‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 121 sur 229 · PAR M. C. FLAMMARION · texte numérisé non relu

PAR M. C. FLAMMARION

Après avoir commencé à dire quelqu ^s mots de l'étonnante et dramatique ascension de notre ancien compagnon, l'intrépide Duruof, revenons vers notre collaborateur et ami Camille Flammarion, qui vient d'exécuter un voyage moins émouvant, mais dont l'intérêt n'est pas moins digne de notre attention. La première originalité de cette pérégrination nocturne et aérienne, est d'avoir été un voyage de noce. No scmble-t-il pas logique, en effet, de se rapprocher de l'astre des nuits pour inaugurer la lune de miel?

La seconde particularité de l'ascension, — et c'est sur celle-là que nous devons insister spécialement — est la magnifique et rare observation de quatre courants aériens superposés, se mouvant dans des directions différentes.

De 100 mètres à 400 mètres, le vent se dirigeait sur le sud-est, de 500 mètres à 700 mètres, vers le sud; de 800 mètres à 1,100 mètres, vers le sudouest; de 1,100 mètres à 1,200 mètres, vers le nord-ouest; au-dessus de 1,600 mètres vers le nordest. N'avions-nous pas raison d'appeler l'attention sur ces fleuves de l'air qui roulent leurs ondes à différents niveaux, dans le sein de l'atmosphère? Quelle importance présentent en effet ces observations, qui échappent au météorologiste plongé dans les basfonds de l'Océan aérien, et que l'acronaute seul peut entreprendre d'une façon réellement efficace.

Les voyageurs, M. et Madame C. Flammarion, et M.E. Flammarion, frère de l'astronome, conduits par l'habile Jules Godard, ont pu ainsi choisir leur route exactement comme s'ils menaient un tilbury. Emportés d'abord par les vents inférieurs, ils se dirigent à 6 h. 40 m. de soir, vers Chcnevières, puis ils montent un peu plus haut, et planent sur le parc de Gros- Bois, puis sur la forêt de Sénart, puis ils reviennent sur Paris qu'ils traversent au milieu de la nuit. Ils se laissent enfin entraîner par le courant supérieur, et arrivent en Belgique, où ils contemplent le lever du soleil après avoir, douze heures auparavant, admiré le spectacle de son coucher, non loin de notre

belle capitale. Panoramas grandioses, nuages éclatants, dorés par les rayons do la lune, ombres du ballon, enveloppées de l'auréole aux sept couleurs de lu rc- en-ci el, rien n'a manqué au voyage des nouveaux époux. Gasto.-n Tïssaniher.

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