LE TREMBLEMEXT DE TERRE
DE LA SAINT-riEUIiE.
(Suite et fin.— Voy. p. OS.)
Des secousses assez vives pour jeter l'alarme parmi les populations du Val Mareno ont continué à se faire sentir pendant, les premiers jours du mois de juillet. Kilos ont ébranlé la ville de Bellune, dont la cathédrale, qui n'avait été que lézardée, a lini par s'ébouler tout à fait.
La sacristie, qui contenait des archives elles reliquaires de plusieurs saints, u été ensevelie sous les décombres .
A la suite.de cet. événement, les autorités locales ont pris la résolution d'interdire la messe dans les églises, qui toutes ont été [dus ou moins compromises.
Les cérémonies religieuses ont heu sous des tentes, où du reste les habitants se sont réfugiés en nombre considérable.
Les dommages occasionnés par cette grande crise sont évalués à plusieurs millions; ils frappent u\k des populations les plus pauvres de toute l'Italie.
On évalue, en effet au quart, le nombre des habitants qui émigreut chaque année de ces régions pour chercher du travail dans les parties plus riches de leur pays. Bellune fournit un contingent assez important un recrutement du clergé. Le fameux Grégoire XVI, prédécesseur immédiat de Pie IX était né dans cette ville.
Les ruines sont éparpillées dans un grand nombre de villages, de sorte que nous avons dû indiquer par des signes conventionnels, sur la carte ci-contre, les beux qui ont été le plus directement frappés. .Mais tous les noms que nous désignons figuraient indistinctement pour une somme plus ou moins grande sur l'état de répartition des secours qui ne tarderont point à arriver, car le syndic de Bellune a fait un chaleureux appel à la charité, publique et privée,
fa population de la liante Italie est si ignorante et si superstitieuse, que les autorités publiques ont dû se préoccuper surtout du soin de la rassurer; c'est à peine si l'on peut recueillir quelques-uns des faits instructifs qui se sont produits pendant la catastrophe.
Lorsque les géologues, fort nombreux et fort instruits en Italie, auront parcouru le district atteint, ; on pourra dresser un tableau définitif de l'ensemble | du tremblement déterre.
i\ous apprenons par la informa que la Société Vénitienne et Trentième d'histoire naturelle vient de nommer une commission chargée de parcourir toutes les communes de l'Alpa'go où les secousses ont été les plus violentes et les plus répétées.
On peut remarquer toutefois dès aujourd'hui qu'un grand nombre d'accidents sont groupés autour du lac Santa-Croee, dont le niveau s'est élevé de 50 centimètres environ. Comme ce lac, de forme
à peu près triangulaire est long d'environ 5 kilomètres et large presque d'autant à la base, ou peut lui attribuer une surface d'environ \ kilomètres carrés, c'est-à-dire i millions de mètres carrés.
Le poids de l'eau dont le volume du lac s'est augmenté est donc de 120,000 quintaux.
Quel puissant effort mécanique exercé par les gaz intérieurs pour refouler une telle masse !
BiKvtcliczEAatA
Cenlrc du tremblement ds terre du i'J juin (dressé d'après la carte d'éiat-major autrichien).
Il ne paraît pas douteux, que les Alpes ne soient le résultat d'une série innombrable de. tremblements de terre se succédant les mis aux autres à intervalles plus ou moins rapprochés, et dont le résultat final a été de donner au terrain son relief actuel.
Les derniers de ces tremblements de terre ont été
évidemment liés avec l'apparition des roebers volcaniques faisant partie du système des monts Baldo. Ces monts de formation récente, et d'un volume insignifiant par rapporta celui des Alpes, surgissent au milieu des terrains jurassiques et des terres J'ailuviun qui constituent laLombardieet la Yénétic. Si
LA NÀTUnl
l'on prolonge. l'axe du valMareno, on voit qu'il correspond nettement à ce massif si important. Il en est doue ainsi de la d.rection des secousses qui, coinine noire tarit; l'indique, semble également avoir coïncidé avec le Thalweg de la vallée.
