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LES ÉTOILES FILANTES

(Suite et tin. — Voy. p. 322 et 3;i7.)

Cou 1 vie r -G ravier divise les étoiles filantes en six grandeurs principales, résultant de leur plus ou moins grande élévation dans l'espace. Or, si on calcule la direction moyenne des étoiles filantes appartenant à chacune de ces tailles, on arrive à un résultat important*

En effet, la direction des étoiles de l re , 2 e et 5 e grandeur, c'est-à-dire les plus rapprochées de nous, est toujours nord-sud; celle des météores de 4 8 , 5 e et 6 e grandeur, les plus élevées, c'est-à-dire celles qui circulent aux limites atmosphériques est au contraire sud-nord. Cesdeux directions générales ne sontelles pas la démonstration évidente des deux courants théoriques de Franklin, le courant polaire elle courant éijuatorial?

De plus, si on partage l'année en deux époques bien distinctes, l'été et l'hiver, on trouve encore dans \ev. indïratinns fournies par la marche des étoiles filantes, la confirmation de ce que l'on observe terre à terre, dans la direction des courants intérieurs; c'est-à-dire qu'en été on reconnaît très-bien la prédominance des directions nord, et en hiver celle des directions sud.

De ce qui précède, il appert clairement que les Cirrus ne doivent pas être regardés comme indiquant la direction des courants supérieurs; et que ce que l'on doit considérer comme région des courants inférieurs s'étend au delà de ces nuages glacés, qui nous indiquent simplement la plus grande hauteur que puisse atteindre la vapeur d'eau.

!1 est enfin un dernier fait météorologique tiré des observations de Coulvier-Gravier qu'il est utile de relater. Si on divise Tannée entière en périodes de quatre mois chacune, on voit que : 1° au premier mai, la direction moyenne dus étoiles filantes observées en janvier, février, mars et avril, se trouve toujours placée vers le sud, se rapprochant tantôt vers l'est, tantôt vers l'ouest suivant les années et les saisons sèches ou humides; 2° au premier septembre, la direction moyenne fournie par les observations faites en mai, juin, juillet et août, se trouve à l'est, remontant plus ou moins vers le nord, également suivant les années; 5° enfin au 31 décembre, ou trouve la résultante des météores observés en septembre, octobre, novembre et décembre, redescendue plus ou moins vers le sud.

Ceci posé, si, considérant toujours ces mêmes périodes de quatre mois, on fait attention que ces trois résultantes générales occupent relativement, les unes aux autres, la même position azimutale ; sr, d'autre part, on remarque que par suite du grand nombre d'observations que nous possédons, nous sommes à même de connaître la plus grande distance angulaire qui peut séparer ces résultantes ; on comprendra facilement comment dès le premier avril, il est possible de prévoir avec une certaine

exactitude si l'année qui commence, sera sèche ou humide, chaude ou froide. Il est bien entendu que dans la discussion des résultats obtenus, il faut tenir compte des perturbations constatées.

Pour terminer cet examen, je ferai connaître maintenant les résultats purement astronomiques qui sont sortis de cette longue série d'observations. Je vais donc parler rapidement de ces lois importantes, immuables, que je signalais plus haut et qui sont la base de la théorie coraétaire admise aujourd'hui dans le monde entier.

1° Le nombre horaire des étoiles filantes augmente du soir au matin.

Coulvier-Gravier, en dépouillant ses observations, s'aperçut bientôt que le nombre des météores, à très-peu d'exceptions près, allait toujours croissant, et cela d'une manière notable, du soir au matin et pour le même intervalle de temps. En groupant tous ces météores d'après les époques de la nuit, il obtint ainsi des nombres moyens augmentant d'heure en heure. De plus il constatait que cette variation horaire se rencontrait à toutes les époques de l'année, tant à celles des retours périodiques que durant les nuits ordinaires. Voici le tableau de ces moyennes :

HOHBRK BBS ÉTOILES HEURE MOTENKE. PAR HEURE.

