NOUVELLE MÉNAGERIE DES REPTILES
AU ML>ÉUM D'HlsTOIliË KATl'IlELLE.
Le vendredi 16 octobre la nouvelle ménagerie des reptiles du muséum d'histoire naturelle ouvrait ses portes au public. La veille, les principaux représentants de la science et du journalisme parisien avaient été conviés à visiter le palais destiné aux vertébrés inférieurs, reptiles et batraciens.
L'ancienne ménagerie, établie dans de vieux bâtiments tombant presque en ruines, était depuis nombre d'années reconnue trop petite et tout à fait indigne des richesses qu'elle renfermait; c'était là cependant qu'avaient été envoyés les animaux les plus rares et que pour la première fois en Europe l'on avait vu vivants: la grande salamandre du Japon, la ménopome, le grammatophore barbu, le trachysaure, le moloch, ces deux êLres étranges d'Australie, et tant d'autres espèces encore dont il serait, superflu de dire ici les noms; c'était là qu'avaient été suivis avec tant de soin par À. Duméril la transformation de cet animal étrange à tant d'égards, l'Axolotl du Mexique; c'était là que les savants auteurs de l'erpétologie générale, Constant Duméril et G. Bibron, avaient l'ait tant d'intéressantes observations, secondés par Val ée, ce modeste employé qui est venu tout à coup manquera l'administration du Muséum,
' Archives des sciences physiques et naturelles de Genève.
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Les richesses s'accumulaient, et le local devenait chaque jour de plus eu plus insuffisant, aussi la création d'une nouvelle ménagerie était-elle chose décidée eu principe depuis plusieurs années. Grâce à d'activés démarches, grâce à l'estime dont il jouissait et comme homme et comme savant, Auguste Duniéril, le digne successeur de son père dans la chaire d'erpétologie, parvint à obtenir que la création île la ménagerie ne restât pas lettre morte. M. André, l'architecte du Muséum, tut chargé de dresser !es plans, et le nouveau bâtiment s'élevait de terre sur l'emplacement de l'ancien laboratoire de paléontologie, lorsque Auguste Duméril fut subitement enlevé à la science, u' avant pu voir menée à bonne fin l'œuvre pour laquelle il avait tant de ibis élevé la voix. M. Blanchard, membre de l'Institut, fut à cette époque chargé par intérim de la chaire d'erpétologie et d'ichthyologie; le savant professeur prit à cœur d'achever l'œuvre commencée par son prédécesseur, et l'on peut dire que, pendant près de trois ans, i! y consacra tout son temps. Mais que de soins, que de démarches avant d'arriver à l'achèvement complet du palais, unique certainement au monde, qui vient d'être terminé. Tout, en effet, était à chercher et à trouver, tout à créer non moins artiste que savant, W. Blanchard voulait que, non-seulement l'installation nouvelle répondît à tous les besoins de la science, mais encore que ces animaux si méprisés, et, pour le dire, considérés comme si laids et si repoussants , les reptiles, fussent piésenlés au public avec tout le charme possible, et qu'à un tableau peu attrayant par lui-même, on pût ajouter un cadre qui permît de le contempler, sinon avec plaisir, du moins sans répulsion.
Il faut Lien dire que le savant professeur avait eu le rate bonheur de trouver près dû lui un artiste d'un talent depuis longtemps reconnu, M. F. Bo- COUit, attaché au laboratoire d'erpétologie: le bras interprétait avec intelligence les ordres donnés par la tète, et, c'est grâce à la triple collaboration de l'homme de science, de l'architecte et de l'artiste que la nouvelle ménagerie a pu être édifiée telle que nous la voyons.
Cette ménagerie forme un long bâtiment surmonté d'un éta ,r e à chaque extrémité; ces étages sont reliés entre eux par un long couloir. De grandes glaces garnissent le devant et permettent au publie d'apercevoir les animaux. Une belle statue représentant un nègre jouant de la flûte et charmant un serpent se trouve près de la porte d'entrée.
Celle-ci donne accès dans une premièie salle ornée d'un vaste bassin élégamment décoré au milieu duquel sont des tortues d'eau douce, des émydes. En face, et dans la vitrine centrale, se voient les couleuvres à collier et vipérine, toutes deux de France; de chaque côté de cette vitrine sont, dans les cages du bas, de jeunes émydes, des tortues terrestres, de trèsjeunes caïmans et crocodiles et quelques couleuvres. Des seize vitrines du haut, trois seulement sont actuellement occupées par des couleuvres et par des
lézards des murailles. Ce^ vitrines sont destinées surtout à renfermer les reptiles de France.
Ile cette première pièce, le visiteur passe dans une vaste salle éclairée par le haut. Trois magniliques palmiers la décorent ; dans les bassins, des papyrus aux feuilles étroites, des fougères au port élégant; dans les cages, des plantes exotiques, des fleurs, des camélias, des arbustes au vert feuillage, des plantes grimpantes autour des branches où se tiennent enroulés les serpents, des lycopodes cachant les bacs, des plantes gra-ses garnissant les abris où se retirent les animaux qui fuient le jour; partout la lumière, la verdure et la vie. Qu'il y a loin de cette salle à cette pièce si froide, si humide et si triste que tous nos lecteurs ont connue!
