DU VOYAGE DU CHALLENGER
Il nous a été impossible, à notre grand regret, de suivre le Challenger dans chacune des ses étapes. En effet, il navigue maintenant dans les régions antipodiquesoù les centres de civilisation sont rares. M. Wyville Thomson ne peut donc communiquer aussi facilement avec ses amis d'Europe qu'au commencement de son voyage. Noussommcs obligés, sans nous préoccuper du point de vue en quelque sorte historique, de grouper les résultats généraux de cette expédition mémorable à mesure qu'ils se produisent.
Une observation faite aux Bermudes est trèsprécieuse parce qu'elle explique le mode de formation d'un grand nombre de roches par voie de cimentation. L'action des sources incrustantes a été mise en évidence d'une façon certaine.
L'eau de pluie contient, comme on le sait, une grande quantité d'acide carbonique àl'état de liberté. Cette eau tombant sur un sol calcaire le dissout etse charge d'une quantité notable de bicarbonate de chaux. Mais lorsque l'eau ainsi enrichie de bicarbonate de chaux revient à la surface de la terre, une partie de l'acide carbonique qui irétait maintenu que par des affinités très-faibles s'évapore. ïl en résulte que l'eau laisse un résidu de carbonate de chaux partout où elle passe.
' Traduit du ScU'nlific American. »
M. Wy ville Tliomson a saisi, en voie de formation
■ aux Bermudes, une roche formée avec un sable trèslin provenant de débris de coraux triturés par les vagues. Ces grains de matière arénacée ont été ac-
■ cumulés par les vents et fixés sur place par un ciment (pie l'eau apporte lentement, constamment. Dans quelques siècles la roche aura été consolidée, et les
pareil de sonde un curieux spécimen d'un beau crusta ce décapode , ayant tous les caractères de la famille des Astacides, mais différant de tons les autres types de décapodes par l'absence totale des yeux et de toute trace d'organes visuels. Le docteur Willemoes-Suhm a examiné avec tout le soin possible, cet intéressant habitant du fond de la mer.
géologues de l'avenir s'ils ont perdu le souvenir de ' J'écris d'après ses notes :
l'observation de M. Wyville Thomson pourront émettre à son sujet les théories les plus extravagantes. Ce qui accroîtra peut-être leur embarras c'est que les dunes ainsi formées sont parsemées de troncs de cèdres que le vent a tronqués et que l'eau chargée de bicarbonate de chaux pétrifiera certainement.
Il n'est pas tout à fait inopportun d'ajouter que • ces formations Éo- Uewies se produisent sur une grande •échelle, car les collines de sable impalpable en voie de f> innation n'ont pas moins de 40 à o() pieds de hauteur.
Jules envahissent ■et stérilisent une •centrée jadis fertile, mais fixes et •cimentées, par l'action des eaux souterraines elles protègent l'intérieur des terres aussi efli- • cacement que pourrait le faire une digue artificiel le.
Dans ce cas la nature agit automatiquement de manière à faire ob-
Fi
« Le Deidamia leptodactyla, capturé, est un mâle ; il a 0' n ,120 de longueur totale et m ,033 de largeur. Trois rangées d'épines dorsales, une sur lu ligne du milieu et une de chaque côté longent tout le céphalothorax. L'abdomen est composé de sept segments. L'appendice caudal se trouve relié au sixième segment. Les Lords latéraux du corps et tous les
appendices, à l'exception de la première paire de pattes ambulatoires, sont bordés d'une frange très-belle et liès-fino d'une teinte jaune blanchâtre. Le Deidamia leptodactyla, a deux paires d'antennes, le nombre normal.
« Un fait très remarquable et sur lequel nous avons déjà insisté est l'absence d'yeux dans certains animaux du fond des mers , tandis que dans d'autres les yeux ont un plein développement.
J'ai parlé déjà d'un
1. — Places de sable desBermudes, en voie «In consolidation par faction des dépôts d'eaux calcaires et contenant des iltliris de troncs de cèdres.
stacle elle-même à un fléau naturel. Nous avons cas où des crustacés, Etltusa yraniilala , ont les •déjà parlé précédemment des Pêches du Challenger yeux parfaitement développés dans des couches
et des curieux animaux recueillis à do grandes profondeurs. JN'ous décrirons aujourd'hui deux singuliers êtres marins trouvés à 5,000 mètres environ au fond des mers : le deidamia erucifer et le dei- ■ da m ia le ptoda cty la .
