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NOUVELLE MÉNAGERIE DES REPTILES

AU muséum d'histoire NATURELLE.

(Suite et fin. — Voy. p. o">8.)

De tout temps l'imagination populaire s'est plu à attribuer aux animaux dangereux ou aux êtres dont les formes sont singulières, d'étranges propriétés ou de merveilleux pouvoirs ; elle a exagéré, comme à plaisir, la taille à laquelle pouvaient arriver ces animaux et leur a donné le plus souvent d'énormes dimensions. Une sorte d'admiration mêlée d'effroi, la superstition s'ajoutant à la crainte, les a fait, chez tous les peuples à l'enfance de la civilisation, regarder comme des émanations de la céleste puissance.

C'est ainsi que le python à la grande taille et aux brillantes couleurs a été adoré par les nègres de la côte de Guinée, que les anciens Egyptiens ont rendu un culte à l'iiaje au subtil venin, que le boa a vu au Mexique son image vénérée au milieu des nuages d'encens et des flots de sang des victimes humaines.

versés pour honorer le dieu cuel et impitoyable 1 demandant toujours de nouvelles hécatombes. C'est ainsi que l'on a parlé de reptiles à la taille gigantesque ayant osé s'attaquer aux armées romaines et ayant pu arrêter pendant quelque temps les vainqueurs du monde, que Ton a doin.é aux espèces venimeuses la merveilleuse puissance de fasciner la malheureuse victime venant d'elle-même chercher la mort et se jeter dans la gueule béante de son ennemi qui l'attire.

Tels ont été les pouvoirs accordés au représentant du python dans le Nouveau-Monde, au boa et surtout au boa constrictor (Voy. grav. n° i) que l'on a trèssouvent décrit comme s'altaquant aux vigoureux buffles américains et au couguar du Nouveau-Monde. Que de récits nous ont fait assister au terrible combat, entre le monstrueux reptile attendant sa proie près des sources où celle-ci vient se désaltérer, et le grand mammifère qui, malgré sa force et son agilité, est enlacé dans les musculeux replis de son ennemi, peu à peu attiré vers l'arbre contre lequel il sera broyé diins les mille anneaux du serpent! Que de fois n'avons-nous pas tous vu représenter le constrictor suspendu aux branches des arbres, au-dessus de la surface du liquide et épiant les animaux qui \iendront à la source! Exagération de trop crédules voyageurs! Le prince de Neuwild, qui a observé le boa au ïlrésil, ne l'a jamais trouvé auprès des rivières ni des lacs, mais toujours à une, certaine distance dans l'intérieur des forêts, sous do vieux troncs d'arbres, dans les cavités du sol ou les ai:fractuosités des rochers. C'est là que le reptile reste dans une immobilité presque absolue dont il ne sort que poussé par l'aiguillon de la faim; on le voit alors, enlaçant un arbre de ses tortueux replis, parvenir jusqu'à une maîtresse branche, d'où il se laisse glisser presque jusqu'à terre, l'extrémité du corps roulée autour du point d'appui, et cherchant à saisir les petits mammifères qui passeront à si portée : des rats, des agoutis, des cabrai, des pacas, parfois des ois aux, sont sa proie habituelle. Il ne s'attaque jamais aux grands mammilères et moins encore à l'homme. On prétend que, seul parmi les ophidiens, le boa fait entendre, lorsqu'il est irrité, un cri sourd, peu prolongé, comme une sorte de grognement, ressemblant au son jars. Comme chez tous les serpents, la déglutition se fait peu à pou; les mâchoires peuvent sj dilater énormément, de telle sorte que l'animal avale une proie presque toujours plus grande que sa bouche; on dit que le boa, pendant sa digestion, exhale une odeur fétide qui se sent de loin. De même que tous les serpents non venimeux, il pond des ceufs dont réclusion est laissée au h isard : ces œufs ont la grosseur d'un œuf d'oie; lorsqu'ils viennent d'éclore, les petits ont de 12 à 14 pouces de long et sont delà grosseur du doigt. Au moment de la ponte ou pendant le sommeil hibernal, les boas se creuseraient des sortes de terriers au pied et entre les racines des grands arbres.

