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LA FÉTIDITÉ DE L'EAU DE LA SEINE

Les chaleurs de cet été ont mis en évidence l'accroissement de l'infection de la Seine, transformée maitenanten un vaste égout. Prise en amont de Paris, àCharenton, l'eau est limpide et verte ; dans l'intérieur de Paris, elle est louche, mais encore assez propre depuis que l'égout collecteur enlève toutes les eaux vannes. Depuis Asnières, où débouche cet égout, son

odeur est nauséabonde et sa couleur est celle du purin. Paris a été débarrassé du méphitisme, mais tous les centres de population situés en aval sont soumis à tous les dangers d'émanation et surtout d'absorption. La population qui boit une eau impure est dans dus conditions de mortalité plus nombreuses que celle qui jouit de l'avantage d'une eau limpide. Le conseil d'hygiène de Seine-et-Oise insistait déjà l'année passée pour que le problème de l'assainissement de la Seine fût étudié de nouveau, car maintenant l'expérience est assez défavorable pour les riverains; plus tard le danger pourra dépasser les prévisions. Versailles a aussi réclamé; l'eau qui lui est fournie par la machine de Marly est empoisonnée, et c'est la seule dont la ville peut disposer.

Quand celte eau est échauffée pendant toute une journée par l'ardent soleil de juillet, elle exhale des

miasmes dangereux ; le débit de la Seine étant considérablement ralenti, elle est presque slagnante. Les barrages en «ival de Paris ont contribué à l'amélioration de la navigation, mais ils ralentissent le courant, qui emportait plus rapidement les eaux "vannes.

Il se forme perpétuellement au débouché de l'égout collecteur des bancs de vase infects, provenant de toutes les matières lourdes. Il s'en dégage des gaz en telle abondance que l'eau est toujours couverte d'une couche de bulles. Comme il n'existe d'autres remèdes à la formation de ces accumulations, que de les enlever à la drague, on y pourvoit surtout dans la saison des eaux basses. Les produits du dragage sont conduits dans la basse Seine, aux environs de Saint-Denis, d'Kjûnay et d'Argenteuil, où on les dépose le long des berges, déjà si vaseuses, de toutes ces localités. Eu agissant ainsi, on enlève lis boues pestilentielles «lu collecteur, pour les reporter plus loin ; le travail se fait à main d'homme, au lieu d'être fait par l'action du courant. Il n'y a qu'un éloignement au profit d'une localité, créé au préjudice d'une autre. On constitue de plus des amas de vase tels, qu'ils deviennent dangereux pour celui qui s'y enfoncerait.

Le débit de la Seine va toujours en décroissant; le déboisement de son bassin en est en partie la principale cause ; elle roule à l'étiage h\ mètres par seconde ; 250 mètres aux eaux moyennes et 1,400 dans les grandes crues. Celte année la sécheresse amoindrit encore le volume des eaux normales de l'étiage; au mois de juillet on ressent déjà ces effets pernicieux; ils seront encore plus sensibles au mois d'août et de septembre ; car ce n'est souvent qu'à la fin d'octobre ou au mois de novembre que les grandes pluies d'automne viennent augmenter le courant d'une manière sensible.

Dans un temps donné, le danger, venu lentement, pourra se manifester plus loin que les prévisions ou l'incurie n'auraient pu le laisser supposer. Les réclamations des villes échelonnées surtout le parcours de la basse Seine sont de plus en plus pressantes. Comment obvier, dans la pratique, à cet inconvénient qui met la vie des populations en danger? Les poissons meurent ; les rives sont couvertes de poissons asphyxiés.

Le conseil d'hygiène de Soitie-et-Oise proposait un système d'aqueduc latéral à la rivière. On pourrait en effet creuser sous le chemin dehalage qui occupe la rive droite, une conduite recevant les eaux à leur sortie du collecteur d'Asnières, pour les amener jusqu'à l'endroit où se fait sentir la marée, même au delà de Rouen. On n'aurait ainsi aucune expropriation à faire et peu de travaux d'art à exécuter. Les 120,000 tonnes de dépôt annuel versées dans la Seine pourraient être recueillies en partie sur le passage, dans des bassins de décantation, espacés sur le parcours de l'aqueduc. Le résidu qu'on en obtiendrait trouverait un emploi assuré pour l'agriculture des pays riverains. Le surplus des matières serait entraîné jusqu'au point où le flux et le reflux assureraient, en

toute saison, un lavage dont l'innocuité serait complète.

