‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 112 sur 229 · ÉLÊPHAJNTS DE L'ARMÉE DES INDES · texte numérisé non relu

ÉLÊPHAJNTS DE L'ARMÉE DES INDES

M. Henri Gaidoz a publié, dans \u Revue des Deux Mondes du 1 er août, une histoire fort intéressante du rôle que les éléphants ont joué pendant la guerre depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Un des plus curieux épisodes de ce récit est sans contredit le résumé des opérations militaires do la campagned'Àbyssiiiie,(jueles Anglais n'eussent point terminée si aisémeut s'ils n'avaient eu recours aux

intelligents animaux qui fout actuellement partie des troupes de l'Inde comme du temps du roi l'orus.

Nous ne négligerons point de saisir cette occasion pour faire apprécier les ressources de science et d'esprit développées par les officiers d'une nation amie de la France et d'un peuple léellement civilisé : tout eu cultivant avec le plus grand soin l'artde la guerre les Anglais ne s'imaginent point que l'emploi de la force doive être soustrait au contrôle des idées de droit et de justice, éternel honneur de la civilisation moderne. Les succès de leurs armes doivent être

La raanœuvru du uaasport des canons par les éléphants de l'année angiaue.

considérés comme étant constamment un gain net pour la cause du progrès universel.

On avait déjà imaginé de dresser les éléphants à porter îles pièces d'artillerie de campagne. On avait même inventé une sorte de bat, permettant de tirer des coups de canon sur leur dos, comme du haut d'un affût de campagne.

Mais on n'avait point encore eu l'idée de s'en servir pour des objets d'un poids aussi prodigieux que des canons Armstrong se chargeant par la culasse, ou des mortiers de 8 pouces. L'innovation mérite d'être ran"éedans l'histoire de la guerre à côté de la création des régiments de dromadaires, dans cette fameuse expédition d'Egypte qui restera le type éternel des Tandes entreprises d'une nation civilisatrice.

Les canons et les mortiers de l'armée anglaise 2* année. — 2«seaieslre.

avaient été démontés, de sorte que l'on faisait porter à un éléphant le canon, a deux autres une naire de roues chacun, à un quatrième l'avant- train, à un cinquième le caisson. Mais de quelque manière que l'on eût divisé la charge, il n'y avait pas un seul éléphant qui, en y comprenant le bât et le harnachement, n'eût sur le dos moins de 6U0 kilos. Tl y en avait môme, ceux qui portaient les flasques en fer pour le tirage des mortiers, qui devaient soulever le poids formidable de 9 quintaux métriques.

Malgré cette circonstance, la difiiculté la plus grande consistait à charger les éléphants, opération d'autant plus délicate que l'on ne pouvait songer à l'accomplir avec une chèvre, car la nature du sol presque toujours marécageux ne se prêtait que difficilement à l'enfoncement des piquets. D'autre part

ranimai eût presque infailliblement cédé sousla pression subite d'un poids aussi considérable et fait quelque; mouvement brusque au moment décisif, môme quand il luiauraitété possible de garder une immobilité parfaite pendant toute lu durée d'une opération aussi longue.

On n'aurait donc pu utiliser la force prodigieuse de ces colosses si l'on n'avait imaginé de se servir de rampes sur lesquelles on faisait glisser les fardeaux; ces rampes reposaient sur les lianes de l'éléphant accroupi et qui, pendant tout le temps que durait l'opération, ne bougeait pas plus qu'une statue de pierre. Les fardeaux étaient retenus à l'aide d'une corde que l'on faisait passer sur le dos de l'animal et à laquelle se cramponnaient quatre ou six hommes, suivant qu'il s'agissait des canons ou des mortiers.

Pendant ce temps, quelques soldats groupés le long des rampes tiraient le fardeau pour l'obliger à remonter, llieu n'était plus pittoresque que ce fourmillement d'êtres humains attachés aux Hunes du monstre. C'est ce tableau que nous avons été

à même de reproduire à l'aide de renseignements authentiques.

Lorsqu'il s'agissait des canons, il suffisait d'une seule rampe et l'on attachait aux tourillons les câbles de retenue passant sur le dos de l'éléphant.

Ces opérations difficiles durent être reflétées bien des fois pendant la durée d'une route aussi dilficile que longue, mais de temps eu temps semée de plaines où une pièce d'artillerie pouvait rouler à la rigueur. En effet, chaque fois que la nature du terrain le permettait oit attelait des chevaux aux pièces. Dieu des fois au moment où l'on s'y attendait le moins, il arrivait que les éléphants fatigués se débarassaient de leur charge. Souvent ils s'abattaient épouvantés quand l'armée était surprise par des orages, si terribles et si fréquents en Abyssinic.

Aussi les soldats de l'armée anglaise étaient-ils arrivés à acquérir dans le nouveau genre dû manœuvre Une telle habileté, qu'il suffisait de trois à quatre minutes non-seulement pour charger les affûts, mais encore les flasques de fer.

Quand les Abyssins virent arriver devant Magdala ces pièces monstrueuses, ils comprirent que lu rOlc tic Theodoros était fini. La surprise en guerre est un agent puissant de victoire. On peut dire en effet que ce sentiment est mère de l'épouvante.

Page 1