Le Deidamia erucifer dragué à des profondeurs moindres que le Deidamia leptodactyla et dans des
d'eaux voisines de la surface taudis que dans des eaux [dus profondes de 110 à 570 brasse?, les organes de la vue existent, mais l'animal n'en est pas moins aveugle, les yeux se trouvant remplacés par des extrémités calcaires arrondies. Entre autres exemples, je citerai un animal pris à 500 ou 700 brasses de profondeur et dont les organes visuels
régions plus rapprochées de l'équateur oifre incon- i avaient perdu leur caractère spécial; les yeux étaient testablemcnt une organisation plus complète. 11 est i fixes et se terminaient par un rostre pointu et fort, facile de s'en convaincre eu comparant les deux for- Il semblerait que nous ayons ainsi observé des rao- ' clifl cations progresssives qui dépendent apparemment
de la diminution graduelle de la lumière jusqu'à su disparition complète dans les grandes profondeurs. D'un autre côté cependant les Munida, à des profondeurs égales, ont les yeux développés d'une manière tout exceptionnelle et d'une grande délicatesse apparente. 11 est possible que dans certains cas, à mesure que la lumière du soleil diminue, la vue devienne
nies'
Le Deidamia que représente la figure 2, a été retiré du fond de la mer par 21° 58' de latitude nord et <H° 59' de longitude ouest. Voici eu quels termes M. W. Thomson raconte cette capture:
« Nous avons [iris dans les mailles du filet de l'ap-
1 Nous empruntons ces intéressants documents au journal «njrlais Nature
plus pénétrante et qu'à la longue, l'œil soit capable j « L'absence d'yeux n'est pas nouvelle chez les de trouver un stimulant dans la lumière plus faible, j Astacides. L'asiacus Pellucidm de la caverne Muniproduite par la phosphorescence. ! motb, est aveugle, et cela par la même cause, l'ab-
i'ig. 2. — Dcubmia Lcptoilactyla. — Kccuciili )>ar la sonde du Uialtenger a éilo moires uc fmAm&ur.
Fîg. ô. — Di>ii]amia Crucifer. — fl étiré du fond de la mer par un sondage opère a 90 mille- au nord de Saint-Thomas.
(19'4t' du latitude N. 0.')'7' de lonyiLude 0.)
sence de lumière dans le milieu où il vit. Mais les ] « Le Deidamia crucifer (iig. 3), continue organes de la vue ne sont pas tout à fuit absents; I M. W. Thomson, diffère beaucoup par son apparence chez les Deidamia on n'en trouve au contraire abso- générale des autres Astacides que j'ai rencontrés,
lu ment aucune trace.
bien toutefois que nous sovons disposés à le classer,
pour h moment à la lin de cette famille. 11 a beaucoup d'analogie avec quelques genres fossiles, principalement avec les espèces du genre Eryon. On a remarqué déjà que les Deidamia, par leur céphalothorax aplati, se rapprochent des Palinurides ; cependant dans tous les membres vivants de cette famille, la première paire de pattes est monodactyle, tandis que dans les Deidamia elle est dklaclyle. Le genre fossile Eryon, fait exception à cette particularité chez les Palemirides avec lesquels il a été (lassé jusqu'à présent ; il a la première paire de membres, didactyle, comme chez les Deidamia. On n'a pas pu vérifier encore si l'Eryon avait un appendice lamellaire à la base des antennes extérieures. Si cet appendice est absent, il n'y a probablement pas de raison suffisante, pour séparer le Deidamia de l'Ervon l . »
— La suite prochainement. -
LÀ POPULATION M LA TEIllîU
(Suite.' — Voy. p. i8i.) LIMITES DE I.'ilABITAT HUMAIN.
Malgré la tendance naturelle à la vie eu société, la population humaine est cependant assez éparpillée; le nombre des villes contenant au moins un demi-million d'habitants n'atteint pas trente. La plus peuplée de toutes, hors de pair avec les autres, est l'agglomération loudonnienne qui compte plus de quatre millions d'habitants. Quoique Paris n'en ait pus la moitié de ce chiffre, c'est cependant trèsprobablement la seconde ville du monde par sa population, car aucune ville chinoise ne dépasse, sans doute, un million et demi. En somme, d'après MM. Behni et Wagner, la population de toutes h s cités peuplées d'au moins 50,000 personnes ne forme qu'un total de 70 millions d'individus, c'est exactement le vingtième de l'humanité. Ces quatorze cent millions d'individus qui vivait sur la terre sont très-iti également répartis. L'Europe en nourrit en moyenne 505 par mille hectares, l'Asie 145, l'Afrique 68, l'Amérique 20, l'Océanie 5 par mille hectares. Pour toute Ja terre habitable la moyenne est de 102 habitants par mille hectares. Quand on étudie des points particuliers, les différences deviennent prodigieuses. Paris compte 237 habitants par hec-
1 ^ous reproduisons la lftltrc. qui n ô.iâ adressée à Rature au sujet des Deidamia :
« Je remarque dans les communications très-inléicssantcs du professeur ^Vyville Thomson, qu'il donne à une espèce de crustacécle nom de Deidamia, voir Willemoes Snhm (>. nom doit être changé, en ce sens qu'il a été pris déjà dans les Arlîculala du docteur Clcmcns eu 1859. I.o docteur Clenu-ns a employé cotte dénomination pour une espèce vivante des Spliiugides de l'Amérique du Nord. C'est pourquoi, je propose de le remplacer, pour l'espèce crustacée par le nom de Willumœsia, en l'honneur de celui qui l'a trouvé, avec les deux espèces kptoilactyla et ciucifcr, en prenant la première pour lypc. Signé; Ait., lî. Gnons, s
à Buiïalo, Étals Uni*
tare (et, dans cette ville l'arrondissement du Temple, 773 par hectare), tandis que certaines régions de l'Australie, le district Cook par exemple, n'en compte que 55 pour un million d'hectares, soit 0,000055 habitant par hectare. Mais en laissant de côté ces anomalies opposées, on peut dire que la population des contrées fertiles est comprise entre 26 habitants par kilomètre carré en Turquie et 173 en Belgique. Comme le climat est plus favorable en Turquie qu'en Belgique, on peut dire que la différence de densité de population est due seulement à la différence de civilisation.
