, une nouvelle, ligne télégraphique qui passe au sommet du pic de Peak. Celte montagne à plus de 3,000 mèlrcs d'élévation. La station télégraphique qui a été construite à sou sommet est a un niveau qui dépasse de beaucoup celui des stations créées jus pi'ici sur les montagnes. Clic sert de poste météorologique, et, trois fois par jour, elle envoie à Washington une dépêche donnant l'état de l'atmosphère.
ACADEMIE DES SCIENCES
oùmce du 10 novembre 1873. — Présidence de M. dk Qu/TiiLiAtais.
La Société. Ramona. — Au moment de partir pour ltishru, et peut-être pour Tugiirl, Jl. Charles Sainte-Claire, Devillc signale à l'Académie le /.èlc avec lequel la météorologie est cultivée dans les l'vréuées. A liugnèrea-de-lSigorre, la Société ltamond, toujours digne de l'illustre nom qu'elle porte, et grâce a l'initiative de son président, 5!. le pasteur FrossarJ, vient, de concert avec une seconde société dont le siège e»l au col de Sincourse, de fonder un véritable observatoire météorologique. 11 consiste en deux pièces prélevées sur une hôtellerie, établie au pied môme du Pic-du-llidi, à 2,554 mètres d'altitude, et où l'on a disposé tous les appareils cl tous les instruments nécessaires. Grâce à des systèmes d'observations simultanées, faites les unes à l'observatoire et les autres au sommet de la montagne, à 2,870 mètres, on a déjà un nombre considérable de résultais importants. Sans doute, ces résultats seraient plus grands encore si la Société ltamond jouissait de moyens d'action plus étendus; et il faut remarquer qu'il suffirait, pour les lui procurer, que le gouvernement la reconnût comme établissement d'utilité publique, car alors, outre le prestige de cette désignation officielle, elle acquerrait la faculté de recevoir des dons et des legs. Grâce au chaleureux appui que témoignent à celle, œuvre, d'abord M. Dumas, puis M. Élie deBeaumont et enfin le président lui-même, il est à espérer que celte consécration désirable ne se fera plus longtemps attendre.
Le titane des bannîtes. — Analysant une nombreuse série de roches basaltiques d'Auvergne, M. Ruussel y a presque constamment trouvé du titane et du vanadium. Ce dernier est en quantité trop faible pour être dosé, mais on le reconnaît facilement. Au contraire, le titane est parfaitement dosable, et représente ordinairement 0,75 pour 100 de la roche, quelquefois même, comme dans le basalte du Puy-de-Dôme, il s'élève à 2 pour 100 et même à 2,5.
Solubilité du plomb dans l'eau. — L'hygiène s'est préoccupée, à maintes reprises, de la solubilité du plomb dans l'eau, et des conséquences d'insalubrité qui peuvent en résulter. Aujourd'hui, 11. Fordos, chimiste bien connu par des travaux importants, reprend la question. Il montre que l'eau aérée attaque le plomb et donne lieu à la formation du carbonate de plomb ou céruse. Si l'expérience se lait dans un vase de verre, la cénise se précipite, sur les parois et les recouvre d'une couche mince, de façon que: les bouteilles rincées à la grenaille sont comme doublées d'une pellicule de matière toxique.
En résumant ces fails, M. Dumas rappelle l'expérience qu'il faisait il v a vingt ans devant l'auditoire de son cours de chimie de la Sorbonne : dans une série de (laçons ou mettait de l'eau distillée, de l'eau de pluie, de l'eau de Seine, etc., puis, dans chacun d'eus, on introduisait du plomb. Or on n'était pas arrivé au quatrième flacon, que ce temps si court suffisait pour que l'eau distillée du premier donnât déjà très-nettement les réactions saturnines. Toutefois, ce résultat n'a lieu qu'avec de l'eau très-pure ; la moi ml re trace de sel calcaire rend, pour ainsi dire, le plomb insoluble. .11 Billard et.11. Chcvreul s'empressent de confirmer cette conclusion en ajoutant que le. rôle le plus énergique, pour empêcher la solution, est dévolu aux sulfates et spécialement aux sulfates de chaux. Lue longue lecture de M. Beigrand roule sur le même sujet el confirme ce fait, que l'eau un peu minéralisée passe sans inconvénient dans des tubes de plomb, tandis que l'eau distillée se charge rapidement de sel métallique.
Un exemple ancien, rappelé par il. Dumas, nioiilrchien celle énergie dissolvante de l'eau distillée. Il y a quelques années des accidents saturnins (coliques de plomb, etc.) se manifestèrent dans l'équipage d'un vaisseau. On reconnut que le poison était apporté par l'eau, obtenue, à bord par distillation ; or l'alambic n'offrait pas trace du plomb, le serpentin n'en contenait pas ; il n'v avait, eu p'omb, qu'un polit tuyau de quelques centimètres, que l'eau Ir.iv ersnit pour se rendre du serpentin dans le réservoir où ou la conservai I.
EjJtaiafion dus pUiwU's. — Reprenant un siqet déjà traité par de nombreux chimistes, et récemment par noire collaborateur 11. P. -P. Deliéraiu, .M. Uaiihélciny, professeur au lycée de Toulon, étudie, l'évaporatioii à laquelle donnent lieu les plantes. Celte exhalation peut, suivant lui. se faire do trois manières : insensiblement, comme c'est le cas le plus général ; où bien par émission brusque de gaz saturé, qui s'échappe par les stomates, lorsque la plante subit une élévation subite do température ; ou bien enfin par oisudalion, quand le travail d'absorption des racines est plus actif que le travail de fixation du carbone; ce cas a lieu, par exemple, dans l'obscurité.
Tlwrmomètrc moteur. — Voici mie idée originale, mais qui ne parait guère susceptible d'application sérieuse. Autour d'une roue à axe horizontal, il. de Paz dispose, suivant les rayons, une série de thermomètres bien égaux. Cela fait il expose une moitié de la roue au soleil, l'autre étant maintenue à l'ombre. Le tuyau des thermomètres échauffés se dilatant, leur centre de gravité s'éloigne du centre de suspension ; c'est comme s'ils étaient devenus plus lourds ; ils font tourner la roue.
SlAXISI.AS HntiKIEU.
1s Propriétaire-Gérant : G. Tissakdiei,.
nais. — mi', sinon iuçoi et Cour,, tas d'erfluîh, 1.
!i' 25. — 22 NOVEMBHE 1873.