‹ La Nature 1873Chapitre 42 sur 171 · T,A NATURE · texte numérisé non relu

T,A NATURE

dominent conduire (d'après l'idée qu'on avnit de leur origine) à aucune donnée générale.

Mais, dansées dernières années, l'étude, comprise d'une, manière nouvelle, des pierres extra-terrestres, a démontré l'inexactitude des hypothèses rapportées plus haut, hypothèses dont il semble qu'on eût dû se méfiera cause do leur peu d'accord avec In majestueuse harznoiiie qui règle toute chose.

Cette étude a montré dans ces visiteurs célestes le dernier terme de l'évolution normale dont les astres traversent, les phases successives, exactement comme les êtres animés fournissent les diverses étapes île leur développement. Et, de même que la mort et la décomposition d'un animal n'a rien de fortuit, de même, comme nous le venons plus loin, la résolution d'un astre eu météorites n'a Tien qui contraste avec les grandes lignes, à nous connues jusqu'ici, de l'économie du ciel.

D'un autre côté, par l'étude des météorites, une foule de grands phénomènes présentés par les divers astres se sont trouvés reliés entre eux, et elle a permis d'éhaucher, en attendant que l'on puisse faire davantage, l'histoire de chacun de ces corps célestes. La terre, qui jusqu'ici avait seule donné' prise à l'examen des phases qu'un globe peut traverser, n'est plus qu'un cas particulier dans une nombreuse série, cl sou histoire à elle-même, spécialement en ce qui touche son avenir, s'est subitement éclairée d'une lumière aussi -vive qu'inattendue.

De façon qu'àeùlédc h géologie descriptive, seule connue jusqu'ici, est venue se constituer une. géologie comparée.

Les circonstances qui accompagnent la eh nie des pierres sont remarquablement uniformes. On peut décrire le phénomène d'une manière générale sans avoir de. changement notable à faire à la description pour qu'elle s'applique à chaque cbule prise en particulier. C'est toujours un globe de feu qui traverse rapidement l'atmosphère, éclate avec un grand iracas, et laisse tomber sur le sol un nombre plus ou moins considérable de fragments solides.

Le globe de feu, dont l'arrivée constitue la première, phase du phénomène, est souvent appelé ho- /oie.Dans certains cas, ce météore n'a pas été aperçu, mais ou peut croire que sa présence était simplement dissimulée, soit par l'interposition d'une couche de images, soit par le voisinage du soleil qui en éteignait l'éclat. Dans les conditions favorables, c'est-àdire par du belles nuits, l'éclat des globes de, feu est souvent, remarquable; il n'est pas rare que la lumière de la lune dans sou plein en soit complètement el'faeée. La couleur des bolides est d'ailleurs variable, tantôt rouge, tantôt blanche et tantôt changeante. Leur grosseur apparente, très-w égale pour tous, est parfois supérieure à celle de la lune, et leur hauteur, qu'on a pu mesurer quelquefois, esl comparable à celle qu'on attribue à la couche atmosphérique.

Les hulules suivent une trajectoire très-inelinéc et souvent sensiblement horizontale, avec une vitesse

en disproportion absolue avec toutes celles que nous observons sur la terre. Les 30 à GO kilomètres qu'ils parcourent à la seconde suffisent à montrer qu'ils appartiennent à la grande famille des corps planétaires. On sait que Mars franchit 24 kilomètres par seconde et Mercure AS.

Dans leur marche rapide, les bolides, comme font les locomotives, laissent derrière eux une traînée vaporeuse qui souvent persiste dans l'atmosphère pendant un temps considérable. La gravure ci-jointe montre, d'après un dessin exécuté avec le plus grand soin, l'aspect offert par le bolide qui précéda lachufc cle météorites de Oiienngouck (Indes) , le 27 dé- !' cenibre 1.857, et permet d'apprécier par comparaison avec le village de liasseiti ligure au-dessous, le volume du météore. Ce dessin exécuté par le lieutenant Ayleshurv, témoin du phénomène, a été reproduit par l'illustre de Ilaidinger dans son étude sur la chute de Queungouek.