Si les pythons et les bo:is semblent représenter Ja

force, les crotales donnent certainement l'idée de la cruauté et inspirent la crainte par leur vue (n° 7). Leur tète large et aplatie, leurs yeux sanglants et brillants, le bruit strident qu'ils l'ont entendre aussitôt qu'ils sont inquiets ou irrités, tout cela inspire l'effroi et glace de crainte. On a dit que par la puissance de son regard, le crotale contraignait l'animal à s'approcher peu à peu et à se précipiter de luimême dans la gueule du reptile, que l'homme luimême ne pouvait résister à la force magique de sou étincelant regard, et que, plein de trouble, bien loin d'échapper à la dent mortelle qui va le frapper, il serait peu à peu attiré avec une irrésistible force. Effets de la crainte qu'inspire le serpent à sonnettes, ces récits sont pour la plupart empreints de fabuleux et d'exagération; ils peuvent s'expliquer par le sentiment instinctif du danger qu'un faible animal doit éprouver en se trouvaut tout à coup en présence d'un ennemi dont l'aspect est aussi effrayant. Le crotale ne se jette jamais sur l'homme que quand il est provoqué ou que l'on s'approche de lui à l'époque du rut. C'est un animal lent et paresseux qui n'attaque les petits mammifères dont il ne se nourrit que pressé par la faim. Il se tient d'ordinaire dans les lieux bas et marécageux, au milieu des broussailles j et des taillis; comme tous les serpents à mouvements spiroïdes, il ne peut grimper aux arbres, ni étrangler sa proie dans ses méandreux replis. Aussitôt ! qu'il est inquiété ou qu'il voit l'animal qui va lui . servir de proie, le crotale rapproche ses plis, s'en- ! roule sur lui-même et agite ses grelots en signe de I colère; quelques instants après, s'appuyant sur sa queue qui lui sert de point d'appui, il développe ses orbes, et, comme un ressort qui se débande, se précipite sur sa victime, la gueule largement ouverte et les crochets venimeux dirigés en avant; puis, comme certain du prompt clfet du mortel poison qu'il vient de déposer dans la plaie qu'il a faite, il se retire et se replie, tout prêt à renouveler son attaque. L'animal frappé ne peut d'ailleurs fuir; il tombe presque aussitôt; après quelques mouvements convulsifs, il est saisi d'une sorte de torpeur et d'insensibilité complète qui paralyse ses forces et en fait facilement la proie du féroce reptile. Des petits animaux, des écureuils, des rats, des agoutis sont la proie habituelle du crotale. N'ayant pis les mêmes habitudes que le crotale durisse, le crotale millet serait, dit-on, souvent l'agresseur. Mais bien plus terribles sont les trigonocéphales, surtout le trigonocéphale piscivore, la terreur des nègres occupés aux plantations de riz; le mocassin, tel est son nom, dont la piqûre est tout aussi dangereuse que celle du crotale, attaque ce qu'il rencontre; muet, il se glisse sans bruit dans les lieux bas et marécageux, au milieu des cultures.

Au terrible poison, non moins actif que celui du Crotale, est le Naja ou serpent à lunettes des Indes (n° 3). Contrairement au serpent à sonnettes, dont la vue seule révèle la force, le naja, lorsqu'il est au repos, a l'aspect d'une iuoffonsive couleuvre. Mais

