TRANSMISSION MOUE
Co type d'appareils se trouve aujourd'hui dans tous les pays, on peut même ajouter que là où l'instruction primaire est en faveur, il fait partie du matériel scolaire.
Nous passons à une autre variété inoins connue que nous décrirons avec quelque détail. Ce télégraphe est
apte à reproduire Fig. 1.— Appareil Gaselli. — Détail de la feuille d'clain et de la feuille de papier c
des dessins , et ^ stations corres-
par suite le fac-similé de l'écriture, sous ?ette forme j pondantes aient des mouvements synchrones. Chaque il est dit autographi- (pie. Nous explique-
une série d'arcs parallèles; le mouvement altcrnatil
leur est transmis par le pendule F (fig. 2), au moyen du bras QQ' ; en même temps une vis leur donne un mouvement lent de translation suivant l'axe des surfaces cylindriques.
Pour que le système fonctionne, ilfautqne les deux pendules F aux deux stations
mimique.
rons l'appareil Caselli qui est le premier en date.
Au déport, un stylet de fer parcourt la surface d'une feuille d'étaiti sur laquelle la dépêche a été écrite avec une encre isolante. A l'arrivée, une autre pointe parcourt un papier qui a été imprégné d'une solution de cyanure jaune de potassium. Sous l'action du courant, la pointe forme sur le papier un cyanure double de fer et de potassium, qui est le bleu de Prusse. Une série de traces bleues reproduit dans son ensemble la dépêche originale.
Aux deux stations la feuille d'étaiu et la feuille de papier chimique sont placées sur une surface cylindrique. Ou voit sur la fig. 1 celte double disposition , chaque poste étant monté à la fois pour
Fig. 2. — Vue d'ensenible de l'appareil Caselli.
expédier et pour re
cevoir. Les pointes i^m. wt upciee pur
parcourent les surfaces cylindriques en décrivant | le pendule régulateur I3B' à la fin de chacune de ses
pendule F a une masse assez considérable ; pour obtenir un bon réglage, on a recours à un petit pendule BB' représenté dans la fig. 7).
Cet appareil reçoit le mouvement d'un mécanisme d'horlogerie à poids A, et vient frapper dans son oscillation une lame à ressort qu'on peut tendre à l'aide d'une vis D.
Le pendule F se termine par une masse de fer qui oscille entre les deux électro-aimants EF/.
Ces électro-aimants sont animés par une pile locale dont le circuit est fermé par le pendule moteur lui-même un instant avant la lin de chaque oscillation simple. La masse de fer achève ainsi chacune de ses oscillations sous l'influence d'un électro-aimant qui la retient dans cette position extrême jusqu'au moment où le circuit est rompu.
Cette rupture du circuit est opérée par
doublas oscillations. Ainsi le moteur ne quitte jamais sa position extrême qu'au moment où le régulateur termine sa double oscillation.
La 11 g. 5 montre la disposition des communications électriques de l'appareil, nous n'entrerons pas dans le détail du tracé qui intéresse seulement les praticiens. Il nous reste à dire comment s'obtient le synchronisme. 11 s'agit de rendre parfaitement concordantes les oscillai ions des pendules régulateurs aux deux stations. A cet effet, le poste de départ se sert d'une feuille d'étain sur laquelle une ligne droite a été tracée à l'encre suivant une dus génératrices du plateau cylindrique. Cette ligne se reproduit à la station d'arrivée : si la ligne reproduite est parfaitement parallèle à l'axe du cylindre, on eu conclut que les mouvements sont rigoureusement syuchroniques. Si elle est oblique, on agit sur la vis D du régulateur jusqu'à ce que la concordance soit établie.
La marche de l'appareil Casclli est trèssimple en pratique ; il a été mis autrefois à la disposition du public sur la ligne de Paris à Lyon. Si son usage n'a pas reçu plus d'extension, c'est qu'il dépasse en quelque sorte les besoins courants , le public paraît n'attacher qu'un intérêt médiocre à la reproduction autographique de l'écriture. Quant à l'envoi télégraphique de dessins ou de ligures quelconques , il ne peut être considéré que comme un cas tout à fait exceptionnel.
