‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 116 sur 229 · I. OÏDIUM · texte numérisé non relu

I. OÏDIUM

La vigne est exposée à diverses maladies dont voici les principales :

Jaunisse. — Cette maladie est caractérisée par le changement de couleur des feuilles, qui passent, du vert au jaune. Cette couleur jaune est déterminée par une sorte d'atonie dans le tissu cellulaire des feuilles, atonie qui suspend les fonctions de ce tissu et empêche lu formation de la chlorophylle ou matière verte qui donne cette couleur à tous les tissus frappés par la lumière. La cause de cette atonie du tissu cellulaire résulte toujours d'un état de souffrance des racines. Ainsi, on voit apparaître la jaunisse lorsque les racines sont en contact avec une humidité stagnante qui les fait pourrir, lorsqu'elles sont attaquées par les larves de certains insectes, etc. 11 suffira doue, pour combattre le niai, de faire disparaître la cause, c'est-à-dire de pratiquer le drainage ou de détruire les larves des insectes.

Miellée ou brouissure. — Cette affection présente les caractères suivants : les feuilles, les jeunes bourgeons, et même les grains de raisin prennent une teinte grisâtre, due à ce que 1 "épidémie de ces partics se fendille et se dessèche. L'accroissement s'arrête complètement, les grains se fendent au lieu do mûrir. Les vignerons attribuent cette altération, soit

1 Ce chapitre est extrait d'un ouvrage qui va prochainemont paraître; nous sommes heureux d'en offrir la primeur à noslecleurs. Cet ouvrafe, qui est certainement appelé à rendre de grands services, est intitulé : les Vignobles et les arbres à fruits et à cidre, par M. Du Bricuil. — Éditeurs : G. Massou et damier frères.

aux pluies froides de l'été succédant à un temps chaud, soit à une récolte trop abondante pendant l'année précédente. On fait disparaître ceLte maladie en fumant abondamment les ceps atteints et en les privant de récolte pendant une année.

Stérilité des ceps. ■ Cerlains ceps, dont la végétation ne présente d'ailleurs rien d'anormal, se couvrent de Heurs chaque année. Ces Heurs s'épanouissent, puis elles se dessèchent bientôt, ainsi que la grappe, et tout disparait. — Le même phénomène se reproduit chaque année sur les mêmes ceps, qui sont ainsi condamnés à une stérilité complète. — Dans le Midi ou donne à ces ceps le nom tïavalidouircs. L'épanouissement de leurs fleurs présente cette particularité que les pélales ne se détachent pas à leur base; tandis que dans l'épanouissement normal des fleurs de la vigne, les pétales se détachent à leur base et forment un capuchon au sommet de l'ovaire.

On trouve aussi certains ceps dont les grains de raisins coulent chaque année, à l'exception de deux ou trois qui arrivent à leur développement normal. Les autres grains restent avortés et toujours verts On donne à ces ceps le nom de coulards.

On n'a rien trouvé jusqu'à présent pour faire disparaître ces deux sortes de stérilité. Il conviendra doue de remplacer les ceps qui en sont atteints ou de les greffer.

Le charbon. — Cette altération, qui est surtout fréquente dans le Midi, a la plus grande analogie avec la brouissure. Les bourgeons se couvrent de plaies plus ou moins profondes, souvent parallèles à la direction des fibres ligneuses. Les bords de ces plaies sont noirs. Elles sont parfois si nombreuses qu'elles se touchent et ressemblent à une série de piqûres disposées lougitudinalement. Cette désorganisation atteint toutes les parties vertes du cep, bourgeons, feuilles et grappes. Les parties ainsi frappées cessent de se développer et présentent l'aspect des figures. Les feuilles et les grappes se dessèchent bientôt et les bourgeons profondément altérés succombent aussi. — Si l'on examine l'une de ces taches noires à l'aide d'un verre grossissant, on y reconnaît la présence d'un petit champignon appartenant à la nombreuse famille des liypoxvlés.

