LE BOOMERANG
Nous avons déjà parlé des expériences curieuses qui ont été exécutées à Saint-Germain, sur l'emploi des armes et des machines de guerre romaines , devant les membres de la Société d'anthropologie '. La Revue (i anthropologie a récemment étudié, à ce sujet, l'action des armes de certaines populations sauvages , et a cru devoir appeler spécialement l'attention sur le boomerang , ce curieux projectile à ricochet qui revient sur luimême api es avoir atteint le but, et qui a souvent excité rétonnement des explorateurs en Australie. Le boomerang paraissait être une arme spéciale aux Australiens , on sait aujourd'hui qu'il était connu des anciens Egyptiens ; M. C. C Parry l'a encore retrouvé chez les Indiens Mogui-Pueblo, de l'Amérique du NorJ. Cette curieuse tribu s'adonne à l'agriculture ; entourée
de déserts, elle a conservé les habitudes et la manière de vivre anciennes. Parmi les coutumes conservées on doit noter l'usage, pour la chasse au lapin, d'un instrument ressemblant au boomerang. Cet instrument consiste en un morceau de bois dur aplati de chaque côté jusqu'à l'épaisseur d'un demi-pouce, d'une largeur moyenne de deux pouces, recourbé vers le milieu de sa longueur sous ui\ angle obtus de 150 degrés, garni, d'une poignée à chape extrémité. Cette arme est lancée par un mouvement rotatoire, le chasseur vise les pattes du lapin quand il saute, et ne manque pas de les lui casser, s'il est habile.
M. Lane-Fox a de son côté récemment publié de très-curieux détails sur l'arme australienne 1 . « Le
1 Voy. la Kature, n' G'j (15 août 1874), p. 174.
* Proceedingx of (fie American Association fur the advanement of science. 1872. — Ilcoue d'anthropologie, u" 1 et 2, 1874.
Bo.niieiaiig* et bouclier australiens,
retour sur lui-même de cet instrument, dit le savant an thropologiste, a été grandement exagéré. Tous ceux qui ont assisté à son emploi par les indigènes, s'accordent à dire que sa portée de retour est tièsaventurée. Quiconque se donnera la peine d'opérer comparativement avec les différentes formes de. celte arme se convaincra que le principe essentiel du boomerang réside dans sa courbe et sa forme aplatie, qui permettent de !c lancer avec un mouvement de rotation augmentant l'étendue et la tension de la trajectoire. Je me suis exercé avec les boomerangs de divers peuples. J'ai fait faire un modèle de celui des anciens Égyptiens qui est au Musée britannique
et m'en suis servi pendant quelque temps. J'ai trouvé que parfois je pouvais allonger sa portée de 50 à 100 pas, c'est-à-dire au delà de ce que je pouvais jeter un bâton de même dimension avec quelque justesse. Je réussis enfin à le faire revenir sur lui-même, de façon que l'arme, après avoir été à 70 pas en avant, revenait à 7 pas de la place que j'occupais. Ceci juge la question de l'identité du boomerang égy ptien ; su réalité il travaille mieux que celui des Australiens, car beaucoup parmi ces derniers diffèrent par la forme, le volume et le poids, et un grand nombre même ne peuvent revenir sur eux-mêmes.
L'efficacité du boomerang est tout entière dans son mouvement de rotation, de sorte qu'il atteint un oiseau au vol, et le renverse par ses pointes qui tournent. Un boomerang lancé de J 'autre côté d'une rivière peut revenir au point de départ. »
Certains voyageurs, notamment le major Slitchcll, dans son ouvrage sur la Nouvelle-Galles du Sud, rap portent qu'un aborigène peut lancer le boomerang par-dessus un arbre et frapper un objet qui se trouve derrière cet arbre.
Parmi les récils qui sont dus à d'autres explorateurs, il eu est un grand nombre qu'il faut ranger au nombre des fables grossières; tels sont ceux qui se rapportent à des ennemis frappés derrière le guerrier armé du boomerang. M. l.ane Fox n'hésite pas à les considérer comme les fruits d'erreurs ou d'exagérations qu'il rejette énorgiquemeiit.