APPAREILS DE M. MEYER. TÉLÉGRAPHE AUTOGRA
PUIQUE. — TÉLÉGRAPHE MULTIPLE.
(Suite et Un. — Yoy. p. 27 et 107,)
Les appareils de M. Meyer ont ligure avec honneur à l'exposition do Vienne, dans la section française; le télégraphe autographique a réalisé un progrès sérieux sur l'appareil Casi:lli, le télégraphe multiple, est une nouveauté qui a déjà conquis sa place parmi les types usuels.
Nous décrirons sommairement l'appareil autographique. Le principe de la reproduction du manuscrit est toujours l'idée primitive d'enfermer l'original sous un grillage composé de traits parallèles, équidistants, fractionnés par des coupures inégales, concordantes à l'arrivée et au départ. D'après cette définition, on aperçoit que le synchronisme, sera, comme dans l'appareil Caselli, Ja condition fondamentale du fonctionnement.
La différence réside dans le transmetteur et dans le récepteur. La pointe à mouvement alternatif est remplacée par une hélice en saillie sur un cylindre. Si le pas de l'hélice est égal à la longueur du cylindre, un tour entier de celui-ci amène tous les points de lu spirale successivement en contact avec les divers points d'une ligne parallèle à l'axe du cylindre. Si cette ligne est préalablement formée sur un papier métallique au moyen de parties alternativement nues et recouvertes d'encre isolante, on conçoit que la rotation du cylindre pourra produire, dans un tour, des émissions et des interruptions de courant alternées répétant les caprices de la plume tpii a tracé la ligne à transmettre. Tour comprendre la reproduction d'une page sur laquelle a été tracé un texte ou esquissé un dessin, il suffit de se représenter l'original écrit avec l'encre isolante sur le papier métallique, et le papier s'avauçant automatiquement après chaque tour du cylindre d'une longueur de 5 de millimètre, afin de présenter à l'hélice une ligne parallèle à la première, qui se transmettra parle même procédé.
Le récepteur diffère du récepteur Caselli, en ce que l'on n'utilise plus la décomposition chimique pour faire apparaître la dépêche, celle-ci se trouve écrite à Y encre sur du papier ordinaire. C'est un avantage incontestable dans une exploitation qui vise toujours à la simplification de ses procédés.
L'hélice de départ est répétée au poste d'arrivée, elle s'encre sur un trotteur latéral. Si elle était en contact pendant un tour du cylindre avec le papier qui se déroule au-dessous d'elle, elle tracerait une ligne continue; pour obtenir une transmission, c'està-dire des coupures cadencées dans cette ligne, on agit sur le papier, porté par un châssis solidaire des mouvements d'une armature d 'électro-aimant. Voilà donc la série des émissions et des interruptions
du courant produite par le poste correspondant, qui découpe le grillage présentant le fac-similé du manuscrit.
.Nous n'entrerons pas dans le détail technique du mécanisme ; l'appareil de M. Meyer fonctionne bien, il a fait ses preuves dans les conditions de service les plus diverses, la vitesse de transmission est à peu près celle de l'appareil Morse.
.Nous arrivons à l'appareil multiple dans lequel nous retrouverons une application originale du principe *le l'hélice. Il nous faut d'abord indiquer eu quelques mots le problème des appareils à grande vitesse en télégraphie électrique.
Avec l'appareil Morse, dans lequel chaque lettre suppose en moyenne 4 émissions de courant, la dépèche de 20 mots comportera 480 émissions (si la moyenne des lettres d'un mot est de 6). Dans la pratique courante, ces 480 émissions sont effectuées eu
3 minutes, ce qui donne par seconde un peu plus de 2 émissions. Les télégraphes autographiques ont montré que le nombre des émissions possibles par seconde, sur une ligne télégraphique, pouvaient atteindre et même dépasser le chiffre de 100. Il y a donc là une marge qui a tenté bien des inventeurs. M. Meyer a eu l'idée suivante :
S'il était possible d'installer, sur un même Cl,
4 appareils doubles distincts, c'est-à-dire composés chacun d'un manipulateur et d'un récepteur, dételle sorte que chaque manipulateur travaillât indépendamment de son voisin, et à un autre moment de la durée que lui, le fil pourrait faire l'office d'un collecteur ramassant successivement ces diverses transmissions. Qu'à l'arrivae, par un jeu de mouvements synchrones, sorte de représentation de l'harmonie préétablie, les \ récepteurs recueillent à tour de rôle les transmissions des manipulateurs qui leur correspondent, on n'aura pas en apparence changé les conditions du mode de travail qui caractérise le système Morse, et cependant on aura obtenu un rendement quadruple.
