LA POPULATION DE LA CHINE
D'après M. l'abbé David , la erando rébellion des dernières années a exercé de tels ravages, que soit massacre, soit dispersion des populations qui ont émigré vers l'ouest, la population de certaines provinces de la Chine centrale a été non pas seulement décimée, mais réduite à la moitié, au tiers et même au cinquième de ce qu'elle était auparavant dans certains départements.
Ce fait, doit expliquer en grande partie la divergence des opinions des voyageurs européens sur le nombre total de la population de l'empire du Milieu. Suivant les époques et aussi selon les régions visitées, les évaluations peuvent présenter d'énormes différences. Cependant, en l'état actuel, M. l'abbé David croit que son honorable émule, le baron de Richtof'en est loin de compte quand il évalue à cent millions seulement la population actuelle de l'empire chinois.
« Tous les missionnaires qui connaissent la Chine, dit M. l'abbé David, n'ont qu'une voix pour dire que cette estimation est bien au-dessous de la réalité, et, eu cela, ils ne s'en rapportent pas uniquement au dire des Chinois eux-mêmes. Ils savent tous qu'une maisonnette où, en Europe, on ne logerait qu'un cheval, une vache et son veau, abrite ici plusieurs familles, dont le personnel monte parfois au total de vingt, trente et même quarante individus, ils j savent combien il y a de hameaux et de villages dans un canton ou ton, combien il y a de ton dans j un arrondissement (chiène), combien de chiène dans un département ou fou, combien de fou dans la province ($en). C'est en calculant ainsi, mieux que par kilomètres carrés, qu'on obtient le chiffre le plus approximatif de la population totale de l'empire. »
Dans le Kiangsi, qui a été si longtemps et si cruellement ravagé par les rebelles aussi bien que par les impériaux, sur une superficie, qui peut être prise comme moyenne des autres provinces de la Chine, on trouve treize départements et soixante-dix-neuf arrondissements comptant chacun cinquante-cinq cantons. Prenant pour exemple le canton de Tsitou, où il a séjourné, et qui passe pour être peu peuplé, M. l'abbé David n'y trouve pas moins de mille familles actuellement existantes.
Si l'on réduit au minimum de quatre le nombre des personnes par famille, ce qui est assurément trop modéré, on trouve quatre mille âmes pour le canton de Tsitou, et pour les quatre mille trois cent quarante-cinq c;intons du Kiangsi, Je total approximatif de 17,580,000 âmes.
Parmi les dix-huit provinces de l'empire, il eu est sans doute qui sont moins peuplées que le Kiangsi ; mais il eu est d'autres dont la population est bien autrement considérable. En prenant donc pour moyenne les dix-sept millions du Kiangsi, moyenne assurément inférieure à la réalité, on trouve un chiffre de plus de trois cents millions d âmes pour tout l'empire.
En réfléchissant à ces évalutîons curieuses que M. l'abbé David a présentées à la Société de géographie, et que Je Journal officiel & récemment reproduites, on est étonné de voir la faiblesse d'un peuple qui pourrait être le plus puissant du monde s'il savait tirer parti du nombre des citoyens qui le composent. Quelle nation européenne pourrait en effet résister à une année recrutée dans une population qui excède de beaucoup cent millions d'àmes ?
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