Quoi qu'il en soit, il y a déjà bien des siècles que liellune n'a été ravagé pur des tremblements de terre. Il faut remonter jusqu'aux premières années du douzième siècle, pour trouver la trace d'un événement analogue, qui, à cette époque, lecmina la période de qualre ou cinq siècles pendant lesquels les tremblements de terre ont été très-fréquents dans tout le district alpestre. Au douzième siècle. 1 , comme de nos jours, Trévise et i'cltre paraissent avoir été épargnés, car les habitants de ces villes sont, venus au secours de leurs compatriotes, victimes du lléau, avec une générosité que probablement leurs successeurs de 187Ô ne parviendront point à dépasser.
On a découvert, depuis quelques années, dans le val Mareiio, des gisements, actuellement exploités, de liguites. Ces hgnites servent de combustible pour alimenter plusieurs industries locales, ha couleur rouge Subitemeiitprisc par les eaux de la Vena d'Oro indique qu'il y a quelque part, dans les profondeurs de la terre et dans le voisinage de la Vena, des gisements de fer o.xvdé, peut-être exploitables.
II n'y a pas de catastrophes dont la science ne puisse tirer un parti véritablement avantageux. Mais dans des siècles d'ignorance et de superstition, la vue d'une rivière couleur de sang aurait été probablement exploitée par des charlatans éhontés !
Les observations du tremblement de terre ont. été faites à Venise, avec beaucoup de précision, par un correspondant du Times. D'après ce savant, les secousses semblaient se suivre avec une sorte de régularité.
C'est une remarque qui a été faite bien des fois, et que l'on rencontrerait presque toujours dans les récits des observateurs, s'ils n'étaient trop souvent troublés par la crainte qu'ils éprouvent, pour profiter dt! ce qu'ils entendent, de ce qu'ils touchent et de ce qu'ils voient. Avec quel enthousiasme ïi 'étudieraientils pas ces grandes et belles crises s'ils étaient certains d'y échapper !
IVe peut-on, en effet, appliquer à la nature ce qui! le roi de Danemark disait avec tant d'à-propos, d'IIamlet : « Il est fou, je le veux bien, mais il v a une méthode dans sa folie. »
REYliE AGRICOLE
I.E9 CONCOURS RÉGIONAUX. RÉORGANISATION 1)11 CON- SEIL SL'1'KHIEUH DU COMMERCE, DE L'AGRICULTURE ET DE L'INDUSTRIE. LA FENAISON.
L'agriculture est entrée dans la saison de ses travaux les plus importants. De tous cotés ont eu lieu les concours régionaux, les comices agricoles, et malgré les désastres éprouvés par les départements
envahis, nous avons été heureux de constater que le courage et l'énergie n'avaient point abandonné les cultivateurs de. noire malheureux pavs.
Parmi les améliorations qu'on se propose de réaliser dans les concours, nous signalerons la réforme des programmes dans un sens plus spécial à chaque contrée, dans le but d'encourager surtout la culture des végétaux et des animaux de chaque région agricole.
Un autre vœu, Irès-irnportaut c'est que, dans les concours régionaux, l'espèce chevaline soit admise au mèrne litre que les autres espèces d'animaux domestiques, et indépendamment de. l'administration des haras. Si, depuis vingt-cinq ans, les agriculteurs avaient pu agir sur la production du cheval, l'élevage serait aujourd'hui considérablement amélioré, car il est incontestable que les concours régionaux soûl les meilleurs stimulants de la prospérité agricole. Aus-i est-il très-important que l'Assemblée nationale ne supprime pas les allocations qui sont destinées à ces concours.
Puisque, nous sommes dans les questions de réorganisation, nous devons dire (pie le nouveau ministre de l'agriculture et du commerce, M. de la Boiullerie, a inauguré son entrée en fonctions parla réorganisation du conseil supérieur du commerce, de l'agriculture et de l'industrie. Ce conseil, après divers changements, avait été rétabli par les décrets des 1") mars et G mai 187"2. La nouvelle réorganisation augmente le nombre des membres et divise le conseil en trois sections, correspondant aux trois grands intérêts ; commerce-, agriculture et industrie sur lesquels il sera consulté.