Le charbon apparaît surtout en mai et en juin. Il se produit particulièrement lorsqu'à un temps sec succède une humidité prolongée; lorsqu'un temps chaud et lourd est accompagné de brouillards, lorsque enfin, à la suite d'abondantes rosées, le soleil darde ses rayons brûlants entre les nuages.

Oïdium, lèpre, blanc ou meunier. — De toutes les maladies qui attaquent la vigne, celle-ci est incontestablement la plus redoutable.

Celle altération se montre sous forme d'une efflorescence d'un blanc grisâtre, d'abord sur les feuilles et les jeunes bourgeons, dont elle suspend le développement, puis sur les grappes elles-mêmes, dont elle arrête l'accroissement. L'épidermc des grains se durcit, prend une teinte fauve; ces grains se fendent, acquièrent une saveur amère et se corrompent avant

de mûrir. Les feuilles et les bourgeons attaquas se couvrent Je taches brunes, les feuilles se détachent, et, si la maladie est intense, les bourgeons euxmêmes sont désorganisés jusqu'à leur base; de sorte qu'on perd ainsi, non-seulement la récolte de l'année, mais même celle de l'année suivante, et, si les ceps sont soumis à ce fléau pendant deux ou trois années de suite, ils périssent bientôt.

C'est en 1845 que Y oïdium fut observé pour lu première fois sur la vigne, en Angleterre, par un jardinier de Margate, M. Tucker. Depuis 1849, cette maladie s'est montrée sur plusieurs points des environs de Paris, d'abord sur les vignes chauffées dans dos serres, puis sur les treilles des jardins, et enfin sur les ceps des vignobles. Aujourd'hui elle a malheureusement envahi tous les points du territoire, en agissant avec d'autant plus d'intensité que les vignes sont situées sous un climat ou à une exposition plus chaude et plus ombragée. Elle paraît attaquer indifféremment toutes les variétés; mais elle sévit avec d'autant plus de force qu'elles sont plus vigoureuses.

Les avis ont été très-partages quant à la cause de cette grave affection de la vigne. Les uns l'attribuent exclusivement au développement de cette eiïlorescence blanchâtre, reconnue pour être un petit champignon parasite appartenant au genre oïdium, de la nombreuse famille des mucédinées et auquel on a donné le nom de Tuckeri. Les autres ont considéré la présence incontestable de ce champignon comme le résultat de la maladie, et pensent qu'elle est déterminée par certains insectes microscopiques ; quelques personnes enfin l'ont attribuée à des influences atmosphériques analogues à celles qui ont, produit la maladie des pommes de terre; d'où il résulte que, la cause finale de cette altération étant encore indéterminée, le remède a été difficile à trouver. On a tenté, depuis son invasion en France, en 1849, de nombreux moyens pour la combattre. Nous ne parlerons que des trois procédés suivants, qui, seuls, ont donné des résultats s ati.- faisants. Le premier consiste dans l'emploi de la fleur de soufre soufflée sur toutes les parties vertes préalablement mouillées avec soin. Ce procédé employé d'abord, en 1848, par un horticulteur anglais de Lcyton, M. Kilo, a été essayé pour la première fois en France, en 1849, par M. Marie, médecin à Ecouen.

Tous les cultivateurs de Thomery l'employèrent en grand en 1851. Ils en obtinrent un excellent résultat, mais ils lui reprochèrent de faire adhérer la fleur de soufre aux parties intérieures des grappes, et de nuire à la vente de ces raisins de table. La nécessité d'employer l'eau rendait d'ailleurs ce procédé peu applicable au vignoble.

Le second moyeu est celui préconisé, en 1852, par M. Grison, jardinier eu chef des serres du potager de Versailles. Il consiste dans l'emploi de l'Iiydrosulfate de chaux, préparé ainsi qu'il suit : 500 grammes de Heur de soufre et un volume égal de chaux • fraîchement éteinte sont intimement mêlés

l'un à l'autre. Ce mélange, placé dans un vase de fonte contenant 3 litres d'eau, est soumis à l'ébullition pendant 40 minutes. On laisse ensuite éelaircir le liquide, qu'on décante alors; ce liquide est de l'hydrosulfate de chaux, que l'on conserve dans un vase fermé pour s'en servir à mesure des besoins. Alors on l'éteud de cent fois son volume d'eau et l'on en mouille toutes les parties vertes de la vigne. Ce mode d'opérer, employé en 1852 par un trèsgrand nombre de cultivateurs de Tliomerv, n'a donné que des résultats beaucoup moins complets que la fleur de soufre.