L'appareil Caselli se prête à beaucoup de combinaisons; nous citerons seulement, à titre d'expérience curieuse, lu reproduction télégraphique d'un dessin à plusieurs couleurs. La pointe de 1er animée par le courant donne avec le cyanure de potassium une teinte bleue. Quand on la remplace par une pointe de cuivre, on a une teinte rouge. On obtient avec d'autres métaux et d'autres dissolutions, des couleurs différentes. Si donc, à la station de départ on décoinpose le dessin en plusieurs feuilles dont chacune porte les parties qui correspondent à une couleur déterminée, et si, à l'arrivée, on reçoit les transmis-
sions successives sur un même papier, en ayant soin d'employer pour chacune d'elles la pointe et la dissolution convenables, on reproduit le dessin à plusieurs couleurs. Cii. Bo^temps.
— La suite prochainement. —
CHRONIQUE
Les criquets dévastateurs en Algérie. — Non*
avons annoncé {p. 15) l'invasion des criquets dans notre ;— «», colonie. Le Moniteur de
V Algérie rions donne à ce sujet de curieux détails sur les efforts (jui ont été faits par la population pour combattre cette landwehr aérienne.
« Malgré la quantité innombrable de ses ennemis, l'homme n'a pas refusé la lutte, et jusqu'à deux heures de l'aprèsmidi , la victoire est resiée indécise. Pour les sauterelles, vivement sollicitées par la verdure, la question était de s'abattre sur la pâture convoitée.
L'homme, au contraire, avait comme objectif de les maintenir dans les régions élevées où le venl pouvait les saisir et les entraîner vers d'autres contrées. Pour atteindre ce but , tous les moyens étaient mis en usage; feux d'herbes à demi sèches et charivaris indescriptibles, dans lesquels la voix, les cloches, les casserolles, les chaudrons, les bidons lançaient tour à tour ou simultanément leurs notes aiguës ou graves. Hommes , femmes , enfants , personne ne manque dans les rangs; tous les autres travaux sont abandonnés. Comme nous l'avons dit plus haut, jusqu'à deux heures, on a pu croire que la victoire était à l'homme; la plupart des acridiens, effrayes par le tumulte, dérangés par le bruit, chassés par la fumée, se maintenaient à une hauteur convenable et si, parfois, des groupes s'abattaient, on parvenait assez facilement, en les pourchassant, à leur faire quitter le sol, avant qu'ils aient eu le temps d'endommager les plantes. Mourant de faim, mais poursuivies de tous côtés, ahuries, fatiguées, les phalanges ailées se décidèrent tout à coup à s'abattre en masse, coûte que coûte, et, au coucher du soleil, les champs et les arbres, de verts étaient devenus jaunes, disparaissant entièrement sous le corps des dévorants attachés à leurs flancs. La première journée était perdue pour l'homme ; l'ennemi dans la place, il devait se préparer à essayer de l'en chasser le lendemain au point du jow. Dans le silence de la nuit, ou
Fi». 3. — Coupe de l'appareil Caselli.
entendait, hier, un bruit énorme et continu, causé sans doute par des milliards de mâchoires se livrant au travail de la mastication. Aujourd'hui, au lever du soleil, toutes les sommités des arbres étaient dévorées, des pieds de pommes de terre fauchés à leur base comme si une faux mal aiguisée y eûî passé . La bataille a immédiatement recommencé ; mais les sauterelles paraissent peu disposées à quitter leurs positions. On sent que le moment de la ponte approche, et beaucoup choisissent de préférence pour se reposer les terres nues où il leur sera possible de déposer leurs œufs. Dans quelques jours il faudra de nouveau engager la lutte avec les ennemis qui vont éclore. Le courage ne manquera pas plus à nos colons dans cette dernière épreuve que dans la première. »
Ascension aérostatique an-dessus de la mer
Noire. —Le 19 avril 1874, à 3 h. 40m. du soir, le ballon le Jules-Favre a quitté Odessa en marchant vers le N.-E. Il était sous le commandement de M. Bunelle , qui avait à son bord M. Thomas, ingénieur français, établi à Odessa, et M. Wolkoif. A mesure que l'aérostat s'élevait, la couche d'air dans laquelle il entrait prenait une direction plus accentuée vers le sud, de sorte que les passagers ne tardèrent point à se trouver en pleine mer. Mais il ne leur était pas difficile de s'apercevoir à l'allure des bâtiments, qui couraient grand largue pour entrer à Odessa, que le vent inférieur continuait à pousser vers la terre. Aussi sans se laisser entraîner parce contre-temps, se laissèrentils conduire à 2i> kilomètres du rivage avant de songer à se rapprocher. L'aérostat planait alors à 2,500 mètres. Le tourant inférieur commença à saisir de nouveau l'aérostat quand il ne fut plus qu'à une altitude de 2,000 mètres, et à 4 h. 45 m. seulement le ballon regagnait la terre après avoir parcouru 71 kilomètres en mer- A 6 h. 35 m. les aéronautes sortaient de la nacelle après avoir encore parcouru 82 kilomètres. Le vent, qui avait fraîchi, faisait alors 50 kilomètres à l'heure.
Avant de s'arrêter le ballon eut à franchir trois fils télégraphiques qui lui barraient la route. Mais un sac de lcsl suffit pour surmonter l'obstacle. Le bout du guide-rope, en touchant les fils de fer, leur fit rendre un son musical trèsintense; c'était un gigantesque coup d'archet que le Jules- Favre venait do donner à une corde de 100 mètres de longueur.
Celte belle ascension montre une fois de plus les im inenses ressources que les aéronautes peuvent trouver parfois dans les courants aériens superposés, pour obtenir en quelque sorto un véritable moyen de 8e diriger.
Xouvelles caverne§ à ossements. — En Angleterre des cavernes à ossements ont été récemment découvertes sur les bords de la rivière de Wye, dans le comté de Worcester. On n'en donne pas le nombre exact, mais on suppose qu'elles ne sont pas moins de 12 à 20. Dans la dernière séance de la Société des sciences de ce comté, le président a lu un rapport sur la visite qu'il a faite dans ces cavernes en compagnie du docteur Carpentcr. Trois des cavernes ont été seules visitées. Dans l'une d'elles on a trouvé deux crânes humains, avec des monnaies et des ornements de la période romano -britannique. Après avoir écarfé la terre qui les recouvre, on a rencontré une couche solide de pierre, si épaisse et si dure, qu'il a fallu la faire sauter avec de la poudre. A la suite, on a trouvé des ossements provenant tous d'un seul et même animal, i'ours des cavernes. Puis ensuite une nouvelle couche de pierre qu'il a fallu faire sauter; après quoi ont apparu des os fossiles d'espèces d'animaux disparus, les
restes merveilleusement conservés d'un mammouth, 1rs os d'un rhinocéros complet, les débris de lions des cavernes, d'ours des cavernes, ainsi qu'un grand nombre de restes d'hyènes. La Société songe à acquérir l'une du ces grottes du propriétaire actuel.
BIBLIOGRAPHIE
Le Livre de la Nature, par Frédéric Scikelder, traduit de l'allemand par Adolphe Schëi.er. — 2 volumes in-8°. Paris, C. Ileinwald et G*, 1872-1874.
Cet ouvrage est depuis longtemps célèbre en Allemagne, où il a rendu à l'instruction populaire des services importants; nous sommes heureux de signalera nos lecteurs l'édition française que publie la librairie Ileinwald. L'œuvre de Schneider a ce mérite incomparable d'être facilement accessible à tout le monde, et de présenter un tableau fidèle quoique succinct, des sciences physiques et naturelles qui comprennent l'ensemble de l'univers. Le Livre de la Nature est de ces ouvrages de vulgarisation qui doit trouver sa place dans toutes les écoles et dans toutes les bibliothèques de l'enseignement.
Spectres lumineux. — Spectres prismatiques et en longueurs d'ondes, destinés aux recherches de chimie minérale, par M. Lecoq de Boisbaudhan. 1 vol. in- 8", texte, accompagné d'un atlas de planches. — Paris, Gautbier- Villars. 1874.
Nous félicitons l'auteur de ce bel ouvrage d'avoir entrepris la tâche de faciliter aux chimistes l'usage du spectroscope. Cet instrument joue un grand rôle dans la pratique, du laboratoire, et ses applications à l'analyse sont appelées à se multiplier de jour en jour. Mais il était jusqu'ici difficile de s'initier au maniement du spectroscope, et M. Lecocq de Boisbaudran rend un grand service aux savants en mettant entre leurs mains un véritable traité pratique, où ils trouveront des indications précieuses sur le choix des instruments, sur les manipulations qu'ils nécessitent, en même temps que des figures représentant fidèlement toutes les physionomies des spectres, et formant ainsi un guide pour les essais.
