‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 164 sur 229 · QUI SOKT TOMBÉS A TOULOUSE PENDANT L'OBAGE DU 28 JUILLET 1S · texte numérisé non relu

QUI SOKT TOMBÉS A TOULOUSE PENDANT L'OBAGE DU 28 JUILLET 1S

L'année 1874 laissera de bien tristes souvenirs dans les fastes de l'agriculture, à raison des nombreux orages, accompagnés de grêle, qui ont causé d'épouvantables désastres dans plusieurs du nos départements.

Le 21 juin dernier, uu de ces orages éclatait simultanément dans l'Isère et le Hhône, et produisait des grêlons dont beaucoup atteignaient le volume d'une grosse noix et même d'un œuf de poule.

Dans la nuit du 27 au 28 du même mois, un orage non moins désastreux s'abattait sur le dé parlement de l'Hérault, et anéantissait en quelques minutes l'une des plus belles récoltes que l'on eut vues de mémoire d'homme. D'après des évaluations, qui n'ont malheureusement rien d'exagéré, la perte en vin seule serait de cinquante millions de francs 1 .

Toulouse devait aussi payer son tribut au fléau dévastateur.

Le 28 juillet dernier, vers 8 li. 1/2 du soir, une

1 Voy. t'a toiture, u g du 25 juillet, p 425.

LA NATUHE.

grêle affreuse, accompagnée d'une pluie torrentielle, de gigantesques éclairs et d'un vent très-violent, tombait sur notre ville et sur les campagnes environnantes, et y occasionnait des ravages considérables, des dégâts épouvantables dont on a pu trop bien mesurer l'étendue.

Fruits de toute espèce, notamment des raisins qui, jusqu'à présent respectés par Y oïdium, semblaient

nous promettre une recolle vraiment exceptionnelle; feuilles, Heurs, branches d'arbres violemment séparées du tronc, nombreux cadavres d'animaux, d'oiseaux surtout, tués par la grêle, jonchaient le sol et attristaient la vue. Je ne parle pas des réverbères de nos rues brisés, des vitres sans nombre cassées, des tuiles réduites en fragments sur les toits de nos demeures particulières et de nos édifices publics, des

F]g. 1 etî. — Grêlons k noyau unique, enveloppés de couches concentriques, transparentes. On voit autour du noyau les pi-olougc ments en rayons tuberculiforraes qui leur donnent l'aspect d'une fleur radiée. (Grandeur naturelle.)

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Fig. 3, 4 et o. — Auiros grêlons, à noyau unique, avec des bulles d'air et des grains de poussière ou de 9able. (Grandeur naturelle.

gouttières qui Jïltraioiil l'eau à travers nos plafonds. Mon but n'est pas non plus de suivre l'orage du 28 juillet dans sa marche capricieuse, sévissant ici avec fureur, là, c'est-à-dire à quelques cents mètres de distance, ne causant absolument aucun dommage. Je veux seulement consigner ici quelques observa tions que j'ai faites, en examinant soit à l'œil nu, soit à l'aide de la loupe ou du microscope, les volumineux grêlons que tout le monde à Toulouse a pu voir, et dont la grosseur insolite et les formes bizarres ont vivement frappé* l'attention publique,

Les dimensions d'un grand nombre d'entre eux ne dépassaient pas le volume d'une noisette, d'une noix ou d'un œuf de pigeon; mais plusieurs atteignaient la grosseur d'un œuf de poule et même davantage.

D'autres, recueillis immédiatement après leur chute, formaient des agglomérations que je ne peux mieux comparer qu'à ces conglomérats pierreux désignés par les géologues sous le nom de poudingues. Us n'avaient pas moins de 7 ou 8 centimètres de longueur, sur h ou 5 de largeur, et leur poids dépassait encore, 12 heures après leur chute, 50 ou C0

grammes. Ces masses glacées se distinguent en ce qu'elles renferment dans leur intérieur, qui est transparent comme du cristal, des noyaux multiples opaques et d'un blanc laiteux, dont le volume égale ordinairement celui d'une cerise ou d'un gros poischiche. De nombreuses bulles d'air, des grains de sable et de poussière plus nombreux encore, et quelquefois des débris informes de végétaux enlevés par les vents, peut-être même par une sorte d'attrac-

tion électrique, s'observent à la surface ou dans l'intérieur de ces poudingue» aériens; mais j'y ai vainement cherché celte foule de spores, ces germes invisibles, dont les panspermistes peuplent, gratuitement je crois, l'atmosphère.

La fusion spontanée des grêlons, soigneusement lavés, a laissé au fond du vase qui tes contenait une poussière fine et abondante ; mais cette poussière,je le répète à dessein, ne m'a fait voir au microscope

Fig. 6. — Gréions agglomérés, encore couverts de leur enveloppe transparente. (Grandeur naturelle.)

Fig. 7- — Aulrc agglomération de gréions, dont les noyaux ont clé mis à nu par la fusion de leur enveloppe. (Grand, nat.)

fie, 8. IJne portion do grêlon vue, au microscope,

grossie 50 fo.s.

AP Si -s

Fig. 9 — Poussier.; obtenue par la fusion des grêlons, grossie 300 fois.

que des particules inorganiques, sans la moindre trace d'un germe quelconque, nettement caractérisé.

(Voy.Ûg.9).

Examinée à l'aide du même instrument, la partie glacée qui entoure le noyau central, présente une structure qui offre elle-même un aspect cellulaire, c'est- à-dire qu'elle semble composée de petites lamelles microscopiques, de forme polygonale ou plus ou moins arrondie et d'une transparence telle, que plusieurs couches de ces lamelles superposées s'aperçoivent facilement quand on fait varier le foyer de la lentille objective. De là, l'aspect plus ou moins semblable au tissu cellulaire végétal.

Comme on pouvait s'y attendre, les noyaux opaques ont résisté à la fusion plus longtemps que la glace transpare nttt qui les enveloppait. Le 29 juillet à 9 heures du matin (12 heures après leur chute), quelques-unes des agglomérations offraient des noyaux complètement à découvert, ou du moins n'adhérant plus au reste de la masse ou entre eux, que par une faible portion de leur périphérie. Alors ils ressemblaient à de vraies concrétions stalagmitiques. Les figures 5, 6 et 7 donnent une idée exacte de cette singulière conformation.

Sur d'autres grêlons à noyau unique, ce noyau est entouré de couches concentriques onduleuses, les

unes légèrement opaques, les autres d'une transparence parfaite (h'g. 1, 2, 5).

Jamais je n'ai aperçu, soit dans les noyaux, soit dans leur enveloppe, de cristaux réguliers vraiment dignes de ce nom. Quelquefois des sortes d'aiguilles des dentelures tuberculiformes , s'échappaient eu rayonnant de la périphérie- du noyau contrat, s'étendaient dans la partie transparente, et rappelaient ainsi l'imago, d'une fleur radiée (Yov, fig. 1 et 2).

L'absence devrais cristaux réguliers dans les grêlons que nous avons observés, semblent donner raison à la théorie qui attribue la formation de la grêle non -seulement au refroidissement subit de l'eau en vapeur qui constitue les nuages, mais encore et surtout aux mouvements tumultueux que les tourbillons aériens, ou les attractions et répulsions électriques impriment à ces masses congelées, en voie de formation. Or, on sait que le calme parlait est une dos conditions nécessaire à toute cristallisation.

Du reste, je n'ai nullement l'intention d'aborder la partie théorique du phénomène qui nous occupe. Les dilïmulléo d'explications sont grandes, à eu juger par le grand n'ombre des théories proposées. Celle de mon savant collègue. M. Dagiuii, professeur de physique à la Faculté des sciences de Toulouse, m'a paru l'une des plus ingénieuses; je crois devoir la faire connaître aux lecteurs.

J [ Les nuages à grêle, dit M. Daguin, sont formés par la rencontre de deux vents opposés, l'un venant du nord, l'autre du midi. Ces nuages sont fortement électrisés. Le froid nécessaire à la congélation des particules d'eau est dû, suivant l'idée heureuse de M. Tessan, à l'expansion du nuage, provoquée par la répulsion électrique des particules d'eau qui le composent. Ces particules glacées sont ensuite ballotées et soutenues dans le nuage par les tourbillons d'air qui résultent de la rencontre des deux vents contraires, et par les attractions et répulsions qu'elle.* éprouvent de la part des différentes parties du nuage, dlect risées d'une manière inégale, ou même d'une manière contraire. Quand les grêlons passent dans une partie où domine le vent chaud, ils se recouvrent d'une couche de glace transparente ; quand ils passent dans une pat tie très-froide, la vapeur se condense en forme de givre ou de glace opaque 1 .

Des grêlons d'une forme analogue à ceux qui sont tombés sur Toulouse, ont été plus d'une fois observés à Lvon, à Grenoble, à Montpellier et même à Toulouse, où M. Boisgiraud en a vu de la grosseur d'un oeuf de poule, qui étaient tombés dans cette ville, le 8 juillet 1834. Quanta leur poids, il dép.isse souvent celui que nous avons nous-mème constaté. On cite des grêlons, ou plutôt des agglomérations de grêlons qui ne pesaient pas moins de 1 ou

kilogrammes, et même davantage. M. le docteur Puyvarge m'assure qu'il a recueilli, sur la place du Capilole, deux grêlons agglutinés qui pesaient en-

1 Mémoires de V Académie des sciences, inscriptions cl belles-Mires de Toulouse. 5" série, t. I, p. 157, année 1857

semble plus de 150 grammes. On conçoit que de pareilles masses aient pu, en tombant, briser des tuiles épaisses de 1 ou 2 centimètres, des pots de Heurs, etc., et même, dit-on, percer les plaques de côté formant la toiture des abris destinés à protéger, contre le soleil ou la pluie, les chauffeurs de locomotives.

La présence d'une grande quantité de sable et de poussière dans les grêlons que nous avons soumis à l'examen microscopique, ne semble-t-ello pas indiquer que les nuages où ils ont pris naissance, n'étaient pas Irès-élevés au-dessus de la surface de la terre. On sait que M. le professeur Leeoq, de regrettable mémoire, a vu la grêle des nuages au sein desquels il se trouvait, dans une de ses ascensions sur le Puy-de-Dôme, tomber en abondance sur l'un du ses pics inférieurs, tandis que le sommet du Grand- Pny ne recevait pas un seul grèlou.

Les grêlons, dont il s'agit, étaient gros comme des noisettes, animés d'une grande vitesse horizontale, et tournaient rapidement sur eux-mêmes.

Quant au bruit qui précède la chute de la grêle, et qui ressemble quelquefois à celui que produirait nu escadron de cavalerie en marche, il ne serait pas dû, d'après M. Leeoq, au choc réciproque dos grêlons, comme on l'admet généralement, mais bien à une espèce de sifflement résultant de leur marche extrêmement rapide au sein des airs.

D r N. Joly, de Toulouse.

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