LES ÉTOILES FILÂMES
L'observation des ctoiks filantes remonte aux époques ks plus reculées. Presque tous les poètes de l'antiquité font allusion à ce phénomène. Mais toutes les recherches faites alors, généralement mêlées aux croyances populaires, aux superstitions de tous genres, ne donnèrent aucun résultat capable do fixer un point de départ. Aussi faut-il arriver jusqu'à la fin du dix-huitième siècle pour avoir sur ces curieuses apparitions, quelque» notions d'une certaine valeur.
Le? Chinois possédaient, il est vrai, un grand nombre de documents; mais suivant les lois du pays, ne pouvant les faire connaître qu'après l'extinction de la dynastie régnante, leurs études restèrent longtemps ignorées.
Les systèmes explicatifs des météores filants se réduisent à deux principaux ; le système cosmique et le système terrestre. Dans le premier, on regarde les étoiles filantes comme complètement indépendantes de notre planète. Dans ic second, au contraire, elles sont essentiellement des productions de notre globe ; et dans les deux cas, cependant, ou admet que le phénomène se passe dans notre atmosphère.
L'hypothèse cosmique est la plus ancienne. C'était en effet l'opinion des épicuriens qui, regardant ces météores comme de "véritables étoiles, supposaient que le monde arrivé à un grand état de vétusté s'écroulerait ainsi entièrement. Quelques philosophes voyaient également dans les aérolithes des fragments détachés de ce vieil édifice.
Ce premier système fut généralement adopté et soutenu par les astronomes qui le perfectionnèrent et arrivèrent à lui donner peu à peu une expression mathématique.
Le système terrestre, par opposition, eut pour partisans et défenseurs les physiciens, les chimistes it les naturalistes les plus habiles.
Au commencement du dix-septième siècle, on trouve déjà une opinion fort curieuse, avancée par Kepler. « Les étoiles filantes, disait-il, sont formées d'une matière visqueuse enflammée; quelques-unes; se dissipent en tombant, et d'autres plus lourdes arrivent jusqu'à terre. »
En 1G5G, Halley, propagateur de la doctrine cosmique, faisait provenir ces météores d'une matière disséminée dans l'espace, matière qui selon lui, servait aussi à la formation des planètes et de tous les corps ce lestes en général.
Avant lui, en 1(111, Ilévétius et plus tard Maskelyne considéraient déjà les étoiles filantes comme de petites masses planétaires animées d'un mouvement propre, et circulant autour du soleil d'après les lois de la pesanteur.
Eu 1678, Mairan, part'san du système terres liv, affirmait le contraire ; déclarant d'une manière péremptoire que les météores filants ne pouvaient être que des produits engendrés au sein de l'atmosphère, beccuria, venant affirmer cette assertion, concluait
qu'ils puisaient leur origine réelle dans l'électricité. Enfin, après la découverte de l'hydrogène, plusieurs physiciens, s'appuyant sur la propriété que possède ce gaz de s'enflammer dans l'air, lui attribuèrent non-seulement les éclairs, mais encore les aurores boréales et les étoiles filantes.
Nous arrivons maintenant à 179-i, époque qui fait date dans l'histoire de ce phénomène, car à partir de ce moment les observa' ions deviennent plus sérieuses et surtout plus productives eu résultats vraiment scientifiques. A la tète du mouvement se trouve Chaldm, défenseur ardent de l'opinion cosmique. Selon lui, les acrolitl ics étaient des bolides qui descendaient jusqu'à la surface du sol, tandis que les étoiles filantes proprement dites étaient des bolides circulant, à une très-grande hauteur dans l'atmosphère. Encouragé par le résultat de quelques expériences et désirant vivement voir entreprendre une série d'observations sur la hauteur véritable de ces petits corps; problème qui assurément aurait mis fin à bien des discussions théoriques en permettant d'en apprécier la vitesse qui, suivant lui, devait être égale à celle de la terre; Clialdni ne tarda pas à voir ses vœux exaucés. Quatre an» plus tard (1798), à Gocttingue, deux jeunes étudiants Krandes et ileu^emberg se livraient à ce nouveau genre d'études, en suivant de point en point, les instructions données par le savant astronome. Couches sur le dos, l'œil fixé au zénith, ils observèrent ainsi pendant trois nuits consécutives. Mais s'apercevant que la base d'opérations qu'ils avaient choisie, o'est-à dire la distance qui les séparait l'un de l'autre était insuffisante pour pouvoir fournir une parallaxe d'une certaine exactitude, ils constatèrent bientôt que malgré toutes les précautions prises, ils ne pourraient obtenir rien de satisfaisant.