CORRESPONDANCE
APPAREIL DEiTIHÉ A PRÉSERVER LES VIGNES DE Là GELÉE
L'époque des gelées est passée; mais il ne nous semble pas moins intéressant de donner quelques détails sur des expériences qui ont été exécutées, celte année, avec un succès complet. M. Le Breton a bien voulu nous donner le détail de l'appareil très-simple qui a protégé ses vign<;s et qui, d'après lui, peut être facilement construit par les vignerons. Cet appareil consiste en un véritable parasol, formé par une poignée de paille, attachée convenablement à l'extrémité d'un échulas. La paille, fixée à la partie supérieure du bâton, se redresse d'elle-même sous l'influence atmosphérique et forme un abri très-suffisant pour empêcher le rayonnement nocturne. Quand les gelées ne sont plus à craindre, un anneau métallique sert à rabattre la paille contre l'échalas, à la façon des ombrelles. Ce système est évidemment facile a établir à peu de frais.
ACADEMIE DES SCIENCES
Séance du 8 juin 1874. — Présidence de M. Bertrand.
M. Roulin.— L'Académie vient de faire une perte trèsconsidérable dans h personne de M. Roulin, académicien libre, qui a succombé vendredi dernier, après une trèscourte maladie. Fidèle jusqu'au bout à ses habitudes de sitriplicilé cl de modestie peut-être excessives, le défunt a demandé qu'aucune députation n'assistât à ses obsèques, et qu'aucun discours n'y fût prononcé. L'érudition de M. Roulin était à toute épreuve; personne ne connaissait aussi bien que lui les richesses de lu bibliothèque de l'Institut et il suffisait de causer un instant a\ec lui pour savoir le fort et le faible d'une question quelconque. Il débuta en 1822 par un grand voyage dans le% Andes, fait de concert avec M. Roussingaultet M. Rivero. Naturaliste éraineut, il rapporta de précieuses notes, qu'il se pressa si peu de, publier qu'aujourd'hui un seul volume en a été offert nu public, sous le titre d'Histoire naturelle et souvenirs de voyage, volume dont le succès a été trèsdistingué. Un autre ouvrage est tout prêt et paraîtra sans doute avant longtemps. M. Roulin a contribué beaucoup à la création des Comptes rendus de l'Académie des sciences. Un peu après 1850 il publia régulièrement, dans le Temps, un résumé de chaque séance académique et T intérêt de ses articles fit généralement exprimer le désir que l'Académie se chargeât elle-même d'une semblable publication. C'est en 1855 que le premier numéro des Comptes rendus parut. Arago et Flourens, alors secrétaires perpétuels, les dirigèrent, mais M. Roulin leur fut attaché et c'est sous sa surveillance qu'ils parurent jusque dans ces derniers temps ; tous les numéros furent corrigés de sa main. Comme M. Decaisne l'a rappelé, on doit à M. Roulin d'importantes recherches sur le maïs ; il étudia aussi la maladie que cette plante détermine chez les animaux qui s'en nourrissent et dont le symptôme le plus frappant consiste daus la chute des ongles.
Élections de correspondant. — Vingt-cinq suffrages appellent M. le docteur Tholozan à une place de correspondant, dans la section de médecine et de chirurgie; 13 voix se répartissent sur d'autres candidats.
La mort de Gustave Rose avait laissé vacante une place de correspondant dans la section de minéralogie. Les votants étant au nombre de 39, M. Suider réunit l'unanimité des suffrages.
Le phylloxéra condamné au suicide. — On pourra sourireen voyant ce titre ; mais je préviens qu'il s'agit ici d'une condamnation tout à fait sérieuse. — Comment d'ailleurs en douterait-on puisque le juge qui prononce le verdict n'est autre que M. Dumas. L'idée que l'illustre secrétaire perpétuel développe aujourd'hui est une de celles qui séduisent à première vue par leur simplicité et leur élégance ; reste à savoir si la pratique la sanctionnera, mais l'attente, sur ce point, ne saurait être bien longue.