Après avoir parcouru une trajectoire plus ou moins étendue, le gloire fait explosion et on le voit tout à coup- se diviser en plusieurs éclats qui se précipitent dans diverses directions. Il faut souvent, à cause de la hauteur du bolide, plusieurs minutes pour que le bruit parvienne aux spectateurs ; il est. alors formidable et en généra] il se l'ait entendre sur une très-grande étendue de pays. La chute de. Laigle, citée plus haut, fut précédée d'explosions entendues à 120 kilomètres à la ronde, et celle d'Orgueil (14 mai 1804) fut perçue à plus de oG0 kilomètres. D'ailleurs l'explosion est rarement simple; souvent ou entend deux ou trois détonations, et à leur suite des roulements plus ou moins forts se prolongent plus ou moins longtemps.

C'est après tout cet ensemble de phénomènes lumineux et sonores que des sifflements particuliers annoncent la chute des météorites. Les Chinois, qui connaissent ces sifflements depuis un temps immémorial, les comparent au bruissement des ailes des oies sauvages ou encore à celui d'une étoffe qu'on déchire; le bruit, entendu de loin, d'un obus qui traverse l'air est également très-analogue.

Au moment de leur chute, les météorites sont d'ordinaire beaucoup trop chaudes pourqu'on puisse les toucher avec la main. Mais cette température élevée est tout à fuit localisée à la surface.

L'intérieur est au contraire remarquablement froid. Lors de la chute de Dhurmsalla, dans l'Inde (14 juillet 1800), une pierre ayant été hrisée presque aussitôt après son arrivée à terre, les témoins furent extrêmement surpris du froid intense de ses parties internes. Ce froid est celui qui règne dans l'espace interplanétaire où la pierre s'en est imprégnée.

Le nombre des météorites d'une même chute est extrêmement variable et va d'une seule pierre à plusieurs milliers. On estime que la chute de l'ultnsk, en Pologne (30 janvier 1808), a fourni cent mille pierres, chacune complètement enveloppée de sou écorce noire et par conséquent entière.

Quand les pierres sont ainsi très-nombreuses, il v a intérêt à voir comment elles se distribuent sur le terrain. M. Dauhréo, à l'occasion de la chute d'Orgueil (Tarn-et-Caronne, 14 nmi 18G4), u publié une carte qui montre comment les échantillons recueillis (liaient répartis à la surface du sol. Le bolide se mouvant sensiblement de l'ouest vers l'est, les pierres ont recouvert une sorte d'ellipse dont, le grand axe avait la même orientation. Et tandis que les fragments les plus volumineux sont parvenus à l'extrémité orientale de l'ellipse, les petits sent tombés à l'ouest et les moyens ont pris des positions intermédiaires. De façon que, comme le dit l'auteur, « ce triage a été évidemment produit par l'inégale résistance 'que l'air opposait à ces projectiles selon leur masse, ce qui s'aecurde avec la supposition qu'ils arrivaient suivant la même direction et ti'ès-rapproebés les uns des autres. »

La description des phénomènes de la chute des météorites ne serait pas complète si nous ne disions mi mot de l'impression profonde qu'il laisse dans l'esprit des spectateurs.

Lors de la chute de Saint-Mesmin, Aube (30 mai 1S0G1, le nommé Carré, poseur du chemin de fer, ('jirouva.mii! grande fravonr et fut saisi d'un frisson qui dura quatre minutes et d'un bourdonnement dans les oreilles qui persista près d'une heure.

On a assuré à diverses reprises que les animaux eux-mêmes sont très-vivement affectés avant même que l'explosion se soit, fait entendre.

Biot en cite plusieurs exemples à propos de l'explosion du bolide de Laigle ; dos faits analogues, sinon plus intéressants encore, ont été observés à lïoulogoe-snr-Mer lors du bolide du 20 juin 1866.

Ainsi un témoin assure que « son chien, quelques minutes avant le phénomène, était tourmenté! ; qu'il avait la tète en l'air à la porte du bureau et qu'il tremblait. » C'est en cherchant la causa de ces allures inaccoutumées que ce témoin aperçut dans Se ciel la traînée lumineiisol D'un autre coté, le gardien du fanal d'Al|iseck assure que, peu de temps avant le phénomène, « ses poules, ses canards et ses pigeons étaient rentrés au logis tout aussi précipitamment que s'ils eussent été poursuivis par un chien. »

D'ailleurs, on est. parfaitement autorisé à n'accorder à ce jihéiiomène grandiose qu'une admiration raclée d'appréhension, car plus d'une fois il a été la cause de terribles accidents.

On lit dans le catalogue où M. Ed. Biot a enregistré les météores observés ou Chine, qu'une pierre, tombée, en l'an 61 G de notre ère, fracassa un chariot et tua dix hommes.