Pendant l'hiver 1852-1853, M. Rose Charmeur, propriétaire-cultivateur à Thomery (Seine-et-Marne), chauffait des vignes, sous verre, à l'aide d'un thermosiphon. Il eut la pensée de répandre une traînée de fleur de soufre sur les conduits en cuivre de son thermosiphon. La chaleur de l'eau bouillante suffit pour déterminer une émanation sulfureuse qui empêcha complètement l'apparition de l'oïdium. Fort de cette observation, il résolut de soumettre, pendant l'été 1853, toutes ses treilles en plein air au soufrage à sec, et il en donna le conseil aux cultivateurs de la localité. Cette année-là presque toutes les treilles de Thomery furent soumises au soufrage à sec, et la récolte fut intacte.

Les excellents résultats de ce procédé ont été reconnus par une commission officielle nommée, sur nos instances, par le ministre du l'agriculture, et le rapport de cette commission, inséré au Moniteur, constate les droits qu'a 51. Rose-Cbarmeux à la reconnaissance de tous les viticulteurs, comme inventeur du seul moven vraiment praticable et efficace pour combattre ce terrible fléau. Les indications fournies par ce rapport ont servi de point de départ à. toutes les opérations de soufrage appliquées aujourd'hui à une grande partie de nos vignobles et de nos treilles.

M. Laforgue, propriétaire de vignobles dans les environs de Béziers, est Je premier qui en ait fait l'application en grand. M. Mares de Montpellier, et 51. Yia.1 de Kéziers ont puissamment contribué, par leurs écrits, à l'adoption de cette méthode dans toute la région du Midi.

Insectes nuisiules. — Eumolpe de la vigne. — Ce petit coléoplère, connu des vignerons sous les noms de diableau, de gribouri, à' écrivain, a les élytres d'un rouge brun et le restant du corps noir; il se rencontre dans les vignes à partir du mois de juillet. C'est lui qui trace sur les feuilles, en les rongeant, ces impressions linéaires que l'on a comparées à des caractères d'écriture. Lorsqu'il est trèsabondant, il s'attaque aussi aux raisins et les dessèche. C'est lorsqu'il est à l'état de larve que l'écrivain devient surtout redoutable. Il se présente sous forme d'un petit ver allongé, d'abord blanchâtre, et qui devient ensuite de couleur brune. Cette larve passe l'hiver dans le sol et ronge les racines de la vigne; au printemps elle dévore les bourgeons et les jeunes feuilles.

M. Paul Thénard a récemment imaginé le moyen suivant pour détruire l'eumolpe. Au moment où l'on donne à la vigne la première façon de l'année, répandre sur 1g sol, immédiatement avant cette façon, des tourteaux de graines oléagineuses qui n'ont pas

1 été chauffées an delà de 80°, et que l'on a obtenus en employant le moins d'eau possible ; autrement l'huile essentielle de moutarde qui détruira les insectes aurait disparu. Réduire en poudre ces tourteaux sous des meules d'huilerie, les répandre dans

feuilles et grappes atteints par le charbon ; e, g

Feuille rie vigne, bourgeon ei raisin attaqués par 1 -oïdium.

la proportion de 1,200 kiiogr. par hectare, et les enterrer immédiatement au moyen de la première façon donnée à la terre. Cette opération, répétée tous les trois ans, détruit complètement les larves de l'eumolpe qui vivent dans le sol. Il est malheureusement difficile de se procurer les tourteaux dans l'état que nous venons d'indiquer.

