LE TÉLÉGRAPHE FRANÇAIS. LE SYSTÈME MORSE
l'appareil CASELLI.
Les progrès de la télégraphie semblent vouloir lutter de vitesse avec le tluide merveilleux qu'elle met en œuvre. Nous avons formé le projet d'explorer ce vaste champ ; c'est une matière à surprises, digne d'exciter la curiosité. Nous commencerons par les appareils télégraphiques. Il faut qu'on nous accorde les préliminaires :
1" L'électricité produite dans la pile voltaïque se propage avec une rapidité inouïe dans les conducteurs métalliques;
2° Une aiguille aimantée librement suspendue, subit l'influence d'un courant électrique qui passe au-dessus d'elle ;
3° Un fer à cheval, entouré d'une hélice isolée, traversée par le courant, s'aimante au passage de celui-ci, et attire une armature placée en regard ; ce système a reçu le nom d .électro-aimant.
INous ne nous arrêterons pas aux premiers essais. Saluons au passage le télégraphe français, qui a servi de transition entre la transmission aérienne de Chappc et les systèmes modernes. Il s'agissait de tirer parti d'un personnel initié à la lecture des signaux anciens, formés comme on le sait, avec les diverses positions azimutales d'un bras mobile aux extrémités d'une longue tige. On ne pouvait faire mieux dans l'espèce que d'utiliser la déviation de l'aiguille aimantée placée au voisinage d'un courant électrique, afin de reproduire ainsi les combinaisons de l'alphabet Chappe.
Plus tard, l'horlogerie s'est mise de la partie, elle
a produit le télégraphe^ oadran, encore usité dans les installations secondaires. En deux mots, c'est une pendule dont le balancier est remplacé par l'armature d'un électro-aimant ; qu'une série d'impulsions soit donnée à l'armature par des émissions successives du flux électrique, l'aiguille de la pendule répétera sur le cadran les phases d'arrêt et de mise en train opérées au départ. On conçoit aisément qu'une correspondance initiale établie entre la graduation du cadran de départ et de celui d'arrivée, permette au correspondant de lire, l'une après l'autre, toutes les lettres touchées par l'agent qui manipule à l'autre extrémité.
Mais bientôt s'est produite une objection capitale. A une exploitation qui allait se mettre à la disposition du public, il manquait un contrôle. Verba volant, dit l'adage ; on a songé bientôt à écrire ces signaux fugitifs. De celte préoccupation sont venus tous les appareils imprimeurs, les vrais appareils industriels.
Le premier de tous, le roi, est encore le télégraphe Morse. Pour la simplicité il n'a pas dérivai : figurezvous un alphabet composé avec deux sortes de si gnaux, des points et des traits, on si vous voulez, une musique dans laquelle on combine de toutes façons la même note, tantôt longue, tantôt brève, vous aurez une idée de la production des signaux dans ce système. Ce qui le distingue, en effet, c'est moins la propriété fondamentale de l'impression, que le procédé de langage. Imaginez-vous quelquechose de plus simple que l'expérience suivante :
Vous êtes sur un chemin de fer, accidentellement airêté au delà d'une station ; un fil télégraphique dans lequel circule un courant permanent d'électricité est à votre portée, vous brisez ce fil, et en rapprochant suivant une cadence déterminée les deux bouts de la cassure, vous entrez en conversation avec la station. Une manœuvre analogue du correspondant vous enverra par le même conducteur sa réponse ; si vous avez pris la précaution de placer les deux bouts du fil sur votre langue, par la durée relative des diverses sensations vous entendrez tout ce qu'il vous dira.
Précisons pour indiquer comment est constitué le télégraphe Morse afin de produire l'impression. L'armature de i'électro- aimant répète les phases de l'émission du courant au départ; si l'émission est courte, le contact de l'armature dure peu, au contraire si l'émission est prolongée, le contact persiste autant qu'elle. Il n'en faut pas davantage pour écrire la dépêche. Une bande de papier entraînée dans un laminoir, passe sans la toucher, au-dessous d'une molette garnie d'encre. Chaque mouvement de l'armature a pour effet d'appuyer le papier contre la molette, de là naissent des points ou des traits suivant la durée des contacts. En résumé, la transmission Morse se figure ainsi: