LE DICTIONNAIRE DE CHIMIE
DE M. AD. WUllTZ.
Ce livre considérable, qu'il n'est plus nécessaire de recommander aujourd'hui se continue de jour en
jour. La librairie llacbctle vient d'en publier un nouveau fascicule ; il termine le troisième volume d'une œuvre qui formera le tableau complet de la chimie moderne. — Nous empruntons aux parties récemment publiées de ce grand dictionnaire la description de quelques appareils nouveaux et intéressants, qui ont attiré dans ces derniers temps l'attention des chimistes.
MM. Girard et de La ire, qui figurent au nombre dos collaborateurs de M. Wurtz, passent en revue la nouvelle industrie du Phénol, dont la production récente est devenue si importante; ils en montrent l'extraction, du goudron de bouille, et parlent d'un appareil remarquable qui permet de séparer le phénol de ses homologues supérieurs, avec lesquels il se trouve mélangé. Cet appareil sert encore à séparer l'aniline et la toluidine. Il se compose d'une grande cornue G d'une contenance de un mètre cube envi-
Fig. 1. — Appareil de distillation du phénol.
roil (fig. 1); la tubulure supérieure a, communique avec le serpentin en plomb K, placé dans une bâche I, portant un thermomètre. Cette bâche peut contenir de l'huile ou du phénol pur; dans ce cas, elle communique elle-même avec un serpentin réfrigérant IV, et le phénol distillé est recueilli après chaque opération dans la bâche.
« L'appareil, disent MM. Girard et de Laire, est chargé avec le mélange de phénol et de ses homologues; la bâche est remplie de phénol pur. On commence par chauffer d'abord la cornue ; les phénols entrent en éhullition, passent par les tubulures dans le serpentin horizontal, se condensent et retombent en totalité dans la cornue, et cela jusqu'à ce que la température de la bâche ait atteint celle de l'ébullition du phénol. On facilite et on abrège cette opération en chauffant directement la bâche par le second foyer vers le point d'ébullitiou du phénol, mais on arrête le feu avant que l'on ait atteint cette tempé-
rature. II passe une petite quantité de carbures que l'on condense. Le thermomètre de la bâche continue ù monter et à indiquer bientôt un point fixe, le phénol seul alors passe à l'ébullition. Aussitôt que le thermomètre de la bâche monte, il faut clringcr de vases sous les serpentins condensateurs, le thermomètre continue à monter et indique bientôt un nouveau point fixe ; on a atteint la température du cresylol ; on change de vase et recueille ce dernier. Le phénol contenu dans la bâche passe alors en grande quantité à la distillation. C'est pourquoi il est souvent plus avantageux de se servir d'huile ou de p trafine ; dans ce cas, on l'ait communi|uer la bàclie par un tuyau avec la cheminée afin d'enlever les vapeu-s. Cet appareil permet de séparer très-facile- | meut le mélange de phénol et de cresylol. »
Depuis 185 G les emplois thérapeutiques du phénol se sont multipliés et généralisés, de telle sorte que sa consommation est devenue considérable et que sa
production nécessite, comme on le voit, de véritables appareils industriels.
Un autre appareil très-curieux se trouve décrit dans l'excellent article Phosphore écrit par M. E. Kopp ; c'est celui qu'a imaginé M. Mitsclierlich pour rechercher le phosphore dans les cas d'empoisonnement. La présence du phosphore libre dans les matières suspectes se reconnaît quelquefois à son odeur, mais ce caractère ne peut suffire dans aucun cas, et | il faut isoler le phosphore lui-même. Le procédé basé sur la solubilité de ce corps dans le sulfure de carbone est très-défectueux. Il a été remplacé avantageusement par la méthode de Mitsclierlich, fondée sur la propriété que possède le phosphore de luire
dans l'obscurité, et de passer à la distillation avec l'eau.
On délaye les matières suspectes dans de l'eau distillée, de manière à former une bouillie claire que l'on introduit dans un ballon A (fig. 2) communiquant avec un tube b de ,n ,01 environ de diamètre disposé dans un réfrigérant vertical C dans lequel on fait circuler un courant d'eau froide.
On porte le liquide du ballon à l'ébullition de manière à entraîner le phosphore en vapeurs. On voit alors, si l'on opère dans l'obscurité, des lueurs phosphorescentes apparaître dans le tube b au-dessus du niveau de l'eau du réfrigérant; ces lueurs voltigent dans le tube. En même temps l'eau se con-
Fig. 2. — Appareil de Milscheilich pour la recherche du phosphore dans les cas d'empoisonnement.
dense et s'écoule dans le flacon E avec le phosphore volatilisé; cette eau luit quand on l'agite dans l'obscurité et l'on pourra y retrouver de petits grains de phosphore. Elle possède eu outre la propriété de noircir certaines solutions métalliques, notamment
l'azotate d'argent.