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lorsqu'il est irrita, le Cobra de capello, se redresse presque verticalement sur lui-même , la portion postérieure du corps reposant seule sur le sol; il peut s'avancer ainsi presque droit, la tète élevée et horizontalement étendue sur le cou, qui, par le jeu de ses côtes mobiles, se dilate rapidement en une large membrane sur laquelle se trouve grossièrement dessinée l'image d'une paire de lunettes ; prenant son point d'appui sur le sol, le naja s'élance eu avant, découvrant la pointe de ses cro.liets venimeux. De môme que les Marses, (pie les Psylles de Cyrèneet que les Ophiogèues deCbypre, les jongleurs de l'Inde et de l'Egypte parviennent à dompter le Naja. Kaëmpfer qui, le premier en 1712, à son retour de la Perse et des Indes, nous a fuit connaître le serpent à lunettes, nous a transmis d'intéressants détails sur la manière dont ce serpent est dressé. Les bateleurs, après avoir irrité le reptile, lui opposent au moment où il s'élance pour mordre, le poing coiffé d'un vase en terre, contre lequel le serpent se meurtrit le museau; la même manœuvre est répétée jusqu'à ce que le reptile, par peur des coups, finisse par éprouver la même frayeur pour le poing nu. C'est alors que le charlatan montre le naja en public. Tout en dansant, il s'accompagne d'une flûte aux sons aigus et monotones; le naja, qui n'ose se I précipiter sur son agresseur, suit cependant tous ses mouvements, toujours prêt à s'élancer, et c'est ainsi que tournant la tète de tous côtés et pivotant sur luimême, les assistants croient que le reptile, dominé par le Psylle, exécute des mouvements en cadence. Geoffroy Saint-Hilaire le père a vu d'ailleurs en Egypte, des bateleurs être assez sûrs d'eux-mêmes pour comprimer la nuque du serpent, qui tombe alors dans une sorte de roideur momentanée ; M. Natalis Roudot a été témoin du même fait dans l'île de Ceylan.

Le long des rives fréquemment inondées du Wississipi se voient de nombreuses troupes de caïmans à museau de brochet ou alligators (n° G), les \n\* endormis sur de vieux troncs d'arbres flottants, les autres à la poursuite des poissons qui abondent dans ces eaux, tandis que d'autres encore se reposent au soleil ou se traînent dans la vase. Ces bandes sont fort bruyantes et font entendre, lorsqu'elles sont inquiétées, des beuglements prolongés. En hiver, les caïmans s'engourdissent après s'être enfoncés dans la boue et cachés sous les troncs des arbres enfouis. La ponte a lieu au mois de juin, la femelle déposant au milieu des roseaux, environ soixante œufs qu'elle recouvre de terre et d'herbes enlacées et sur lesquels elle veille avec soin. Contrairement aux habitudes du crocodile, le représentant africain du groupe, l'aLigator n'attaque jamais l'homme et se défend à peine.

Le Nouveau-Monde semble être la terre de prédilection des reptiles, et ses vastes forêts leur demeure favorite. Nous avons vu le boa conslrietor enroulé autour des arbres à la cime élancée, le crotale attendant sa victime au milieu des fourrés, l'alligator

se jouant sur le bord des fleuves ; mais voici encore la matamata (n° 9), cachée dans la boue des marais la grenouille mugissante (n° 8), se tenant près des sources et emplissant les solitudes de son cri bruyant, l'iguane (u° 2) sautant de branches en branches à la poursuite de sa proie l .

Il est facile de reconnaître ce dernier animal à b grande poche qu'il porte au-dessous du cou et à la crête dentelée qui s'étend de la tète à l'extrémité de laqueue. Ses ongles longs, aigus et crochus sont merveilleusement aptes au grimper; l'iguane, en effet, vit sur les arbres et y chas se les insectes et parlois les jeunes oiseaux ; sa nourriture se compose aussi de fruits, de graines et de feuilles. Il établit sa retraite dans quelque trou peu profond creusé dans le sable. La chair de cet animal est très-redwrehée dans quelques légions, aussi lui fait-on une chasse fort active

La curieuse matamata, à la chair succulente a, pour le même motif, presque entièrement disparu des Guyanes. C'est une tortue de marais au corps tellement saillant hors de la carapace que l'animal ne peut s'y abriter, à la carapace aplatie et hérissée d eminences pyramidales, à la tète triangulaire terminée par une petite trompe, prolongement des narines, au cou garni de franges découpées.

