‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 101 sur 229 · DÉCOUVERTES RÉCENTES DU D T S CIIL I EM ANS · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTES RÉCENTES DU D T S CIIL I EM ANS

Notre siècle est un siècle éminemment investigateur et plus que tout autre entraîné vers les études archéologiques par une inquiète et liévreuse ardeur. Sourd aux accents d'une littérature énervée et mourante, entouré de ruines morales qui, chaque jour, s'amoncèlent, peu satisfait du présent, il s'élance vers le passé, pour y chercher d'autres ruines, qui lui rappellent les plus anciennes origines de l'homme et de ses races, les ébauches primitives dues à son génie artistique et industriel, les commencements encore si obscurs de son histoire, et même les temps préhistoriques.

Les savants travaux de M. Layard, sur Ninive et Khorsabad, les fouilles si fructueuses de M. Mariette en Egypte, celle de MM. Squier et Dairs, dans les Mounds ou Tumuli des bords de l'Ohivet et du Mississipi, les découvertes si précieuses pour la paléontologie humaine, dues à la courageuse persévérance de Boucher de Perth.es et à l'ingénieuse sagacité d'Ed. Lartet, de sir Charles Lyell, de John Lubbock, de Wilson, de Tylov, etc., etc.; tout cela n'indicmc-t-il pas un mouvement très-prononcé vers les études qui ont pour objet les vestiges que l'homme a laissés sur la terre ou dans ses profondeurs depuis les temps les plus lointains?

Au nombre des plus récents travaux d'archéologie qui ont vivement frappé l'attention publique, nous pouvons inscrire, à bon droit, l'important et splendide ouvrage que le docteur Ileinrich Schliemann vient de faire paraître à Leipzig, sous le titre attractif de Trojanische AUerthûmer {Antiquités trotjennes).

Un poêle avait dit, en parlant de la ville antique;, dont un autre poète a chanté les mal li cuis en vers immortels :

ttiujn péri lire ruina;, (LucAlM.)

AU

El voilà que M. Sciiîiemaim et la noble compagne de sa vie et de ses travaux viennent donner un démenti formel à Lucain.

Et voilà que tous deux découvrent avec joie, Le faible Simoïs et les champs où tut Troie.

Et campos ubi Troja fuit.

D'autres, il est vrai, croyaient les avoir découverts depuis longtemps. Vers la fin du sièeletlernier (4 788), un voyageur français, Le Chevalier, prétendit même avoir prouvé que Virgile s'était trompé en plaçant, avec toute l'antiquité grecque, la ville de Troie et sa

citadelle sur les hauteurs désignées par Homère, c'est-à-dire sur la colline même qui porte aujourd'hui le nom de Hissarlik 1 .

Selon lui, la cité homérique aurait été bâtie sur l'emplacement occupé par le "village actuel de Boitnar-Bachi ; la citadelle de Pcrgame était assise, au contraire, sur mie des collines rocheuses qu'entoure le Scamandre, et au sommet desquelles on aperçoit trois tertres coniques, rangés en ligne, que Le Chevalier considère comme étant les tombeaux des héros troyens. Quant aux sources qui coulent au pied de la colline, elles étaient, d'après l'auteur du Voyage

Plan de Troie à l'époque do Pnam. A. Tour d'iiium. — fi. Maison à deux étapes antérieure à la prise de Troie. — C. Constiuctions troyennes et constructions postérieures superposées. — D. Maisons troyennes. — E. Grande» cruches en terre cuite. — F. Aulel des r-acrifices de la Minerve troyenne avec rigole pour l'écoulement <lu sang. — G Restes de maisons troyennes. — II. Endroit où l'on a retrouvé le trésor de Priant. — K R(>>tes du palais de Priam. — M. Portes Scées. — N. Mur antérieur à Troie. — 0. Biaisons troyennes et murs postérieurs superposés. — P. Mur de fortification antérieur à Troie. — B. Mur de soutènement anléricur à Troie. — S. Restes du mur d'enceinte de Troie.

en Troade, celles où les jeunes Troyennes allaient laver leurs vêtements.

Bien que basé sur des données topographiques trèssujettes à controverse et sur des textes faussement interprétés, l'ouvrage publié en 1788, par Le Chevalier, eut un très-grand succès (trois éditions de 1788 à 1802), et son opinion, toute erronée qu'elle étL.t, acquit, pour ainsi dire, force de loi.

Tout récemment encore (en 1871), cette opinion a trouvé un défenseur malheureux dans M. Cari Curtius, de Berlin, et cela au moment même où les fouilles de sir John Lubboek, du consul Halm, et

j surtout celles de M. il. Schliemann mettaient hors de cause Bounar-Bachi, et apportaient les preuves les

' plus convaincantes en faveur de Hissarlik 2 .

| En effet, ces fouilles ont démontré jusqu'à l'évidence que ni les prétendus tombeaux troyens, indiqués par Le Chevalier, ni l'emplacement de Bcuiiar-

1 Pour bien connaître la topographie de la Troade, on peut consulter avec fruit le préambule de la savante étude aur le sujet qui nous occupe, inséré, par M. Emile Burnouf, dans la Revue des Deux-Mondes, du I e ' janvier 187 i.

* Nous ne parlons pis de l'opinion, aujourd'hui complètement abandonnée, qui plaçait sur la colline de Chiblak ou i'Àtchi Hicnui le site de 1 antique Mon.

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