Le temps a été presque partout très-favorable à ht fenaison, opération qui parait bien simple et sur laquelle on a beaucoup discuté. 11 parait néanmoins hors de doute, aujourd'hui, que les combinaions alimentaires, résultant de l'opération du fanage, sont, [il us complètes ou mieux conservées dans les foins obtenus par la fermentation concentrée que par le séchage extérieur tel qu'on le pratique. Les inconvénients de celui-ci sont réels. Par le marnais temps, il est, (uTlioile , onéreux et ne donne qu'un fourrage dont les qualités sont plus ou moins détruites, et qui même peut être avarié ; par un soleil trop ardent et sous l'influence d'un air trop desséchant, il favorise la chute des Heurs et des feuilles, et ne fournit plus que des tiges dures et ligneuses, dépouillées de leurs parties les plus riches et les plus alimentaires. Le faneur reste bien [dus maître, de l'opération lorsqu'il procède par fermentation.
Lr, même moyen est applicable au fanage du trèfle, de, fi luzerne ou de la \esee. L'expérience a démontré que ces [liantes, difheiles à dessécher au point voulu par le séchage appliqué au fanage des foins naturels, devenaient friables et cassantes par un temps très-chaud ou très-sec, et perdaient alors le meilleur de leur substance; ce sont ces inconvénients qui ont montré les avantages delà fermentation.
Voici comment on procède : on luisse ni pince, sans y toucher, tes aniliiins, pandaiiL un ou deux jours, puis ou fufiue dus petits tas de cinq à six décimètres dé diamètre suc autant d'élévation. Ou les confectionne avec la précaution de ne pas les serrer. Lorsque le temps est beau, eu deuxuu trois jours on obtient une demi-dessiccation qui permet du former d'autres tas, auxquels nu donne la forme conique et une hauteur de 2 mètres environ. 11 faut avoir soin que ces petits menions aient une forme régulière et pointue, afin que les fortes averses ne les endommagent pas.
La Icnnutitatioii se développe et la dessiccation s'opère sans antre manipulation ; les choses restent en cet état jusqu'à l'enlèvement du champ, si la première opération a été suivie de pluie.
Ou se borne à retourner les petits tas et à les desserrer, aliu que l'air puisse les pénétrer et les faire parvenir à la demi-dessiccation, jugée nécessaire, avant d'en venir à faire les petits menions coniques. (In ne charge la voiture, pour la rentrée, de. ces fourrages, que le soir et le matin; on évite ainsi les heures d'ardeur du soleil et de grande sécheresse de l'air, durant lesquelles les feuilles et les (leurs se brisent si facilement.
II. Ueuzé, de retour de l'Exposition de Vienne, a exposé à la Société centrale d'agriculture le résultat de ses observations agricoles dans les provinces d'\utriche; il a cité les procédés de fanage usités (Luis le Tyrol et la Carinthie, et qui se distinguent par l'eniploï de cavaliers en bois pour former des séchoirs.
Tour notre pays, ce mode ne peut constituer qu'un expédient, qu'un accident; rien n'y est préparé pour l'emplover à point nommé, et la récolte serait probablement fort compromise, avant qu'on fût en mesure de la sauver par ce procédé.
La moisson ne va pas tarder à commencer. On l'anche déjà les escourgeons, et le ministre de la guerre vient d'adresser aux préfets des instructions au sujet du concours prêté par les soldats aux cultivateurs.
Il résulte de ces instructions que pour rendre plus facile et en même temps plus prompte la transmission de demandes des cultivateurs, ces demandes seront approuvées et adressées aux autorités militaires, non par les préfets mais par les sous-préfets, qui ne devront, bien entendu, les appuyer qu'après s'être assurés qu'il y a lécllemeut insuffisance d'ouvriers civils dans les localités.
De plus, l'indemnité à payer par les cultivateurs aux militaires mis à leur disposition, sera désormais fixée d'une manière uniforme pour chacune des dix régions géographiques , entre lesquelles se repartissent, au point de vue agricole, les départements de la France.