Le grand mur du fond, peint d'une couleur agréable à l'œil, porte inscrits les noms des fondateurs de la science: Aristote, jElien, Ausone, Salviani, Belon, Rondelet, J. Ray, Linné, Artédi, Lacépède, Daudin, Brongniart, Cuvier, Gcoffroy-Sain'.-Ililaire, Blaiuville, Dumérit, Bibron, Valenciennes. Le centre de la salle est occupé par un vaste bassin divisé en cinq compartiments ; c'est là que sont les caïmans à museau de brochet de l'Amérique septentrionale, les caïmans à points noirs de la Guyane hollandaise, le caïman à tète de chien qui habite le Brésil, le crocodile à front large d'Afrique, tous immobiles pendant de longues heures. Bans le bassin du milieu vit une grande tortue de mer, la chélonée couane de Cayenne. Dans le dernier compartiment, se voient plusieurs beaux exemplaires d'une tortue de terre à écailles portant au centre une large tache jaune qui s'étend enrayons sur le reste de la surface; cette espèce, la tortue radiée, est particulière à Madagascar, d'où on l'apporte souvent vivante à Bourbon et au Cap; avec elle se trouvent deux grandes tortues au corps déprimé et au long cou, la plalemyde de Wagner.
Si après avoir jeté un coup d'oeil sur les bassins, nous revenons vers la salle d'entrée, nous verrons dans la première cage vitrée quatre magnifiques boas empereur, provenant du Brésil, puisleboa constrictor des forêts de l'Amérique du Sud. Vifs et agiles sont les lézards ocellés et les lézards verts qui sont près de là. La grande cage centrale et la dernière vitrine sont consacrées à de magnifiques pythons de Séba, cette espèce qu'adorent les nègres de la côte de Guinée; la femelle de près dequatre mètres de longijui se voit dans la dernière vitrine est surtout de la plus grande beauté, et par sa taille et par la richesse de sa robe. Le représentant asiatique du genre, le python molure, des lieux bas, marécageux et inondés des Grandes Indes, se trouve à côtede l'espèce Africaine. Puis se voient la couleuvre plombée des environs de Buenos-Avres, la couleuvre gentille qui vit dans la même région, l'élaphe de Sarmatie, la couleuvre de Holbrook qui habite la Pensylvanie. Sur des plantes avec lesquelles ils se confondent par leur teinte, perchent des caméléons aux mobiles couleurs, sur les pierres se chauffent des stellions du Levant, facile-
ment reconnaissables à la disposition en verticille des écailles épineuses qui garnissent la région caudale. Se cachant le plus souvent dans l'ombre sont des Sauvegardes de l'espèce dite ponctuée de noir, ces lézards, aux ongles aigus et acérés, qui passent pour prévenir de l'arrivée des reptiles dangereux. Puis viennent les cages occupées par les reptiles d'Australie, le lézjrd épineux de Sydney, le varan de Gould, le £rarnmatophore barbu aux écailles de la gorge développées et formant de longues pointes, le tracliysaure rugueux, ce curieux animal d'un type archaïque plutôt que d'un type actuel, et dont, la queue est presque aussi arrondie que la tète, de telle sorte qu'au premier abord on serait tenté de confondre les deux parties.
Le corps de bâtiment parallèle à celui par lequel nous sommes entrés, est consacré aux reptiles venimeux. Le bassin, qui en occupe un des côtés, renferme quelques tortues d'eau douce et la curieuse matamata à la tète terminée par un appendice qui rappelle probablement les lilets pêcheurs de la Baudroie. Contre la fenêtre sont les araignées mygales, au hideux aspect; derrière les pierres se cache un gecko. Voici la vipère aspic de Fontainebleau, l'échidnée élégante, le dangereux serpent des Indes orientales, les serpents à sonnette dont la queue, terminée par des étuis cornés et mobiles, fait entendre un bruit de cresselle, lorsque l'animal est inquiet ou irrité, avertissement pour le voyageur qui parcourt les vastes solitudes du Nouveau Monde ; voici le trigo-
Nouvelle ménagerie des reptiles au Jardin des Plantes. — Galerie des reptilos nuisibles.
nocéphale enrouleur et le trigonocéphale piscivore, plus dangereux peut-être que le crotale et se glissant sans bruit dans l'ombre des forêts; puis le naja à lunettes, le serpent des charmeurs de l'Inde, qui peut à volonté dilater son cou , et dont le représentait l africain , l'aspic ou haje, a été adoré parles anciens Esvptiens comme la divinité protectrice des champs.
Que le lecteur veuille bien maintenant nous suivre dans la salle des aquariums. Il y retrouvera les salamandres tachetées, les tritons ponctués, les tritous à crête, les tritons des Alpes qu'il a pu observer aux environs de Paris. Le crapaud accoucheur dont le mâle porte, jusqu'à l'éclosion, les œufs attachés autour de ses cuisses, est à côté du protée anguillard, le curieux animal des cavernes souterraines de l'Illyrio. Dans la même salle sont le cystiguate ocellé de Cayenne, le crapaud élevé du Japon, le crapaud à oreilles noires de Buenos-Ayres et les grenouilles mugissantes des Etats-Unis dont lu voix
1 a tant d'éclat et de puissance. L'étrange ménopone
! des Etats-Unis se cache presque toujours derrière les
I pierres. Les deux grandes salamandres du Japon, qui
rappellent tant le fossile décrit par Scheutzer sous le
nom d'homme témoin du déluge, occupent le grand
aquarium central, près duquel se trouvent de nom-
, breux axolots, dont quelques-uns sont atteints d'al-
'■ biuisme, puis les fameux axolots transformés, les
seuls qui aient encore été vus. S'il jette les yeux sur
les silures de glanis qui vivent dans un des deux
; grands bassins destiné? aux poissons, le visiteur aura
j parcouru bien rapidement, il est vrai, et sans avoir
eu le temps de faire d'observations suffisantes, Je
; palais destiné aux reptiles ; s'il veut bien nous pren-
, dre encore comme guide, nous chercherons à lui faire
I une autre fois connaître les mœurs de quelques-uns
des êtres étranges qu'il n'a fait qu'entrevoir.
I —La lin pruchiunemcnl. —