L'OISEAU MOQUEUR
Cet oiseau est le plus remarquable chanteur du monde des bois en Amérique. 11 est aussi bon musicien que le rossignol de noire Europe, mais il possède en outre le don curieux de contrefaire le chaut des autres oiseaux ; on dirait qu'il les imite en raillant leur allure, d'où lui est venu sou nom. Le moqueur chante avec goût, avec art; il a l'habitude de préluder, eu s'élevant les ailes étendues, puis il retombe la tète, en bas, au point d'où il est parti ; il recommence alternativement ce mouvement, tout en lançant ses notes pures, et c'est ce qui a permis à quelques observateurs de dire qu'il mêlait la danse à ses chants. Quelquefois, lorsqu'il fait entendre des roulements légers, il s'élance dans l'espace et tourbillonne avec grâce, en décrivant une multitude de cercles qui se croisent. Tantôt il accompagne ses cadences brillantes d'un fort battement d'ailes; tantôt, au contraire, il fait entendre ses arpèges en se livrant à des bonds multipliés.
Le plumage de ce rossignol d'Amérique ne répond nullement à son chant; les couleurs en sont ternes,
sans éclat et sans variété. Le dessous du corjis est former dus sourcils, qui donnent à sa physionomie
blanc, les ;nli\s et la queue sont (l'un hrim foncé. Le un aspect bizarre.
moqueur a sur la tête une sorte de couronne blanche, L'oiseau moqueur se rencontre abondamment à la
qui se prolonge au-dessus de ses yeux, comme pour Caroline, à la Jamaïque et à la Nouvello-lispagne.
L'oiseau moqueur
Les censés et les baies de cornouiller sont ses aliments favoris. Il dévore quelquefois des insectes. Ce curieux habitant des bois aime la liberté: la captivité le tue; il est très-rare qu'on ait pu l'élover en
Cil M.
SI. F. JLVL'RY.
(Suite cl fm. — Voy. u. S2.)
C'est sur la proposition de Maury que fut tenue à Bruxelles, en 1843, la conférence maritime à laquelle prirent part l'Angleterre, la France, la Russie, le Portugal, la Belgique, la Hollande, le Danemark,
LA XATtJKl'l.
la Norvège, la Suède et les Efals-Unis. Lu but de cette conférence, présidée par le savant M. Quélelct, directeur de l'Observatoire l'oyn 1 de Belgique, était de se mettre d'acenrd sur un mode uniforme d'observations nautiques et. météorologiques, faites à bord des bâtiments île l'Etat. Maury, représentant des i Etats-Unis, (exposa à rassemblée l'objet de sa mission, et mit en évidence les grands résultats qu'on pouvait espérer d'un svstème d'investigation étendu par les marins sur toute la surface de l'Océan, nonseulement pour le commerce, mais encore pour la science et pour ]')uiniai)il.é.
L'Angleterre, la Hollande et la Russie adoptèrent le système proposé par les Etats-Unis, et leur exemple l'ut peu après suiw jiar la ]dup:irt des gouvernements de l'Europe. Grâce à la lacilifé toujours cruissante des relalions internationales, cette association produisit eu pou d'aimées les meilleurs résultais. Entouré de savants officiers, devenus ses collaborateurs, Maurv publia un grand nombre de cartes nouvelles, qui, ainsi que les anciennes, furent généreusement offertes par le gouvernement des Etats- Unis aux marines étrangères. .Neuf éditions des Instructions nautiques'- (Sailing directions) se succédèrent, contenant, chacune des corrections, des développements, de nouvelles études faites sur les documents recueillis et coordonnés à l'Observatoire de Washington.