Chacun de ces militaires recevra une somme de 1 fr. 23 c. par jour, outre la nourriture telle qu'elle est donnée aux ouvriers civils, travaillant dans les mêmes conditions. Enfin, pour assurer, autant que
possible, le bon ordre et la discipline parmi les sot" dats qui seront employés chez les cultivateurs, l'autorité militaire les fera surveiller, d'une manière spéciale, par la brigade de gendarmerie du canton où ils séjourneront momentanément. Ils seront, à la moindre plainte, renvoyés au corps et y subiront, s'il y a lieu, des punitions proportionnées à la gravité des faits qui leur seront imputés.
Kiwest Menault,
LES PLOISGEOXS
I.a tardive apparition des chaleurs a permis à diverses espèces d'oiseaux migrateurs, propres aux régions arctiques, de prolonger, cette année, leur séjour sous nos latitudes. Parmi ces espèces voyageuses se font surtout remarquer les Plongeons, dont nous donnons ici un dessin.
Ces curieux Palmipèdes font partie du sous-ordre des lîrévipeimes, ou nageurs à ailes courtes; ils se placent, par suite, à côté des genres européens counus sous les noms de Grèbes, de Cuillemots , de Mergules, de Macareux et de Pingouins. Le groupe des lîrévipeimes constitue une sorte de, passage entre Ses Palmipèdes ordinaires et les singuliers Manchots des côtes antarctiques, dont les ailes tout à fait impropres au vol et. n'ayant plus que des vestiges de plumes d'apparence squameuse, sont transformées en véritables palettes natatoires : ces sortes d'uiseaux-poissons, ainsi qu'on les appelle avec raison au point de vue morphologique, représentent le plus haut degré d'adaptation du type Oiseau à la vie aquatique et occupent en réalité, dans la deuxième classe des Vertébrés, une place analogue à celle des Cétacés dans la classe des Mammifères,
Les Plongeons se distinguent des autres Brévipemies par des catactères extérieurs très-nets. La palmature, remarquable par son grand développement, est pleine et entière, au lieu d'être festonnée comme chez les Grèbes; elle est soutenue par trois doigts robustes dont, l'externe est le plus long. Le pouce, ou doigt postérieur, est petit et porte à terre par le bout. Les tarses sont courts, reculés sous l'extrémité de l'abdomen cl déjetés sur les cotés ; leur solidité est. en rapport avec l'énergie delà locomotion; ils sont très-comprimés latéralement et presque tranchants en. avant, afin d'éprouver moins de résistance de la part de l'eau, dans leur mouvement de projection. Le bec, au moins aussi long que le reste de Ja tète, est droit, fort, haut à la base, presque cylindrique, et terminé en pointe conique; ses bords sont rentrants et finement dentelés ; les narines, oUongues, assez larges, sont situées à sa base. L'iris est d'un rouge vif. Les ailes sont de faible longueur, pointues et étroites, avec la deuxième et troisième rémiges plus longues. La queue est trescourte, arrondie.ct composée de vingt pennes roides; elle sert souvent d'appui à l'animal lorsqu'il est à
LA NATUHK.
terre. Le plumage présente un fond hnin ou noir tacheté mi strié de blanc; toutes les parties inférieures du corps sont d'un blanc pur- Le mâle et la femelle se ressemblent, cette dernière est seulement un pou plus petite; les jeunet;, enfin, ont un plumage particulier et ne prennent la livrée des adultes qu'au commencement de la troisième année.
Pendant la nage, les ('longeons s'aident, tout à la fois de leurs ailes et de leurs puissantes pattes palmées; ces dernières, au lieu d'agir d'avant, en arrière, comme chez la plupart des Palmipèdes, se meuvent de côté: et se. croisent en diagonale. Sous l'impulsion de ces quatre avirons, ils fendent l'eau avec une telle rapidité que le. bateau le plus léger monté par les pins vigoureux rameurs, ne peut les gagner de vitesse. La position très-reculée des membres postérieurs favorise le mouvement de bascule que les Plongeons exécutent au moment où ils disparaissent sous les eaux, soit pour guetter ou surprendre leur proie, soit pour se dérober au\ poursuites dit chasseur. Ce sont cle tous les oiseaux aquatiques les plus difficiles à tirer: lorsqu'ils nagent., leur corps est souvent entièrement, submergé et, la tête seule apparaît de temps en temps ; lorsqu'ils plongent, ils le font avec une telle promptitude qu'on ne peut trouver le temps de viser ; le séjour sous l'eau peut se prolonger plusieurs minutes, et s'ils remontent à la surface, c'est pour v glisseravee la rapidité d'une (lèche, et bientôt disparaître de nouveau.