Le capitaine hollandais Willrnann rapporte qu'étant eu mer, une boule de i kilogrammes tua deux hommes eu tombant sur le pont de son navire qui voguait à pleines voiles. Le fait se passait à lu fin du dis-septième siècle. Vers la même époque, un franciscain fut tué à Milan par une petite pierre. On raconte qu'eu 1857, un assez grand nombre de bœufs furent tués ou blessés à Macao, au Brésil, par une

pluie de. pierres, et nous pourrions multiplier ces exemples.

D'un autre côté, d'après divers récits, des météorites auraient parfois déterminé des incendies. Ainsi ou trouve dans les Mémoires de l'Académie de Dijon que, clans la nuit du 11 au l'J octobre 1761, une maison lut incendiée par la chute d'une météorite à Chamblau, en Bourgogne. Les comptes rendus de l'Académie des sciences rapportent de même que, le 15 novembre 1855, un brillant météore apjiarut vers neuf heures du soir par un ciel serein dans l'arrondissement de Rellcy (Ain), éclata près du château de Lauzières et incendia une grange couverte de chaume; les remises, les écuries, les récoltes, les bestiaux, tout fut brûlé; ou ajoute qu'une météorite fut trouvée sur le théâtre de l'événement. Cependant il n'est pas certain que la pierre dont il s'agit ait été la cause, de l'incendie. Arago cite, de nombreux témoignages d'après lesquels des incendies auraient été allumés par des météorites; mais il ne paraît pas qu'un seul des faits éuumérés soit incontestablement constaté,, et il semble certain que les météorites, quoique souvent très-chaudes, comme on l'a observé par exemple à Braunau (14 juillet lS-i7), n'ont pas d'ordinaire une température suffisante pour déterminer l'inflammation des corps sur lesquels elles tombent.

. Stamsi.as Meckieh.

— T. a suite pi'rK-luinemeiit. —

nîBLICATIOXS NOUVELLES

La Fruttœ inditstrielfo, p;ir M. Paul Pouik 1 .

Chaque siècle a ses prodiges : tantôt les arts prédominent comme à l'époque de 1a Renaissance,, tantôt, au contraire, les vertus guerrières brillent avec un vif éclat et conduisent à l'héroïsme, comme dans les temps reculés de l'antiquité. Aujourd'hui les véritables merveilles de notre grand siècle résident dans le monde de la science : les chemins de, fer, le télégraphe, la navigation à vapeur, ont déjà changé la face des sociétés, et, par l'extension prodigieuse que le règne de la machine a pu donner à l'industrie, les arts si utiles, si variés au moyen desquels l'homme transforme la matière, ont pris un déve-

loppement exceptîoiinnel. L'usine, la fabrique, voil ce qui nous fait vivre aujourd'hui, ce qui prépare pour nous les vêtements, les matériaux de nos maisous, les substances propres à notre bien-être; voilà la source de notre confort et de notre existence matérielle. Quel intérêt dans l'étude de ces procédés industriels qui assurent les moyens de notre vie sociale, dans la description des établissements où se produisent les matières qui subviennent aux uéces-

* 1 vul. in-8, richement illustré. — Haulictte et Q°, 1H73.

sitt-s de tous les instituts! Cependant une semblable étude est à peine cultivée , les faits dont elle abonde sont presque complètement ignorés. Ou a, depuis longtemps il est vrai, compris l'importance d'initier le publie aux secrets de l'industrie-, et chaque jour de louables tentatives sont laites dans ee sens par des publieistes compétents. Mais on un saui ait trop féliciter ceux qui se vouent ainsi, à la propagation des connaissances utiles; aussi, signalerons-nous à nos lecteurs un savant professeur, M. Paul Poiré, ([nia récemment publié un magnifique ouvrage, cer-

tainement destiné à combler une grande lacune dans les bibliothèques des véritables amis du progrès.

L'auteur aborde tous les chapitres de ee vaste livre de l'industrie moderne. : arts métallurgiques, industries de, l'alimentation, du vêtement, du logement, de l'ameublement sont successivement passés en revue. Au lieu de déflorer ce bel ouvrage en nous bornant à en donner le sommaire, nous préférons eu extraire quelques pages, accompagnées de belles gravures qui les élucident. Voici notamment ce que dit l'auteur en parlant du marteau-pilon, ee gîgantes-

Mnchi

^iiufrtr le velours tl'l Irorht.

que. outil de la métallurgie du fer, marteau formidable, qui frappe avec une violence extraordinaire les énormes masses de fer rougies au feu, employées par nos industries modernes.

