‹ La Nature 1873Chapitre 43 sur 171 · DES PHÉNOMÈNES DE LA Y1SÏ0A · texte numérisé non relu

DES PHÉNOMÈNES DE LA Y1SÏ0A

Quelques temps après la mort de Ricard, dont, on a récemment admiré les tableaux à l'exposition de l'Ecole des beaux-arts, un eélèhre savant anglais. M. le [) r Liebreieh, professeur à l'hôpital St-Thomas, a exposé dans une conférence certains aperçus fui t piquants sur le peintre français. Nous croyons intéressant de les reproduire.

Il arrive parfois, dit M. le l) r Liebreieh, que le dessin de l'œil diffère de sa forme sphérique normale ; celle, anomalie se nomme astigmatisme : elle a été minutieusement observée depuis qu'Airy fit cette découverte sur lui-même. Représentez-vous des méridiens tracés fur l'uni comme sur un globe, de façon qu'un des pôles est. placé en avant; alors vous pouvez définir l'astigmatisme, comme une différence dans lu courbure de deux méridiens, qui peuvent parfois demeurer perpendiculaires l'un à l'autre. La conséquence de cet état de choses, est une différence dans le pouvoir de réfraction de l'oeil, dans la direction des deux méridiens; ainsi, il peut arriver que laiéfraction de. l'œil soit normale dans le méridien horizontal, tandis que dans le méridien vertical il y a myopie. De légères différences rie ce genre se rencontrent dans presque tous les yeux, sans qu'on s'en aperçoive ; des degrés d'asliginufismo pi us prononcés qui troublent absolument la vision ne sont, pas rares cependant, et se rencontrent de même chez les peintres. J'ai eu l'occasion d'examiner les veux, de plusieurs artistes distingués, présentant des anomalies semblables; et je prenais un grand intérêt à constater quelle influence cette

défectuosité avait sur leur peinture Les effets se

produisent de diverses manières, selon les sujets que traitent les artistes. L'n exemple rendra mieux nia pensée. Je connais un paysagiste et un portraitiste, atteints du même astigmatisme- : réfraction du méridien vertical en désaccord avec la réfraction du méiidien horizontal ; pour le paysagiste, l'inconvénient est peu sensible, le vague des terrains du premier plan étant assez indifférent...

Mais pour le peintre de ligures, l'astigmatisme avait nu résultat, beaucoup plus grave. La façon excellente dont il ' saisissait le earai tère et l'individualité intellectuelle, l'avait placé dès son début en haute estime à Paris. Ses admirateurs déclaraient même parfaite dans les portraits la ressemblance

1 Ricard.

! matérielle ; quelques personnes cependant pensaient I qu'il avait, avec intention, négligé la ressemblance, eu rendant, d'une manière indistincte et vague, les traits et les contours, fine analvse soigneuse nous a démontré, que cela tenait uniquement à sou état d'astigmatisme. En ces derniers temps, les portraits du peintre ont paru de moins eu moins satisfaisants; ce qui n'était que vague a plis des proportions absoment fausses. Le cou, l'ovale des visages semblent sensiblement allongés et tous les détails altérés de la même, façon. Quelle en est la cause? le phénomène s'est-il aggravé? Non, cela arrive rarement. Mais parvenu à l'âge où la vue normale devient presbyte, le vague s'est ajouté à rallongement défectueux et la mvopie n'ayant pas encore diminué, en reportant les yeux sur sa toile, les lignes horizontales sont distinctes, les objets rapprochés s'allongent horizontalement , et le peintre en réduisant double la faute, Elle devient inévitable puisque l'artiste rend tel qu'il voit.

M. le IV Liebreieh donne d'intéressants détails sur ries expériences faites au moyen de lentilles cylindriques concaves, desquelles ou peut obtenir, artiliciellement avec d'excellents veux, les effets variés rie l'astigmatisme. Ou constate ainsi l'inefficacité des bons conseils donnés à ceux qui sont affligés de cette inlirmité.

« Je ne dirai pas, ajoute non sans malice 11. le I) r Liebreieh, qu'un artiste admet rarement la critique de ses ouvrages, mais que chez lui comme chez nous tous, l'impression perçue par ses propres yeux a une puissance de conviction supérieure aux conseils les plus autorisés. Saken gcht vor Sagan, dit le vieil ada< r e : Le voir va avant le dire. i. N.