Dans le Gard et quelques autres départements, on fait la chasse à l'eumolpe, lorsqu'il est dans un élat parfait, au moyen d'un instrument particulier et trèssimple. C'est un entonnoir en fer-blanc dont l'orifice est très-évasé, pourvu d'une échancrure dans laquelle on fait entrer la tige du cep. On secoue alors brusquement celui-ci ; l'eumolpe tombe, glisse

sur les parois de l'entonnoir et arrive dans le petit sac, placé au-dessous, et d'où on le tire pour le tuer. Ou comprend que la l'orme et les dimensions de cet instrument peuvent beaucoup varier suivant la disposition des ceps. Dans l'Yonne, cet appareil se compose d'ur petit van, formé d'une toile tendue au moyen d'un demi-cercle en bois. Cette toile olï're au centre une ouverture correspondant à un sac destiné à recevoir les insectes. Cet appareil est pressé contre la tige du cep par le côté opposé au cercle. Le moment de la journée le plus favorable pour faire cette chasse est dès le matin : les insectes engour-

dis sont plus facilement séparés de leur point d'attache.

Altelabe de la vigne, beemars. — Cet autre colcoptcre est connu des vignerons sous les noms de urbec, ulbard, lisette. Ses élytres sont vertes ou bleues ; il attaque également les feuilles et les jeunes bourgeons, et, comme le précédent, il se laisse tomber, comme s'il était mort, à l'approche de la main qui veut le saisir. Au momeut de la ponte, en juin, la femelle pique le pétiole des feuilles avec sa trompe; celles-ci se flétrissent et se ramollissent. Elle en prolite alors pour les rouler en cigare, eu

Feuille de vigne roulée par l'attelabe.

Feuille de vigne attaquée par retunolpe.

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les pliant et repliant sur elles-mêmes. C'est dans ces feuilles qu'elle dépose ses œufs au nombre de deux ou trois. Ces feuilles, qui se dessèchent et restent suspendues aux bourgeons, doivent être enlevons et brûlées. On détruira également un grand nombre de ces insectes en employant, pour les ramasser, les appareils indiqués pour l'eumolpe.

Altise bleue de Dunal, allica oleracea de Geoffroy, altise des potagers. — C'est encore un petit coléoptère connu, dans quelques vignobles, sous les noms de barbeau, puceau. Il commence à paraître à la fin d'avril, et s'attache aux jeunes bourgeons et aux grappes, dont il ronge le pédoncule. Il s'accouple vers la fin de mai; quinze jours après*, il dépose ses

œufs sur le revers des feuilles, et, dans les derniers jours de juin, la larve éclot sous forme d'un petit

ver, qui rouge les feuilles.

On ne connaît, jusqu'à présent, d'autre moyen de détruire cet insecte que de lui faire une chasse opiniâtre. Lorsqu'il est à l'état parfait, on se sert pour cela des appareils indiqués plus haut pour l'eumolpe.

Hanneton commun (scarabœus meloloniha. Lin.). — Cet insecte cause aussi de graves dommages à la vigne. — Ce sont ses larves, connues sous les noms de man, ver blanc, turc, que redoute surtout le vigneron, parce qu'elles dévorent les racines. Il n'y a d'autre moyen de combattre la multiplication dâ

cet insecte que de le détruire, soit à l'état de larve, soit à l'état pariait.

Les larves doivent donc être enlevées avec soin lorsqu'elles sont ramenées à la surface du sol par les labours appliqués au vignoble.

Quant aux insectes parfaits, il y aura utilité a les faire recueillir sur les arbres qui avoisinent le vignoble ; on obtient ce résultat en ébranlant fortement ces arbres dès le matin, lors du premier développemont des feuilles. Les larves restant dans le sol pendant trois ans, cette opération ne sera répétée que périodiquement.

Certains animaux font aux. hannetons une guerre acharnée ; tels sont la chauve-souris, la corneille, le hibou, la chouette, cpii dévorent ces insectes à l'état parfait; puis la taupe, qui se nourrit des larves. Il conviendra donc de ne pas détruire ces animaux dans les localités infestées par les hannetons.

