‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 123 sur 229 · LA CRISTALLISATION DU VERRE · texte numérisé non relu

LA CRISTALLISATION DU VERRE

Un jeune ingénieur de l'Ecole centrale, M. G.-L. Videau, chargé par M. Chagot d'organiser une verrerie à bouteilles à Blanzy (Saône-et-Loire), avec le concours de M. Clémandot ingénieur civil, dont le nom est depuis longtemps attaché aux progrès de la verrerie et de la cristallerie, a remplacé les creusets habituellement employés, par un four à cuvette de grande dimension, et chauffé au gaz. À la suite d'un accident bien explicable par cette innovation, ce nouveau four fut mis hors l'eu : M. G.-L. Yideau lit tirer le verre encore fluide dans les parties déclives de la cuvette, et il mit à découvert de magnifiques géodes cristallines, qui avaient pris naissance pendant le refroidissement de la masse vitreuse. M". Videau sup-

posa, non sans raison, que de si rares produits étaient clignes d'un examen attentif, et d'une étude sérieuse; il les apporta à M. Eug. Péligot, avec l'eau mère qui les avait produits, et avec des fragments d'une bouteille confectionnée à l'aide de ce mêm; verre dans les conditions normales. M. Péligot vient de tirer de ces documents, des faits nouveaux et des observations d'un grand intérêt tant au point de vue de l'industrie du verre que de la cristallographie.

« Les cristaux, dit M. Eug. Péligot, ont pris naissance d'abord aux angles du four, dont la corrosion, pur la matière vitreuse, avait fait des points saillants; ils se sont ensuite développés sur toute la surface, en formant une croûte qui est restée solide après la décantation du verre à la poche. Us diffèrent beaucoup, par leur aspect et pat* leur mode de formation, de tous les échantillons de verre dévitrifié qua j'ai

ÉÉSSÉfcSÉËfe

Echantillon de verre cristallisé. (D'après une photographie).

vus jusqu'à présent ; ceux-ci sont tantôt opaques, homogènes ayant l'aspect d'une poterie : c'est la porcelaine de Néaumur; tantôt sous la forme de prismes aiguillés ou demamclons blancs emprisonnés dans le verre qui les a fournis, et dont il est impossible de les séparer complètement. Les cristaux que reproduit la figure ci-dessus sont entièrement isolés, sans mélangede verre transparent; ce font des prismes, ayant quelquefois au delà de 20 à 30 millimètres de longueur. Ils se sont produits dans les mêmes conditions que les cristaux de soufre et de bismuth, que nousneparons si facilement dans nos laboratoires d'avec la matière encore liquide dont ils proviennent; avec cette différence toutefois que celle-ci est de même nature que les cristaux fournis par ces deux corps, tandis que pour le v;rre, c'est précisément cette question d'identité qu'il importe d'établir ou d'infirmer. l »

1 Comités rendus de l'Académie des sciences, i" scmr^tre 1814. — Nous de"ons la gravure qui accompagne notre

M. Péligot rappelle succinctement les travaux qui ont été publiés sur la dé vitrification depuis Réaumur et résume les deux opinions actuellement en présence sur ce curieux phénomène : « L'une consiste à admettre que la dévitrification est due à un partage des éléments vitreux qui donne naissance à un silicate défini, cristallisant au sein de la masse restante, celle-ci ayant, par conséquent, une composition qui n'est pas celle des cristaux ; dans l'autre opinion, le verre dévitrific est de môme nature que le verre transparent ; ii est le résultat d'une simple modification physique, analogue à celle de l'acide arsénieux transparent qui devient opaque avec le temps. En constatant que le verre en se devitrifiaut ne change pas de poids, on a cru donner à cette interprétation des faits observés une valeur considérable. »

L'analyse des trois produits vitreux de ftlanzy ; verre dévitrifié, eau mère, verre normal , ne confirme

notice à l'obligeance de M. E. Péligot, de l'Inst'.tut, secrétaire de la Société d'encouragement.

LA N AT LUE

pas cette dernière opinion. Le verre cristulli se diffère des deux autres produits ; la soude y fait presque entièrement défaut; la magnifie s'y trouve en phi:forte proportion. Ces résultats intéressants obtenuepar 31. Péligot confirment les anciennes expériences exécutées sur le même sujet par M. Dumas.

Les Cristaux de verre de Blalizy ont été soumis à l'examen de M. des Cloizeaux, qui les a étudiés au point de vue cristallographique; ils ont la forme du pyroxène, c'est-à-dire celle d'un prisme oblique, presque droit.

Les expériences de IL Péligot, que nous regrettous de ne pouvoir exposer plus longuement, ont encore un caractère technique qui touche à la fabrication même du verre, et que nous ne duvoiib pas passer sous silo née. « Je ne nie en aucune façon, dit en concluant, le savant chimiste, que tous les verres puissent se dévitrifier...; j'estime néanmoins que les verres riches m chaux et en magnésie sont ceux qui se décomposent le plus facilement. »

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