Autant les Plongeons sont agiles dans les eaux, autant ils sont pesants et gauches sur la terre ferme ; la position reculée, des membres inférieurs cesse alors d'être avantageuse. Pour avancer et se soutenu' sur leurs pieds courts et situés à l'arrière de l'abdomen, ils sont obligés de se lenir debout cl le corps dressé presque verticalement, à la manière des Manchots; les cuisses étant très-déjotées sur les côtés , la progression ne peut s'effectuer sans un balancement latéral de tout le corps, analogue à cel ni qui acrompagne la claudication: cette allure embarrassée est surtout frappante chez le Grand-Plongeon et lui a valu le nom de loon ou Boiteux qu'il porte en Laponie. En outre, le centre de gravité étant trèsélevé, l'équilibre ne. peut être maintenu qu'au prix des plus grands efforts ; aussi l'animal préfèret-il souvent se traîner sur le ventre lorsqu'il veut gagner l'eau ou rejoindre son nid. Les Plongeons que l'on rencontre parfois sur le rivage se, montrent pour la plupart tellement indolents, qu'ils restent étendus sur le sol lorsqu'on les approche et se laissent prendre à la main, plutôt que de se déterminer à fuir. Ainsi que l'a fait remarquer M. Hardy, ces oiseaux, sentent si bien leur impuissance, lorsqu'ils sont à sec qu'ils n'approchent des côtes qu'alors que le vent vient de terre et que la mer est fort calme; alors ils aiment à longer le rivage de très-près ; mais que le vent change et vienne du large, on les voit aussitôt prendre leur vol et gagner la haute mer : cet instinct explique pourquoi on ne trouve, jamais de
plongeons parmi les oiseaux de mer surpris par latempête, ou tués par les lames qui battent, les rochers du rivage.
Bien que. pourvus seulement d'ailes courtes et de faible surface, les Plongeons se montrent capables d'un vol encore assez élevé et assez soutenu ; c'est, d'ailleurs en volant, qu'aux époques de leurs migralions, ils traversent, une contrée pour se rendre dans une autre, et. qu'ils se transportent parfois à l'intérieur même, des terres et à une distance plus ou moins considérable des côtes. Lorsqu'ils se meuvent dans l'air, ils poussent généralement de grands cris qui s'entendent de très-loin ; s'ils rencontrent un oiseau de proie, ils s'abattent obliquement avec une. étonnante rapidité et se rendent inaccessibles à leur ennemi en plongeant à plusieurs reprises.
fa nourriture de. ces Palmipèdes consiste principalement en menus poissons qu'ils poursuivent souvent jusqu'au fond de. Peau; ils sont si ardents à cette chasse, qu'il arrive assez fréquemment qu'ils se trouvent pris dans les (ilets des pêcheurs. A défaut de fretin, les Plongeons s'alimentent de frai, de crustacés ou d'insectes aquatiques.
(les oiseaux soûl monogames ; chaque paire niche séparément dans les anfracluosités des cotes désertes ou dans les îlot? solitaires, quelquefois même à de grandes distances de la mer, sur le boni des lacs ou des étangs, l.e nul, plat, composé de courbes herbacées, est, enfoui tarnii les joues et les roseaux; il est toujours placé très-près du rivage afin que la mère n'ait, au sertir de l'eau, que Irès-pou à marcher pour l'atteindre. La ponte s'effectue au mois de juin, et ne produit liahiluelleineut que deux reuls oblongs, à fond brun olive marqué de points et de lâches de teinte plus foncée. Les mères défendent, très-bravement leurs petits et lancent aux agresseurs île violents coups de leur robuste bec en forint' de dague.