[.apyralede ta vigne, connue aussi par les vignerons sous les noms de teigne de la vigne, ver de la vigne, ver coquin y est incontestablement l'un des iusoctes qui font le plus do ravages dans les vignobles. Ce lépidoptère parait deux fois chaque année, à l'état de larve ou de ver ; on le voit d'abord à l'époque de la floraison. A ce moment sa larve dévore les feuilles et les jeunes grappes, qu'elle enveloppe de nombreux fils soyeux. On l'observe ensuite, à l'au tourne, entre les grains de raisin, qu'elle enveloppe encore de fils de soie ou même à l'intérieur des grains. Ces larves passent l'hiver dans des coques soyeuses appliquées sous les vieilles écorces gercées, ou dans les fentes des vieux éclialas. Elles se transforment, en avril ou mai, en petits papillons d'un blanc jaunâtre. Ces papillons déposent leurs œufs, en juillet, sur le tissu soyeux, qui recouvre les grappes.

On a conseillé les trois moyens- suivants pour détruire cet insecte redoutable : 1° Pendant la végétation, enlever avec soin et brûler toutes les grappes entourées de fils soyeux, ainsi que les feuilles roulées ou déformées; pendant l'hiver, passer tous les échalas au four, afin de détruire les œufs ou les larves qui y seraient attachés, puis enlever les vieilles écorces et la mousse qui couvrent la tige du cep» L'ensemble de ces opérations donne, à coup sûr, de bons résultats; mais ils sont incomplets et laissent toujours sur la tige quelques œufs ou quelques petites larves qui, au moyen de deux générations qu'elles peuvent fournir en une année, ne tardent pas à infester de nouveau le vignoble.

2° Ou a tenté avec succès d'échauder les ceps avec de l'eau bouillante. Celte opération, imaginée par M. Raclet de Uomauèehe, este» usage dans quelques vignobles et notamment dans le Beaujolais, où l'on a pu, à l'aide de ee procédé, détruire la pyrale qui y a exercé de grands ravages pendant plusieurs années 1 . Do Bueijil.

1 Sous ne reproduisons pas le chapitre que M. Du Ikcuil consacre au phylloxéra ; il nous suffira de renvoyer à ce sujet le lecteur au lome I" Je la JSalure.

CHRONIQUE

Mort d'un gymnaste aérnnante. — Le plus jeune des frères Braguct vient de périr, comme son aîné, à la suite d'expériencesfailes avec une montgolfière perdue, sous laquelle il se suspendait à l'aide d'un trapèze. Cernaiheureux avait déjà procédé plus de trois coati fois à cet exercice hasardeux, et qui devait finir par une catastrophe. En effet, la montgolfière étant abandonnée à elle-même, l'aéronaute qui s'y trouve ne peut ralentir sa chute qui tient à la vitesse avec laquelle l'air chauffé avant le départ perd sa quantité de clialeur. Le frère aîné s'était tué parce que la descente avait été trop rapide. Le frère cadet a eu une mort encore plus tragique, car il a abandonné son trapèze pendant qu'il se trouvait en l'air, à une hauteur que l'on évalue à 4110 mètres. Le malheureux est tombé verticalement. Il remuait les bras et les jambes comme s'il essayait de marcher eu l'air. La chute a eu lieu sur le toit en tuile d'une maison d'où il a rebondi sur la rue, où son cadavre acte ramassé dans un étal de mutilation hideuse. Les ordonnances de police exigeant que les acrobatesaéronautes s'accrochent avec une corde de sûreté, garnie d'un porte-mousqueton, n'avait pas clc suivie. C'est une précaution que les gymnastes, par suite d'un amour-propre mal placé, se refusent presque toujours à prendre. Ou comprend que ces sinistres multipliés rendent la police, ù juste droit, soupçonneuse lorsque l'on propose des expériences dans lesquelles la science n'a rien à gagner, el que l'on ait refusé, à un homme volant français qui devait opérera Paris, les autorisations nécessaires.