Ces débuts, quoique négatifs, firent un certain bruit dans le monde savant; cependant tel était encore le préjugé dominant sur le peu d'importance de ces étude», au point de vue scientifique, qu'on se demandait partout, comment deux jeunes gens d'avenir pouvaient consacrer leur temps à de sembables recherches, et, de leur plein gré, passer des nuits dans la campagne, pour se livrer à une besogne que l'on pourrait parfaitement confiera des factionnaires qui auraient eu tout le loisir de s'en o.'cuper.
Le G décembre de l'aimée suivante (1799) fut remarquable par la grande quantité d'étoiles filantes observées par Brandes, pendant un voyage qu'il faisait à brème. Mais celte apparition, tout extraordinaire qu'elle put paraître, fut loin d'être aussi importante que celle qui se produisit à Gumana en Amérique, dans la nuit du 1 1 au 12 novembre, et qui fut spécialement étudiée par de Humboldt et Bonpland. D'après ces deux observateurs, à partir de deux heures du malin, des milliers d'étoiles se succédèrent sans interruption et affectant toutes une direction régulière du nord au sud. Les anciens du pays prétendaient que les grands tremblements de terre de 1 7b6 avaient été précédés d'une semblable aj pariliou.
Ce phénomène remarquable fut également constaté au Brésil, en Allemagne et sur presque toute la surface du globe, avec cette différence, qu'à Cumana seulement, les étoiles filantes semblaient suivre une marche particulière, tandis que partout ailleurs, elles, avaient été vues circulant dans toutes les directions possibles.
En prenant connaissance des documents américains relatifs à ce grand phénomène, on est vraiment frappé de la fantaisie et de l'exagération qui régnent dans les différents récils; de plus, le résultat constaté par de IJumboldt seul, au sujet des directions, perd toute sa valeur scientifique, si on réfléchit qu'à son départ d'Europe, il partageait entièrement l'opinion de plusieurs physiciens qui voulaient que les étoiles Milites, de même matière que les rayons de l'aurore boréale, allassent comme eux du nord au sud, c'est-à-dire suivissent la direction du méridien magnétique.
De 1800 à 1801, des observations nouvelles faites par John Farey et Benjamin Rêvant donnent pour hauteur des étoiles filante?, une moyenne de 21 lieues. C'est à cette même époque que Brandes et Bengemberg proposèrent l'application des étoiles filantes à la mesure des longitudes. De cette grande j divergence dans les idées théoriques touchant ce curieux phénomène, devaient inévitablement résulter d'interminables discussions entre les savants d'alors. Aussi voyons- nous immédiatement Farey produire cette nouvelle hypothèse, que les étoiles filantes sont autant de petites lune-: tournant autour de la terre dans toutes les directions, et pénétrant dans notre atmosphère, pendant quelques instants seulement, aux époques de périgée, Iturncy au contraire, prétendre que les étoiles filantes apparaissent en toutes saisons, mais que leur nombre est plus grand eu été, en raison de la température.
Quoi qu'il en soit, la grande apparition de 1799 fut le premier cas bien constaté de la périodicité d'un flux d'étoiles filantes durant les nuits des il et 12 novembre. D'après Kacmtz et lloff, qui avaient succédé à Chaidui, on aurait vu aussi à cette même époque de l'année de fort belles apparitions en 1815, 1818, 1822, 1831 et 1832. L'apparition remarquable de 1833 est également un fait de la plus haute importance dans l'histoire de ce phénomène. La description en a été faite par Olmsteed, professeur à New-Ilaven. D'après lui tous les météores paraissaient diverger d'un même point du ciel, la constellation du Lion. Un observateur de Boston estimait à 10,000 le nombre des météores observés.