Voici de quoi il s'agit :
Parmi les innombrables recettes proposées pour venir à bout du phylloxéra, on remarque surtout le sulfure de carbone, qui joint à une grande vertu toxique la propriété de donner une vapeur très-lourde apte, par conséquent, à pénétrer rapidement dans les fissures du sol. Aussi, d'après les indications de M. PaulThénard, a-t-on fait une grande consommation de sulfure de carbone, versé au pied des
vignes, à raison de 150 grammes en moyenne par ceps. Que les phylloxéras aient été tués sur les racines ainsi traitées, voilà qui ne saurait faire de doute ; mais, dans beaucoup de cas, au moins, la plantesoumise à la médication partagerait le sort de son parasite.
Or, il ressort des expériences de M. Dumas que ce résultat néfaste est dû à la trop grande quantité de sulfure de carbone qui, à dose moins forte, n'est point nuisible à la vigne. Seulement si la dose est moins forte, la mort du phylloxéra n'est plus instantanée et la forte tension du liquide le faisant évaporer promptement et disparaître, l'insecte revient bientôt à la vie et recommence f-es ravages. Comme on ne peut revenir sans cesse pour donner au même ceps de petites quantités du poison, le problème consiste à trouver un corps qui ne dégage celui-ci que peu à peu. C'est ici que je réclame toute votre attention.
Lesulfo-carbonate de potasse est un magnifique sel trèsdéliquescent et dont la solution peut sans inconvénient être épandue sur les champs; il n'est point vénéneux et ne répand même aucune odeur ; on peut donc le transporter partout et le confier à toutes les mains. Mais, sous l'influence des acides, il se décompose et dégage au fur et à mesure de son altération de l'hydrogène sulfuré et du sulfure de carbone, c'est-à-dire les deux corps les plus anliphylloxériques que l'on connaisse. En même temps l'acide employé détermine la formation d'un sel de potasse dont la vigne fait ses choux gras, suivant une expression aussi énergique que peu distinguée.
Voilà qui va tout seul. Mais quel acide prendra-t-on pour réaliser cette heureuse décomposition? ■ — (Écoulez bien) : l'acide carbonique. — Et qui le fournira cet acide carbonique? — Que toutes les respirations se suspendent ! C'est celle (la respiration) du phylloxéra! —
Oui, messieurs, le phylloxéra, obligé, pour vivre, d'expirer de l'acide carbonique, décomposera par ce fait lesulfo-carbonate dépotasse dont le sol sera imprégné : il procurera ainsi à la vigne du carbonate de potasse dont la faculté fertilisante est bien connue ; et du même coup il s'administrera à lui-même, à petite dose, le sulfure de carbone dont il mourra... à moins que, nouveau Mithridalc, il nu s'accoutume à ce régime et n'y puise des forces nouvelles.
Cette dernière perspective, d'ailleurs peu probable, étant mise de côté, vous voyez que le procédé de M. Dumas réunit tous les avantages, y compris celui de justifier le titre de ce paragraphe et d'ouvrir à la fabrication jusqu'ici languissante des sulfo-carbouales des horizons absolument nouveaux.
Patriotisme corse... et corsé. — On peut juger de l'impression désagréable des vignerons de la Corse en apprenant qu'un cépage de l'île vient d'être envahi par le phylloxéra. Le préfet voulant couper court au mal, appelle le propriétaire du susdit cépage et lui offre de larges indemnités eu échange de la destruction immédiate des pieds infectés. L'aimable administré repousse toutes les avances et, modifiant quelque peu la réponse d'Ilippocrate à l'ambassadeur d'Artaxcrcès, il déclare que, puisqu'il est envahi, il lui semble tout naturel que la Corse entière partage son sort. On recourt à dos jurisconsultes et l'on découvre qu'il n'existe aucun mojen de contraindre ce généreux citoyen; la seule ressource de l'autorité est de proposer dans peu do jours un projet de loi à l'Assemblée nationale • et il y a des gens qui disent que la France ne jouit pas de la liberté la plus effrénée ! Ils conviendront qu'en Corse le phylloxéra a celle de se propager. — C'est M. Bouley qui
a raconté celte anecdote, après laquelle l'Académie s'est formée en comité secret... Chut!...
Stanislas Meoier.