LES ARTS DISPARUS
lin savant anglais, II. YYondell Pbillipps, a récemment démontré dans une conférence fort eurieuse que plusieurs découvertes, réputées modernes, auraient été seulement retrouvées pur nous, après avoir été connues des anciens : nous serions même, dans certains cas, il ( > s imitateurs imparfaits de procédés perdus depuis longtemps.
L'invention du verre, selon Pline, serait due au hasard : des marins, débarqués sur la côte d'Espagne, i ayant allumé nu feu destiné à la cuisson de leurs aliments, avaient formé le fnverde pierres recueillies sur le rivage ; ils auraient vu alors ces pierres couler par l'action de la chaleur, en formant une masse transparente qui se. solidifiait par le refroidissement. Plusieurs savants ont repoussé la tradition de Pline, en soutenant qu'un feu de bois allumé dans de pareilles conditions ne pouvait fournir une température aussi élevée que celle de la fusion du verre. Or le professeur Shepherd raconte que, dans une de ses excursions aux environs do Mexico, il s'était servi, pour faire du feu, d'un bois très-dur semblable à l'ébène : grande fut sa surprise , en voyant de l'argent pur couler des pierres du fover ; il est évident que, dans ce cas, la chaleur obtenue par la combustion du bots dur eût été suffisante pour fondre du verre. Rien n'empêche, dès lors, de supposer que les marins dont parle Pline avaient pu faire usage d'un bois analogue à celui-là ; ainsi disparaîtrait le reproche d'invraisemblance adressé, au récit, de l'auteur latin. On a, d'ailleurs, trouvé à Pompéi, ensevelie depuis dix-huit, siècles sous les cendres du Vésuve, une maison dont la pièce principale contenait une grande quantité d'objets en verre, fondu ou taillé', et infime du verre à vitres:
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on iivait ili 1110 sous les yeux une verrerie du temps des Césars ! Knfiii, en présence des trouvaille-; faites, dans les sarcophages de Tlièhes et de Mempliis, de parures et autres objets eu verre, on ne peut mettre en doute que les Egyptiens connaissaient cette matière dès lapins liante antiquité. 11 semblerait, en nuire, que les Koniainsav; lient rapporté de l'Orient nu procédé que nous ne connaissons pas, pour l'aire un verre malléable, qui, au lieu de se briser par le choc, se bosSLiait comme un métal, cl pouvait être redressé de même ; toutefois, celte matière n'était peut-être que du verre filé par un proi edé analogue à celui que M. Slonnel, de Lille, employait eu IS37, pour fabriquer une étoffa de verre aussi souple que possible.
Les anciens devaient aussi connaître les verres grossissants : en effet , Cicérou raconte avoir vu l'Iliade, entière écrite sur un tissu qui pouvait tenir renfermé dans une coquille de noix; le. cachet d"uue bague qui ligure dans la collection du docteur Abbot, et qu'on suppose avoir appartenu à Chéops, 500 ans avant J.-C, est gravé si liiiement que les traits ne peuvenL être aperçus sans le secours d'une loupe. Il en est de même de l'anneau de Michel-Ange, à l'arme, dont la gravure paraît remonter à plus de 2000 ans.
Malgré les admirables progrès de la chimie moderne, les procédés de fabrication de certaines couleurs employées anciennement semblent avoir été perdus; les temples égyptiens et les murs de Pompéi sont ornés de peintures dont, les teintes sont aussi vives que si elles dataient d'hier ; il est vrai que ces peintures ont été longtemps à l'abri de l'action de l'air et du soleil, mais elles ont résisté à d'autres causes de destruction. Les couleurs que nous employons actuellement pourront-elles, dans un siècle, soutenir la comparaison avec celles de ces beaux missels du moyen âge qui, depuis bCO ans, défient l'action du temps? Ou a imité les vitraux du quinzième siècle, mais on ne les a uf surpassés ni même égalés : les tableaux de Titien et de. Raphaël conservent encore une richesse de tons et un éclat prodigieux, alors que écriâmes peintures modernes s'écaillent et se ternissent dune façon déplorable.
L'industrie des métaux doit , d'après la Bible, avoir eu son origine en Asie ; c'est en eflet de l'Orient, que paraissent être venus depuis eu Europe, avec les Arabes, les secrets de la métallurgie. On connaît la description des merveilles du célèbre palaisd'Elé, résidence de l'empereur de Chine ; quand les Français y pénétrèrent, après la prise de Pékin, ils furent «merveilles à la vue des trésors d'orfèvrerie et de ciselure, restes d'une industrie disparue, que renfermait ce palais. Les lames de Damas des croisés, si renommées pour leur trempe, ne sont nullement rouillées après huit, cents ans ; à l'Exposition de Londres, on en a vu une tellement bien trempée, que la pointe pouvait, sans danger de rupture, être ramenée en contact avec la garde; cette
lame pénétrait facilement, dans un fourreau contourné comme un lire-bouchon. Le voyageur (ieorges Thompson assure avoir vu, à Calcutta, un Indien lancer en l'air une poignée de soie floche et la couper en deux avec sou sabre avant qu'elle fût retombée à terre. Du reste, la fabrication de l'acier dans le Ponjab, province de lllindoiistan, jouitencoro d'une juste célébrité.
Tout porte à croire que les Egyptiens et les Romains disposaient de machines au moins aussi puissantes que les nôtres, et sans lesquelles il leur eût été impossible d'élever leurs gigantesques constructions. Il sut'lit, pour s'en convaincre, de remarquera quelles distances considérables ils transportaient les matériaux de leurs temples, ainsi que des obélisques et des sphinx énormes eu granit : la colonne de Pompée, près d'Alexandrie, porte à son sommet un chapiteau, d'un poids évalué à 1 000 kilogrammes, régulièrement posé sur le fût à 1 7 mètres de hauteur! Il exisle, peut-être, des motifs sérieux de croire, selon l'opinion d'Arago, que les Egjptieuss employaient lavapeur cornme forée motrice : d'après M. Phillips on aurait retrouvé, dans des fouilles, les plans d'un navire, avec tous les détails d'une machine qui ne. pouvait raisonnablement être utilisée qu'au moyen de cet agent. L'ingénieur ISramah reconnaît avoir puisé dans un autre dessin égyptien l'idée de son célèbre et si ingénieux perfectionnement de la presse hydraulique.
Les secrets d'autres arts, d'autres connaissances, de ces époques reculées dont il ne reste que les vestiges, sont peut-être à jamais ensevelis dans les tombeaux de Tlièhes et de IVinive !
P. de Saist-Miciiel.