CIIROMQLE

Logement jL^riïtiiît îles |»-«>fesseiii's :i I l]\|i«sitiun universelle (le Vienne. — M. Ànloiue Faillie a fondé, à Vienne, un collé^tj de sciences techniques auquel il a donné le. nom île RiuUilphïnum, en l'honneur du eélèhre empereur qui fut te pa terni du grand Kepler.

Non content de cette première libéralité, ce savant vient de prendre une initiative eicess i veinent intelligente. Il s'est arrangé; avec l'adrni riistralie.il de son collège pour pouvoir donner le logement gratis à trois cents piol'esscurs pendant les mois de juillet, d'août et de septembre. Les demandes doivent èlre adressées le plus promptetnent possible à l'administration du Rudolphinum, à Vienne. 11 faut qu'elles soient accompagnées de, l'adresse de l'impétrant, de la désignation de la fonclion qu'il occupe soit dans L'enseignement privé ou dans l'enseignement public, de l'adresse exacte de l'institution où il est employé, de la date, à laquelle il désire arriver à Vienne, et du temps pendant lequel il désire jouir du logement. Nous engageons vivement nos compatriotes qui se trouvent dans le cas de profiler de celte libéralité à se. mettre eu élat de concourir, car lu Rudol/ihiiiuni ne fait aucune différence de nationalité et ne commit qu'un peuple, celui qui forme des savants.

LA NAIT lit;.

L'accroissement de lu ntmulution de Londres. — Londres, » cette province couverte de maisons, » n'a pas sou enceinte aussi bien déterminée que Paris ; elle comprend sous cliJ'fért-iitiis acceptions: lu cite, lus annexes légales, la délimitation postale, celle de l;i police, et. 11 . La surl'aee du «diocèse, de Londres » est tin 100,lo'0 aères ; sa population qui s'Olf.vnil à 2,050,181 habitants en 1871, n'était en 18G1 que de 2,505,822.

Le nombre des habitants a doublé dans les quarante dernières minées ; si cette progression conlimie sans entraves, il y a (oui lieu de croire qu'à la fin du siècle. Ju population alleindia le ebiffi'e de 5 millions et demi, lie calcul permet d'espérer, d'aficès M. liatemari, (ju'en 1961, la métropole, de l'Angleterre contiendra 11,0(1(1,000 d'habifauls. En Kitlt, le capitaine C.raunt estimait la population à 4(10,000. En 1G85, sir William Petly la p^rte à 070,000 ; suivant ses prévisions, le mouvement ascensionnel devait s'arrêter en 1840, après avoir eu son maximum en 1800, époque il laquelle le clulfre aurait dû atteindre 5,550,000. Jlais la mortalité a pris des proposions inattendues, si on la compare:! la surface occupée: en 1020, elle s'augmentait dans la proportion de G pour 100; en 172(1 elle était de 11.5 pour 100, et actuellement elle, s'élève à 14, G pour 1011. L'accroissement est nul dans la Cité proprement dite, au cuaur de Londres, niais dans les zones qui l'entûm'en! , l'augmentation est de 10 à 25 pour 1000 par an.

On compte 40 personnes jiar acre de surface; mais la distribution est si irrégulière dans celte inovenne, que taudis qu'il n'y a dans certains endroits qu'une seule personne par acre, il y en a 500 dans d'autres.

Il semble naturel qu'un peuple ne peut pas avoir une cieissaneo intime, malgré tons les avantages qui favorisent ses évolutions ; elle dépend de circonstances complexes telles que les perturbations dans la condition politique et sociale, l'amoindrissement des mariages, l'émigration, l'aliinulance ou le manque de substances alimentaires, le déplacement de la population. Un résumé, les données iian nies par la statistique et les calculs de probabilité ne peuvent comprendre une foule de circonstances en dehors des prévisions humaines.

(D'après le Ditje&t of Ihe linulhh cannas.)