Comme toutes les tortues de marais, la olielydre a les pattes à doigts distincts et mobiles, garnis d'ongles acérés; les phalanges sont réunies à la base par une peau flexible qui permet à l'animal de marcher tout à la fois sur terre et de nager dans les eaux, à l'aide de ses pattes transformées alors en rames. Les émydes et les plutomys, que l'on voit à la nouvelle ménagerie, appartiennent à ce groupe.

Chez les potamides ou tortues de marais, au contraire, les pattes sont lort déprimées et les doigts sont réunis jusqu'aux ongles par de larges membrane^ flexibles, de telle sorte que les mains et les pieds sont de véritables palettes ne permettant plus la progression sur le sol. Ce groupe est représenté par les triouyx.

La modification que subissent les pattes est plus profonde encore chez les Tortues de mer. Chez cellesci les membres sont aplatis et changés en rame, les doigts ne pouvant plus exécuter aucun mouvement les uns sur les autres; les membres antérieurs sont bien plus longs que les membres postérieurs, la carapace est déprimée, tout est fait pour une vie exclusivement aquatique.

Certaines espèces sortiraient cependant de l'eau pendant la nuit et se traîneraient sur les bords des îles pour venir y brouter les plantes marines dont elles sont friandes, tandis que d'autres, comme le caret et la couane feraient entrer dans leur nourriture des seiches et des calmars. Toutes les espèces xiennentde bien loin sur le rivage sablonneux de quelqu'ile déserte, et y creusent pendant la nuit, au-dessus de la ligne qu'atteignent les plus grandes

1 La ménagerie; des reptiles ne possède pn.; l'Iguane ; la funiillc y est représentée par le Stellion du Levant.

Quelques reptile» de la nouvelle nidiiugi'i-ie du Jardin des Fiantes.

1 , Boa •coiislrictor. — t. Iguane. — 3. Scrpenl â lunettes. — 4. Fia einjde. — 3. Tortue comme. — 6. Caïman à museau de brochet. 7. Serpenta sonnettes. — 8. Giciiouillc tauro.iu. — 9. Tortue niatamata.

LA NATURtf.

eaux, des fosses d'environ doux pieds, dans lesquelles elles déposent jusqu'à cent œufs. Le nid est recouvert de sable et l'éclosion se fait par l'action du soleil; deux ou même trois pontes successives ont lieu à quelques semaines d'intervalle. Les jeunes tortues qui viennent d'éclore, faibles et sans écailles, sont bien souvent la proie de? oiseaux carnassiers qui les guettent au passage, ou des voraecs poissons, et des crocodiles affamés qui leur font la chasse.

La carapace du caret donne cette matière estimée connue sous le nom d'écaillé, la chair de la tortue franclie fournit une nourriture saine et succulente, tandis que la graisse des espèces à odeur musquée, comme la couane, est employée pour préparer une huile servant à assouplir les cuirs (n° 5).

La grenouille mugissante (n° 8) habite les forêts de l'Amérique du Nord, la Louisiane, la Nouvelle- Orléans, l'Etat de New-York. C'est la plus grande de toutes les grenouilles ei sa taille peut atteindre jusqu'à quatre décimètres depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité des membres postérieurs ; ceux-ci entrant pour près de la moitié dans cette longueur. Sa tête csl large et déprimée, sa gueule fortement fendue, ses yeux gros et brillants sont très-saillants, ses doigts sont tuberculeux à l'extrémité. Cette grenouille se nourrit de grenouilles plus petites, de coquilles, de poissons et de jeunes oiseaux, s'attaquant même, suivant Harlan, aux jeunes canards et aux serpents. Lacépède, rapporte d'après Catesby, que dans la Virginie on ne détruit pas cette espèce et que les habitants des campagnes pensent qu'elle purifie les eaux et entretient la propreté des fontaines. La mugissante fait entendre un cri rude, éclatant et brusque qui, répercuté par la surface des eaux dans lesquelles elle se tient et par les anfractuosites des rives, s'entend de très-loin, aussi connaît-on la mugissante sous le nom de Grenouille tauivau, Bullfrog.

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