Le champ d'expérience de Gennevilliers absorbe déjà une minime portion du collecteur. Les eaux remontées et refoulées par une machine à vapeur, y subissent deux traitements différents : le premier consiste à irriguer les terrains propres à la culture avec les eaux vannes, telles qu'elles sortent de l'égout et à les répandre le plus abondamment possible, pour qu'elles agissent directement comme engrais, sans nécessiter les frais de réaction et d'épuration. Le second a pour but de débarrasser les eaux surabondantes des matières fertilisantes qu'elles renferment ; on y parvient chimiquement en se servant de suliaic d'alumine, qui précipite au fond des bassins de- défécation un dépôt qu'ensuite on fait sécher, avant de le livrer comme engrais.

L'évacuation des eaux des égouls est un problème qui se présente à toutes les municipalités des grands centres de population. Ce fait était encore plus frappant à Londres qu'à Paris; là, les fosses d'aisances étaient inconnues, toutes les immondices étaient reçues dans les égouls, où des chasses d'eau entraînaient tout dans la Tamise; au fur et à mesure de l'accroissement de la population, l'infection faisait de rapides progrès malgré les alternatives de la marée, qui pénètre au milieu de la ville. En 1854 une enquête, faite avec soin, constata qui 2,28 i décès cholériques étaient arrivés dans les quartiers alimentés par l'eau impure de la Tamise, tandis que dans ceux qui recevaient de l'eau pure et filtrée de \\Lamhtlk company, la mortalité avait été insignifiante.

Depuis cotte époque on a réuni les eaux dans des collecteurs qui les conduisent jusqu'à Crosness, en aval de Londres, où elles se déversent dans de vastes bassins de décantation. De puissantes pompes à vapeur les rejettent à l'embouchure de la Tamise, à un endroit où les courants de marée les emportent deux fois par jour. Ces grands travaux de canalisation souterraine avaient à triompher d'un obstacle insurmontable: le manque de pente pour l'écoulement. On y a remédié en établissant des machines élévatoires. Pareille objection n'existe pas pour la Seine.

J. Girard — »$«—

CHRONIQUE

Une excursion aérostatique a New-York. —

Le goût des excursions aériennes tend à se développer. Le New -York-Herald, la Tribune et le Graphie ont envoyé chacun un reporter dans une excursion exécutée le 2-4 juillet dernier par le professeur Donaldson. Cette excursion a offert des incidents qui méritent d'être signalés. M. Donaldson, qui a eu le bon esprit de renoncer à son grand voyage transatlantique pour s'exercer à des excursions terrestres, a effectué une ascension le 24 juillet dernier à l'hippodrome de New-York. Le départ a eu lieu un peu avant quatre heures. Le ballon, fort chargé de lest, comme il convient lorsque l'on veut faire feu qui dure, ne s'est élevé qu'à une hauteur de 800 mètres. A.

(i heures et demie, les vovageurs aériens louchaient terre une première fois, à 25 milles, dans le comté de Muncg, :i près avoir joui de la vue de lu mer dont ils s'éloignaient d'une façon toute rassurante. Après être restés environ 40 minutes à terre, les voyageurs aériens se sont élevés de nouveau, toujours poussés par un vent qui les éloignait du rivage cl les dirigeait vers une chaîne de montagnes, derrière laquelle le soleil venait de disparaître. Avant de s'engager dans celle région, les voyageurs aériens ont pris terre une seconde fois près de la maison de campagne de miss Charlotte Thompson, actrice très-populaire à New- York, à laquelle ils ont offert galamment une place dans la nacelle. Cette dame ayant accepté avec un courageux empressement, le ballon s'est enlevé une troisième fois et est resté en l'air jusqu'à o h. 20 m. du matin, c'est-à-dire pendant près de neuf heures. Le lendemain malin, les voyageurs se trouvaient sur le territoire de German- Town, à une dislance de 4 milles de la ville d'IIudson, et de 130 milles de la ville de New-York.