Me l'intelligence, tics singes. — Le journal anglais Nature eu signale un très-remarquable exemple, d'après un de ses correspondants qui se trouvait près de babar, dans les Indes anglaises, I.'n singe, giièvemenl blessé par le plomb de chasse d'un voyageur, se mit à pousser îles cris perçants, à appeler ses compagnons, qui ne lardèrent pas à accourir, et enlevèrent rapidement leur blessé. Des fails analogues nous ont été rapportés, par un oftii'ier de, nujcine fort ilisllngué, qui avait exécuté un remarquable voyage d'exploration dans le Gabon. Quand 1rs marins, nous disait ce voyageur, chassent les peliïs singes, alertes et vifs, qui pullulent dans les régions que nous parcourions, ils ont à soutenir souvent un véritable combat contre una armée do quadrumanes, qui s'efforcent toujours de sauver leurs blessés et d'enlever leurs morts. Les singes du Gabon accourent eu grand nombre à l'appel de leurs compagnons eu péril, ils les défendent, lancent des pierres et nu'iue des exerèmenls à leurs ennemis humains, qui sont souvent obligés de se replier, et d'abandonner le champ de bataille.

Les tremblements de terre. — 11 ne se passe, pour ainsi dire, pas d'aimée où les feux souterrains ne se

înanifcslent en quelques points do globe, par les épouvantables cataclysmes qui résultent des tremblements de terre, dont lis soûl la cause. Les secousses forinidableséprouvéesily quin/.e jours, à Venise, à Vérune et à Trévisc, seront étudiées et analvsces dans la Xttlure. -Mais nous rappellerons dès à présent que l'Italie est, dans l'histoire, un des théâtres habituels des brusques oscillations du sol produites sous l'action des réactiuus chimiques de l'intérieur de noire planète. Depuis la destruction de Pompe! et d'ilerculauimi, jusqu'à nos jours, bien des points de 1 Italie ont été en proie aux désastres causés par les feux souterrains. 11 n'y a guère plus d'un siècle, en 1785, la surface entière delà Calabre fut bouleversée parmi tremblement de terre formidable. Sur 575 villes ou villages, 520 furent complètement ruinés, anéantis. La ville de Polistena, au milieu de la Calabre, s'effondra subite.iiienl, eu enfouissant la plus grande partie de ses habitants sous ses décombres. Le sol s'entr'ouvrit de toutes parts, en se fissurant çà et là de crevasses qui n'avaient pas moins de 150 mètres de large. Fasse le ciel que de semblables fléaux nous soient inconnus !

La pieuvre française à Itrï^liton. — Arrivée au mois d'avril seulement, époque à laquelle elle fut ramassée, sur sa côte, natale, cette pieuvre est en ce moment un des plus intéressants sujets du célèbre Aquarium. Ce n'est point qu'elle soit d'une, taille comparable à celle de la pieuvre japonaise dont on expose le cadavre dans les environs de Brigbton.

.liais, par un calcul de coquetterie maternel dont on pouvait croire un poulpe incapable, elle a précisément choisi , pour pondre ses œufs , l'angle formé par ia ginee du bac qu'elle habile et le mur rocailleux qui le termine. Les visiteurs et le naturaliste de l'établissement peuvent donc suivre avec une facilité merveilleuse toutes les phases du développement des céphalopodes, phénomène encore inobsené jusqu'à ce jour. Les œufs, de ['orme ovale et d'un diamètre de 5 à 4 millimètres, sont au nombre d'une centaine environ et attachés à nue douzaine de feuilles flexibles, longues d'environ une dizaine de centimètres. T.a pieuvre les surveille avec toute l'activité d une poule couveuse. Elle les enveloppe avec un de ses longs bras et repousse éncrgiquemeoL tous les importuns qui voudraient troubler le développement d'objets si chers. Elle résiste nièine aux agaceries du mâle, jeune poulpe ramassé, au mois de février dernier sur la cote de Coruouailles, et qui semble l'inviter à abandonner ses ccuf's, pour venir se reposer dans une sorte de grotte en coquilles d'huitres ou, depuis qu'ils se sont unis, ils semblent avoir clu domicile.

La pisciculture en chemin de fer. — ï,c gouvernement des Etals-Unis a organisé, sous la direction de M. bivingstoue Stone, une expédition ayant pour but de transporter les poissons des rivières de l'Atlantique dans les eaux californiennes, beaucoup moins bien fournies en es pèces comestibles- La compagnie du Central Pacific Railwaij a mis à la disposition du commissaire des Étatsl.ins, un wagon complet dans lequel se trouve un aquarium garni de zinc et renfermant 40 hectolitres. Le réservoir a été pourvu d'une pompe à air pour l'aération. Le wagon contient encore un réservoir pour l'eau douce de. réserve, el nu réservoir d'eau de mer de dimensions beaucoup moindres.

Uti

LA NATURK.

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