[tans l'introduction à sa neuvième- édition, Maury disait : (t Toutes les puisssances maritimes coopèrent à notre œuvre, et. leurs navigateurs, militaires ou marchands, nous apjiortcul le concours de leurs observations. Quelques-unes ont. même clé plus loin et ont organisé rhe/, elles une centralisation indépendante pour le* données recueillies par leurs marins ; ce sont : l'klspagne, le Portugal, la Hollande, l'Angleterre, la France, le Danemark, la Suède et la rVorvégo.
a deux qui ont bien umlu venir en aide a nos recherches peuvent à bon droit s'en féliciter, tant à cause du succès déjà acquis, que jiour les nouveaux collaborateurs qui, sur tous les points du globe, viennent nous aider de leurs conseils ou nous enrichir de leurs observations, n
Nous citerons ici quelques-unes des traversées, abrégées par l'usage des cartes de Maury. Ile Baltimore à l'équatcur, le voyage, qui demandait nue moveiiîie de quarante et. un jours, fut. réduit à vingtquatre jours. La traversée des Etats-Unis en Californie, ([in exigeait [dus de ISl) jours, fut ramenée d'aliurd à 135 jours, et. quelques; clippers sontmème arrivés eu 100 jours. D'Angleterre à Sydney ou ne mettait pas moins de ii2ù joues, et le retour demandait une durée à peu près égale. Maury signala l'avantage qu'il y aurait à faire de ce voyage, une circumnavigation, lit l'ensemble des traversées effec-
A Iusliuctions lifUttiqHt'.s, deslinces à jocoiTipa^uec les caries cul vents cl île cour, mis, par IL F. Maury, rltreclcur de I'Ojj— scevatuire <ïe^Vusliin£ieii, irait ni les par Ed. Vaiiceccliaul, lieutenant de vaisseau. — l'ubliées au Ucpût de la marine.
tuées suivant ces instructions fut bientôt abrégé de près de moitié. On comprend que le bénéfice produit par cette économie de temps s'élevait à un total énorme, même pour la seule marine des Etats- Unis.
En même temps qu'il préparait ses cartes, Maurv rassemblait les matériaux d'un nouvel ouvrage intitulé : Géot/raphie physique et meteoroloijif/iic de. la mer, qui, dès sa publication, fut traduit eu plusieurs langues et, lu partout avec le, plus vif intérêt. Il serait impossible., dans les limites où nous renferme cette brève notice, de donner une idée suffisante de ce lui ouvrage, qui joint, l'exactitude des études scientifiques aiu inspirations les plus; élevée 1 ; de la philosophie naturelle. Aous citerons seulement parmi les principaux sujets traités : la recherche de grandes lois de la circulation atmosphérique; la théorie générale du phénomène des moussons ; le déplacement périodique des zones de calmes et d'alizés; des considérai ions sur l'action des vents envisagés comme agent.-, géologiques ; une étude des climats et du fond de l'Océan; une description du (iulf-Streain et des principaux courants de la mec, etc.
Le succès de ce livre, plein de vues originales, fécondes, répandit la renommée de. Maury dans tout le monde, civilisé. L illustre, auteur du Cosmos, Ilutnbokit, déclara qu'il avait fondé une nouvelle branche de la science : lu tp'Ofjrapkie physique de, lu mer. Les principaux gouvernements de l'Europe, pour récompenser les services rendus à la science, à la navigation et au commerce par ses importantes recherches, le comblèrent d'honneurs; il reçut de tous des litres, des décorations, des médailles, qui i onslalaieul la valeur doses importants travaux.
(l'est vers celle époque que le président des Etats-Unis, M. Tvler, exprima le désir de lui confier la direction du département delà marine. 11 était, d'ailleurs, tenu en telle estime par les diverses administrations de ce département, qu'il put, en maintes occasions, faire écouter de judicieux cou- ; seils et adopter de. sages mesures, qui épargnèrent à son pavs d'inutiles dépenses. Ainsi, par exemple, il fut nu des premiers à prévoir les changements qu'apporterait dans les guerres maritimes l'emploi des i hètinieills à vapeur, des canons raves et des projee- I tiles creux, et il recommandait l'adoption de gros ! canons sur des petits navires. Anciennement la force d'un vaisseau de guerre était proportionnelle au nombre de ses pièces d'artillerie. Maury pensait que, dans les guerres futures, peu de bâtiments porteraient plus de six pièces de gros calibre, et la transformation actuelle des marines de guerre prouve la justesse de ses prévisions.