7 h ,30™ du soir 3,5

9 h du soir 3,7

ffî 1 ou minuit 5,4

3" matin 7,5

4\30" du matin 7,9

2° Appliquant des calculs semblables à la variation mensuelle des étoiles filantes, il faisait voir que le nombre horaire est à peu près le même pour les six premiers mois de l'année, terme moyen 5,4; et que le nombre horaire pour les six derniers mois est également à peu près le même, terme moyen 8,0; en sorte que, sans intermédiaire, le nombre horaire passe du minimum 3,4, relatif à l'hiver et au printemps, au maximum 8,0, relatif à l'été et à l'automne. En d'autres ternies, le nombre des étoiles filantes se soutient à peu près le même du solstice d'hiver au solstice d'été, où il est le plus petit possible; et il se maintient à sa plus grande valeur durant tout le temps qui s'écoule entre le solstice d'été et le solstice d'hiver. En d'autres termes encore, on voit moins d'étoiles filantes quand la terre va du périhélie à l'aphélie, en s'éloignant du soleil ; et on en voit le plus, lorsque la terre va de l'aphélie au péri-; hélie.

Cependant le passage ne se fait pas brusquement de l'une à l'autre valeur; car si on trace la courbe polaire des variations mensuelles, en représentant l'année par une circonférence de cercle et prenant les nombres mensuels pour rayons vecteurs correspondants à des angles polaires proportionnels, aux temps écoulés, on arrive à une courbe ayant 4 maximum, deux grands et deux petits, placés dans les quatre saisons de l'année. Les deux principaux ré-

au:

pondent exactement aux retours périodiques des astronomes pour les 10 août et 12 novembre.

5° Le nombre des étoiles filantes croît eu raison inverse de leur taille. C'est-à-dire que plus les météores sont éloignés de nous, plus leur nombre est grand.

4° Enfin, la direction moyenne des étoiles filantes descend du nord au sud par l'est du soir au matin.

Il serait évidemment trop long de faire connaître ici la série des résultats intéressants qui ont étayé la théorie italienne, ainsi que toutes les déductions curieuses que Coulvier-Gravier sut tirer de ses nombreux documents. Mais pour faire ressortir les services rendus à la science météorique par ce consciencieux observateur, qu'il me suffise de dire, qu'avant lui, on ne savait réellement pas observer ce phénomène. Personne n'ayant constaté ce fait capital que l'étoile filante descend toujours du zénith à l'horizon, et décrit généralement sa trajectoire dans la partie du ciel diamétralement opposée à la direction d'où elle vient, il devait en résulter de toute nécessite des observations incomplètes. On ignorait en effet que pour observer les étoiles venant du sud par exemple, il fallait regarder l'horizon nord; pour enregistrer les étoiles venant de l'ouest, il fallait regarder à l'est, et de même pour toutes les autres directions azimutales.

Enfin, je ne crois pas pouvoir rendre un plus bel hommage au zèle infatigable et au dévouement de cet habile observateur, dont je continue aujourd'hui les travaux, qu'en mettant sous les yeux du lecteur lu lettre que m'adressait le savant directeur de l'observatoire de Milan, au sujet d'une publication que nous commencerons incessamment l .

CuAPELAS-CoULVIER-fiRAVIER,

Directeur de l'observatoire météorique du

Luxembourg.

Observatoire royal de Milan, le 26 juin 1871.

Monsieur le Directeur,

J'apprends avec beaucoup île plaisir qu'il y a quelque probabilité de voir enfin la publication intégrale des observations d'étoiles filantes fuites par M. Coulvier-Gravier. Je pense que beaucoup de personnes applaudiront à celle idée autant que moi. En effet, le peu qu'on a publié des résultats de ces observations a été bien utile pour la science. Je n'ai pas besoin de rappeler que de la discussion de ces journaux, îl. Coulvier- Gravier a tiré, entre autres résultats, la remarquable loi de la variation diurne des étoiles lilantes, et que de cette loi est dérivée la plus convaincante démonstration de la nature cosmique de ces météores. Il est vrai que les idées de M, Coulvier-Gravier, sur l'application météorologique de ses observations, n'ont pas été partagées par tout le monde; pourtant je pense que le temps lui rendra justice sur quelque point de ces théories, et même là tout n'est pas à dédaigner. Muis en faisant abstraction de toute théorie, lts observations en elles-mêmes conserveront toujours la valeur qu'on doit attribuer à des faits : et les laits sont et seront toujours l'ultima tatio, d'après laquelle il faudra juger des théories. Je suis donc persuadé que celte publication sera un vrai service rendu û la science des météores, cl j'espère de recevoir bientôt de bonnes nouvelles ù ce sujet. En attendant, je vous prie, Monsieur, de bien vouloir agréer l'expression de mon respect sincère.

Votre dévoué serviteur,

SCBIAPARELLI.

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