Jusqu'à 11 heures et demie du soir, les voyageurs avaient eu la clarté de la lune pour les guider, mais il n'en avait pas été de même depuis le coucher de cet astre jusqu'au commencement de l'aurore. Le ballon ayant perdu du gaz pendant la nuit et la descente à German- Town, il a été nécessaire de laisser à terre deux des passagers; le représentant du Herald et celui du World sont donc repartis pour New-York, après avoir assisté à une quatrième ascension du ballon, portant le professeur Donaldson et ses compagnons de voyage. L'n télégramme inséré dans le Neiv-York-Times nous apprend que la descente définitive a eu lieu à Saratog;i, à 6 h. du soir, près de la ville de Greenfield, 5 milles plus au nord que Saraloga et dont la distance de New-York ne dépasse pas 400 kilomètres. En quittant terre pour la dernière fois, le ballon a décrit un grand cercle autour de la ville d'IIudson, et a été violemment précipité sur la chaîne des monts Caskhilles, où il a manqué de faire naufrage. Des tètes de pins, transformés enécueils, ont failli arrêter violemment les voyageurs, qui, dans presque tonte la durée de leur excursion, paraissent être restés à petite distance de terre.

I.e « Faraday. » — Nous avons déjà parlé du Faraday, construit par MM. Siemens, de Londres, à Newcastle- Upon-Tyne, et destiné à immerger les câbles transatlantiques. Nous compléterons ce qui a été dit précédemment en décrivant ce nouveau poseur de câbles. Le navire a 120 mètres de long, 16 mètres de large et 12 de profondeur. Le tonnage de déplacement est de 5,000 tonneaux, mais il peut porler 6,000 de poids mort. La principale particularité consiste dans ses trois réservoirs à câbles, construits en tôle et faisant corps avec la coque, au uioven de parties cintrées. Ce navire est à double fond. L'espace situé en dessous des réservoirs est aménagé de telle sorte que l'on peut emmagasiner, comme lest, une quantité d'eau égale au déplacement qui résulte du câble immergé. L'entrée et la sortie de l'eau sont réglées par un système de vannes, dont le contrôle peut se faire dans le local même des mécaniciens. Extérieurement, ce navire diffère de tous les autres en ce que l'avant et l'arrière sont semblables; il existe un gouvernail à chaque extrémité pour permettre des manœuvres suivant les exigences de l'immersion. Les hélices sont extérieurement protégées par une giderie, ayant pour but d'éloigner le câble ou tout cordage qui pourrait s'y engager. Le choix de deux hélices a été molivé par le besoin où l'on se trouve quelquefois d'évoluer rapidement; chacune d'elles est mise en mou-

vement par une machine indépendante. La timonerie, placée au milieu du navire, se manœuvre à la vapeur; les cabestans ont aussi pareil moteur.

l,c catalogue de la Bibliothèque nationale. —

M. Taschereau a publié dans le Journal officiel un compte rendu de l'état de l'impression du catalogue de la bibliothèque: il comprendra 11 volumes pour l'Histoire de France, 3 volumes pour les sciences médicales. Les autres matières déjà cataloguées sont ; Histoire d'Angleterre, 13 volumes; Théologie, 30 volumes in-folio; ces derniers volumes ne seront que plus tard autographiés. Ces sections comprennent plus de 700,000 volumes. Le fonds se compose d'environ deux millions de livres. Le nombre des lecteurs à la bibliothèque est d'environ 4,000 par mois et le nombre des volumes communiqués d'environ 6,000 dont un quart pour les matières scientifiques et un centième pour la théologie. Le système méthodique a prévalu en France, mais le système alphabétique est le seul en usa;;e de l'autre côté du détroit. Le public peut avoir à sa disposition 2,000 volumes de cartes reliées, représentai le fonds entier qui possède plus d'un million de numéros.

I.a plu» grande des locomotives. — Le Scicntific American du 18 juillet nous apprend que la plus grande locomotive du monde est la Pensylvania, sur le Philadelphia and lleading railroad. Les principales dimensions de cette machine sont les suivantes : diamètre des cylindres, 20 pouces ; longueur de course du piston, 26 pouces; nombre des roues, 1 2. Le pouls de celle locomotive n'est que de 60 tonnes.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 24 août 1874. — Présidence de M. r'iiÉuï.

Étoiles filantes. — Comme tous les ans, la nuit du 10 août a été signalée cette année par un maximum dans le nombre des étoiles filantes. D'après M. Chapelas ce nombre a atteint 55 à l'heure. A Toulouse, M. Demelle a fait des observations très-suivies qui malheureusement ont dû cire interrompues juste au moment du maximum à cause du ciel couvert et de la pluie.