l.li'.s '1818, Maury avait commencé à réunir dans une série de tableaux les grandes sondes laites par les officiers de la marine des Etats-Unis en diverses régions de l'Océan. L'invention, par le lieutenant l'rookc, d'un ingénieux appareil propre à ramener facilement les échantillons du fond, donna une non-
yclle impulsion à ces recherches. On eut bientôt ae- ([uis lu preuve que 1b lit de l'Océan est formé pur une couche de vase molb' pleine de débris organiques et d'inl'usoires vivants, qui a reçu le nom d'orne. Les sondes finies dans l'Atlantique révélèrent un grand nombre do. fuis intéressants relatifs à la géographie physique de la nier, et amenèrent la découverte du plateau tëh-ijrtiphirpte silué entre Terre-Neuve et l'Irlande, sur lequel a été posé depuis le c'ble transatlantique, suivant les indications de. Maury.
Pendant le cours des travaux qu'il poursuivait ainsi avec une infatigable persévérance, il fut élu membre honoraire des principale." académies et sociétés savantes de l'Europe. Sous son habile direction l'Observatoire dû VYas]jingl.(>n ne cessait de contribuer au progrès des sciences, et prenait rang parmi les institutions losplns renommées du même ordre. In grand ouvrage d'astronomie et d'autres travaux importants v étaient en préparation, lorsque la guerre de !a sécession éclata. Lors de l'élection du président Lincoln, en 1 SCO, Maury, qui se trouvait alors à Londres, avait prévu que cette élection amènerait de graves complications politiques, et il avait écrit de nombreuses lettres à ses amis, dans les différents Etats de lTnion, les conjurant de ne pas céder à des impulsions passionnées et de faire, au contraire, fous leurs efforts pour maintenir la paix. Mais ces sages conseils n'avaient pas été écoidés.
Après s'être prononcé pour le Sud, où était son pays natal, il se démit des fondions qu'il remplissait ii l'Observatoire de YVashinglon, et se rendit, à Ricbuioiiil, dans la Virginie, d'où il passa peu de temps après en Angleterre. Il reçut alors de la franco el.de I iïussie l'invitation de venir continuer, dans la posiLi'ui la plus honorable, les utiles travaux que la guerre le forçait d'interrompre. Mais il dut refuser, en exprimant toute sa reconnaissance pour ces offres hospitalières, et rester au service de sou PP.
Pendant son séjour en Europe, il prépara sur la demande qui lui en avait été faite, et publia à Londres nu ouvrage élémentaire do géographie physique 1 pour le fils du grand-duc Constantin et son cousin Alexis, tous deux alors écoliers, ouvrage qui fut traduit pour servir à renseignement dans les écoles de la Russie. C'est durant îa même période qu'il publia aussi à Londres ses Premières leçons de géo~ (/nullité*, traduites en plusieurs langues, comme la Géoqrapku: physique . Le succès de ces petit s volumes est dû à l'emploi d'une méthode attrayante, autant qu'à la simplicité, à la clarté du style, à la fraîcheur et à l'intérêt des descriptions.
l'in 1803, Maury revint eu Amérique, et accepta la chaire de professeur de géographie physique et d'astronomie qui lui était offerte à l'Institut militaire de
1 Ct'of/i'fipliia physique à L'usage de la jeunesse et des ï*"'«s du monde 'Colleilion lletzeV:.
a 1 ne tiniluetien (te ce dernier ouvrée es! sous presse J-i»3 h collection lletzol.
Lexingtou, dans la Virginie. 11 occupait encore celte chaire, autour de laquelle se pressaient les étudiants pour entendre ses éloquentes leçons, quand la mort est venue le frapper, le i rr février dernier.