La vie humaine extraordinairement résistante, plus que celle d'aucun animal, subsiste partout où elle peut s'implanter, jusque auprès des neiges éternelles, jusqu'au bord des déserts sans eaux.
Il y a cependant autour des deux pôles deux vastes calottes inégales totalement inhabitées. La plus petite, l.i zone déserte arctique, passe à 72° au septentrion du cap Nord; comprend les îles Jean Mayen et Cherry, le Spitzbcrg, les terres de Gillis, du roi Charles et de François-Joseph, la Nouvelle-Zemble' pénètre sur le continent, englobe la presqu'île de Taimyr; effleure à 75° le vill.ge d'Oustié-Oulenskoïe, la plus septentrionale de l'ancien continent ; contient la Nouvelle-Sibérie et la terre de Wraugel; passe à travers l'archipel polaire américain; remonte au nord du Groenland jusqu'au petit hameau d'Iitah, peuplé par les Esquimaux, à l'entrée du Smith-Sound, par 78° le point habité le plus septentrional du globe* redescend jusqu'au 02 en longeant la côte groëulunJaise occidentale et laissant, par 71°, Upernawick la station européenne la plus proche du pôle, ne remonte, sur la côte orientale, qu'à peine audelà du cercle polaire, par 67°, et comprend enfin tout l'intérieur du Groenland et de l'Islande.
La calotte inhabitée australe est incomparablement plus étendue, tandis que presque partout la limite de l'habitat humain est intérieure au cercle polaire arctique, le désert austral dépasse de tous les cotés de beaucoup le cercle antarctique et, sur un point même, se rapproche du tropique. La ligne de démarcation passe à travers l'Atlantique, au sud des îles Tristan da Cuuha, clfleure la pointe sud de l'Afrique, le cap des Aiguilles, par 55° de latitude australe, coupe l'océan Indien au-dessous de l'île Saint-Paul, passe au sud île la Tasmanie, s'abaisse, par 51° de latitude, au midi des îles Auckland, remonte jusqu'à 27° sud, au-dessous de l'île de Pâques, d-ms le Grand Océan, et passe enfin au sud du cap Uorn, à 56°, en laissant en dehors la Terre-de-Feu, habitée par les Pécherais et, entre cette île et le cap Horn, l'île Wollastou, tout récemment colonisée par le Cliili, le lieu habité le plus méridional de la terre.
Outre ces deux immenses régions inhabitées, des espaces moindres restent déserts au sein des continents. On compte deux de ces déserts arides et desséchés dans l'Afrique méridionale, trois dans le Sahara, un dans l'intérieur de l'Arabie, trois dans le Turkistan, un en l'erse; on remarque encore comme
ne faisant vivre aucune population le désert de Gobi, ceux qui séparent la Mandchourie de la Mongolie et de la Corée, l'intérieur du Labrador et les marécages , des Sunderbunds à l'embouchure du Gange.
Partout l'iiomme vit aussi liant qu'il le peut sur j le flanc des montagnes. C'est spécialement pour l'exploitation des filons miniers, si riches sur les montagnes, et pour héberger les voyageurs qui traversent les cols que des habitations sont établies à ces liauteurs. En Europe, le village de Saint- Véran (dé- , parlement des Hautes-Alpes) est à une hauteur de 2040 mètres, l'hospice du grand Saint-Bernard à 2474 mètres, et les maisons de poste de la route de j Sainte-Marie, sur le Stilfser-Joeh (Alpes du Tyrol), à 2538 mètres. Dans le Nevada (Etats-Unis), Treasure- j City atteint l'altitude de 27^3 mètres. Enfin, dans . la zone torride la ville de Polosi (Bolivie) se trouve j à 4000 mètres, Portugalète (Bolivie) à 4289 mètres, la maison de poste d'Apo (Pérou) à 4382 mètres. Mais c'est au Tliibet que l'habitat humain atteint les hauteurs les plus extraordinaires ; le couvent de llaulcest à 4565 mètres, et le village de lentes du plateau de Thok-Jalung à 4977 mètres, plus haut que le mont Blanc ! Charles Boissaï.
— La suite prochainement- —