Les pyrites, mines de soufre. — M. Lairiy a récemment donné à la Société d'encouragement quelques renseignements fort curieux au sujet des pyrites de fer (sulfure de fer) aujourd'hui si utiles aux arts chimiques. Il a fait hommage à la Société, au nom do M. Kuhlmami fils, d'une note Sur quelques mines de Norwége qui a un assez grand intérêt à cause de la consommation que, dans tous les pays, l'industrie des produits chimiques fait des pyrites qui sont maintenant la source la plus abondante du soufre, l'un des agents les plus importants de nos fabriques. M. Lamy a rappelé à ce sujet qu'on fabrique maintenant en Europe, 820,001) tonnes d'acide sulfunque par an, pour lesquelles il faut environ 800,000 tonnes de pyrites. Avant 1840, les rares mines de soufre, en tète desquelles il faut mettre celles de la Sicile, suffisaient pour alimenter les fabriques; mais, depuis cette époque, elles sont devenues tellement insuffisantes, qu'on a été chercher partout des pyrites, qui contiennent près de la moitié de leur poids do soufre et qui, brûlées dans des fours spéciaux, ont fourni l'acide sul.'ureux nécessaire à nos usines. Les mines principales de cette précieuse matière sont : Saint-Bel près de Lyon, lluelva en Espagne, diverses exploitations près d'Alais, d'autres moins importantes en Allemagne et en Belgique, 'fous ces gîtes ont été exploités, et, malgré cela, le prix du soufre a été assez élevé pour qu'on eût un grand intérêt a régénérer le soufre des marcs de soude.

I.a crémation dus cadavres. — Au moment où la question des cîmelières et des enterrements préoccupe si vivement le public, il est intéressant d'annoncer que la municipalité de la ville de Vienne (Autriche), sur l'avis de son conseil d'hygiène, a décidé que l'essai de la crémation des cadavres auiait immédiatement lieu, suivant le système qui a complètement réussi à Leipzig. Coin me il

meurtà Vienne, chaque année, 20,000 individus, ses édiles comptent sur une économie très-importante, tout en obtenant une salubrité inaccoutumée. On a proposé encore, aux Étals-Unis, plusieurs systèmes de crémation, et l'un d'eux quia spécialement attiré l'attention des médecins, semble devoir être adopté, au moins à titre d'essai, dans quelques provinces des Etats-Unis.

Ile l'utilité de*» itiucliîites. — Nous extrayons In passage suivant du nouvel ouvrage de M. Hcnier sur l'Impôt sur le Capital :

« Homère dit 51. Menicr, nous montre douze femmes esclaves, brovant entre deux pierres le grain destiné à la consommation de chaque jour. Ces douze femmes, si mal nourries qu'elles fussent, consommaient une grande partie du blé qu'elles broyaient. Une femme ne pouvait fournir de farine que pour vingt-cinq personnes. Il y avait donc absorption énorme du capital circulant pour 'obtenir un faible résultat. Aujourd'hui, le moulin de Saiiil-Maur a quarante meules, surveillées par vingt ouvriers, qui réduisent en farine 720 hectolitres de froment, de quoi alimenter 72,000 hommes. Actuellement, un ouvrier peut donc fournir de la farine à 3,f>00 personnes. Du temps d'Humère, il eùl fallu 144' ouvriers. I.a machine donne donc à chaque ouvrier la puissance de 144 hommes. Si l'on devait faire à la main tout le filé de coton que fabrique l'Angleterre en une année, au moyen de ses métiers selfocling ou automoteurs qui portent jusqu'à 1,000 broches, c'est-à-dire font 1,000 fils à la fois, il faudrait 91 millions d'hommes, soit la totalité de la population de la France, de l' Au (riche et de la Russie réunies. Une femme habile à tricoter fait 80 mailles par minute ; avec le métier circulaire elle en fera jusqu'à 480,000. La machine donne donc à une femme la puissance de G, 000 Ouvrières, »

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 31 août 1874, — Présidence de M, i>e Fayt.

