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L'ARCHIPEL DES \ITI OU FIDGI

(Suite <'t fin. — Voy. p. 307.)

Le climat des Fidgi passe pour être tout à fait sa- 1 ubre. Les fièvres intermittentes qui sont le fléau des pays situés dans les régions tropicales, y sont absolument inconnues. La dyssenterieest la seule maladie que les immigrants européens aient à y redouter. Ce sont précisément ces colons qui l'ont importée, et elle par ît due à une alimentation par trop végétale. Les indigènes sont très-sujets aux affections de la peau et à des maux d'yeux ; on attribue les uns et les autres, à l'abus qu'ils font du Kava } boisson enivrante qu'ils extraient de la racine du Peper Methysticiim, et dont les Anglais et les Américains de la basse classe ne laissent pas, eux aussi, de largement user.

Lorsque le 8 mai 1840 les vaisseaux du capitaine Wilkes accostèrent la petite île d'Ovolau et jetèrent l'ancre devant le village de Levuka, des canots se détachèrent immédiatement du rivage et se portèrent à leur rencontre. Trois ou quatre de ces canots accostèrent les navires américains, et les hommes qui les manœuvraient montèrent à bord. « A première vue, dit le docteur Pickcring, l'éminent anthropologiste de l'expédition, je ne les distinguai point des noirs, et je fus confirmé dans cette cireur par les nègres mêmes qui faisaient partie de notre équipage. Mais je m'aperçusbientôt de différences notables quant à la couleur. » La chevelure des jeunes (idgiennes ondulante, quoique un peu crêpée, vint confirmer Pickcring dans cette première impression, et lui apprendre qu'il avait sous les yeux une race particulière, qui différait à la fois des Polynésiens proprement dits et des Australiens. Le type primitif de ces insulaires devait être celui des Papouas de la Nouvelle-Guinée et on le retrouve encore dans les régions intérieures. Mais sur les côtes il a été altéré par des croisements avec les Polynésiens de Tonga, et ce mélange n'a pas modifié seulement les traits physiques des Iidgiens : il a eu également des effets sur leur langage, leurs mœurs, leurs habitudes, leurs institutions politiques. Eu définitive, Pickerhig fut bientôt frappé de la ressemblance que les Fidgiens offraient avec les portraits de Néo-Cal édoniens, dessinés par Labillardière, portraits qui accusent uu mélange très- prononcé du sang noir et du sang polynésien apporté dans notre colonie, par un courant

d'émigration venu de l'archipel do Samoa, suivant les uns, des îles Wallis, d'après les autres. Un teint d'un noir fuligineux, dont la nuance varie depuis l'ocre jaune jusqu'à la couleur chocolat-, des clrveux épais, iloeouncux chez les uns, longs et susceptibles d'être ramenés en touffes chez les autres ; une barbe noire et bien fournie ; un front étroit» un œil largement ouvert et suivant la même direction que dans la race blanche, mais s'enfonçant davantage; des pommettes saillissant plus que chez le blanc et moins que chez le noir; un nez épaté et large, des lèvres grosses, des mâchoires proéminentes, une bouche grande, des dents bien rangées et dont les incisives sont proclives, tels sont au physique les traits caractéristiques des Néo-Calédonicns : ceux des Iidgiens sont analogues.

11 n'est pas besoin de dire qu'il n'existe encore aucun recensement de la population fidgiemie, et les appréciations des voyageurs diffèrent beaucoup entre elles. Gaimard la portait à 70,000 âmes (1827); Wilkesà 125,000 (1840) ;Erskine à 500,000(18-49); Pritchard et Smythc à 200,000 (1861) ; Thurslon h 100,000 (1867); Briltou à 170,000 (1870). Nul doute, en tous les cas, que l'archipel puisse contenir et sustenter un million et demi d'habitants, tandis que, par un phénomène remarqué dans tous les groupes océaniens, où les blancs ont pris pied, mais mal expliqué encore en ce qu'il a de général, le nombre des indigènes diminue de jour en jour. Quant aux colons lixés aux Fidgi, leur nombre, au 1 er janvier 1871, était de 2,0-40.

Cet archipel semble offrir de grandes perspectives à la colonisation : on sait qu'il y existe de vastes couches d'une argile de qualité supérieure que les indigènes transforment en poteries, et l'on croit à l'existence de gisements de cuivre et d'antimoine. Ou est certain que le sol y est très-propice aux cultures cotonnières. Elles y ont été introduites, il v a déjà bien des années, et dès 1859, le coton des Fidgi obtenait, sur le marché anglais, un prix supérieur eu moyenne au coton d'Amérique. Aussi sa production s'esl-elle rapidement développée ; tandis q u'en 1 8G4, l'exportation n'était encore que de G50 quintaux, eu 1873, elle s'élevait au chiffre tle 4,500 balles de 550 livres chacune, soit environ 14,000 quintaux. Malheureusement la qualité avait périclité et d'une façon notable, puisque la livre ne se vendait plus ù Londres que de 13 à 22 deniers, alors qu'autrefois cette même livre s'y était payée 26 et même 28 deniers.

• Dans les parties montagneuses de Pile Viti, le caféier vient très-bien ; il en existe déjà de grandes plantations que le cyclone de 1806 détruisit presque toutes, mais qui ont été reprises. La canne à sucre prospère sur un grand nombre de points, et l'onrcncoi.ire le tabac aux abords de ircsquc tous les villages indigènes. Enfin les bois d'excellente qualité, propres au chauffage comme aux constructions navales, abondent. La plus précieuse de ces essences est le Kaori, ou pin coloimaive (Danwiaravitiensis),

que les premiers visiteurs de la Nouvelle-Calédonie, Fors ter et Cook, confondirent avec ces piliers basaltiques qu'ils avaient observés en Islande, en Ecosse, en Auvergne et retrouves dans le groupe océanien des Nouvelles-Hébrides. Quelques Kaoris atteignent l'altitude de 100 pieds et offrent, à 4 pieds au-dessus du sol, un pourlour de dix-huit.

Ad.-F. de ïompertuis.

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