‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 151 sur 229 · VALAIS ET TRÉSORS DE PRIAM. ARMES DES DÉFENSEURS · texte numérisé non relu

VALAIS ET TRÉSORS DE PRIAM. ARMES DES DÉFENSEURS

DE PKRGAME.

L'archéologue éminent dont nous consignons ici les principales découvertes, a rencontré, à une profondeur de 7 à 10 mètres au-dessous du sommet de la colline, un grand édifice, qu'il croit avoir été le palais de Priant; une rue pavée de larges dalles, les deux portes Scées, encore subsistantes et parfaitement conservées ; enfin, la fameuse tour d'Ilion, où Priant, accompagné de la belle Hélène et des anciens de la cité, pouvait contempler l'armée troyenne et l'armée des Grecs, rangées l'une à côté de l'autre, au pied de la citadelle de Pergame, au moment où elles avaient résolu de terminer la guerre par un combat singulier entre Paris et Ménélas.

Il faudrait un plus grand espace que celui dont je puis disposer, pour faire connaître ici, dans leurs intéressants détails, les fouilles du savant voyageur.

Qu'il me suffise dédire que c'est dans cette partie de la colline, et non loin du mur d'enceinte, qu'il a trouvé ce qu'il appelle le trésor de Priant, trésor d'un prix infini pour l'histoire, si toutefois il est bien démontré, comme nous le croyons, qu'il est parfaitement authentique.

Sans parler des poteries, qui sont ici d'une forme et d'un caractère tout différents de celles que l'on rencontre dans les couches plus profondes (de 10 à 10 mètres), nous signalerons, parmi les objets en pierre, trouvés à la profondeur de 7 à 10 mètres, des scies et des haches polies en diorite; parmi les objets en bronze, des lances, des épées, des poignards, des haches de combat, deux boucliers (àsmç ôp^otM EfTo-a), semblables à ceux qu'Homère a décrits dans l'ihade, c est-à-dire ovales, aplatis, présentant, au centre, une saillie en forme d'ombilic (ô'^a/oç), entourée d'une rainure, et, à la circonférence, un rebord haut de quatre centimètres. On sait que ces bouchers étaient recouverts de plusieurs peaux de bœuf superposées.

Les casques eux-mêmes ont été retrouvés sur la tète des guerriers qui les portaient. Bien qu'ils soient le plus souvent brisés, on y reconnaît, do la manière la plus certaine, le vâïos, où le guerrier troyen plaçait son aigrette (là-foç imcwpiç), ainsi que les deux pièces principales dont il se composait.

Armes, pointes de lances en cuivre des ruines de Troie.

Citons, parmi les objets en argent, des jattes et des gobelets d'un beau travail; et, au nombre des objets d'or dus coupes élégantes, des bandelettes de tête, des diadèmes faits avec des chaînettes recouvertes de feuilles d'olivier imbriquées, et portant, à leur extrémité libre, des idoles multiples de Minerve ilienne.

Des pendants d'oreille d'une rare élégance, et rappelant ceux des Assyriens, ou ceux que l'on trouve dans les hypogées d'Egypte; des anneaux, des bagues, des bracelets, indiquant de très-petites mains ; des perles d'or ou d'électron 1 pour colliers; des épingles à cheveux ou pour manteaux ; enfin, des boutons doubles en or, semblables ou du moins analogues à ceux dont nous nous servons pour fermer nos manchettes, complètent cet arsenal de la coquetterie, que les anciens, moins anciens qu'elle, appelaient déjà tout un monde (Jilundus muliebrisU

1 Alliage d'aivcni et d'or.

Mais l'objet, sans contredit, le plus remarquables qu'on ait trouvé dans lo trésor do Priant, est une coupe en or pur, du poids do 600 grammes. Cette coupe, en forme de saucière, est inunie de deux anses latérales, et présente deux embouchures opposées l'une à l'autre. Pur la plus étroite, l'amphytriou goûtait le vin avant d'offrir la coupe à son hôte, qui appliquait scs lèvres à la plus large. C'est là le vrai dîna; ùpfv/.\>inyiov désigné par Homère.

Tous les vases, tous les bijoux dont nous venons de parler, ont été rencontrés sur le mur dVnccintc,

à quelque distance des portes Scées et du palais do Prkm. Ils formaient un tas cubique, d'où la conclusion tonte naturelle qu'ils étaient renfermés dans une caisse en bois de même forme, dont on a même trouvé la clé de bronze: non loin delà un casque brisé, peut-être celui du malheureux qui a succombé, en voulant mettre eu lieu sur les richesses du roi.

Nous venons de nous étendre avec une certaine complaisance, sur les merveilleuses découvertes de M . Schliemann. Quelque authentiques qu'elles soient,

Objets en or et en argent du trésor de Priarri, dont une coape en or pur, à deux anses, pesaat 600 grammes.

elles ont cependant fait naître des doutes dans l'esprit de certains critiques enclins au scepticisme. De ce que les fouilles n'ont mis au jour aucun objet en fer, on a voulu que le savant archéologue américain n'avait pas eu sous les yeux les ruines de l'antique cité troyenne : car l'auteur de V Iliade parle une ou deux fois d'armes ou d'objets en fer. L'objection, je l'avoue, n'est pas sans valeur. Mais ne sait-on pas avec quelle rapidité le fer se détruit dans le sol, et ne pouvons-nous pas admettre que celui dont il est question dans Homère a subi le même sort ? Nous n'avons pas même besoin de revenir à cette hypothèse; car l'ensemble des documents fournis par M. Schliemann donne un haut degré de probabilité, pour ne pas dire une certitude entière à l'opinion

qui place la ville de Troie sur la colline de Hissarlik.

Le trésor de Priant surtout a donné lieu à des critiques un peu vives dont nous ne voudrions pas nous faire l'écho. Un de nos archéologues-paléontologistes les plus érudits a même été jusqu'à prétendre que le récit de M. Schliemann, relatif à ce trésor, est plein d'invraisemblances et d'impossibilités.

Malgré la réponse, aussi digne que péremploire, du célèbre auteur des fouilles troyennes, j'admets, si l'on veut, ces invraisemblances, ces impossibilités, en ce qui concerne le récit incriminé par l'auteur de l'article inséré dans la llevue anthropologique de Taris (t. III, n° 1, p. 172). Peu nous importe de savoir comment M. Schliemann a procédé pour déblayer et enlever le trésor à l'insu de ses ouvriers,

occupés alors à prendre leur repas du matin. Ce qu'il est essentiel de bien constater, c'est l'existence réelle des objets ligures et décrits dans l'ouvrage dont nous venons de donner une idée sommaire au lecteur. Or, ces objets sont si bien une réalité que le gouvernement turc en revendique la propriété devant la justice, afin d'en enrichir son musée de Constantinople. De quel droit donc peut-on révoquer eu doute les assertions si précises de M. Schlie-

matin, et, par cela même, celles de M. Em. Burnouf, qui a plusieurs fois assiste" aux touilles de 1 eminent archéologue, qui a longtemps étudié sa collection, qui en a vu, touché et décrit les richesses principales dans le remarquable article cité au commencement de notre Compte rendu? De quel droit suspecter la bonne foi, la probité scientifique d'un homme dont les travaux ont été exécutés au grand jour, ont duré des années entières et ont donné des résultats

boucles d'oreilles en or, .ornement de tête, et cellier en jserle d'ô? do trésor de fmm . ... '■ ,,"...'.: .'.':."•:.. .. " '.;\ .. .•-.,.: ,'..'

qu'il est facile et permis de contrôler à tous ceux qui voudront visiter la collection Scbliemann, ainsi que l'ont fait M. Emile Burnouf, directeur de l'école française d'Athène; M. le comte de Vogué, ambassadeur de France à Constantinople; M. Barthélémy Saint -Ililaire, membre de l'Institut de France; M. G. F. Newton, directeur du musée britannique de Londres, tous personnages bien connus, dont personne assurément ne sera tenté de mettre eu doute la compétence ou la véracité. Leur témoignage unanime est une garantie plus que suffisante d'authenticité, et nous croirions leur faire une grossière injure» si nous insistions daxautage sur ce point délicat.

Quoi qu'en ait pu dire une critique plus ou uioiiia bienveillante, il n'est donc pas vrai que le Trésor de Priant soit apocryphe : il n'est pas vrai que les ruines de Troie ont péri : « Etiam périsse ruinœ. »

Un antiquaire aussi heureux que zélé, un savant qui, dans l'intérêt de la science, a fait un noble usage de sa fortune, nous a montré ces ruines, plusieurs fois amoncelées, avec les trésors préhistoriques qu'elles renferment. Il a étalé à nos yeux émerveillés les armes, les instruments et ustensiles de toute sorte (eu pierre, en argile, eu os, en métal) ; les vêtements, les objets de parure des Troyens d'Homère et de leurs prédécesseurs; il nous a initié, en quel-

que sorte, à leur vie intime, à leur industrie, à leurs j arts, à leurs croyances religieuses, à leurs rites funéraires, et en nous rappelant plus d'une fois les beaux Ycrs de l'Iliade, qui donnent à ses importantes découvertes le cachet d'une indéniable authenticité, il nous a remis en mémoire cet hommage mérité, adressé par la Musc moderne au cl i antre divin de la colère d'Achille et des malheurs de Troie.

Brisant des potentats In couronne, éphémère.

Trois mille ans ont passé sur (a cendre d'Homère, Et, depuis lroi.> mille ans, Homère respecté Est jeune eneur de gloire et d'iuimorlnhlc.

IV N. Joly, de Toulouse.

CHRONIQUE

Eruption «le lave ù l'île tle la Réunion. — Le

21 juillet 1874, le critère de la Réunion a vomi, pendant vingt-quatre heures, des torrents de lave incandescente. Ces flots brûlants roulaient en fleuves de feu sur les pentes rapides de la montagne; ils s'écoulaient en cascades gigantesques formant un des spectacles lis plus grandioses, et les plus effrayants qu'il puisse être donné d'admirer. Le (louve de lave avait une largeur de 200 mètres environ, et il ne tarda pas à s'étendre jusqu'à 12 kilomètres aux environs, pour s'arrêter non loin du rivage de la mer. Au-dessus de cette immense traînée de lave, des trombes d'air chaud, des tourbillons de vapeurs et de poussière, remuaient l'atmosphère et complétaient, d'une façon terrible ce grand tableau de la fureur des éléments.

Le cyclone du 7 septembre danw 1 Atlantique.

— Le steamer la Ville-de-Paris , parti de Brest le 29 août 1874, pour traverser l'Atlantique, a été saisi le 7 septembre par un cyclone d'une violence épouvantable. Le navire a été attiré au centre du vent tournant, et il est resté pendant 12 heures dans ce cercle de tempête, désordonné*-. Les flots de, l'Océan, atteignaient une hauteur prodigieuse et se jetaient avec, un fracas terrible sur le pont de la Villedc-Paris ; quant à la force du vent elle atteignait une puissance extraordinaire. Tout ce qui était sur le pont fut arraché; la cabine du capitaine fut balayée d'une seule pièce avec tout ce qu'elle contenait: cartes, papiers, chronomètres, etc.; la passerelle démolie ; les rampes, les tringles de fer, les cuivres arrachés, tordus, roulés, brisés, comme des fétus de paille ; des embarcations emportées et leurs supports rompus ; les ventilateurs enlevés, et jusqu'au fanal planté au grand mât, à 00 pieds de haut, qui a été arraché par l'eau. Un matelot fut jeté à la mer par une lame et un officier cul la jambe cassée par le chocdune vague furieuse. Grâce à l'énergie du capitaine Dan ré la Villc-dc- Paris put sortir du tourbillon et atteindre New- York non sans de graves avaries.

Le typhon du îl A Îlong-Kong. — Le cyclone dont nous venons de parler n'est pas le seul qui ait fait sentir son action, sur la surface terrestre, pendant le mois de septembre. Le 22, un typhon, vent tournant analogue au cyclone, a balayé les environs de Hong-Kong, comme Ta récemment annoncé une dépèche. Huit navires ont été brisés, coulés ou jetés à la côte, beaucoup d'autres ont disparu. Un grand nombre de maisons ont été renversées. On évalue le nombre des morts à un millier. Les perles sont immenses.

Corps étranger» dans l'estomuc. — La République du Midi assure que l'Hôtel-Dieu de Montpellier possède à l'heure qu'il est un pendant de l'homme à la fourchette, qui a fourni tant de pâture aux chroniqueurs parisiens pendant plus d'un mois. Cette fois, il ne s'agit plus d'une fourchette, mais d'un thermomètre qui aurait été avalé dans un moment de fièvre chaude par un malheureux pensionnaire de l'hôpital. On sait qu'il n'est pas rare de voiries élèves de nos hôpitaux déposer sur les lits des malades des thermomètres qui leur servent a. chaque instant pour mesurer et comparer les diverses températures des sujets qu'ils traitent. C'est un de ces instruments oublié par mégarde, sur le lit du malade en question, que ce dernier aurait avalé.

Empoisonnement par le tlion. — On nous signale un cas d'empoisonnement assez curieux, et sur lequel la science aura à procéder a d'utiles investigations. Quatre personnes habitant la rue Canonge ont été prises de trèsviolents symptômes d'empoisonnement après avoir mangé une friture de thon. Un médecin, le docteur A..., appelé en toute hâte, a pu arrêter cet accident, qui n'aura pas de suites graves. Mais jusqu'ici il lui a été impossible d'assigner une cause certaine et bien définie aux symptômes nltservés sur ses quatre client?- Le thon n'a jamais été et n'est pas un poisson vénéneux. Tout ce qu'on peut supposer, c'est que l'animal dont la chair a produit d'aussi fâcheux effets avait absorbe et mangé d'antres poissons vénéneux, et (pie les suis capables de troubler la santé de l'homme se trouvaient encore dans l'estomac de l'animal.

Un docteur en médecine japonais. — On sait combien sont rapides les progrès que ne cesse de faire le Japon, dans la voie de la civilisation ; on n'ignore pas non plus combien sont doués d'intelligence les habitants do, ce beau pays. En voici un exemple que nous citent les journaux allemands. Un jeune Japonais, fds d'un médecin du Mikado, âgé de vingt-sept ans, et qui avait déjà fait le service de médecin au Japon, pendant une guerre, vient d'être promu, en Allemagne, au grade de docteur eu médecine après avoir passé ses examens avec beaucoup de succès. Suivant la coutume, il a adressé sa demande d'admission en latin et le doyen de la Faculté où l'élève avait étudié pendant neuf semestres, lui a répondu dans la même langue, disant: « Susum salo, tu as fait un long chemin; tu es devenu un des nôtres et tu as obtenu le grade de docteur. Mais auparavant, il est nécessaire que tu prêtes serment. » Ce que le candidat a fait sur le champ, mais en ometlant le paragraphe final, qui ne s'accorde pas avec sa religion. Auparavant, il avait défendu sa thèse, intitulée : Des différents genres de dyssenterie chez les enfants, et quatre propositions médicales, en se servant de la langue allemande.

I,e vin et la science. — Lors du magnifique dîner olfert par M. Kuhlmann, aux membres de l'Association Française, le commandeur Negri, représentant l'Italie au Congrès de Lille, a, comme nous l'avons dit précédemment, porté un toast fort spirituel. Voici les paroles qui ont particulièrement excité la gaieté : « Quelle est l'origine de cette grande civilisation que nous admirons en France? Messieurs, c'est le vin. — Vous savez dans- quel état étaient vus ancêtres quand les Romains sont venus dans la Gaule. Je ne l'oserais pas dire devant vous* mais Jules- César a parlé pour moi, Tacite a parlé, et mieux encore Velleius-l'aterculus, qui a vu les choses de près, parce que,

commandant une légion romaine, il était sur les lieux, tandis que Tacite écrivait à Rome. Les Romains ne sont pas venus avec des philosophes, avec des écoles et des sciences; ils sont venus avec des armes et ont planté la vigne d'Italie et de Grèce. Les Gaulois ne faisaient pas bonne mine aux Romains dans le commencement, niais, peu à peu, ils ont savouré le vin, ils ont imité les Romains et, pour rester tout seuls à boire, ils les ont chassés de leur pays, très-peu poliment. Dans ce vin, vous avez puisé les sciences, la verve, etc. t

1. Alsace-Lorraine en 1873. — La présidence supérieure à Strasbourg, a publié, vers la fin de l'année \ 875, la première livraison des Slati&tische Mitthcilwujen ùber Elsuss-Lotherùngcn (Documents statistiques sur r Alsace- Lorraine). Le nombre total des habitants de l'Alsace- Lorraine est de 1,517,494, sans compter les militaires. Cette population est répartie en 55(3,475 ménages habitant 205,609 maisons. La province est gardée |>ar 52,000 hommes (environ le treizième de l'armée allemande sur ! le pied de paix). Il y a, en Alsace-Lorraine, 1,223,161 ca- : Iholiques, 250,098 protestants, 2,823 adhérents à d'autres sectes, 40,812 juifs.

Suspension delà vie chez les mollusques. —

Un naturaliste américain, nous dit M. Victor Meunier dans une de ses demi ires Chvoniques scientifiques, raconte ([n'ayant acheté quatre ou cinq helix laetca (vulgairement colimaçons), qui manquaient à sa collection, il les mitdans l'eau pour les nettoyer. Ces mollusques avaient passé par les mains de deux marchands chez lesquels ils étaient restés plus de quatre ans exposés au sec et à la poussière. Aussi M. Gaskaiu (c'est le nom de ce naturaliste) ne fut-il pas médiocrement surpris de voir l'une des hélices reprendre vie et sortir de l'eau. Curieux de suivre cette observation jusqu'au bout, il plaça le revenant sous une cloche de verre et lui fournit une bonne provision de concombres et de choux. Six mois après une trentaine de petits colimaçons rampaient sur la cloche. Un an aprèsees nouveaux venus avaient tous les caractères de l'hélix lactea. L'auteur cite quelques autres cas de suspension de la vie chez les mollusques. Le plus remarquable est le suivant: Lue Unio (coquille bivalve) d'Australie fut enfermée pendant 231 jours dans un tiroir parfaitement sec ; au bout de ce temps on la plongea dans l'eau : elle vivait. A son arrivée à Soulhamplon, 498 jours après qu'on l'avait tirée du marais natal, elle fut de nouveau mise dans l'eau où elle rouvrit ses valves et reprit le cours d'existence d'un mollusque sans tête. Ceci nous donne occasion de dire que la difficulté de conserver les huîtres dans l'eau n'est pas, en certaines circonstances du moins, aussi grande qu'on le croit généralement. M. Hamon rapporte en effet que, se rendant pondant un été très-chaud de Cancale à Roeheiort, il laissa à Nantes une manne d'huitres qu'il avait entamée. Dix-sept jours après, repassant par cette dernière ville, il retrouva ses huitres fraîches et saines, quoiqu'elles eussent passé ce temps hors de l'eau dans un panier; voulant compléter l'expérience, il rapporta une partie des mollusques à Cancre, et les plaça dans un parc où ell'îs prospérèrent.

Sondages dans le Pacifique. — Le vapeur Tuscar or a estparti de San-Francisco, il y a environ un an, pour faire des sondages en vue d'un câble à établir avec le Japon. La première tentative faite de Cape Flattery, a été abandonnée parce que la saison était trop avancée, et des sondages ont été pratiqués au large de la cote, de Cape

Flaltery à San Diego. De ce port, le Tuscarora a fait roule pour ilonolulu, toujours en sondant. D'IIonolulu,il est allé à Yokohama, par l'île Bonin. La plus grande profondeur d'eau sur cette ligne est de 5,287 brasses. Deux lignes ont été commencées delà côte du Japon, mais abandonnées à cause de la grande profondeur de l'eau. La troisième ligne a été reconnue praticable. Une ligne a été expérimentée à l'île Roorile, lune des Aléouticnncs, de là à Oonalaska, enfin à Cape Flallcry. La plus grande profondeur rencontrée sur cette ligne est de 6,000 mètres environ.

JL 'Immigration aux l'itstts-Unis. — Le mouvement qui pousse vers l'Amérique les populations laborieuses de certains pays de l'Europe, loin de se ralentir, a reçu une impulsion nouvelle depuis trois ans. Ainsi, d'après l 1 Economiste, français, il est arrivé aux Etats-Unis, pendant les trois dernières années, 1,397,437 émigrants, c'est-à-dire, 465,812, en moyenne, par an. Ces chiffres dépassent de beaucoup ceux des périodes précédentes, comme le prouve le tableau suivant:

Le nombre des émigrants arrivés aux Etals-Unis a été:

Du 1" octobre 1819 au 30 septembre 1830. 176,475

Pour les 10 ans finissant en 1840 640,085

Id. id. 1850 1,768,175

Id. id. 1800 2,873,180

Id. id. 1870 2,810,569

Pour les trois années. . . 1873 1,397,437

C'est un total de 9,665,916 émigrants pendant une période de cinquante-quatre ans et demi. <

La progression est, comme on le voit, rapide et constante. La Grande-Bretagne envoie 37 et demie pour 100 de l'immigration annuelle; l'Angleterre a donné, en 1873, 60,600 émigrants; l'Irlande, 75,848; l'Ecosse, 13,008; le pays de Galles, 868. 11 est débarqué dans les ports de l'Union 133,141 sujets de la Confédération allemande du Nord, soit 32 pour 100 du chiffre lofai. Le reste (30 et demi pour 100) se compose d'éléments provenant de presque tous les pays du inonde, y compris la Chine, dont le contingent s'est élevé à 18,154 émigrants.

L'immigration française a augmenté d'une manière sensible depuis la guerre franco-allemande; il est arrivé, l'année dernière, 10,813 Français contre 3,879 en 1869. L'Italie a fourni 7,475 émigrants, cinq fois le chiffre de 1869. L'immigration russe, polonaise et danoise s'est accrue considérablement; elle a atteint 11,448 en 1875 contre 4,170 pour les quatre années précédentes. On constate, au contraire, une diminution presque de moitié dans l'immigration suédoise qui, de 24,224 en 1869, est tombée à 11,351 en 1873; on attribue ce fait à ce que les Suédois ne peuvent supporter la température des mois d'été dans les diverses régions de l'Amérique du Nord, opinion qui nous parait, du reste, fort contestable.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du % septembre tS7-i. — Présidence de M. Beiitiund.

L'Académie n'a pas eu de séance aujourd'hui. La perte immense que les sciences viennent de faire dans la personne de M. Élie de Beaumont, secrétaire perpétuel de la célèbre compagnie, valait bien, qu'en signe de deuil, on refusât de s'occuper de quelque sujet scientifique que ce soit. JL Bertrand, président, s'est donc borné à rappeler

que c'est lundi dernier, au moment même où l'Académie se réunissait, que t'illustre géologue succombait loin de Paris à un mal suivit. Ses funérailles ont eu lieu vendredi, à Saint-Thomas d'Aquin. MM. Dumas, Sainte-Claire Deville et Daubrée ont [iris successivement la parole au nom de l'Académie. Les trois discours ont été publiés.

Stanislas JIliCNIER.

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