L'ASSOCIATION BRITANNIQUE
pour l'avancement des sciences.
Session de Kflfast.
(Suite et fin — Voy. p. 242.)
M. Tyndall, dans sou discours d'ouverture du Cougrès, a fait du poëme de Lucrèce, la hase de la science moderne. Il se livre à l'apologie de l'atomisme systématique et, après avoir développé longuement les évolutions de la théorie des atomes, il appelle l'attentiou de ses auditeurs sur un écrivain anglican du dix-hui liane siècle, l'évoque Butler, auteur des Analogies delà religion.
M. Tyndall cite l'opinion de cet évêque, qui a luit remarquer que notre corps n'a pas plus de rapports avec notre âme que les objets environnants, et il expose longuement les raisons qui lui font préférer l'opinion de l'évêque Butler à celle de Lucrèce, dont il se déclare cependant le disciple. Mais M. le président Tyndall n'a mentionné l'opinion de l'évêque Butler, que pour y trouver quelques arguments en faveur de l'atomisme, et il cherche à profiler des arguments qu'il découvre ainsi pour expliquer comment des atomes matériels peuvent arriver à percevoir des idées. C'est par les vibrations des molécules du cerveau que l'auteur paraît vouloir résoudre celle difficulté. Ce point établi, M. Tyndall retrace le tableau des doctrines transformistes et de l'évolution, et ébauche l'histoire de la création d'une façon analogue à celle que l'on peut trouver dans le livre de Hœckel.
L'explication sommaire de ces nouvelles doctrines seit de préface à un exposé de la théorie de l'équivalent mécanique de la chaleur et de la conservation de l'énergie, telle que Mayer l'a donnée. L'orateur passe ensuite à l'analyse de la théorie de Spencer, philosophe anglais, qui a essayé de déduire les conséquences logiques de la grande découverte du médecin allemand. Spencer s'efforce de montrer, par des arguments irrésistibles, que c'est le développement du tact qui est arrivé à constituer l'intellect par un travail d'évolution et de différenciation, et il termine par une explication de l'origine de la vie. Le discours de M. Tyndall, qui manque parfois de clarté, a été d'une longueur extraordinaire. La lecture en a duré plus de trois heures.
Parmi les communications nombreuses des membres du Congrès, nous choisirons celles qui offrent un intérêt particulier.
La comète de Coggia a donné lieu à des discussions
fort intéressantes, auxquelles)!. Iluggiusct M. Lockyer ont successivement pris part. Ce dernier astronome ayant observé l'astre avec le grand télescope de Newal, a eu les honneurs de la séance. Chacun voulait savoir ce qu'il avait pu observer avec un instrument aussi magnifique dont, jusqu'à ce jour, l'on s'est si rarement servi.
M. Symmonds a dunué lecture du rapport du Comité des pluviomètres, qui est parvenu à constater des faits d'un très-haut intérêt. L'année exceptionnellement pluvieuse, 1872, a été suivie, en 1 875, par une année exceptionnellement sèche; de sorte que la quantité d'eau recueillie en 1875 n'a pas été la moitié de celle qu'on avait réunie l'année précédente. Depuis deux siècles, que l'on a commencé des observations pi u vio m étriqué s en Angleterre, on n'a jamais constaté une si grande abondance de pluie.
M. Robert Scott, directeur du service météorologique, a annoncé qu'il mettait à la disposition de l'Association tous les pluviomètres que le gouvernement avait étahlis en Irlande. VI. Zambra a mis sous les veux delà section un nouveau thermomètre pour relever les températures des mers profondes.
M. Glaisher a donné lecture de son rapport au nom du Comité des météores lumineux. Le savant astronome a décrit les recherches dont les radiants des étoiles filantes ont été l'objet. Il a constaté que les météores filants semblent parcourir les mêmes roules célestes que les comètes; mais évidemment les observations sont encore trop peu nombreuses pour que les conclusions puissent être considérées comme définitives. Le capitaine Tupman, un des voyageurs qui sont partis pour observer 1 le passage de Vénus, ne reconnaît pas l'existence de moins de 102 radiants. Le plus grand météore de l'année a passé au-dessus de l'Autriche, et a éclaté en faisant entendre un bruit très-distinct. Sa hauteur, mesurée par la parallaxe, a dépassé cent kilomètres lors de sou apparition. Ce bolide paraît avoir laissé des dépôts de soufre qui ont été retrouvés dans des lieux où leur présence n'avait point encore été signalée. C'est la première fois qu'un phénomène de ce genre a été constaté.
Le discours du docteur Brown, président de la section de chimie, eut pour sujet principal la théorie des substitutions et l'influence que les théories dynamiques exercent sur le développement de la chimie. Les conclusions du savant professeur à l'Université d'Edimbourg ne s'éloignent pas beaucoup de ceins de son collègue, le révérend Jellet. Toutefois, le docteur Brown est loin de considérer la doctrine de Berzélius comme épuisée, et il fait, à propos de la théorie électro-chimique des réserves analogues, mais plus explicites encore que celles que l'on a pu constater dans le discours de M. Wurtz à la session de Lille.
La section a voté une somme de 100 livres de subvention à la Société chimique de Londres, qui publie un journal mensuel de tous les faits chimiques intéressants ayant paru en dehors du Hoyaume-Uni.
Les autres parties des travaux de la section ne se prêtent pas à une analyse sommaire et n'offrent qu'un intérêt technique dont il nous est impossible de nous occuper ici.
Nous ne pouvons entreprendre de résumer tous les mémoires intéressants qui ont été présentés aux diverses sections, car l'activité scientifique a été prodigieuse cette année. Jamais les séances n'ont été si longues, si nombreuses, si Lien suivies.
Mais nous croyons devoir dire quelques mots du discours du professeur Huxley, sur l'hypothèse que les animaux sont des machines et sur son histoire. Le savant professeur, avec un talent d'exposition qui a excité une admiration universelle, cherche à ressusciter la célèbre doctrine cartésienne, et môme à l'étendre jusqu'à l'homme. Quoiqu'il ne l'énonce peint expressément, on peut dire que Huxley est fils spirituel de De la Metrie, et que les conclusions de l'homme-machine ne l'effrayeraient point. M. Huxley fait un éloquent appel à la tolérance universelle en -faveur des doctrines dont le but est toujours louable et utile, puisqu'il consiste à rechercher et à connaître lu vérité.