(( Ce puissant appareil de percussion, qui est trèsemployé maintenant dans les forges et dans les ateliers de construction, est représenté par la ligure cicontre. 11 se compose d'une masse en fonte dont le poids varie de 5,000 à 5,000 kilogrammes ; il peut glisser entre des colonnes verticales. A sa partie supérieure est adaptée une tige de fer, qui est en même temps la tige du pistou d'une petite machine à vapeur superposée au bâti de l'appareil. Un levier manœuvré par un ouvrier spécial permet de faire entrer la vapeur sous le piston. Par sa force élastique, elle soulève le marteau, et lorsqu'il est arrivé

au haut de sa course, l'ouvrier, agissant une seconde fois sur le levier," met la partie inférieure du cylindre en communication avec l'air extérieur. La vapeur s'échappe au dehors, et le marteau retombe de tout son poids sur l'enclume où l'on place la loupe de fer à cingler. Le marteau-pilon constitue un outil remarquable par sa puissance, par la rapidité de sou action et par la facilité avec laquelle on le gouverne. L'ouvrier qui manœuvre le levier peut, en réglant la sortie de la vapeur, faire descendre le marteau avec la rapidité ou la lenteur nécessaire. Pour donner une idée de la sensibilité de cet appareil, nous dirons qu'il peut boucher, sans la briser, une bouteille de verre posée sur l'enclume. « L'ouvrier cinglenr, placé près du marteau-pilon, saisit avec de fortes pinces la loupe de 1er apportée

iln Jour, l;i met sur l'enclume el t;i retourne mi tous sens, pendant que le. marteau la frappe, à coups redoublés. Le ciuglcur, pour se, garantir des éelaboiissures du laitier incandescent, porte- une véritable armure, ; il est muni de grandes bottes, de brassards de tôle, d'un masque de toile métallique et d'un épais tablier de cuir.

« liicu n'est plus saisissant que l'aspect d'une l'orge importante, ou l'on voit eu circulation les chariots

portant les loupes incandescentes ; )e feu jaillit lie toutes parts; de robustes ouvriers, aux épaules athlétiques, manient avec aisance les masses de 1er qu'ils façonnent peu à peu, sous les coups répétés des marteaux-pilons. »

Dans nue autre partie de son ouvrage, M. Poiré décrit la fabrication des tissus, il nous donne notamment de curieux détails sur la confection du velours.

« Les velours d'L-treeht, dit l'auteur de la France

Mnrtc;m-^ilim li v^p-ur.

industrielle , reçoivent quelquefois un dernier apprêt, qui a pour but de tracer des dessins eu relief à leur surface. C'est ce qu'on appelle gaufrer ou frapper les velours. Cette opération s'exécute à l'aide de deux evlindres, dont l'un est en bois et appuie sur le second qui est creux et en cuivre. Le cylindre de cuivre a été gravé à sa surface, de manière que les dessins que l'on veuf reproduire sur le velours soient en creux, et que les intervalles qui les séparent soient en relief; il est chauffé à l'aide de morceaux de bois que l'on l'ail brûler à son intérieur, et communique! avec une cheminée par un tuyau de poêle. Supposons maintenant que, pendant que les

deux cylindres tournent l'un sur l'autre, on engage entre eux le velours à gaufrer, sa face veloutée étant du côté du cylindre de cuivre ; les saillies de ce cylindre vont pénétrer dans le velours, sans le brûler, et refouleront les houppes du tissu, qui, sous l'uilluencc de la chaleur et de la pression, se coucheront, l'une sur l'antre d'une manière définitive. Quant aax parties creuses, elles laisseront entrer à leur Ultérieur les libres relevées du tissu, qui seront respectées et reproduiront en relief à la surface de l'étoffe les dessins gravés en creux sur le cylindre. .Notre gravure représente une machine où l'on peut gaufrer deux pièces à la fois ; elle est munie de

deux cylindres du bois, appuyant sur le même cylintlro de cuivre par la pression du deux vis convenablement disposées, n

On voit par ces citations quel intérêt spécial oflrc l'ouvrage de M. Poiré, puisqu'il nous initie, aux secrets de toutes les indus! lies modernes. De tels livres sont un bienfait pour !;i jeunesse et pour tous ceux qui veulent s'instruire.

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