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LES PAYS ÉLECTRIQUES

Dans le mémoire sur l'électricité météorique que nous continuons à résumer 1 , M.Fournet dit: « Il ne pout pas être indifférent pour la science de savoir s'il existe ou non des pays plus électriques que d'autres, car indépendamment de l'étrangcté du fait, il n'est nullement impossible que, même à de trèsgrandes distances, des réactions météorologiques résultent de ces inégales distributions du lluide. »

Afin d'examiner s'il existe réellement des causes de nature à confirma - ces présomptions, M. Fournet cite certains effets signalés par les voyageurs. Nous reproduisons sommairement les plus remarquables, en y ajoutant quelques laits analogues recueillis par d'autres météorologistes.

Dans l'important travail sur l'hydrologie du Mexique, dont on est redevable à M. II. de Saussure, on voit qu'à la fin de l'hiver, sur les plateaux élevés du ] ays, où la sécheresse devient excessive, la production des étincelles, au contact dus objets, se manifeste par moments avec une grande intensité. Cette tension électrique se soutient même en pleine saison des pluies. Sur les montagnes, pendant de forts orages, on a quelquefois entendu une crépitation universelle semblable au bruit que produiraient de petites pierrailles s'entre-ehoquant. Cette crépitation, fort intense, était probablement due au pétillement de myriades d'étincelles jaillissant d'un sol rocailleux. M. Fournet fait remarquer, comme une coïncidence qui n'est pas à négliger, que ces phénomènes se produisent au Mexique surtout en mai, août et septembre, c'est-àdire dans notre période la plus orageuse de l'Europe.

A la lin du siècle dernier, la présence d'une excessive quantité d'électricité dans l'atmosphère du continent américain avait fixé l'attention de Volney. « Les orages, disait-il, en fournissent des preuves effrayantes par la violence des coups de tonnerre et par l'intensité prodigieuse des éclairs. Dans les premières occasions où j'eus ce spectacle à Philadelphie, je remarquai que la matière électrique était si abondante, que tout l'air paraissait en feu par la succession continue des éclairs; leurs zig-zags et leurs flèches étaient d'une largeur et d'une étendue dont je n'avais pas d'idée, et les battements du fluide électrique étaient si forts qu'ils semblaient à mon oreille et à mon visage être le vent léger que produit le vol d'un oiseau de nuit. Leurs effets ne se bornent point à la démonstration ni au bruit : les accidents qu'ils occasionnent sont fréquents et graves*. »

D'après M. 13oussingault, dans l'Amérique du Sud (province de Grenade), il tonne tous les jours à Popayan ; en mai, il compta lui-même plus de vingt journées orageuses. L'extrême aridité des plateaux des Andes provoque des effets du môme genre, et clans le désert d'Atacama, au Chili, on voit iïéqucm-

1 \oy. la Nature, n° 67, VI septembre 1874, p. 2"-i. * Tableau du climat cl du sol des Etats-Unis d'Amérique.

ment des lumières jaillir du sol et les cheveux se hérissent.

A New-York un savant distingué, le prolesseur Lroomis, a observé un ensemble de faits très-curieux indiquant la présence d'une abondante électricité dans l'atmosphère. En hiver, les cheveux sont fréquemment électrisés, et souvent se lèvent droits. Pendant la nuit, les tapis épais des salons chauffés font quelquefois entendre de petits craquements et brillent lorsqu'on se promène dessus. Un objet en métal, le bouton d'une porte par exemple, envoie une étincelle à la main qui en approche.

D'après le docteur Livingstone, au printemps, époque de îa grande sécheresse, les déserts de l'Afrique méridionale sont souvent traversés par un vent du nord chaud, tellement électrique que les plumes d'autruche se chargent d'elles-mêmes au point de produire de vives commotions ; la seule friction du vêtement fait jaillir des étincelles.

Dans une partie de l'Inde anglaise le fonctionnement des lignes télégraphiques éprouve de singuliers obstacles, pur suite de perturbations électriques d'une grande intensité. Des orages d'une effroyable violence vont jusqu'à fo.idre les fils conducteurs. Ces phénomènes ne se font pas seulement remarquer sur les parties basses de l'Inde. On les retrouve au centre des Chats occidentaux, dans les montagnes du («oorg où, pendant la mousson estivale du sud-ouest, les orages sont souvent d'une rare magnificence.

Dans son très-intéressant et très-instructif ouvrage sur la loi des tempêtes 1 , Piddington cite des faits tendant à prouver que les tempêtes et les tourbillons de poussières de l'Inde sont des phénomènes électriques. Le docteur Baddcley décrit ainsi ces tempêtes de poussière: « En 1847, à Lahore, désireux de m' assurer de la nature de ces tourbillons, je plaçai en l'air un lil de cuivre, isolé sur un bambou, au sommet de ma maison. J'amenai une extrémité du lil dans ma chambre et je le fis communiquer avec un électromètre à lame d'or et un (il détaché communiquant avec la terre. Un jour ou deux après, pendant le passage d'une petite tempête de poussière, j'eus le plaisir d'observer le lluide électrique passant par vives étincelles d'un fil à l'autre, et alfectant fortement l'électromètre. Depuis lors j'ai observé, par le même moyen, au moins soixante tempêtes de poussière; elles présentaient toutes le même [ hénomène.

a Quelques-unes arrivent avec une grande rapidité. Le ciel est clair; pas un souffle d'air. Vous voyez apparaître à l'horizon un banc de nuages trèsbas. Quelques miuutes se sont passées et le nuage a couvert un demi-hémisphère ; il n'y a pas de temps à perdre ; c'est une tempête de poussière, et chacun à la hâte se précipite dans sa maison pour éviter d'y être enveloppé.

« Pendant la durée de la tempête des rafales sou-

! Guide du marin sur la loi des tempêtes, par Henry Piddington, président de lu Cour du marine à CalcuLla ; traduit païF.Chardoiiiicuu, enseigne de vaisseau.

daines ont lieu à des intervalles dans lesquels la J tension électrique est à son maximum. Le fluide continue à descendre sans cesse par le fil conducteur; les étincelles ont souvent plus d'un pouce et émettent un sourd craquement.

o J'ai observé que, communément, vers la fin d'une tempête de cette espèce, la pluie tombe soudain, et qu'instantanément le courant d'électricité cesse ou diminue beaucoup. »

En terminant ces citations, qu'il serait facile de multiplier, nous ferons observer, avec Yolney, que la chaleur de la saison ou des tropiques n'est pas une cause nécessaire de l'abondance du fluide électrique, puisqu'il n'est jamais plus manifeste, en Amérique, que par le vent froid du nord-ouest, et que, d'après les observations des savants russes, il n'est pas moins excessif dans l'air glacial et sec do la Sibérie.

Des foyers électriques paraissent donc exister dans les diverses régions du globe Si l'on admet, avec MM. Fournet, Maury et l'amiral Fitz-Iloy, que les vents généraux sont en rapport avec ces grandes sources d'électricité, et en tirent, pour ainsi dire, leurs qualités propres, on comprend l'importance des observations que nous venons de résumer pour le progrès de la météorologie. Ainsi, par exemple, si l'électricité de chaque grand courant atmosphérique tropical ou polaire, est régulièrement positive ou négative, on peut croire, avec l'amiral Fitz-Hoy, que les changements de temps qui surviennent au moment où l'un ces courants électriques succède à l'autre, ont, sur une petite échelle, une certaine analogie avec les changements des moussons.

D'autre part, 31. Fournet fait remarquer la liaison naturelle de ces plicnomèmes avec les météores qui se produisent pendant les orages; et même, en cousidérant les grands mouvements de l'atmosphère, avec les aurores boréales.

Ces aperçus ne sont encore, il est vrai, que d'intéressantes conjectures, qui ont besoin, pour être confirmées, d'observation- plus nombreuses et plus régulières, de nouvelles recherches dans la voie que nous venons d'indiquer. EtiE Makgolil.

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