‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 146 sur 229 · LA. POPULATION DE LA TERRE · texte numérisé non relu

LA. POPULATION DE LA TERRE

Depuis déjà deux siècles on essaye de supputer la population de la terre, et, [tendant longtemps, les évaluations ont été purement arbitraires, fondées sur de simples conjectures sans base méthodique. Dès 1672, Uiceioli attribuait déjà à la terre un milliard d'habitants, dont cent millions pour l'Europe, cinq cents pour l'Asie, cent pour l'Afrique, deux cents pour l'Amérique, cent pour l'Océanie. Sauf pour les deux dernières parties du monde, dont la population était exagérée, Uiccioli avait peut-être deviné plutôt que calculé assez juste; mais son total était si absolument hypothétique que, quelques aimées plus tard, en 1685, Yossius le réduisait arbitrairement de moitié, et, sur les cinq cents millions d'habitants dont il peuplait notre monde, il n'accordait que trois cents millions à l'Asie et seulement trente millions à l'Europe !

Ces oscillations se perpétuent : au siècle suivant, Struyck ne donne encore à notre globe qu'une population d'un demi-milliard, en 4740; pendant que Sùssmilch, en 1761, la porte à un milliard quatrevingts millions.

Après les guerres de la fin du siècle, en 1804, Volney essayant de serrer la question de plus près, donne des chiffres fractionnaires au lieu de nombres ronds; mais, entraîné par les exagérations supposées de ses prédécesseurs, il tombe dans l'excès inverse et diminue beaucoup trop la population de la terre, qu'il évalue seulement à 457 millions (Europe, 142; Asie, 240; Afrique, 50; Amérique, 20; Océanie, 5 millions d'habitants). Malgré leur précision apparente, ces chiffres étaient beaucoup trop faibles, comme les déterminations ultérieures positives l'ont prouvé; mais pendant longtemps, ils influent sur l'esprit des statisticiens et des géographes qui sous-évaluent tous les chiffres. Malte-Brun, en 1 810, accorde seulement encore 640 millions d'habitants à la terre, et Balbi, en 1838, n'élève pas le chiffre au-dessus de 757 millions.

Cependant, d'une part, la paix règne, le travail

et l'industrie se développent, la population s'accroît rapidement; de l'autre, tous les gouvernements d'Europe et d'Amérique font exécuter dans les métropoles et les colonies des recensements de plus en plus exacts; les récits des explorateurs nous permettent de nous faire une idée moins incomplète de la population de l'Afrique; enfui, les voyageurs, les missionnaires et les consuls se procurent le résultat des recensements faits en Asie (pour l'établissement des taxes) par les gouvernements indigènes. Aussi, en 1843, Berghaus sort enfin du cercle vicieux où l'on tournait depuis le commencement du siècle, et donne 1,27'J millions d'habitants à la terre (Europe, 29(5; Asie, 652; Afrique, 275; Amérique, 47; Océanie, 2 millions d'habitants). Toutes les recherches récentes ont confirmé l'exactitude générale des chiffres de Berghaus, un peu forts seulement pour l'Afrique et l'Kurope. S'il y a çà et là des diminutions, l'ensemble de la population terrestre augmente sans cesse. En 1859, Dieterici l'évaluait à 1,288 millions. M. Behm, qui s'occupe spécialement de ces questions, l'a fixée à 1,550 millions en 1800; aveu M. Wagner, il l'a trouvée de 1,377 millions en 1872; enfin, eu 1873, ces deux savants statisticiens allemands l'évaluent à 1,591 millions d'habitants, dont 500,550,000 en Europe, 798,220,000 en Asie, y compris la Malaisie, 205,300,000 en Afrique, 84,542,000 en Amérique, 4,438,000 en Océanie.

Maintenant, si l'on tient compte de la préoccupation constante de MM. Behm et Wagner de ne pas exagérer, du soin qu'ils ont pris de réduire le chiffre de la population partout où des épidémies ou des guerres ont semblé le rendre nécessaire; si l'on ajoute que, dans beaucoup de pays où le peuplement est rapide, les recensements dont les résultats ont été totalisés remontent déjà à quelques années; enfin, qu'un certain nombre de marins et autres voyageurs, ainsi que d'individus habitant des points difficilement-accessibles, échappent au dénombrement, on jugera que la population totale de la terre, au milieu de la présente année 1874, peut être fixée à ql'atouze ceht millions d'êtres humains, dont huit cent millions, plus de la moitié, habitent l'Asie, plus de trois cent millions l'Europe, plus de deux cen's millions l'Afrique, cinq millions l'Océanie, et le reste, près de quatre-vingt-quinze millions, l'Amérique.

La population terrestre atteindra probablement au moins le chiffre d'un milliard et demi à la fin du siècle. Il n'y a qu'à se réjouir de cette progression, preuve d'une augmentation de bien-être et de durée de la vie moyenne, et source à son tour d'un surcroît de prospérité, car Leuwenliœck calculait déjà, en 1722, que si toute la terre était peuplée et cultivée comme les Pays-Bas l'étaient à cette époque, notre globe nourrirait plus de treize milliards d'habitants.

INous pouvons croître et multiplier suivant l'ordre divin, qui est l'expression d'une loi naturel le, {abonne Cvbèle, aima jiarens frugum, maler virum, allaitera tous ses enfants. Chaules Boissay.

— La suite prochainement. —

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