‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 185 sur 229 · DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

DES ANIMAUX

L'un de 3 discours les plus intéressants prononcé* au dernier meeting de l'Association britannique a été celui du professeur Huxley, dont la presse scientifique s'est vivement occupée en Angleterre et en Amérique. Le suj<;t traité par M. Huxley attire la curiosité, car il semble promettre une solution dans ces phénomènes singuliers de sagacité et d'instinct chez les animaux inférieurs, où l'on hésite à reconnaître une faculté de raisonnement. L'adresse, à son début, offre un caractère historique; M. Huxley envisage les propositions biologiques de Descartes, en mettant en parallèle les idées modernes, qui offrent avec celles-ci des analogies plus ou moins importantes. Descartes considère les animaux comme des machines; un chien, par exemple, ne voit pas, ne. sent pas, n'entend pas, mais l'impression qui révèle au sensilisme ces modifications ou sensations, provoquent dans le chien", par une réaction mécanique»

des actes qui correspondent chez nous à ceux que nous accomplissons dans la vision, dans l'olfaction, dans l'audition.

Une telle affirmation exige impérieusement l'épreuve expérimentale d'une vérification réelle et sensible. Le professeur Huxley parle du cas d'une grenouille, dont la portion antérieure du cerveau a été détruite. Bans cet état ranimai peut vivre pendant des années, tandis qu'il est certain qu'il ne voit pas et uu'il n'entend pas. Il se tiendra toujours au même point, bien que porté contre des ob.-tacles, il se détourne el les évite. 11 nagera, il se balancera sur une main: évidemment quelque chose traverse le nerf sympathique, agit sur le mécanisme de la grenouille, sur le système nerveux tout entier, pour déterminer chez elle une accommodation convenable.

Ulïcas plus curieux encore esteelui d'un soldat français blessé au pariétal gauche. Le soldat guérit de celte blessure, mais il vit maintenant d'une double existence. Durant deux jours par mois, il ne voit, ni ne sent plus, et, en réalité il est dépourvu de toute sensation excepté de celle du toucher. Néanmoins il sait éviter les obstacles, il mange (bien qu'il soit absolument dépourvu de discernement en fait de goût), il accomplit une quantité d'actes, simplement parce qu'ils lui sont suggérés, parce qu'ils sont provoqués en lui, et, chose plus étrange encore, il révèle dans cet état une nature morale particulière ; tandis qu'il est habituellement d'une hounèleté à toute épreuve, dans son état de crise, il devient un voleur

fieffé'.

Après ces deux exemples, sur lesquels s'est étendu le professeur Huxley, abordons la conclusion du naturaliste anglais ; elle ne s'accorde pas absolument avec celle de Descartes.

Le professeur Huxley dit: <c Tenant compte du fait incontestable que les animaux inférieurs qui, somme toute ont, au moins à l'état rudimentaire, un cerveau que nous avons toute raison de prendre chez nous comme l'organe du sens intime , nous avons lieu plutôt de croire que les animaux inférieurs, sans posséder cette sorte de sens intime, à l'instar de nous-mèrne, l'ont néanmoins dans une forme proportionnée au développement relatif de l'organe de ce sens, pour ressentir plus ou moins nettement les sensations que nous éprouvons. Eu d'autres termes, un animal est selon le professeur Huxley, un automate sensitif, doué de sens intime ou qui a l'instinct de son existence. Ses sensations, ses volitions, et ses pensées ne sont que les produits et les conséquences d'arrangements mécaniques. Lu certain changement moléculaire dans le système nerveux détermine une sensation ; les émotions que celle-ci excitent impriment à leur tour dans' le cei veau, des changements, des modifications qui constituent les buses physiques, matérielles de la mémoire. Ces modifications l'ont surgir les volitions qui, chez l'animal, ne seront que des états d'émo-

* Yoj. la Salure, n" 70. 3 octobre 1874, p. '-^75

tion qui précèdent ses actions. » L'animal est unemachine consciente, et le professeur Huxley ne ciaint pas d'englober l'homme dans les machines vivantes. 11 ne nous paraît pas nécessaire de réfuter une telle doctrine ; nous nous contenterons d'ajouter que le professeur Huxley arrive, par une voie différente, à un résultat analogue àcelui que le docteur Hammond a précédemment atteint dans sa théorie de Y impulsion morbide.

Un homme commet un meurtre. D'après cette théorie d'impulsion morbide, nous défendrons cet homme en soutenant qu'il a un dérangement organique du cerveau, qui le place dans le cas <( de commettre, par impulsion, sciemment, un acte contraire à sa raison naturelle et à ses inclinations morales. » Cela est du « mécanisme conscient purement et simplement. » Il n'y a là auenne intervention de volonté. La doctrine deîluxley, néanmoins, nous conduit pi us loin encore. « L'accusé a dtéinjiirié dira la défense, il a frappé, il a tué. La cause qui l'a poussé à frapper, a été celle qui lui a fait lever le bras pour se défendre, c'est un acte involontaire. » Il est évident qu'un tel argument ne saurait être admis; mais il nous engage d'après les doctrines précédemment énoncées à nous livrer à une investigation plus profonde sur la question de savoir jusqu'où porte la responsabilité d'un homme pour ses actes 1 .

RÉSULTATS GÉ.\lSrtACX

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