Tous ces résultats, très-curieux, mais plus ou moins exacts, avaient attiré l'attention du monde savant; les années suivantes, le 12 novembre, de nouvelles observations furent entreprises en Amérique, en Europe et jusqu'au cap de Bonne-Espérance. i)ti put ainsi se convaincre que cette immense pluie enregistrée par Olmsteed avait entièrement disparu.
En 1801, Olbers était entré en ligne dans cette grande question. C'est lui qui par des calculs et des
formules qui lui sont propres, prédit pour 1867, le retour de l.i grande apparition de 1799 et 1833, retour que nous avons été à même de constater. Ce savant astronome avait donc déterminé une période de 33 ans entre chacun de ces grands retours.
Une nouvelle voie était ouverte aux observateurs, qui assurément ne manquèrent pas d'en profiter. On ne rêvait plus que retours périodiques. C'est ainsi que fut fixée la date du 20 au 24 avril, et enfin celle du 10 août indiquée par M. Quetelct qui établit aussi la différence qui existe entre les étoiles périodiques et les étoiles dites sporadiques qui apparaissent tous les jours sans lois déterminées. Cette même animée 1835, Haïkin profilant de l'abondance des météores, avait essayé de les observer à l'aide d'une lunette astronomique, mais ne pouvant manœuvrer son instrument avec assez de rapidité, il abandonna son procédé. En 1839, un astronome américain, Mason, entreprit le même genre de recherches ; au moyen de son télescope, il arriva à calculer que les étoiles filantes apparaissent à 1,800 lieues de hauteur. Or, comme toutes les théories admettaient et admettent loujoui s que les météores filants ne deviennent visibles pour nous qu'en pénétrant dans notre atmosphère, il fuij lait alors, de toute nécessité, assigner celte h auteur ! si considérable aux couches limites de notre enveloppe gazeuse. Vers cette même époque, M. Ermann, qui s'occupait beaucoup de ce phénomène au point de vue théorique, entreprit, ainsi que M. Quetelct, des calculs fort compliques dans le but de déterminer l'orbite présumée décrite par les étoiles filantes périodiques. Us arrivèrent, appuyés par un certain nombre d'astronomes, à considérer ces météores comme formant un anneau d'astéroïdes circulant autour du soleil, et rencontré par la terre à deux époques fixes, le 10 août et le 12 novembre A l'aide de cette théorie, qui a prévalu jusqu'en 1867, ils pensaient expliquer certains phénomènes très-curieux qui sont rapportés dans les nouvelles astronomiques de Schumacher.
Ainsi, par exemple, ontrouve que le 2 8 février 1206 d'après la chronique de Villalba, le soleil s'obscurcit complètement ; cl comme ce phénomène persista pendant près de six heures, ne pouvant croire à une éclipse, il était plus naturel de l'attribuer à un essaim d'astéroïdes passant devant le soleil. Des faits analogues, survenus en 1545 et 1771 sont expliqués d'une manière semblable.
Dans tout ce qui précède, nous ne trouvons que des recherches, des études faites seulement à certaines époques de l'année, et la plupart du temps en vue d'hypothèses déterminées à l'avance: voilà uniquement sur quelles bases la science fondait ses théories : il n'est donc pas étonnant de voir ces mêmes théories disparaître avec les époques, pour faire place à d'autres plus débiles encore.
Cil APELÀS-COULVIER-G RAVIER, Directeur Je l'Observatoire météorique du Luxembourg.
— La suite prochainement. ■—
LA .NATUIIK.
flottantes, endroits où elles sont rencontrées ; pro- 1 priétésde l'eau de mer, sous le rapport do l'analyse chiniiijiie, de la coloration, du la translucidité; mouvement, ondoyant de la mer, hauteur et longueur des I lames, études sur leur propagation ; marées, in- La Société de géop rapide vient de rédiger un pro- ' (luenec sidérale, différences dans les hauteurs ei le gramme d'études destiné à fournir des indications !
L'ETIDE DE LA PHYSIQUE DE LA mu