11 s'était, tiès-acliveiiient occupé depuis deux ans d'un congrès international où se réuniraient les principaux agriculteurs et les plus éniiiienls météorologistes des diverses contrées du fflobc. Il croyait avec raison qu'une telle assemblée serait pour l'agriculture ce qu'avait été la conférence, de Bruxelles pour la marine, et compléterait l'œuvre alors commencée. Il désirait qu'on pût, organiser un système général de recherches relatives à la prévision du caractère des saisons, aux avertissements lélégraphiqiiosdn temps, et à la statistique des récoltes, organisation dont les résultats augmenteraient bientôt dans une grande proportion le bien-être de la famille humaine.
C'est au retour d'un congrès d'agriculture réuni à Saint-Louis en juin 1RU, et dans lequel il avait prononcé un remarquable, discours 1 . sur la nouvelle conférence internationale dont il mettait en relief les nombreux avantages, que Maury, dont la santé était depuis longtemps affaiblie, sentit, les premières atteintes du mal auquel il devait succomber. Peu de mois après, prévoyant sa fin prochaine, il fit appeler ceux de ses enfants qui étaient loin de. lui, voulant être entouré de tous les siens au moment suprême. Il avait prié le médecin de le prévenir quand tout espoir serait perdu. Ses derniers jours furent consacrés à la prière, et encore au travail. 11 recommandait la prochaine réunion du congrès iiiternatiomial de météorologie et d'agriculture ; il s'occupait de revoir ses petits livres pour les écoles, en encourageant sa femme bien-aimée et ses enfants à la résignation. Lis lettres de son (ils le colonel B. Maurv, de sa fille aînée, sont pleines des plus touchants détails sur le calme allée,! lieux, sur l'élévation d'âme, sur les pieux sentiments qui ne, cessèrent de le soutenir jusqu'au dernier moment.
« Sa mort, comme sa vie. a été un bon exemple, nous écrit un de ses éuihirnls collaborateurs et de ses meilleurs amis, le commandant ,1 an son*. Connue un vieux uu'i'in, enveloppé dans les [dis de son drapeau, il envisageait la mort avec fermeté et soumission. Il savait que sa mission était remplie, et il attendait le mot d'ordre pour retourner vers la source d'où son génie émanait.
« Quelques instants avant sa mort il disait : « Est-ce que mes ancres chassent?.,. Je suis prêt à mettre à la voile !... » Peu après il expirait.
« Son génie poétique lui suggérait de belles idées jusqu'au dernier moment. « Attendez le printemps, « disait-i), pour conduire mes restes vers ma dor- « nière demeure, quand les buissons seront en « fleurs, et prenez la route par Goshen-Gup. Vous « savez que je préférais cette route, et qu'eu passant
1 Nous avuns donné une triuluclion de ce discours dans l'Annuaire Je lu Société inclè,n-i}i>gi,que de France, t. XYII1.
- Capitaine de. vaisseau do la lum'ine royale liolliiadiiise, représentant de la ltullioiile à la conférence île Bruxelles.
« je descendais toujours du voiture pour la faire à « pied, m'enivrer de la beauté du coup d'œil, ol. « cueillir 1rs fleurs sauvages, u
« Je l'ai connu dans le beau temps de sa popularité, j'ai été témoin de ses triomphes ; je l'ai connu dans l'adversité, cl j'ai eu le bonheur de pouvoir lui donner mou appui et mes consolations dans l'exil.
« Toujours il était le même, simple, modeste, naturel, plein de bouté, chrétien, dans la plus belle acception du mot. i>
Les impressions, les souvenirs de ses nombreux amis ne pourraient que confirmer ce juste hommage rendu à la mémoire du savant illustre rpn joignit aux. dons les plus rares de l'imagination, l'infatigable persévérance du génie, les plus solides, les plus aimables qualités de l'homme de bien, et les généreux snuLiiueiils d'un bienl'iiiriir de L'humanité.
El. m M.vwioi.u?.