L'EXPOSITION DES INSECTES
(Suite et fia. — Voy. p. 257. )
Quand on jette les yeux sur les innombrables insectes exposés aux regards des visiteurs, avec les résultats de leurs dévastations, on reconnaît la justesse des affirma! ions de M. Ducuing; on voit, en effet, que dans ce monde des petits, le mal l'emporte de beaucoup sur le bien. Est-il nécessaire d'ajouter que nous donnons ici un sens relatif à ces expressions, car chaque être subit fatalement ici-bas, la grande loi du combat pour l'existence; la vie de l'un ne peut être entretenue que par la mort de l'autre. Nous ne parlerons donc que du mal et du bien, au point de vue de l'homme.
Les insectes nuisibles abondent; ils existent partout en armées innombrables, qui s'élancent à la conquête de la vigne, du bois, des forêts, des fruits, des moissons. Les insectes utiles sont rares. Passons rapidement eu revue quelques-uns des premiers, en parcourant la belle collection de M. Dillon.
Voici d'abord la chenille du Machaon (Voy. gravures ci-contre) qui, en juin et septembre, dévore le fenouil et la carotte ; les chenilles des Bombyce, Paon de nuit, des Vanesse, Paon du jour, que nous
j 4 Journal des connaissances médicales, — De l'automa- | Usine de la mémoire et du souvenir, par le D r E. Mesnet; bcwlnuc in-8°. — Imprimerie F. Nul teste et C'".
LA NATUKE.
représentons à l'état de papillon, s'attaquent à nos plantes potagères et à nos arbres fruitiers. La pyrale
de la vigne fait aussi de graves ravages dans nos vignobles 1 . Voici laZy^ètie Suitoinide, dont la chenille
Chenille du papillon Machaon.
Papillon Machaon.
Chrysalide du Machaon.
*&v .niât-
Boiuhyce , petit paon de nuit.
Pyrale de vigne.
Vanesse, paon du jour.
Zygcne sjntomulc. Sirex géant.
I xposition des insectes. — Quelques insectes nuisibles.
vit aux dépens du trèfle et delà luzerne, et le terri- nord de l'Europe. Les mandibules de ces insectes
ble Sirex, dont la larve perce les bois des arbres ' ont une force qui dépasse tout ce que l'on peut ima-
verts, y creuse des canaux et y vit. des années entie- | , Voy fa Natur6i n . Wf 5 septembre 1874 . lea Maladies
res. Les Sirex abondent dans les forêts de sapin du ' de la vigne, p. 218.
Lucane cerf-volant. Courtilièro.
Quelques insectes nuisibles. (Collection Dillon.)
Fourmi-lion .
Piépre du fourmi-lion.
Larve de fourmi-lion.
Cieindèle. Abeille mâle.
Quelque» insectes utiles. (Collection Dillon.) — Exposition des insectes.
giner. En 1857 M. le maréchal Vaillant a présenté à 1 l'Académie des sciences, des balles coniques de plomb qui avaient été percées par les larves du Sirex juvencus. La larve du Sirex géant, dont nous donnons la gravure, a fait les mêmes dégâts dans les balles de plomb de l'arsenal de Grenoble.
Parmi les plus terribles ennemis du bois, nous représentons lesLaniies et les Soolytes, dont M. Dillon a exposé bs ravages parfaitement caractérisés. M. Jules Benoît a montré récemment aux visiteurs de l'Exposition, la larve vivantedu Capricorne, analogue à la Lamie; on la voyait perforer avec acharnement l'intérieur d'un tronc de peuplier. Le Lucane, cerfvolant, peut être encore cité parmi les insectes dont les larves détériorent les bois, et vivent dans les vieux troncs de chêne. On le trouvait autrefois en abondance sur les chênes de la mare d'Autcuil, pendant les chaleurs de l'été. 11 n'habite plus guère aujourd'hui le Lois de Boulogne transformé.
Parmi les échantillons de bois dévorés par les insectes, et exposés à l'Orangerie des Tuileries, nous citerons les beaux tableaux envoyés par le directeur des fonderies de Roniilly-sur-Andelle (Eure). Ils contiennent des morceaux de troncs de peupliers, criblés d'ouvertures creusées par les larves, et qui ne permettent plus à l'arbre de se tenir debout. Lu plaçant dans les orifices ainsi pratiqués du coton imbibé de benzine brute, les larves sont asphyxiées; si l'on bouche l'ouverture avec du ciment, on porte remède à ce fléau, d'une façon complète.
Une de nos gravures représente l'hydrophile, qui n'est généralement pas très-connu comme insecte nuisible, et qui figure dans la collection de M. Dillon. La larve de l'hydrophile mange les œufs de poissons. Un autre de nos dessins donne l'aspect de la Courtilière, qui, armée de sa formidable scie, ronge les racines de la plupart des plantes potagères.
Nous avons dû nous borner a choisir quelques représentants de ces dévastateurs. Jetons les yeux à présent sur les insectes utiles qui figurent pour une large part à l'Exposition. Nous reprcsentonsle fourmilion, sa larve et la façon dont il tend son piège aux fourmis et à d'autres petits insectes. Nous avons élevé nous-niême un fourmi-lion ; rien n'est plus curieux que de voir l'insecte, guetter au fond de l'entonnoir de sable qu'il a creusé, la victime qui va s'offrir à lui. Un insecte passe-t-il près de l'orifice conique, le fourmi-lion agite le sable au fond de l'entonnoir où il est enfoui, détermine un éboulemcnt qui entraîne la victime dans les pinces du patient chasseur.
La Cicindèle est encore un utile insecte qui vit dans les bois sablonneux et détruit les larves des insectes. Linnée a appelé la Cicindèle « le tigre des insectes; » elle protège singulièrement, en effet, la plupart de nos forêts. On sait que la Cicindèle se caractérise par une odeur très-prononcée analogue à la rose ou à la jacinthe.
Nous ne dirons rien de ce qui est relatif aux abeilles, si ce n'est que l'Exposition renferme un grand
nombre de modèles de ruches fort intéressants pour les apiculteurs. Nous ne nous étendrons pas non plus sur les vers à soie, et leurs produits ; contentonsnous de mentionner la belle collection de M. Bigot (de Ponloise) , qui a réuni des Bombyx-Yama-Maï et leurs produits, et celle de mademoiselle Cou mil de Lavergne, qui a exposé de fort beaux échantillons de cocons, de soie, etc., provenant des vers à soie du mûrier.
Le phylloxéra est grandement représenté à l'exposition des insectes. M. Millet a publié des cartes fort intéressantes qui montrent les progrès du développement du phylloxéra, en France, depuis dix uns. Sur une série de cartes, on voit marquées en rouge les régions phylloxérées; le rouge-grandit peu à peu, à la façon d'une tache d'huile. Citons aussi les dessins du phylloxéra du chêne, fort bien étudiés, par M. le directeur Rosier, qui a constaté les ravages de cet insecte à Klostcrneuburg (Autriche).
Terminons ce rapide exposé, en mentionnant la Mygale vivante, exposée par M. Goudolo (de Suresnes). Cette araignée formidable, qui excite la curiosité des visiteurs, a dévoré son compagnon. Elle provient d'Haïti, où elle est la terreur des oiseauxmouches.