‹ La Nature 1873Chapitre 67 sur 171 · LE CIEL AU MOIS D'AOUT · texte numérisé non relu

LE CIEL AU MOIS D'AOUT

Lu planète Mercure sera, le 12 août, eu conjonction inférieure avec le Soleil, en d'autres ternies, se trouvent dans le j-oinL de son orbite le plus rapproché de la terre pendant lu révolution qu'elle effectue en ce moment autour de l'astre radieux. C'est dire qu'elle sera absolument invisible, étant déjà si difficile à observer, quand elle n'est pas plongée dans lu lumière solaire. Mercure est bien, lo jour de sa conjonction, de quelques degrés au-dessous du disque du soleil, mais trop rapproché pour qu'une observation soit possible (la latitude héliocentrique australe est de 7 degrés). Mais son mouvement synodique est rapide, et le 50 août il atteindra sou maximum d'élongation occidentale ; se levant alors une heure trois quarts avant le soleil, on pourra si le ciel à ForienL est bien dégagé de vapeurs, le chercher dans le Lion, devançant flégulus de 5 à degrés.

l'ar la même occasion, les amateurs astronomes qui aiment à se lever avant le soleil - — ce n'est pas, pour la saison, un bien grand sacrifice — pourront observer Vénus qui se lève quelques minutes après une heure du matin et qui, pendant ce mois, franchit une ligne allant d'un point situé au nord du quadrilatère d'Orion, presque parallèlement à l'équateur, jusqu'à un point du Petit Chien voisin du Cancer. La belle et blanche planète passe, dans ce parcours, audessus de deux brillantes étoiles, lieteigcuzc à l'angle d'Orion, et Procyon, que sépare l'une de l'autre la large branche de la vote lactée.

Mars, en quadraturele 11 août, continue sou mouvement dans ia iklance et, à la fin du mois, aura pénétré dans l'éventail que forme Animés avec les quatre étoiles du Scorpion, |3, S, ït, y. L'heure de son coucher avance de 40 h. 41 m. du soir à il h. *2o m. environ, du sorte que la planète ne sera pas, pour l'observation, dans 'nue situation très favorable.

Jupiter, toujours dans le Lion, sera à peine visible lo soir, car il se couche de plus en plus lot, à peine une heure après le soleil, le 1" août, cf. quelques minutes seulement après lui, à la fin du mois.

Saturne seul reste à peu près visible toute la nuit, dans la constellation du Sagittaire, mais dans une situation toujours peu favorable, à cause du peu d'élévation de la planète au-dessus de l'horizon , du moins dans nos contrées de la ïoiic tempérée boréale.

LA NATL'UK.

Mais laissons là les planètes, Le véritable intérêt pendant le mois d'août, est ailleurs pour les amateurs d'astronomie, physique. On sait que les nuits qui précèdent et. suivent le 10 août sont, périodiquement, le théâtre d'une apparition d'étoiles filantes inaccoutumée. La terre, à cette époque, se trouve traverser l'essaim de météores auquel ou a donné le nom de l'erséides, parce que c'est dans la constellation de l'erséc qu'est situé le point rodituit de cet essaim. Ce n'est pas que le nombre des météores soit maintenant bien considérable; depuis une vingtaine d'années, il est en décroissance. Mais le phénomène n'a pas pour cela diminué d'intérêt, car il s'agit toujours, tout eu constatant la loi de cette décroissance, de déterminer le point ou les points de convergence des trajectoires lumineuses, de manière à se rendre compte de ses variations déposition, [.es observateurs de ces apparitions sont très-uombreuv aujourd'hui soit à l'étranger, soit en France, ce qui est d'un trand avantage pnnr l'astronomie, puisque les chances d'une observation favorable se multiplient avec le nombre des postes établis dans ce but. Ku 1 800, par exemple, le midi de 1'f-spagup, avait un temps couvert qui n'a permis à M. Areimis, de Cadix, de n'observer que 25 météores ; mais déjà, à Marseille, M. Borelly en enregistrait lit) dans la seule nuit du 10 au 1 I août entre 8 h. 1/3 du soir et 2 h. du malin ; quelques beaux bolides furent en outre remarqués. A l'alermc, M. Tacchmi était encore plus heureux: il notait 472 météores et calculait pour le peint radiant, une ascension droite île 4ô° avec une déclinaison boréale de 57", correspondant à nu point de la constellation de Persée. A libiuu (Italie), M. Kerpierj. observait 470 météores, mais les étoiles filantes y semblaient, distribuées en plusieurs groupes ayant chacun leur point radiant distinct. 11 y avait toutefois accord avec les observations de Païenne, eu ce sens que la position moyenne des points radiants coïncidait toujours avec celle que M. Taccléiu avait calculée. A Yellefri enfin, sur oOO étoiles filantes observées, 401 parurent appartenir à l'essaim des l'erséides, les autres étaient des étoiles sporndiques.

