‹ La Nature 1874 S 2 N 53a 78Chapitre 199 sur 229 · DU VOYAGE DU CHALLENGER · texte numérisé non relu

DU VOYAGE DU CHALLENGER

(Suilc et fin. — Voy. p. 313.)

Les mystères de la vie sous-océanique renferment Lien des imprévus, quoique l'on n'ait encore qu'effleuré le fond des mers profondes.

Les Scalpella sont un des plus remarquables exemples des bizarreries du monde marin; ils se composent, comme on le sait, de deux parties distinctes. La première est un Capitule formé d'un nombie plus ou moins grand de valvules. La seconde est une tige plus ou moins flexible , plus ou moin? membraneuse à l'aide de laquelle l'animal s'attache au fond de la mer, sur une ruche quelconque.

Nous reproduisons, d'après le journal anglais Nature, un individu femelle de la variété assi z abondante dans les fo;:ds de l'Océan pacifique boréal, et que M. Wyville Thomson a désigné sous le nom de Scalpellum regiitm (fi g. 1). La lettre a montre la place où le savant anglais a découvert deux petits parasites dont les fonctions ne pouvaient d'abord êlre devinées. Ces deux parasites, dont la taille atteint à peine !a centième partie de celle du Scalpellum regium ne sont pas de gros poux de mer, mais des mâles qui sont chargés de leconder l'individu femelle sur lequel ils sont attachés et dont ils vivent. Quautà la gigantesque femelle elle peut héberger un nombre considérable de ces mâles, trop petits pour être jaloux les uns des autres, car le Scalpellum possède un grand nombre d'ovaires.

C'est, on en conviendra, un cas nouveau, imprévu de polyandrie, et l'analomie du parasite ne laisse aucun doute sur ia nature de ses fonctions. Un tel attache ment n'est pas sans exemple surtout dans le genre Scalpellum. Le maie est repré-

été signalée

sente sous une forme agrandie dans notre gravure (fig. 2). C'est ainsi qu'on le voit au microscope.

L'Ophioglypha, à laquelle M. Wyville Thomson a donné le nom de Bullata, est représentée avec un grossissement de six diamètres

M. Thomson n'a pas encore donné de renseignements complets et que nous nous bornons à représenter exactement.

Les régions océaniques intermédiaires sont moins faciles à explorer; cependant le Challenger a fait quelquefois des pêches que l'on ne peut s'empêcher de considérer comme merveilleuses. Une des plus miraculeuses a par M. Wyville Thomson.

Les produits de la pèche du fond avaient été nuls et l'on s'apprêtait à recommeucer lorsque l'on s'aperçut que dans le filet se trouvait un membre errant de la famille des Phy- 80S tomes appartenant au genre des Sternoptychides. La surface de son corps n'avait point d'écaillés, mais des surfaces hexagones et rectangulaires séparées par des lignes sombres et couvertes d'un pigment aigenté parsemé de taches bleu d'acier. Puis, en quelques eudroits, on voyait des glandes destinées à sécréter une lumière phosphorescente.

Ce Sternoptycltide était un lustre errant dans les régions où ne pénètrent jamais les rayons du soleil ! Une bande de ces poissons courant les uns après les autres donne peutêtre , aux rêveurs de l'abîme, une idée de ce (pie doivent être lus splendeurs de notre, monde stellaire.

M. W. Thomson raconte qu'il a pris plusieurs de ces poissons singuliers, quelque temps après son départ des Bermudes. Nous céderons la parole au naturaliste anglais :

« Nous quittâmes les îles Bermudes, dit le savant du Challenger, et le lendemain matin nous voguions à pleines voiles vers Fayal. Dans l'après-midi du 15 juin, nous étions à une latitude de 53 41' N. et une longitude de 61° 28' 0., à 161° milles de Fayal. Dans la matinée du 16 nous sondions à 2575 brasses ( ï-700 mètres), dans un fond de vase rougcàtre contenant un grand nombre de foraminifères. La température du fond était de 1°,5 centigrades. Pour la première fois, eu relevant la sonde vers 5 heures, nous nous aperçûmes qu'elle n'était pas arrivée au fond. Ceci provenait sans doute de ce que le navire allait à la dérive plus que nous ne pouvions le croire. Le filet contenait un magnifique spécimen

Fig. I.— Scalpellum vgium, recueilli a 5212 mètres au Tu ml de I' UkmUqiie.