Les Plongeons habitent les régions arctiques des deux mondes, et chassent indifféremment dans la mer et dans les eaux douces. Vers le milieu de l'année, on les rencontre en troupes nombreuses sur la plupart des terres boréales, mais lorsque le froid devient un peu vif, ils descendent des glaces de la baie d'Iludson et du détroit de Davis, des grottes de cristal du Groenland, du Spihbo.rget de. la Nouvelle-Zemble, des ci'ites déchirées de la Laponie, ainsi que des récifs des îles Lherrv et de l'Islande jiour se transporter sous des climats plus hospitaliers; ils se dirigent alors vers les fiords méridionaux de. la Scandinavie, vers les 'des Shetland, les îles l'éroé, les rendes, l'Ecosse et les Hébrides. Lorsque l'hiver est très-rigoureux, les Plongeons continuent à émigrer vers le sud, et peuvent ainsi s'avancer jusque sur les côtes de la Manche. 11 n'est pas rare même que le froid les pousse jusque dans l'intérieur des terres: c'est, ainsi que des familles de ces oiseaux voyageurs se rencontrent habituellement on hiver sur les lacs de la Suisse et que plusieurs individus isolés ont pu être capturés dans les lagunes de l'Artois, de la Picardie et
jusque sur les cours d'eau de la Champagne. Les Plongeons qu'on observe ainsi dans nos contrées sotil. constamment des sujets jeunes ou adultes depuis peu, car c'est seulement dans leurs premières aimées que ces Palmipèdes à \ol lourd et pénible possèdent la grande vigueur qui leur est nécessaire pour franchir de larges bras do mer. Dans le courant du printemps, ils quittent les latitudes tempérées pour regagner peu à peu les régions circumpolaire-.
Le genre Plongeon ou Cohimbus de Linné (de xôVjufSo;, plongeur) comprend trois espères dont les caractères ont été parfaitement définis par Mil. Degland et Gerbe dans leur savant ouvrage sur l'oini- Ibologie européenne. Ces espèces, citées par ordre de faille sou! : le f.at-Mariu (Calitmbus nt^ptenlrionalis), le Lumme (('. arcticus) et l'Imbrini ou Grand-Plongeon(C. tjlacùtlix). (Voir la gravure.)
Le Cat-Marin se reconnaît au premier aspect, à la tache d'un roux-marron vif, bordée d'une teint e gris, de souris, qu'il présente sur le devant du cou. Les plumes de ses flancs sont variées de taches longitudinales brunes ; le dessus de son corps est d'un brun noirâtre parsemé de petites taches blanches irrégulières à la partie supérieure du dos et prenant la forme de raies ou de bandes à l'extrémité des seapulaires, c'est-à-dire des plumes insérées sur l'épaule; chez les individus très-vieux, toute la surface du dos et des lianes est d'un brun noirâtre sans taches blanches. Le prolil de la mandibules supérieure est droit, au heu d'être convexe comme chez les deux autres espèces; enfin la taille des adultes est d'environ ()"\ri L !2.
Ce Rlongcon habite les eaux boréales et pins particulièrement les cèles de la Norvvége, des îles Lnlfodeii et de l'Islande ; il est de passage annuel sur les côtes de la Hollande, de la Belgique, de l'Angleterre et de la France ; il se montre également pendant l'hiver sur les rives des lacs de la Suis-scot dans quelques-uns de nos départements du centre ; ait mois de décembre 1831, un jeune Cat-Marin a été tiré dans le département de l'Aube, sur les bords de la Seine.
' Le Lumme a )e devant du cou noir, avec un demicollier varié de blanc au-dessous de la gorge ; les plumes des lianes sont noires, sans taches à l'extrémité ; la taille des adultes est en moyenne de(l m ,l">8, les roufs, un peu plus gros que ceux de l'espèce précédente, ont un grand axe de U m ,u8u àO m ,08ô et un petit axe de 0"',O49 à 0"\Û51.
