‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 127 sur 229 · PAYS D'EXTRÊME ORIENT · texte numérisé non relu

PAYS D'EXTRÊME ORIENT

Depuis l'ouverture du canal de Suez les communications avec l'Asie, devenues plus faciles, se multiplient rapidement. Le Japon a presque réussi actuellement à entrer dans la communion des nations européennes et à se faire accepter comme État civilisé. Ce que le Japon recherche, la Chine le subit. L'une des choses imposées par le traité de paix a été la présence d'un corps diplomatique à Péking et la plus récente victoire morale des Européens a été, à partir de l'an dernier, la réception, par le Céleste Empereur, des représentants de la France, de l'Angleterre et de la Russie.

Pour en réduire à ce point l'orgueil du Fils du Ciel, il a fallu l'état de misère profond dans lequel les insurrections successives des Taepings, des Niemplicïs et des musulmans du Yunnan ont réduit l'empire. Ces révoltes ont presque invariablement pour origine, comme M. Sachot l'indique avec sagacité, des fouîmes qui éclatent dans la moitié occidentale de l'empire. En effet, laChiue propre est divisée, du sud au nord, en deux: parties presque égales d'une superficie de plus de deux millions de kilomètres carrés chacune (soit plus de quatre millions pour la Chine entière 8 , non compris les États tributaires). Avec ceux-ci la population totale de l'empire chinois s'élève à quatre cent vingt-cinq millions d'habitants et sa superficie à dix millions deux cent, qualre-vingt dix mille kilomètres carrés ; vingt fois la superficie de la France.

Mais, tandis que la région orientale ou maritime, admirablement cultivée et possédant un sol d'une extrême fécondité, nourrit trois cent vingt-cinq millions d'habitants, les quatre cinquièmes de la population chinoise; la moitié occidentale ou intérieure, extrêmement aride, ne peut faire subsister, par ses propres ressources, les quatre-vingt-cinq millions d'individus qui la peuplent ; et ceux-ci ne peuvent en partie vivre qu'à l'aide des importations des provinces de l'est dont les produits agricoles s'échangent contre les produits miniers abondants dans la région occidentale. Aussi, quand la maigre récolte vient à manquer, les ressources de l'importation libre seraient insnlfisantes et trop lentes pour conjurer la famine et la révolte, l'État ouvre les greniers publics de la capitale provinciale et des provinces adjacentes. Ces greniers d'abondance, servant également à l'alimentation des indigents, sont remplis par le riz provenant de l'impôt en nature du dixième de la récolte prélevé par le gouvernement et transporté dans les greniers impériaux par les jonques, dont l'une des gravures, que nous empruntons à l'intéressant ouvrage de M. Sachot, nous représente l'aspect.

' Pays d'extrême Orient — Siam — Indo-Chine centrale — Chine — Corôr. — Fleuve Amour, par M, Octave Sachot. 1 vol. in-8° ne '222 pages, avec. 8 gravures. — Paris, Sarht,! 874.

* Par suite d'un lapsus calami, l'auteur donne des chiffres île moitié trop faibles, nous les rectifions.

L'empire chinois se disloque comme l'empire turc. Depuis quelques années de vaslcs territoires de la Mongolie et de la Mande-houne, jusqu'à la frontière de Corée et y compris les îles Tsou-sima (entre cette presqu'île et le Japon), ont été annexés à la Sibérie ; la Dzoungarie et le Turkestan oriental ont reconquis leur indépendance et les autres pays tributaires, Tliibet et Corée ne sont plus reliés à la Chine que par un lien de vassclagc à peine égal à celui qui unit la Roumanie et la Serbie à la Turquie.

Si les Européens ont vu j'ouvrir dev.iit eux dans ces dernières années les portes de la Chine et du Japon, ils ont jusqu'à présent échoué en Corée. C'est en vain que les Russes en 1 S G T> , les Fiançais en 1865, li»s Anglais en 1866 également, les Américains en

1871 ont essayé d'obtenir l'ouverture des ports coréens à notre commerce. Les expéditions militaires n'ont pas eu plus de succès que les missions diplo- : matiques et commerciales et si les escadres française et américaine, en 18li6el 1871, ont pu sans difficulté remonter la riviè. e qui conduit à la cnpilale, Séoul, l'une et l'autre ont échoué quand elles ont voulu atteindre la ville elle-même; les seuls blancs qui ont pénétré dans cette péninsule, habitée par neuf millions d'habitants, et couvrant une superficie de '237,000 kilomètres carrés (presque autant que l'Italie), sont les missionnaires français arrivés en 1857 qui, deux fois depuis, ont teint de leur sang la farouche contrée qu'ils évangélisent.

A nu moment les missionnaires auraient pu diriger

Jonque chinoise portant l'impôt ilu riz.

les affaires extérieures de la Corée, ils ont laissé échapper cette occasion et ont payé de leur vie cette faute. L'évêque de Siam a été plus habile que l'évêque de Corée, il est devenu le véritable ministre des Affaires étrangères du cabinet de Bangkok et, grâce à cette situation, il n'est pas de pays où la religion catholique soit plus librement professée et plus complètement acceptée. Aussi le souverain de Siam, le premier roi, a-t-il obtenu, grâce au concours de l'évoque français, que la frontière entre Siam et le Cambodge, que nous protégeons, passât par le milieu du lac Tonle-Sap comme le désirait la cour siamoise.

Malgré les difficultés diplomatiques, les blancs sont bien vus à Siam, et le roi admet assez volontiers les voyageurs de distinction dans son magnifique palais, dont nous reproduisons l'aspect extérieur, d'après le livre de M. Sachol. M. de Beauvoir a visité

cette résidence royale et il en est resté comme ébloui. Nulle part le luxe asiatique, le scintillement de l'or, de l'argent, des miroirs, des faïences, des cristaux de couleur, se ré Hélant sur les costumes d'écarlate et de brocart n'a plus complètement mater alise le tyranuique symbole des gouvernements primitifs qui condensent la grandeur d'un peuple dans le faste de son chef.

La prospérité de Siam est d'ailleurs réelle, l'or et l'argent abondent ; la terre produit presque sans travail les produits les plus précieux des pays chauds et les Siamois, grâce à leur climat, peuvent réduire à très- peu de chose les besoins de première nécessité et les satisfaire avec la moindre dépense. Des guerres heureuses, après avoir chassé les Birmans, ont considérablement étendu le Siam aux dépens de la presqu'île de Malacca, du Cambodge et du Laos. Actuel-

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