<1. LojTC îles itiilcs.

p. 2.— .Mâle lu Scalpellum reqium, vu au microsope.

(fig. 3). C'est un organisme très-délicat sur lequel ' do ces singuliers poissons, dont certaines parties du

corps sont couvertes de glandes qui produisent une sécrétion phosphorescente... Un peu plus loin nous avons pris quatre ou cinq de ces poissons, toujours en jetant le filet à de très-grandes profondeurs. Je ne crois pas cependant qu'ils venaient du fond; je suppose au contraire que ces poissons ont été pris dans le filet au moment de son passage à travers les couches océaniques supérieures, à 200 ou 500 brasses environ, où il est probable que l'on peut rencontrer, avec un développement important, nue faune pélagique particulière...

a Le mercredi, 18 juin, nous continuions notre voyage avec une bonne brise venant du sud-est. Dans cette partie de notre expédition, ce qui nous frappa surtout , ce lut l'absence complète d'oiseaux. Il nous fallut parcourir une longue route avant de rencontrer une troupe ailée de Tlialas- HÏdioma Wilsoni, qui venaient voltiger autour du Lateau pour chercher quelque nourriture. Les jours se passèrent sans apercevoir aucun autre animal, ni dauphin, ni requin, dont nous avions vu jusque-là perpétuellement de nombreux représentants. »

Une observation très -intéressante des explorateurs est celle qu'ils ont pu faire sur des amas flottants de plantes marines, et particulièrement de fucus.

« On voyait fréquemment flotter à la surface de l'eau des herbes marines et des touffes d'espèces de Fucus ou F. nodosus, d'une, forme analogue; évidemment croissantes, vivaces et participant des habitudes criantes et pélagiques des plantes du Surgassum. Ces îlots flottants d'herbes marines avec lesquels nous sommes à présent très-familiers, attendu que nous avons presque fait le tour complet de la mer de Sargasse, ont de m ,60 à 3 mètres de largeur, et quelquefois beaucoup plus. Nous avons vu à deux reprîtes différentes des masses de plantes marines dont la superficie atteignait certainement celle de plusieurs arpents; il est probable que ces masses si considérables sont beaucoup plus fréquentes quand on se trouve plus près de leur centre

Fi g. 3. — Ophiaglypliit bullata, ani mal relire <îu fund de l'Atlantique, (Grossissement 6 diamètres.)

d'origine. Ces Ilots sont formés d'une simple couche de touffes plumeuses de la plante Sargassum bacciferum, non tressées ensemble, mais flottant presque indépendantes les unes des autres; elles se trouvent suffisamment reliées cependant pour former un faisceau compact. Chaque touffe a une tige centrale brunâtre et très-fine, garnie de petites vésicules blanches pleines d'air qui lui permettent de flotter à la surface Océanique.

« Après un certain temps, ces vésicules ainsi incrustées se séparent, et, dans les endroits où il y a beaucoup d'herbes, la mer est garnie de toutes ces petites boules dispersées. A peu de distance du centre, non loin de l'extrémité des branches de ces plantes

marines, les feuilles sont dentelées à peu près comme celles de notre satde. Les premières sont d'abord brunes et rigides, mais à mesure qu'on les suit le long de la branche, on les voit devenir plus pâles, plus délicates, et prendre une vitalité plus active. Les jeunes feuilles nouvelles et les vessies qui les garnissent ont un aspect qui offre quelque analogie avec les Campanulana.

La couleur générale de ces touffes d'herbes est d'un ton olive qui varie dans toutes ses nuances ; les jeunes pousses ont une couleur olive dorée très-caractéristique et d'une fraîcheur agréable. Cette couleur toutefois est très-atténuée par la délicatesse des tiges, tachées du blanc vif du polyzoonqui s'incruste, et par l'azur des eaux qui traverse cette sorte de filet.

« Ces îles flottantes ont des habitants particuliers, parmi lesquels le plus curieux est un petit être bizarre, probablement Y Antennarius marmoratus, qui ressemble beaucoup à ce que nous appelons eu Angleterre la grenouille pêcheuse [Lophius Plscatorius) r et qui est souvent jetée sur les côtes de la Grande-Bretagne. Elle est remarquable par la grandeur disproportionnée de la tète et des mâchoires, par sa laideur générale et sa rapacité. Aucun des spécimens de ces Antennarius d'herbes marines que nous avons trouvés ne mesuraient plus de 0" , ,050 de

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