Depuis plusieurs années, grâce à l'initiative de V Association scienl.i fit/ne de France cl de plusieurs astronomes étrangers, une organisation spéciale a été instituée pour l'observation régulière des essaims météoriques, et particulièrement pour ceux du 10 août et du milieu de novembre. Des cartes célestes sont distribuées aux divers groupes d'olservateurs ; ces cartes ne sont autre chose que les projections de la pa;tie du ciel visible à ces époques sur l'horizon, et c'est là qu'on trace pendant la durée même des observations les trajectoires des météores, eu notant autant que possible le point de départ et le point d'évanouissement de chacun d'eux, en y joignant l'heure de l'apparition. Les chronomètres des diverses stations sont réglés télégraphiquemcnt, de sorte que toutes les observations se trouvent comparables. On peut ainsi réunir et discuter une série de documents, qui, d'année en année, se trouvent destinés à fournir

tous les éléments de l'interprétation du phénomène: la position des points radiants, la vitesse de translation des météores, la hauteur au-dessus de l'horizon terrestre de ceux qui ont été observés simultanément en des stations suffisamment éloignées, leur couleur, etc. Nos lecteurs savent sans doute qu'un astronome italien, 11. Sehiaparelli, a proposé mie théorie très-ingénieuse de la périodicité des essaims météoriques, qu'il assimile à des courants de. matière nébuleuse analogue à celle qui constitue les comètes. Il y a plus ; la discussion des éléments de plusieurs essaims a démontré à peu près l'identité de plusieurs d'entre eux avec certaines comètes observées. Ainsi, l'essaim des l'erséides ne serait qu'un fragment île la comète de 1802, tandis que, les météores de novembre, les Léomdas, ainsi nommés de leurpoint radiant qui est un point de la constellation du Lion, paraissent, devoir être identifiés avec une comète que M. Ternpel a découverte en 1800, et dont la pério. le de révolution est d'environ Ti7i années. L'assimilation est d'autant mieux fondée que les comètes en question et les essaims ont, à fort peu de chose, prés, les mêmes éléments astronomiques : excentricité de l'orbite, inclinaison, sens du mouvement, position du uii'iid et du périhélie, grand axe, tout se ressemble dans les orbites respectives.

Il v a donc là une question d'un haut intérêt pour l'astronomie physique. Aussi convions-nous tous ceux qui s'intéressent, à cette belle science à contribuer, par leurs observations personnelles, à l'avancement de cette brandie spéciale dont la culturene nécessite point la possession d'instruments eoùleux on d'une installation difficile. Une carte du ciel pour la latitude du lieu et la nuit de l'observation, la connaissance des principales constellations et des étoiles des trois premières grandeurs, de manière à reconnaître aisément, dans le ciel et sur la carte, les points d'où partout et où aboutissent, les étoiles filantes observées ; une montre bien rég ée, marquant si c'est possible les secondes, un carnet pour noter les circonstances particulières désappariions: avec ce simple attirail et ces dispositions préliminaires, un observateur pourra toujours faire une besogne utile. .Mais cette besogne sera meilleure et [dus complète, si en chaque station les observateurs se réunissent par groupes se partageant les diverses régions du ciel, de manière à n'avoir à examiner qu'un quart, un cinquième, un sixième de l'horizon. Ceux qui voudraient avoir des instructions plus précises les trouveront dans les Bulle' ius de V Association scientifique. Le. numéro du 28 août 1870 couteuit une note très-ét-iulue de M. (millier (de Metz), où ce savant, donne les explications de Tirage des projections giiomoniquespour la solution de divers problèmes, la recherche du point radiant, l'altitude des météores, etc. iNous y renvoyons nos lecteurs.

AiinnéE Ggh.lejiix.

Le Propriclairc-Cèrant : G. Tjssamiiiuu

l'Allé. — IMI 1 . S1MUX I1A U.S ET COHl 1 ., I1LI1 ll'hlIFLliTn, 1.

Page 1