En effet, on ne demandera à la manipulation, qui est l'œuvre de l'employé, que le degré d'effort qui correspond à son activité, et que représente dans un service continu la moyenne de 20 dépêches à l'heure. Le gain est pris sur la capacité en quelque sorte inépuisable du fil, pour débiter des signaux.
D'une première vue on conçoit que l'office principal dans ce sleeple-chase électrique sera dévolu au distributeur, c'est-à-dire à l'organe qui donne à chaque courant issu d'un des manipulateurs la direction qui l'amène à point au récepteur convenable. C'est une belle application du principe de la division du travailleur si fécond eu industrie. Pour la télégraphie, où les fils représentent à la fois la grosse dépense et la principale difficulté, c'est le moyen d'augmenter le rendement d'un conducteur dans une mesure considérable. Il est juste de dire que, dans la piste suivie par M. Meyer, un ingénieur distingué, M. Rouvier s'était déjà exercé. Dans les Annales télégraphiques de 1800, on trouve la description d'un
système fondé sur les considérations que nous avons ' ronce dans le mode de chevawhement, si nous pouindiquées, niais l'appareil de M. Rouvier est resté à vous ainsi parler, indiqué par les deux inventeurs, l'état de projet. Nous devons aussi relever une dillé- pour leurs signaux élémentaires. M. llouvier orga-
b ig. 1. — Appareil multiple île M. Meycr-
nise la distribution de façon à intercaler entre deux signiux consécutifs, d'un même manipulateur, les signaux de tous les autres; M. Mcyer (ail tous les signaux d'une même lettre sur un appareil, avant de laisser travailler le suivant.
Quelques détails spéciaux viendront ici à point.
La (ig. 1 représente l'appareil à 4 transmissions; sur la table sont placés A claviers a, a', a", a!" , et autant de récepteurs à hélice, r, r', r", r'", munis chacun d'une bande de papier. Un seul mouvement d'horlogerie , entraîné par un poids et régularisé par le pendule conique R, anime les récepteurs par les deux arbres GG',EE'; le premier fait tourner les hélices, le second produit le déplacement du papier. Les claviers , ainsi que les récepteurs , sont reliés d'un côté à la terre, de l'autre à la ligne, // ' par l'intermédiaire du distributeur K.
Une pile unique sert
à toutes les transmissions. — Nous allons passer en revue successivement les divers organes.
Fig. 2. — Distributeur.
Fi£. 3. — Manipulateur.
meut; en quatre intervalles de temps égaux, il dirige le courant de 'a pile, successivement vers chacun des quatre récepteurs du poste qui expédie, et de là aux récepteurs du poste qui reçoit; la dépêche est ainsi reproduite simultanément à l'arrivée et au départ. 00' {(ig. 2) est un disque en mêlai, iixe et isolé. Il porte sur sa circonférence 48 divisions :
12 parquait de cercle, dont huit groupées deux à deux, sont reliées par un faisceau de bail lils isolés aux huit touches du clavier; les autres, au nombre de quatre, sont en relation avec la terre. Il y a donc quatre câbles de huit (ils qui partent des quatre claviers et aboutissent au distributeur.
Les groupes ou doubles divisions sont au nombre de 16, séparés par des vides, à raison de quatre par quart de cercle. La première moitié du groupe , -fe tour, donne lieu à un contact bref (le point) ; le groupe entier prod uit le trait par une émission
dont la durée est double. Une tîge élastique ou
frotteur u, monté sur l'arbre GG', parcourt la cir-
Distributeur. C'est la pièce capitale de l'histru- conférence du disque et met successivement les
quatre claviers et récepteurs en contact avec la ligne, de sorte que tout courant émis ou reçu pendant le passage du frotteur sur l'un des quarts tic cercle, traverse le récepteur qui lui correspond. Chaque employé a ainsi la ligne à sa disposition pendant un quart de tour.
Manipulateur. C'est un clavier à huit touches : quatre blanches et quatre noires, basculant entre la pile et le fil de terre.
Nous avons vu comment elles sont reliées chacune aux divisions du distributeur.
Lorsqu'on abaisse la touche noire, le courant de la pile se rend dans la première case du groupe, tandis que la louche blanche l'envoie dans la double case. La première produit, par le passage dufrotteur m, une émission brève; la seconde, une émission longue (point ou trait, fig. 3). La combinaison de ces deux sortes de signaux forme un alphabet conventionnel qui ressemble en partie à l'alphabet Morse. f >
Pour transmettre une lettre, on appuie simultanément sur autant de touches, noires ou blanches, que la lettre à reproduire renferme de points ou de traits, en avant soin de partir invariablement de la gauche du clavier, pour les lettres, et de la droite, pour les chiffres , en maintenant la touche abaissée pendant que le frotteur décrit le cadran.
1,'n signal avertit du moment où la lettre est
Fjg. 4. — Récepteur.
les amplitudes limitées par deux vis de butée, ne dépassent guère -fô de millimètre.
Les lettres s'y impriment de gauche à droite, dans le sens transversal par points et traits. Cette disposition présente un double avantage, elle évite toute confusion entre deux lettres consécutives et réduit considérablement la longueur de bande d'une dépèche. On sépare les mots entre eux, en laissant passer ù volonté un ou plusieurs tours d'hélice.
Le levier qui oscille au-dessous de l'hélice sous l'action du courant, porte un petit électro-aimant droit avec lequel il fait corps, et dont le noyau sert d'armature à un aimant artificiel ; le courant de la pile repousse l'armature et fait osciller le levier. La bande de papier suit ces oscillations et appuie sur l'hélice peudant un temps égal à la durée de l'émission, ce qui fournit un trait d'une longueur correspondante. 11 est remarquable, avec le télégraphe
multiple, que l'on peut à volonté diriger toutes les transmissions dans le même sens ou en sens croisé, et en utiliser indistinctement une ou plusieurs. Sur la ligne de Paris à Lyon, où l'appareil est en service, il fournit un travail moyeu supérieur à 80 dépêches par heure ; il remplace 4 fils desservis par l'appareil Morse et 2 fils desservis par l'appareil Hughes. Le prix de revient est environ quatre fois le prix d'un Morse.
faite ; il y a, à cet effet, sur l'axe GG', en face de chacun des quatre claviers, un excentrique dont la fonction est de soulever, après chaque lettre, un petit marteau qui, retombant par son propre poids, produit un bruit léger et bat la mesure pour chaque employé.
Récepteur. Chacun des récepteurs (fig. 4), a pour organe imprimeur une fraction d'hélice correspondant à 1/4 de circonférence: l'ensemble forme une hélice complète dont le pas est égal à la longueur du cylindre.
L'hélice du récepteur et le frotteur du distributeur opèrent leur rotation dans le même temps, celui-ci passant sur le premier quart de cercle pendant que la première hélice passe en face de la bande de papier, et ainsi des autres.
Un tampon encreur tourne librement sur chacune des hélices. Au-dessous d'elles se déroulent, à tirage continu d'environ 3 millimètres par tour, quatre bandes de papier sans fin, glissant chacune avec une parfaite adhérence sur la tringle d'un levier en équerre qui porte la palette d'un électro-aimant. La bande Je papier suit les oscillations du levier dont
L'Autriche et la Suisse vont prochainement instal-
grandes ligues Cn. Bo.memps.
1er le télégraphe multiple sur les grandes ligues de
leur reseau.
L'ASSOCIATION FRANÇAISE pour l'avancement des sciences.
Session de Lille.
(Suite et fin. — Yoy. p. 205.)
Le nombre des membres du Congrès qui, à Lyon, n'était encore que de 600, s'élève cette année à plus de 800. Un tiers environ des membres inscrits est venu à Lille pour prendre part aux séances.
On a remarqué que les séances du Congrès étaient suivies avec assiduité par quelques dames. Mais le sexe féminin est loin d'être aussi largement représenté qu'aux séances de l'Association britannique.
Un grand nombre de savants belges sont venus donner à l'Association française une preuve de sympathie internationale. Les Anglais étaient en petit nombre, à cause de la coïncidence de date entre la, session de Lille et la session de Ilelfast.
L'Association britannique a profité de cette circonstance pour envoyer une adresse de félicitations signée TyndalL.
L'Association française s'est empressée de répondre, à son aînée, par un télégramme signe Wurtz. Ces échanges de courtoisies télégraphiques sont un symptôme de l'état des esprits dans le monde savant. No peut-on pas dire que le jour est proclie où la Manche sera enfin supprimée?
Dès le lendemain du discours de M. AVurlz, vendredi 21 août, les membres du Congrès se sont réunis dans leurs différentes sections, pour procéder à la constitution de leurs bureaux, à la lecture dos mémoires et à leur discussion.
Communications diverses. — Le nombre dos sections étant de quinze, il nous est impossible de donner un résumé exact des travaux remarquables qui ont été développés. La section de médecine, d'économie rurale, d'anthropologie ont brillé par le nombre des mémoires et l'animation des discussions. Dans cette dernière on comptait M. Karl Yogt, le célèbre naturaliste de Genève, M. Gabriel de Mortillet, du musée de Saint-Germain, M. le docteur Bertillon et le docteur Broca.
La section du génie civil et du génie militaire a reçu communication d'une grande nouvelle. Le ministère a officiellement chargé M. le duo Decazes de transmettre à lord Derby le projet de concession du tunnel de la Manche.
Si lu prorogation de l'Assemblée nationale n'eût été si prompte le projet serait sans doute revêtu déjà delà sanction législative, tant a été grand l'empressement montré par M. Caillaux pour accélérer sa réussite. Mais la mise à exécution de cette immense entreprise ne sera point reculée par ces inévitables délais. Car il est impossible de se dispenser du consentement du ministère britannique pour un souterrain qui débouchera sur le territoire de la Grande- Bretagne. 11 est indispensable que les deux nations s'entendent amiablement sur* la manière dont le tunnel doit être mis bois de service en cas de guerre, sans qu'il soit détérioré. On pense qu'il suffira de mettre à la disposition de chaque gouvernement une plaque d'inondation. Il est à présumer qu'avec une force de deux mille chevaux-vapeur il suffirait de deux mois pour rendre de nouveau le tunnel à la circulation.
Mais jamais perspective d'une pareille calamité, la guerre entre deux grandes nations libérales, n'a été aussi écartée que de nos jours.
M. Masqueley, ingénieur des ponts et chaussées, chargé de la direction des travaux municipaux, est interrogé sur l'état des services qu'il dirige. 11 donne les plus intéressants détails sur la construction des tramways récemment ouverts dans la grande cité flamande. 11 montre combien cette voie, dont la municipalité désirait depuis longtemps doter la métropole de la France du Nord est appréciée par le public.
Le savant ingénieur décrit tous les travaux en cours d'exécution malgré les charges qui pèsent sur
le budget de la ville et du département. Il donne un historique complet de la fondation de l'Institut mécanique et des trois établissements analogues créés sur le modèle des grandes écoles organisées à Mulhouse, sous les auspices de la Société industrielle, association admirable dont la perte sera un constant stimulant pour notre patriotisme.
Les séances de section ont été accompagnées de plusieurs séances générales, dans lesquelles on a entendu, à différentes reprises, trois orateurs. M. le colonel Laussedat a développé le système de télégraphe optique, créé pendant la guerre. L'n grand nombre d' officiers assistent à la séance. M. Marcel Depretzaide le colonel Laussedat dans l'exécution de nombreuses et intéressantes expériences.
M. Emile Alglave fait un historique approfondi de la grande Compagnie des mines d'Anzin.
M. Menier expose les idées contenues dans son livre V Impôt sur le capital. Ces' une matière que notre spécialité nous interdit, à notre grand regret, de traiter.
La section des sciences a entendu une communication de M. Maniiheim sur le mouvement de plans faisant un angle invariable les uns avec les autres. Un savant norvégien, M. ïîrooh, a tiré de la théorie des nombres un procédé étonnant pour noter la course d'un fil dans un tissu. M. Sylvester, presque unique représentant de l'Angleterre et M. Catalan (lui, quoique Français, représentait la Belgique, ont démontré des théorèmes d'un grand intérêt, et d'une importance réelle.
Conférences. — ■ Les membres du Congrès et toutes les personunes de la ville qui en ont fait la demande, ont assisté à deux conférences publiques données dans la grande salle du Cercle du Nord. Dans la première, M. Faye a exposé l'état actuel des théories et des expériences relatives au futur passage de Vénus. Le savant académicien a donné lecture, au milieu des plus vifs applaudissements, de la liste des astronomes et des marins français qui vont représenter la patrie dans cette grande lutte. 11 a fait confidence des déboires de notre grande commission académique qui n'a pu parvenir à s'entendre avec les nations étrangères afin qu'un système unique d'observation fût adopté par tous les peuples civilisés. Il y aura par conséquent, ô amère déception, autant de systèmes d'observations, partant autant de parallaxes et de distances du soleil, qu'il y a de nations se disant grandes! Que diront les hommes du commencement du vingt et unième siècle quand on leur mettra sous les yeux de pareils, souvenirs! M. Faye a développé avec éloquence les avantages de la méthode photographique dont M. Laussedat est l'inventeur, et que les astronomes américains sont seuls à avoir adoptée sans restrictions !
M. Gaston Tissandier, dans une autre conférence, a retracé les principaux épisodes de l'histoire des ballons. Les projections faites à la lumière électrique étaient groupées de manière à montrer à la fois
cg que l'aéronautique était, ce qu'elle est actuellement et ce qu'elle sera dans un avenir prochain.
Les applaudissements les plus vifs ont accueilli la mention des travaux aéronautique» de M. Henri (ïiffard, et dos services rendus par les ballons à la défense de Paris,
Excursions. — Trois excursions intéressantes ont eu lieu, la première à Boulogne, pour visiter des usines et le laboratoire de zoologie maritime de M. Giard, professeur à la Faculté de Lille, la seconde à Roubaix dont toutes les usines ont été ouvertes avec la plus louable libéralité, et la troisième à Anzin.
Celte dernière excursion, exécutée le 25 août, avait une importance telle (pie les séances de toutes les sections ont été suspendues, et que les excursionnistes étaient au nombre de trois cents.
Ils ont été reçus par M. de Marsilly, ingénieur des mines et directeur général d'une exploitation qui fait vivre 15,000 ouvriers représentant une population de 00.000 âmes.
M. de Marsilly a invité les membres de l'Association ii uu somptueux déjeuner et leur a porté un toast de bienvenue au nom de la régie d'Anzin et de son illustre président 1 .
Le discours de l'honorable directeur général était un exposé très-détaillé des services rendus par la science à l'industrie minière. Il a retracé l'historique des progrès accomplis depuis le grand jour déjà lointain où la compagnie d'Anzin a introduit en France la première machine à vapeur.
La compagnie est, comme on le sait, la plus importante du monde, mais M. de Marsilly n'a point caché que c'e^t en Angleterre que la compagnie d'Anzin va le plus souvent chercher ses modèles.
C'est dans les exploitations britanniques que l'on a appris l'ait d'éviter le grisou à l'aide de la lampe de l'immortel Davy. C'est dans les galeries des mines anglaises que l'on a employé pour la première fois les machines à vapeur. Sous ce point de vue nous n'aurons bientôt plus rien à enviera nos voisins, car la compagnie organise maintenant pour le travail souterrain de traction des machines d'une force de 500 chevaux.
^Non-seulement la régie des mines d'Anzin met à profit les résultats des recherches scientifiques ordinaires, mais elle pratique avant toutes choses l'économie politique. Elle exige que les ouvriers reçoivent un minimum d'instruction avant de descendre dans les galeries, elle crée des sociétés coopératives, elle construit des cités ouvrières, elle veille à ce que rien ne manque au bien-être moral et matériel de ses coopérateurs.
Ces savantes et chaleureuses explications ont été couvertes d'applaudissements dont le sens était facile à comprendre. En effet, si la science a fait beaucoup de choses pour l'industrie minière, l'industrie minière a rendu avec usure à la science ce qu'elle lui a prêté.
* C'est M. Thiers qui est président de la régi*! d'Anzin. .
La mécanique, la chimie, la physique ne semblentelles point, sortir de terre? N'était-cn point le moment de se rappeler le mythe de Prométhée ! Caria compagnie d'Anzin semble no rien négliger pour relever tous ses coopérateursdela malédiction prononcée contre ceux qui dérobent au ciel le feu afin de pouvoir arracher le 1er aux entrailles de la terre.
Avanlle banque lies membres de l'association ont visité le magnifique atelier d'Anzin, où se fabriquent les briquettes de charbon. Il y a douze ans les carreaux des mines étaient encombrés de poussière de houille inutilisée. Aujourd'hui uu admirable mécanisme transforme ces résidus en agglomérés qui constituent un précieux combustible. La poussière de charbon est d'abord soumise à un lavage méthodique qui la débarrasse de ses parties schisteuses, et circule dans de vastes bassins où elle est recueillie. La partie la plus intéressante de la fabrication est celle de la confection des briquettes formées de poussière de charbon et de brai. Le mélange est comprimé dans des moules sous une pression de six cent cinquante mille atmosphères ; on le voit sortir des moules à l'état de briquettes rectangulaires, sous le jeu d'un mécanisme automatique.
Les fours à coke ont ensuite vivement intéressé les visiteurs. À Havcluy on a pu se faire une idée de ce qu'est un puits de mine; car on remontait alors du charbon.
Après le repas dont nous avons parlé précédemment, les membres de l'Association ont admiré l'atelier des laminoirs, où les barres de fer rouge s'allongent et s'étirent en faisant jaillir de nombreuses étincelles.
Une circonstance intéressante de l'excursion d'Anzin mérite d'être signalée. Le wagon à suspension, perfectionné, de M. Henry Gilïard faisait partie du train; à chaque station il a été assiégé par une multitude de membres, curieux déjuger de l'effet produit par ce mode ingénieux de suspension.
La caisse a été plus que pleine pendant presque toute la durée du parcours, les ressorts ne semblaient pas s'apercevoir de la surcharge. Cette épreuve décisive, faite à grande vitesse, répond à toutes les objections.
Le wagon a l'ait fureur sur toute la ligne, à l'aller et plus encore an retour. On y est presque complètement immobile ; le mouvement de lacet est tout à fait supprimé et le voyageur peut y lire, y écrire même aussi facilement que devant son bureau.
Mercredi soir 26, M. Kuhlmainm, président du comité local, a offert un grand dîner dans sa belle propriété de Loos, aux membres du bureau de l'Association et du bureau local, aux savants étrangers et à quelques notabilités de la ville et du département. Le commandeur Negiï, piésiient de la Société de géographie italienne, MM. Broch, professeur norwégien, C. Vogt, Catel-Beghin, maire de Lille, le général Clinchant, de Marsilly, directeur de la compagnie d'Anzin, "VVurtz, de Quatrcfages, Peligot, Balard, Levasseur, membres de l'Institut, Léon Say,etc, assis-
taient à cette fête. M. Wurtz a porté au dessert un toast à M. Kulilmann, son compatriote d'Alsace; M. Kulilmann a répond» par un toast aux savants étrangers, dans lequel il a exposé les principales applications delà science à l'industrie dans l'arrondissement de Lille. M. le commandeur Negri a obtenu un véritable succès dans une improvisation fort spirituelle. Le soir, les jardins de Loos étaient illuminés, et un orchestre se faisait entendre sous le dard de feu d'une lumière électrique.
Le jeudi 27, a eu lieu une séance où Ton a décidé que la ville de Nantes serait le lieu du Congrès scientifique de 1875. La session de Lille s'est terminée par un magnifique banquet offert par lu ville aux membres du Congrès et à quelques personnages eminents : le dîner, qui comptait environ 300 couverts, a été magnifique ; la table du festin était dressée dans un des grands salons de l'Hôtel de Ville.
M. D'Eicbtal sera président de l'Association en 1875; M. Paye a été nommé à la vice-présidence. M. Cornu, professeur à l'École polytechnique a été nommé secrétaire.