L'influence des vacances se fait de plus en plus sentir. Peu d'académiciens, peu de public, encore moins de communications intéressantes. La correspondance, dépouillée par M. Élis de Beaumont, ne contient guère que des pièces relatives au phylloxéra et que le secrétaire se dispense d'analyser. Pour occuper le temps, on donne des nouvelles de deux membres en ce moment malades. M. Regnault, retiré depuis huit mois environ à Auteuil, va de mieux en mieux, et l'on peut espérer de le voir prendre part aux travaux de l'académie. M. Serre t, frappé à Strasbourg d'une congestion cérébrale avec hémiplégie incomplète, est dans un état qui plonge encore sa famille dans l'inquiétude.

Influence de l'imagination. — Il y a peu de temps, un médecin romain prétendit que de forts aimants plongeaient les personnes nerveuses dans un état de trouble extrêmement pénible et attribuait au magnétisme la cause de ce phénomène. M. Yolpicelli, savant physicien très-connu, reprit l'examen de celle question intéressante et adresse aujourd'hui le résumé de ses observationr. Sa conclusion est que le magnétisme n'est pour rien dans l'affaire et que le trouble conslaté, qui est d'ailleurs très-réel, est dû à l'imagination du sujet nerveux. Mettez les aimants les plus forts du monde près de celui-ci, mais de façon qu'il ne s'en doute pas, et il n'éprouvera aucun effet. Au contraire,

approchez-en des barres non aimantées, mais qu'il prendra pour des aimants, et aussitôt les phénomènes décrits se développeront.

A cette occasion, M. Chevrcul a rappelé avec beaucoup de détails les intéressantes expériences qu'il a publiées il y a déjà vingt ans sur le pendule explorateur. C'est une masse métallique suspendue à un fil fin et qui se meta osciller vers certains sens supposés à l'origine être ceux où se trouvaient des substances déterminées et dont la présence était ainsi décelée. Mais M. Chevreul reconnut que le pendule n'oscille que si la personne qui le lient peut en même temps le voir: si les yeux sont bandés, aucun mouvement ne se produit, et on doit en conclure que le désir de voir celui-ci se manifester, pousse l'opérateur à donner à son insu la très-légère impulsion nécessaire à son développement.

Poissons sahariens. — On sait que les puits artésiens du Sahara fournissent des poissons. Une étude superficielle de ceux-ci y avait fait reconnaître des poissons ordinairement marins, et on avait voulu y voir la preuve de l'ancien séjour de la mer dans ces régions. M. Gervais montre aujourd'hui que ces poissons, au nombre de deux, appartiennent aux genres Altjtjéncs et Cyprinodon, qui sont essentiellement fluviatiles ou lacustres. Le premier se retrouve dans le Nil, et l'autre est représenté dans les formations lacustres de l'époque tertiaire de l'Amérique et des plàtrieres de Paris.

Prismes. — Par l'intermédiaire de M. Desains, M. Hofmann présente des prismes d'une forme nouvelle destinés à rendre de grands services à la spectroscopie. Us sont plus courts que les prismes ordinaires et leur champ est beaucoup plus considérable.

Tourbillons solaires. — Résumant ses travaux sur les taches solaires, que M. Sccchi attaque si vivement, M. Faye montre que les mouvements en apparence si tumultueux de la surface du soleil en comprennent cependant un grand nombre dont la loi est dès maintenant connue. Eu effet, toutes les fois que dans un courant horizontal il se présente des différences de vitesse latérale, il en résulte un double mouvement oscillatoire vertical dont la branche descendante a une figure géométrique et la branche ascendante au contraire une figure tumultueuse. Une fois celte loi nullement établie et généralisée pour le globe terrestre, comme elle ne dépend pas de la température, on peut l'appliquer au soleil. Or, celui-ci présentant des mouvements horizontaux avec inégalité de vitesse, on doit s'attendre à y trouver, et on y trouve en effet, des mouvements descendants de forme géométrique; ce sont les trombes ou taches, et des mouvements ascendants tumultueux, ce sont les protubérances.

Stamsla.5 JIkumer.

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