Action de l'acide chromique sur les matières textiles. — On sait que mis en présence de substances oxydables l'acide chromique perd, avec une grande facilite, une certaine portion de son oxygène et passe à l'état de sesquioxyde vert. Avec d'autres matières, d'après M. Jacquehn, professeur à l'Ecole de pharmacie de Nancy, il donne lieu à une coloration jaune très-vive; c'est ce qui a heu avec la laine et la soie, et la nuance est tout à fait comparable à celle que l'acide picrique donne de son côté. L'auteur conclut de là, outre de» procédés de teinture qui peuvent être utilisés, un moyen pratique pour reconnaître, dans une étoffe mélangée, les fibres animales et les fibres végétales ; celles-ci, en effet, ne donnent pas lieu à la coloration jaune.

En même temps, M. Jacquelin regarde l'action de l'acide chromique, sur diverses matières colorantes rouges, comme susceptible de fournir un moyen de distinction entre elles. Depuis quelque temps, par exemple, on colore les vins avec de la cochenille ; l'acide chromique permet de reconnaître cette fraude, la cochenille se comportant avec lui tout autrement que la matière colorante naturelle du vin.

Mer algérienne. — Le secrétaire signale la réponse si vivement attendue de M. Roudaire aux objections faites a son projet. D'après l'analyse rapide qui est donnée de cette réponse, il ne parait pas que les arguments de M. Fuchs et de M. Cossou soient rétorqués, mais au contraire que M. Roudaire se range au même avis que ces messieurs et demande comme eux qu'une élude complète de la topographie locale soit faite avant qu'aucune suite soit donnée au projet. On trouvera sans doute, en conséquence, que M. Roudaire, M. de Lesseps et M. Le Verrier se sont un peu beaucoup pressés en faisant ressortir si bruyamment les avantages d'une solution qui est peutêtre illusoiie. D'ailleurs, la note de M. Roudaire contient beaucoup de développements historiques, remplis, dit-on, du plus vif intérêt.

Le phylloxéra. — M. Dumas, qui a sur le cœur l'accueil fait au rapport signé de M. iîouley, demandant que des mesures administratives soient prises contre le phylloxéra, lait lecture du décret promulgué par plusieurs cantons suisses dans le but d'empêcher l'invasion du parasite sur leur territoire. Ces décrets qui datent cie 1 87 1 sont tellement conformes à ce fameux rapport qu'on pourrait, n'clait l'impossibilité du fait, soupçonner le rapporteur de s'en être fitttemenl inspiré. A partir du \" septembre prochain toute importation de raisins, plants, feuilles, éclialas, etc., venant de France est absolument interdite.

Ceci nous amène à parler des analyses qu'un chimiste, dont le nom nous échappe , vient de faire patallè- Icinent de racines de

vignes saints et de racines pbylloxérées. Le sucre de canne si abondant dans Pécorce des premières est remplacé dans les secondes par une quantité d'ailleurs bien moindre de glucose; de même la proportion des matières albuininoïde? a également diminué dans une large mesure.

Enfin, M. Rouvier décrit avec détails les résultats trèssalisfaiï-anls obtenus par M. Petit, aux environs de Nîmes, par l'emploi du goudron de houille comme traitement des vignes atteintes. Même à la dose de 8 ou 10000 kilogrammes par hectare, le goudron ne fait aucun mal à la vigne et il en faut bien moins que cela pour que le phylloxéra soit détruit. Peut-être est-ce cnûn la solution si longtemps cherchée du problême.

Composition du guano. — Voilà plus d'un an (pie M. Chevreul soumet le guano à l'épreuve des méthodes d'analyses raisonnées. Sept fois déjà il a annoncé à l'Académie des résultats importants. Son huitième mémoire est consacré aujourd'hui à des chlorures qu'il a extraits du précieux engrais. Ils se présentent sous forme de cristaux cubiques où l'on trouve du chlore, de la soude et de l'am-

Lcs glaces flottantes de 1 Atlantique.

moniaque. Mais la question est encore indécise de savoir si ces cristaux représentent un mélange de chlorure de sodium et de chlorhydrate d'ammoniaque, ou constituent un chlorure double. Ce faita conduit M. Chevreul et après lui M. Dumas à des développements très-intéressants au point de vue de l'isomorphisme, mais sur lesquels le défaut d'espace nous interdit d'insister.

Stanislas Meuhilk

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