Le Plongeon Lumme vit habituellement dans la Raie d'IIudson, sur les côtes du Groenland ainsi que dans les golfes du nord de la Sibérie et de la Russie ; mais il se répand dans beaucoup de contrées d'Europe à l'époque de ses migrations. Plusieurs individus ont été. rencontrés à la lin de novembre et dans le courant du mois de décembre, sur la cote de Dunhcrque et jusque sur celle de Dieppe ; «deux autres ont été tirés à la même époque dans les ma rais de Vendin, aux environs de lléthune, à la suite de tempêtes et d'un vent impétueux souillant du nord-ouest depuis quinze jours, Plusieurs voyageurs
assurent que le Cat-Marin était autrefois très-commun au-i Oreades, mais qu'on l'en a fait disparaître par un commerce exagéré de ses œufs.
I.'linbrim ou Grand-Plongeon est d'une taille supérieurs; à celle de l'Oie : c'est pour celte raison que les habitants des Oreades et des Shetland lui donnent le nom d'eiiiberrjûose. Il mesure :a ,7G à 0"',8u depuis le bout du bec jusqu'à l'extrémité do la queue, ses amis ont do ()"\()88 à Û'",0 , ,)1 de longueur sur (.]"', Ojo à m ,0;>8 de largeur. La tète et le cou sont d'un beau noir de velours à reflets verts et bleuâtres; le bec, également d'un noir lustré, est fort et plus long, relativement aux dimensions des autres parties du corps, que chez les deux espèces précédentes, l'n double collier formé de bandes régulières et parallèles alternativement blanches et noues orne le devant du cou et le bas de lu gorge ; au-dessous, une large bande d'un noir lustré, moirée de vert et de violet, va se fondre en arrière avec le manteau. Les plumes des parties supérieures du corps sont du même noir de velours et présentent deux taches ovales à leur extrémité, petites sur le dos et sur les suscaudales, mais grandes sur les seapulaires : ces rangées concentriques de mouchetures, produisent un très-bel effet, surtout au printemps, où les diverses teintes de plumage que nous avons données comme caractéristiques pour les trois espèces de Plongeons, se montrent dans tout leur éclat. Les rémiges et les caudales sont seules dépourvues de taches. De même que chez les deux types précédents, la poitrine et l'abdomen de l'Imbrini sont d'un blanc qui a pu cire, sans exagération, comparé à celui de l'Hermine.
1,'linbnui habite le nord de l'Europe ot de l'Amérique ; il est tiès-aboiidant. en hiver aux Hébrides, eu Ecosse et eu Nonvége ; son apparition eu France est irrégulière et lorsqu'il nous visite, c'est toujours sous son plumage des premiers âges ; ou l'a trouvé en robe de noce sur le lac de Zurich, où les jeunes des trois espèces se donnent souvent rendez-vous dans In saison froide.
Les Plongeons ne sont pas d'un très-grand profit pour l'homme ; leur chair est coriace ot exhale, eu outre une odeur huileuse repoussante ; leurs œufs seuls sont mangeables, et sont même dans plusieurs localités, l'objet d'un commerce assez actif. Les Samoyèdes de bords de l'Obi tannent les peaux du Grand-Plongeon et les préparent de façon à en conserver le duvet; ces peaux, réunies ensuite bords à bords par des coutures, sont dans cet état vendues aux Russes qui les confectionnent à leur tour en toutes sortes de vêtements, à la fois chauds, solides et imperméables. Le poète Reguard, dans son Voyage en Lupouw, raconte que les indigènes de cette contrée couvrent leur tète d'un bonnet fait avec la peau iluLurmue: « Ils le tournent, dit-il, de façon que la lèLe de l'oiseau excède un peu sur le front et que les ailes leur tombent sur les oreilles. » Détruire cet oiseau est aux yeux des l\'on\égiciis une très-grande impiété parce que ses différents cris leur servent de présage pour le beau temps et pour la tempête. Se
LA NATURK.
Ion Othon l'abricius, auteur do la Fauna groenlandica, les naturels de la Laie d'IIudson se couronnent de jd unies de divers Plongeons et mettent à pioiit leur peau pour en faire, comme les Samovèdes, des vêtements d'hiver. K. Yionks: