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BATIMENT A VAPEUR « LE BESSEMER

Il y a longtemps déjà que le public a appris la nouvelle de la construction d'un navire à vapeur des-

tiné à mettre un salon suspendu à l'abri du roulis et du tangage. L'auteur du système dont on a si fréquemment parlé depuis deux ans, est l'illustre ingénieur M. Ressemer, l'éminent inventeur à qui l'on

doit le convertisseur de la fonte en acier. Les feuilles anglaises viennent de nous apprendre que le nouveau navire qui a pris le nom de son inventeur, a été récemment lancé à la mer dans le porl de IIull, et

Appareil construit pour l'élude du mécanisme du navire à vapeur le Bessemer.

que l'expérimentation définitive ne tardera pas à être réalisée.

Une foule considérable qu'on n'évalue pas à moins de 20,000 personnes, assistait à cette opération, qui s'est effectuée dans les meilleures conditions. Le lancement a eu lieu à cinq heures, à la marée haute. Le Bessemer présente un aspect curieux, quoique sans beauté, avec ses extrémités basses, son centre très-élevé , et ses deux paires de roues à aubes. lia, dans son état actuel, à flot, un tirant d'eau de 7 pieds 5 pouces; le

poids additionnel qu'il aura à recevoir le fera enfoncer encore de 3 pouces. Sa ligne de flottaison actuelle justifie exactement les derniers calculs de ses constructeurs.

Le steamer à salon le Dessemer ressemble beau-

Goupc du navire le Bessemer, montrant la position du salon quand le bateau

est incliné.

coup à un bâtiment cuirassé à tourelle. La poupe et la proue ont la même forme. Il mesu.e550 pieds de bout en bout à la ligne de flottaison. Le fameux salon

«uspendu , de 70 pieds de long, est au centre ; les machines qui font mouvoir les deux paires de roues sont disposées à chacune des extrémités de la partie élevée et centrale du bâtiment. Il sera curieux de voir quel effet éprouveront les passagers se tenant sur le pont de ce salon restant toujours de niveau au milieu du bâtiment soumis au roulis.

Le Bessemer pourra marcher mdilféremmcnt par l'avant et par l'arrière. L'intérieur du salon suspendu mesure 21 mètres de long, 11 de large et 6 de haut. Ce grand salon n'est pas encore terminé, mais la décoration, piraît-il, en sera somptueuse. Il est bien

éclairé et la ventilation en est parfaite. II faudra encore deux mois pour achever Ta ménagement intérieur du bâtiment; ce n'est qu'alors qu'il pourra être amené dans laTamise et faire son excursion d'essai. A cette époque, on est sûr d'avoir une mer assez rude pour mettre à l'épreuve ses qualités.

Nous n'entrerons pas dans les détails techniques de la construction du Bcssemer. Le principe que l'inventeur a mis en pratique est très-simple. 11 consiste à suspendre une grande caisse formant salon au centre du navire et à lui permettre de tourner sur un axe chaque fois que le navire s'incline. M. Ressemer a d'abord étudié le nouveau système au moyen d'un appareil que nous représentons ci-dessus, et qui s'explique de lui même.

CHRONIQUE

Le mètre international. - La commission inlerlalionale du mètre, avant de se séparer, a décidé que la section française serait chargée exclusivement de l'adoption des résolutions qu'elle a prises et dont plusieurs entraînent des difficultés matérielles très-grandes. Elle a créé une section permanente chargée d'assister la section française de ses conseils. Cette section doit Se réunir tous les ans le 6 octobre. La seconde réunion vient d'avoir lieu récemment. La section permanente a rendu hommage nu zèle et à l'habileté déployés par M. Tresca, sous-direeleur du Conservatoire des Arts et Métiers. Les séances qui se sont tenues au Conservatoire ont offert le plus grand intérêt scientifique.

Le lingot de platine, dont nous ayons annoncé la fusion, a été soumis à l'opération du laminage. Mais celte opération ne peut s'effectuer sans donner au platine iridié une sorte de trempe dont il est prudent de se débarrasser, car elle peut nuire à la dilatabilité. Cette trempe ne peut être détruite que par un recuit suivi d'un très-long refroidissement. Mais pour être efllcacc le recuit doit avoir lieu à une température tellement élevée que l'hydrogène contenu dans la flamme se combine avec le platine incandescent. Cette occlusion s'est réalisée malgré les précautions les plus minutieuses telles que de mettre les règles de platine dans des moufles en chaux. L'affinité du platine pour l'hydrogène est si gt ande qu'on ne peut empêcher une combinaison. La surfine se couvre alors d'une série de petites ampoules visibles au microscope mais qui ne portent pas préjudice à la netteté des traits. Du reste, entre deux maux, la commission internationale a agi sagement en choisissant le moindie.

I.a fléwrc de» bois. — A propos de l'exploration française en Birmanie, le Journal officiel publie de curieux détails sur la lièvre des bois, qui vient d'enlever plusieurs personnes de l'expédition, y compris le capitaine Fau. La fièvre des bois n'est autre chose que le typhus. Cette maladie, qui frappe les indigènes de terreur, nous a enlevé, à Luang-Prahang, dans la vallée du Cambodge, le 10 novembre i&GO, un autre voyageur français, Henri Mouhut, le premier qui ait signalé à la France les ruines d'Ang cor, dont M. Delaporte vient de composer le musée de. Compiègne. Le docteur Thorel, qui était attaché comme médecin à l'expédition française «lu Mé Kong, décrit cette maadie dans ses Notes médicales recueillies au cours de

l'exploration. Il a pu l'étudier sur deux personnes de la commission dont il faisait partie. L'un des malades fut assez rapidement rétabli à la suite de l'administration quotidienne d'une haute dose de quinine (SO cenligr.); l'autre, à qui Ton réduisit la dose (GO centigr.), après les deux premiers jours, tomba le quatorzième jour dans un état désespéré. La somnolence et la surdité étaient complètes ; il fallait le remuer pour lui faire ouvrir les yeux: on le croyait sur le point d'expirer vers la fin du quinzième jour lorsque, trompant la surveillance de son gardien, il alla Sl! jeter dans le fleuve. On put le retirer assez à temps; mais il avait pris, suivant ses intentions, un bain froid presque complet. Ce bain le rétablit avec une rapidité extraordinaire.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 15 octobre 1874. — Présidence de M. Ueiitiiaxh

Lépidotus tertiaire. — Les lépidotus sont des poissons abondants aux anciennes époques géologiques, mais qui semblaient avoir disparu dès la fin du terrain crétacé. Toutefois Agassiz, dans son grand ouvrage sur les Poissons fossiles, cite quelques vestiges extraits des marnes de calcaire grossier et qui semblent présenter tous les caractères des véritables lépidostés. Depuis cette publication diverses trouvailles analogues furent faites de plusieurs côtés. Graves en mentionne qui proviennent de la glaucome inférieure du département de l'Oise. M. Paul Gervais a signalé des restes de lépidotus à Cuise-Lamo te, près de Compiègne, y Beley, près deSoissons, et à Muirancourt.près de Koyon, dans les ligniles inférieurs où ils sont associés aux ossements si caractéristiques du Crocodilus depressifrons. Aujourd'hui, le même savant paléontologiste signale la découverte faite par M, Vasseur, aux environs de Gisors, d'un riche gisement fossilifère situé au même niveau que les précédents et contenant comme eux d'innombrables débris, tels que deux écailles el ossements des poissons qui nous occupent. 11 résulte de l'étude à laquelle le professeur du Muséum a soumis ces trouvailles que le lépidotus tertiaire possède tous les caractères essentiels de ses congénères plus anciens et spécialement l'intéressante cl exceptionnelle disposition de ses vertèbres. Celles-ci, au lieu de présenter un corps bi-concave comme c'est le cas pour la majorité des poissons, sont concaves seulement sur la face postérieure et légère me ni convexes sur l'autre.

Théorie du timbre. — On sait que M. Hclmhollz a formulé récemment une théorie du timbre qui a reçu l'assentiment des physiciens.

Dans un sentiment de, justice, auquel on applaudira sans doute, M. Résal vient revendiquer en faveur de Monge l'honneur de celte théorie. Certes la science n'est d'aucun pays; toutefois il ne peut pas ne pas nous être agréable d'apprendre qu'une découverte importante appartient non pas à un Prussien, mais à un Français.

Nouveau chronomètre. — L'éleclro-diapason à période variable, dont il a précédemment fuit connaître la construction et le mécanisme, semble à M. Mcrcadier, constituer un excellent chronomètre.

Œuvres de Scheele. — Une nouvelle qui intéressera les amis des sciences et les chimistes en particulier, est donnée par M. Berthelol, qui annonce qu'on s'occupe avec la plus grande activité de publier les oeuvres complètes de sfcheele. On y joindra une correspondance inédite, échan-

gôe entre Selieeleet Berguiaiin, cl qui offre, dit-an, une gronda importance pour l'histoire de la chimie. Une liste de souscription à cette, belle publication est déposée au secrétariat de l'Académie.

Tourbillons, trombes et taches solaires. — Revenant sur un de ses sujets favoris, M. Fayc s'étonne que malgré ses efforts de deux années entières, les astronomes qui s'occupent du soleil n'aient point admis sa théorie lourbillonnaire des taches solaires. Aussi recommence-t-U sa démonstration sous une nouvelle forme, destinée celle fois à faire la lumière dans les esprits les moins préparés. Suivant lViuleur, ce qui cause le retard dont il se plaint, c'est la compétence incomplète de tous les savants qui étudient soit l'astronomie, soit la météorologie en matière de tourbillons, et qui les empêche de comparer les divers laits auxquels M. Faye attribue la même cause. D'ailleurs s'il revient aujourd'hui sur ce sujet, c'est à cause de l'activité nouvelle dont l'étude ùu soleil est l'objet en ce moment. Partout en effet on s'anime extrêmement à cet égard. En Angleterre les découvertes s'ajoutent sans cesse aux découvertes; aux Etats-Unis on construit des instruments colossaux pour observer le soleil à tous les points de vue-, à Berlin on va fonder un Observatoire spécial destiné à l'étude de notre n:;lro central et on eu confiera lu direction à M. Kirchboff, etc. Partout... excepté en France! Si c'est une raison pour M. Faye de reproduire ses arguments, c'est un motif aussi pour (pie nous revenions nous-mêmes en quelques lignes sur les idées de l'ingénieux académicien.

Ayant en vue l'étude du soleil, commençons par examiner ce qui se passe dans un cours d'eau horizontal. Yina loi générale apparaît tout de suite qu'on peut formuler en disant: « .Si dans un cours deau horizontal, il se produit, par suite d'une cause persistante quelconque, des différences de vitesse entre des filets liquides contigus, il se manifeste par cela même des mouvements gyratoires dont l'axe est vertical et dans lesquels le liquide est entraîné jusqu'au fond pour remonter ensuite tumultueusement sur les côtés. » — En second lieu, on reconnaît que les tourbillons dont l'origine vient d'être définie sont nettement délimités par une surface géométrique, surface dont la courbe génératrice n'a d'ailleurs pas été déterminée jusqu'à présent. — Le mouvement est constamment descendant quel que soit le sens de la rotation. — Enfin le tourbillon est entraîné par le courant comme un corps flottant et en conservant son axe vertical.

Maintenant, si le liquide tourbillonnant rencontre le fond du cours d'eau, il travaille et affouille. Il consomme ainsi une partie de la force vive du courant, et il en résulte de nouveaux mouvements tourbillonnants qui se propagent de toutes parts. De pareils travaux d'affouillement, et parfois a l'inverse, d'alluvionriement, ont été constatés dans les dépôts arénacés de la période quaternaire, ce qui montre comment l'étude des tourbillons louche à tout et offre par conséquent de l'intérêt. En jetant de la poussière sur l'eau qui tourbillonne, on la voit entraînée au fond et remonter autour de l'entonnoir, d'un mouvement tumultueux. Xavier de Mai sire qui s'est beaucoup occupé de ce curieux sujet d'expérience, recouvrait l'eau d'une couche d'huile et voyait le liquide léger descendre dans le tourbillon sous forme de couche mince et remonter en bouillonnant tout autour à l'état de gouttelettes.

Mais tout cela n'est pas spécial aux liquides. Dans un ouvrage italien, traduit en françaisdepuis plusd'un siècle, Ventari a bien soin de faire remarquer queles tourbillonsqu'ou observe dans les rivières ont leurs analogues exacts dans

l'atmosphère. Il eu résulte que les tourbillons atmosphériques [trombes, etc) devront être de forme conique, travailler sur le sol qu'ils rencontreront, etc. De plus, à tout ce que les trombes donnent comme reproduction des tourbillons des rivières, elles ajoutent un fait que les premiers n'indiquaient pas, à savoir qu'un tourbillon né dans des régions supérieures agitées peut se propager dans des couches calmes sous-jacentes. Car les trombes apparaissent parfois lorsqu'il n'y a aucun vent à la surface du sol et elles exercent néanmoins alors des ravages considérables. Elles montrent aussi que les couches supérieures, en descendant, peuvent amener sur le sol une partie au moins delà basse température de leur gisement originel; car elles déterminent à la surface du cône une condensation de vapeurs, qui rend le phénomène visible.

Enfin, observons le soleil. Nous y constatons l'existence de courants parallèles inégalement rapides et il eu résulte forcément que des tourbillons doivent s'y produire à chaque instant, Or, les taches, comme nous l'avons déjà dit en d'autres occasions, offrent tous les caractères de nos trombes. Elles sont concaves, coniques et enveloppées dans une sorte de gaine nuageuse due à la condensation des vapeurs profondes par l'action refroidis saule du courant descendant venant d'en haut. Et de même que les trombes ont ajouté une notion à celles formées par les tourbillons, de même les taches en ajoutent encore une à celles données par les trombes : c'est le retour tumultueux vers les régions supérieures des fluides aspirés par l'entonnoir. Sur le sole 1, ce retour donne lieu à l'incomparable phénomène des protubérances

Comme on voit, tout cet ensemble, est des plus séduisants. Ajoutons qu'un observateur américain, M. Lûnglet, a commencé à en vérifier directement l'exactitude. S'il se confirme, nous y applaudirons pour notre part d'autant plus volontiers, qu'il apportera un argument nouveau en faveur de l'opinion d'après laquelle les phénomènes géologiques et météorologiques qui ont leur siège sut les divers astres de notre système, sont complètement comparables et soumis aux mêmes lois. Stasisi.as Meunier.

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